vendredi 11 juin 2021

Présidentielle iranienne : un triomphe pour Raisi, un défi impossible pour Hemmati ?

Ce samedi 5 juin s’est déroulé en Iran le premier débat opposant les 7 candidats en lice pour l’élection présidentielle du 18 juin prochain. Le 25 mai dernier, le Conseil des gardiens rendait en effet son verdict quant à la liste définitive des candidats retenus. Sur 592 dossiers de candidature – dont 40 femmes – déposés auprès du Conseil, seulement 7 candidats ont en effet été autorisé à se lancer dans la course à la présidence. Parmi eux, cinq conservateurs et seulement deux modérés (Abdolnaser Hemmati et Mohsen Mehralizadeh). Dans cette élection, Ebraim Raisi apparaît comme le candidat désigné de la branche conservatrice du régime et jouit à cet égard du soutien des Gardiens de la révolution, ainsi que de la préférence – plus discrète – du Guide suprême Ali Khamenei. 
 
Né le 14 décembre 1960 dans la province du Khorasan, Raisi est un religieux, un seyyed (les seyyed sont des descendants du prophète Mahomet. Dans le chiisme duodécimain, les seyyed qui embrassent une carrière religieuse arborent dès lors un turban noir, symbole de leur statut) qui a effectué l’ensemble de sa carrière au sein du système judiciaire iranien tout en occupant également d’autres fonctions au sein du régime. Les grandes étapes de sa carrière peuvent se résumer comme suit : 


  • Procureur de la ville de Karaj (province de l’Alborz) de 1980 à 1982.
  • Procureur de la ville de Hamadan (province de Hamedan) de 1982 à 1984. 
  • En 1983, il se marie avec Jamileh-Sadat Al-amolhoda, la fille de l’ayatollah Seyyed Ahmad Alamolhoda (le leader de la prière du vendredi dans la ville de Mashad, principale ville sainte d’Iran où se situe le tombeau/sanctuaire du 8ème Imam, l’Imam Reza).
  • En 1985, il devient le vice-procureur général de Téhéran.
  • En 1988, il fait partie, en sa qualité de vice-procureur général de Téhéran, du comité spécial qui supervise l’exécution extrajudiciaire de milliers de prisonniers politiques (entre 2 800 et 5 000 selon les estimations ; principalement des membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple, des membres du parti communiste – le Tudeh – et des membres d’organisations combattantes kurdes – Komala et le KDPI) décidée par un décret de l’ayatollah Khomeiny. La République islamique n’a jamais officiellement reconnu ces exécutions et Raisi n’a dès lors jamais publiquement commenté les allégations portées contre lui dans ce dossier. 
  • Procureur général de la ville de Téhéran de 1989 à 1994. 
  • De 1994 à 2004, il occupe la tête de l’Organisation de l’inspection générale d’Iran, une organisation liée au système judiciaire qui s’occupe de la lutte contre la corruption au sein du régime et qui supervise de ce fait les dépenses des différents organes du pouvoir, et ce y compris l’exécutif, les forces armées, ou encore les entreprises publiques. 
  • De 2004 à 2014, Raisi occupe la fonction de vice-chef du pouvoir judiciaire. A ce titre, il a été directement impliqué dans la répression judiciaire qui frappa les sympathisants du mouvement de contestation populaire dit du « mouvement vert » qui émergea suite à la réélection contestée de M. Ahmadinejad en 2009[1].
  • Le 7 juin 2012, il est également nommé par le guide suprême Ali Khamenei procureur-général de la Cours spéciale pour le clergé (organe judiciaire en charge des affaires impliquant des membres du clergé). 
  • En 2007 et 2016, il est élu à l’Assemblée des experts en tant que représentant de la province du Khorasan méridional avec respectivement 68,6 et 75,4% des voix. 
  • De 2014 à 2016, il occupe la fonction de procureur-général de la République islamique d’Iran. 
  • Le 6 mars 2016, l’Ayatollah Khamenei le nomme à la tête de la prestigieuse fondation religieuse (bonyad) Astan-e Qods-e Razavi qui est notamment en charge du sanctuaire de l’Imam Reza dans la ville sainte de Mashad. Cette nomination auréole Raisi d’une légitimité et d’une autorité religieuse qui lui confère un haut degré de respectabilité parmi la communauté des croyants. Il quittera cette fonction en avril 2019. 
  • En 2017, il se présente à l’élection présidentielle et se classe deuxième, dernière le président Rouhani, avec 38,2% des voix. 
  • En mars 2019, il est nommé à la tête du pouvoir judiciaire iranien par Ali Khamenei. 


Concernant son éducation, celle-ci est principalement religieuse. Il a étudié au séminaire de la ville sainte de Qom à l’école Boroujerdi, obtenu une licence en droit islamique en 2001, ainsi qu’un doctorat en théologie de l’Université Shahid Motahhari (Téhéran). De 1991 à 1994, il fût l’étudiant d’Ali Khamenei en suivant les séminaires Kharej de ce dernier[2]. Il n’a jamais été emprisonné durant sa jeunesse au cours des dernières années du règne du Shah (à l’inverse d’autres religieux) et n’a pas non plus combattu au cours de la guerre Iran-Irak (1980-1988). 
 
Durant les années 2010, l’ascension d’Ebrahim Raisi a connu une accélération pour le moins spectaculaire avec notamment sa nomination surprise à la tête de l’Astan-e Qods-e Razavi en 2016. Le respect et l’aura que lui a prodigué cette position l’ancrent définitivement au centre du système de la république islamique et de ses luttes politiques. Soutenu par le guide suprême, Raisi jouit également de forts soutiens parmi les Gardiens de la révolution. La trajectoire suivie par son parcours ainsi que la rapidité avec laquelle Ali Khamenei lui a permis de grimper les échelons au cours de ces dernières années laissent d’ailleurs à penser que Raisi pourrait bien être le successeur désigné de l’actuel guide suprême aujourd’hui âgé de 82 ans et dont la santé est dit-on déclinante. Cela dit, afin de parfaire son CV, il lui faudrait d’abord remporter une élection présidentielle. Bien que cela ne constitue pas une condition nécessaire pour accéder à la fonction suprême, remporter d’abord un scrutin populaire lors d’une élection présidentielle renforcerait sa légitimité s’il devait être appelé à la plus haute fonction dans les années à venir. Le guide suprême est en effet théoriquement désigné par l’Assemblée des experts et non élu au suffrage universel. Or, si Raisi est bien le successeur désigné par Khamenei (l’Assemblée des expert n’ayant alors plus qu’à entériner le choix du guide au moment du passage de flambeau), avoir remporté un scrutin présidentiel ne peut que renforcer sa stature et sa crédibilité auprès de la population iranienne. Après tout, Ali Khamenei a lui-même été le président de la République islamique au cours de deux mandats successifs (1981-1989). Attention cependant, il ne s’agit ici que d’une hypothèse, aussi plausible soit-elle. La question relative à la succession de l’actuel guide suprême soulève de très nombreuses spéculations et hypothèses. Or au final, le déroulé des évènements dépendra du rapport de force au sein du régime au moment où la question se posera effectivement. 
 
De tous les candidats conservateurs en lice, Ebrahim Raissi apparaît donc de loin comme le principal poids lourd. Il bénéficie d’ailleurs de la sélection des candidats effectuée par le Conseil des gardiens, ce dernier ayant disqualifié plusieurs modérés dont Eshaq Djahanguiri, l’actuel premier vice-président d’Hassan Rouhani. Aussi, tout semble avoir été planifié afin d’offrir à Raisi une voie royale en vue de de garantir son élection à la tête de l’exécutif. Les deux seuls candidats modérés autorisés à concourir, Abdolnaser Hemmati et Mohsen Mehralizadeh, ne présentent de prime abord pas un profil suffisamment solide que pour venir contrecarrer l’ascension de Raisi. Ce dernier a d’ailleurs lui-même publiquement déclaré suite à l’annonce de la liste des candidats que cette élection manquait de représentativité et qu’il allait dès lors écrire au Conseil des gardiens afin que plus de candidats modérés soient autorisés à concourir[3]. Il ne fut d’ailleurs pas le seul parmi les conservateurs à regretter la faible représentation de la faction modérée du régime dont la quasi-absence de cette élection risque bien de miner la légitimité du processus électoral et par conséquent la légitimité du président qui en sortira finalement vainqueur. Hassan Khomeini, le petit-fils du père fondateur de la République islamique et aujourd’hui proche des modérés a par ailleurs déclaré que ces disqualifications revenaient à nier l’élément républicain du régime et étaient par conséquent contre-révolutionnaires[4]

Des divisions sont également apparues au sein du Conseil des gardiens lui-même. Sur Twitter, Sadeq Amoli Larijani, le prédécesseur de Raisi à la tête du système judiciaire et aujourd’hui membre du Conseil a ainsi déclaré sur Twitter que la décision rendue par le Conseil était indéfendable et que celui-ci devait chercher à se remettre en question pour ne pas apparaître commune une institution peuplée de vieillard déconnectés des réalités de la population et plus particulièrement de la jeunesse. 

 



Messages de Sadeq Amoli Larijani critiquant la sélection du Conseil des gardiens

Autrement dit, certains conservateurs s’inquiètent que le favoritisme dont jouit Raisi soit bien trop évident et ne pousse au final une partie des électeurs à demeurer chez eux le jour de l’élection, ce qui viendrait nuire à la crédibilité de la République islamique qui cherche au contraire à garantir un taux de participation le plus élevé possible. En effet, Ali Khamenei ainsi que les autres personnalités du régime ne manquent jamais l’occasion après chaque élection d’instrumentaliser le taux de participation – surtout si celui-ci est élevé – en le présentant comme une preuve manifeste de la légitimité du régime et du soutien dont celui-ci jouit au sein de la population. 
 
 Outre le fait qu’il soit le candidat désigné des conservateurs et qu’il bénéficie à cet égard de certains avantages et soutiens des plus utiles, Raisi a également d’autres atouts à faire valoir et qui contribuent à façonner de lui une perception positive auprès d’une partie de la population : 
  • Il est connu sur la scène politique nationale sans avoir jamais été élu au parlement et sans n’avoir jamais occupé une fonction ministérielle ; il apparaît dès lors en quelque sorte avec un casier vierge sur la scène politique dans la mesure il ne fait pas partie de ceux qui ont embrassé une carrière d’élu et dont les résultats accumulés aux cours de leurs mandats antérieurs peuvent être critiqués aisément par leurs opposants. Autrement dit, n’avoir jamais eu à porter le poids de la responsabilité politique incombant à tout élu n’expose pas Raisi à certaines formes de critiques et moqueries qui touchent bien souvent les politiques iraniens. Au contraire, cela lui permet d’apparaître comme un candidat particulièrement intègre, au-dessus de la mêlée, et non comme un politicard dans un État où la méfiance à l’égard des politiques a été grandissante au cours de ces dernières années. 
  • De par les fonctions et les actions qui ont été les siennes au sein du système judiciaire, Raisi s’est construit une réputation de respectabilité et d’acteur actif dans le lutte contre la corruption. Cela contribue à renforcer son image de candidat intègre et il est aujourd’hui perçu par ses partisans comme un symbole d’incorruptibilité dans un système qui est lui au contraire gangrené par la corruption déclinée sous toutes ses formes. 
  • Conscient que plus de 50% de la population iranienne a aujourd’hui moins de 35 ans (et n’a donc pas connu la Révolution islamique de 1979), Raisi a cherché – déjà lors de sa première candidature en 2017 – à apparaître comme un conservateur relativement plus moderne et modéré que ses aînés. Il se déclare ainsi en faveur d’une plus grande place pour les femmes dans la société et il aime ainsi mettre en avant son épouse et sa réussite professionnelle et intellectuelle, dans la mesure où elle est titulaire d’un doctorat et qu’elle enseigne à l’université Shahid Beheshti[5]. Lors de la campagne présidentielle de 2017, Raisi avait également tenté de donner une image policée susceptible de le faire gagner en popularité auprès de la jeunesse en s’affichant notamment avec le rappeur iranien Amir Talatoo[6] ou encore en diffusant du rap et des musiques modernes lors de ses meetings de campagnes avec des femmes DJ en charge d’ambiancer ses supporters. Certains parmi ces derniers, ultra-conservateurs dans l’âme, n’avaient d’ailleurs guère apprécié ce choix et avaient condamné ce qui s’apparentait selon eux à une dérive. 
  • Enfin, et bien qu’il s’agisse d’un choix stratégique dans le cadre de sa campagne, Raisi ne se présente officiellement pas sous une étiquette conservatrice mais bien comme un candidat indépendant. L’objectif est ici encore de soigner son image afin de brasser un électorat le plus large possible tout en le faisant passer comme étant au-dessus des luttes intestines entre modérés et conservateurs. 

 

Concernant ses opinions politiques Ebrahim Raisi se montre traditionaliste sur les questions de société tout en cherchant à apparaître moins rigoriste que les conservateurs de la génération précédente. En effet malgré ses 60 ans, Raisi est relativement jeune compte tenu des standards du système politique iranien où il n’est pas rare de voir des mollahs de 80 ou 90 ans et plus occuper des fonctions de haut niveau, à l’instar d'Ahmad Jannati qui du haut de ses 94 ans occupe la présidence de l’Assemblée des experts ainsi que la fonction de secrétaire du Conseil des gardiens. Cela dit, Ebrahim Raisi demeure un conservateur attaché à l’application de la loi islamique comme l’ont démontré ses années au sein du système judiciaire. Il n’est donc en rien libéral concernant les questions de société et pourrait au mieux se montrer enclin à certains ajustements mineurs afin d’adapter le régime aux évolutions sociétales en lui offrant une soupape de sécurité et ainsi assurer sa pérennité. Il faut donc voir en Raisi un partisan du statu quo qui ne fera bouger certaines lignes qu'à minima et seulement s’il estime que cela s’avère absolument nécessaire à la sécurité du régime ainsi qu’à la sauvegarde des intérêts de celui-ci. 
 
Dans le domaine économique, Raisi se situe dans la ligne traditionnelle des ultraconservateurs : hostile au libéralisme économique, aux privatisations, et aux échanges avec l’étranger, il est en revanche un fervent défenseur de la doctrine dite de « l’économie de résistance », chère à Ali Khamenei, et qui défend l’idée de la recherche de l’autarcie économique au travers du développement des capacités de production nationale dans tous les domaines. Cette doctrine rejette ainsi la théorie économique des avantages comparatifs et est fortement critiquée par certains modérés qui estiment que la sécurité économique et financière du régime ne peut que passer par une plus grande intégration de l’Iran sur les marchés économiques internationaux. Raisi est donc un défenseur de l’économie planifiée privilégiant les entreprises publiques ou semi-publiques dont beaucoup sont aux mains de fondations religieuses (bonyad) et des Gardiens de la révolution. Il a par ailleurs promis de rehausser les subsides sur certains biens de première nécessité ; subsides qui ont été supprimés ou diminués sous Hassan Rouhani afin de ménager le budget de l’État. La vision économique de Raisi cible donc tout particulièrement la classe la plus défavorisée de la société iranienne au sein de laquelle ses propos rencontrent un écho certain. Cela dit, Raisi souffre d'un manque d'expérience et de connaissance dans le domaine économique et cette lacune est mise en avant par ses détracteurs alors que les questions économiques sont au centre des enjeux de cette élection présidentielle.
 
Pour ce qui est de la politique étrangère, les fonctions occupées jusqu’à aujourd’hui par Ebrahim Raisi ne l’ont jamais appelé à exposer régulièrement et dans le détail ses vues quant à la conduite des relations internationales. Lors de la campagne présidentielle de 2017, Raisi avait adopté un ton relativement modéré – pour un conservateur – sur le sujet des relations avec l’Occident mais s’était dans le même temps montré plus ferme que le président Hassan Rouhani. Ainsi, Raisi n’a jamais rejeté le JCPOA (cela aurait été très mal venu dans la mesure où cet accord a reçu l’assentiment du guide suprême) mais a pourtant estimé que l’administration Rouhani avait accordé trop de concessions à l’Occident sans obtenir suffisamment en retour. Il est donc difficile pour l’heure de prédire avec exactitude quelle forme pourrait prendre la politique étrangère du candidat conservateur s’il devait être élu même si certaines quasi-certitudes peuvent d’ores et déjà être avancées en ce qui concerne le fond de cette politique étrangère. Ainsi, sur la question du nucléaire, les négociations en cours avec les États-Unis et les autres grandes puissances sur le retour de Washington au sein du JCPOA pourraient se compliquer si aucun accord n’est conclu avec l’administration Rouhani avant l’entrée en fonction de la nouvelle administration iranienne[7]. Concernant le soutien de l’Iran à ses proxys, le rôle des Gardiens de la révolution (notamment la Force Al-Qods), le programme balistique, et les ambitions régionales de Téhéran, il est plus que probable que Raisi ne cherche en rien à adopter une posture moins agressive en revoyant toutes ces ambitions à la baisse. Les Gardiens de la révolution occupent à chaque fois une place centrale dans ces questions et ils ont pour l’heure très clairement marqué leur soutien à la candidature du chef du système judiciaire. 
 
Enfin, il convient de rappeler qu’Ebrahim Raisi est depuis le 4 novembre 2019 frappé par des sanctions américaines mises en place par le Treasury Department’s Office of Foreign Asset Control (OFAC) en vertu de l’Executif Order 13876[8] signé par le président Trump le 24 juin 2019[9]. Ce texte prévoir l’instauration de sanctions contre les hauts responsables du régime nommés à leur poste par Ali Khamenei. Autrement dit, et contrairement à ce que l’on peut souvent lire sur le web, ce n’est pas en raison de son implication dans le massacre des prisonniers politiques en 1988 que Raisi est aujourd’hui sur la liste des personnes sujettes à des sanctions de la part de Washington, mais bien en raison de sa nomination par Ali Khamenei à la tête du système judiciaire. Dans l’hypothèse où il serait élu président et qu’il quitterait dès lors son actuelle fonction, ces sanctions pourraient (conditionnel) théoriquement être levées mais cette possibilité dépendra également d’autres facteurs, notamment de l’état des relations entre Washington et Téhéran au moment où la question se posera effectivement. 
 
A quelques jours seulement de l’élection présidentielle, Raisi semble donc avoir toutes les cartes en main pour devenir le nouveau président iranien. Le taux de participation demeure cependant une source d’inquiétude pour le régime, pour les questions de légitimité évoquées précédemment. Dans une étude publiée en février 2021 par l’Université du Maryland, 53% des Iraniens sondés déclaraient qu’ils allaient « certainement » voter lors de l’élection présidentielle et 22% qu’ils allaient « probablement » voter[10]




 

Depuis lors cependant, l’apathie de la population à l’égard de l’élection à venir semble s’être accentuée. Selon les sondages publiés par ISPA[11] le taux de participation avant l’annonce de la liste définitive des candidats était estimé à seulement 43%. Par la suite, il est descendu à 36% avant de remonter aujourd’hui à 41%[12]. Le premier débat entre les candidats ne semble pas avoir pour l’heure suscité un soubresaut quant à l’intérêt porté à cette élection. Pour rappel, le taux de participation lors de l’élection présidentielle de 2017 était de 71%. 


 

Evolution du taux de participation anticipé. Aujourd'hui situé à 41%.


Deux principaux facteurs peuvent venir expliquer ce faible enthousiasme pour le scrutin à venir : 


1. Premièrement, l’état d’esprit de l’électorat modéré et centriste qui est globalement dépité et déçu par le faible bilan d’Hassan Rouhani après deux mandats, et ce tant sur le plan des libertés individuelles que sur le plan économique (sur ce point, il faut tout de même rappeler qu’à la décharge du président Rouhani, il a dû composer avec quatre années de Donald Trump à la Maison Blanche). Beaucoup d’Iraniens ont en effet aujourd’hui l’impression que voter n’est pas forcément utile dans la mesure où les modérés sont incapables de tenir leurs promesses, barrés dans leurs tentatives par les conservateurs qui tiennent d’autres leviers du pouvoir en contrôlant les principales institutions non-élues (comme le Conseil des gardiens) et parfois même d’autres institutions élues (comme le parlement depuis les élections législatives de 2020 lors desquelles, grâce à un très faible taux de participation – 42,5% – les conservateurs se sont emparés des 2/3 des sièges de l’assemblée). Qui plus est, l’absence d’accord quant au retour des États-Unis dans le JCPOA ne joue pas non plus en faveur des modérés (qui apparaissent encore incapables de tenir leurs promesses) et beaucoup s’interrogent quant à la possibilité d’un tel accord avant le jour de l’élection et ce en dépit des paroles rassurantes du président Rouhani[13]. L’absence d’accord donnerait du grain à moudre à l’argumentaire des ultraconservateurs qui estiment qu’un accord avec les États-Unis n’est soit pas possible, soit pas viable car Washington romprait tôt ou tard ses engagements. Sur ce dernier point, le retrait des États-Unis du JCPOA sous Donald Trump est venu conforter le discours ultraconservateur. Au final, il ressort qu’en février 2021, 64% des sondés déclarait vouloir voter pour un candidat critique de l’administration Rouhani[14]


Compte tenu de cet état d’esprit, l’électorat modéré et centriste pourrait bien demeurer passif le jour de l’élection s’il n’entrevoit pas l’espoir d’une évolution au travers d’un candidat suffisamment solide que pour porter ce désir de changement. Et encore, la lassitude est telle que parvenir à remobiliser l’électorat relèverait de l’exploit. Un mouvement de protestation appelant au boycott de l’élection a même vu le jour sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter, où il génère un véritable engouement avec les hashtags تحریم_انتخابات# (#boycottdesélections) et رای_بی_رای# (#votersansvoter). A l’inverse, l’électorat conservateur se mobilise toujours et répondra bien présent le jour J.

 

2. Deuxièmement, la sélection effectuée par le Conseil des Gardiens qui vient priver cette élection d’une véritable pluralité et compétitivité entre les candidats et différentes factions du régime. Plusieurs candidats potentiellement importants et populaires ont en effet été écartés, notamment Eshaq Djahanguiri, l’actuel premier vice-président d’Hassan Rouhani, Ali Larijani, l’ancien président du parlement et situé au centre de l’échiquier politique, Mahmoud Ahmadinejad, l’ancien président conservateur aujourd’hui repositionné au centre et qui jouit d’une popularité retrouvée, Mostafa Tajzadeh, l’ancien conseiller du président Khatami et l’une des voix réformistes les plus critiques envers les conservateurs, et enfin Mohammad Javad Azari-Jahromi, l’actuel – très jeune – ministre des technologies de l’information et des communications. Il ne s’agit ici que de quelques exemples, parmi les plus connus, mais il apparaît clairement que la liste définitive des candidats a été pensée afin de laisser le champs libre à Ebrahim Raisi. De plus, un autre poids lourd modéré avait déjà été écarté du scrutin avant même la collecte des candidatures par le Conseil des gardiens. Mohammad Javad Zarif, l’actuel ministre des affaires étrangères dont le rôle a été important lors de l’élaboration du JCPOA, a vu ses chances de candidature partir en fumée en avril dernier suite à la fuite d’extraits d’une interview de 7h qu’il avait accordé à l’économiste pro-Rouhani Saeed Leylaz. Initialement, le contenu de cette interview devait demeurer confidentiel et était réservé aux futures administrations ainsi qu’aux archives présidentielles. Or, dans les extraits qui ont fuité, Zarif critique ouvertement le rôle des Gardiens de la révolution et leurs interférences dans la politique étrangère iranienne. Il incrimine par ailleurs directement le général Qassem Soleimani, l’ancien commandant de la force Al-Qods, éliminé à Bagdad par une frappe américaine le 3 janvier 2020. Or, s’attaquer aussi frontalement aux Gardiens de la révolution ainsi qu’à un martyr devenu l’une des figures symboliques du régime équivalait purement et simplement à un suicide politique à partir du moment où cela devenait public et disqualifiait donc par avance Zarif de la course à la présidence. Suite à la révélation de ces propos, plusieurs parlementaires conservateurs ont appelé à la démission de Zarif et ce dernier a d’ailleurs été recadré directement par le guide suprême. Dans l’absolu cependant, les propos de Zarif ne constituent pas une surprise en soi et il n’y a pas de doute à avoir sur le fait qu’il est loin d’être le seul à penser de la sorte au sein des éléments modérés du régime. Cela dit, ces divergences internes n’ont pas vocation à se retrouver aussi brutalement exposées sur la place publique. Cette fuite ne pouvait donc que nuire aux éventuelles ambitions présidentielles de Zarif et une enquête est actuellement en cours afin de déterminer la ou les responsabilité.s derrière cet incident. A la vue de tous ces éléments, on comprend plus aisément pourquoi pour beaucoup d’Iraniens cette élection apparaît comme étant déjà jouée d’avance. Leur intérêt pour celle-ci s’en retrouve au final négativement affecté tant ils se sentent privés de la liberté de choisir décemment leur futur président.    

 

D'un autre côté, si l’électorat modéré a de quoi se désintéresser de cette élection, il n’en demeure pas moins qu’Ebrahim Raisi jouit d’une réelle popularité qui transcende les clivages politiques traditionnels. Ainsi, toujours selon l’étude publiée en février 2021 par l’Université du Maryland, l’actuel chef du système judiciaire iranien obtenait 75% d’opinions favorables, contre 61% pour Mohamad Zarif et seulement 36% pour Hassan Rouhani (on notera par ailleurs les 57% d’opinions favorables recueillis par M. Ahmadinejad).


Toujours selon la même étude, 28% des Iraniens sondés ont déclaré vouloir voir Raisi devenir le futur président de la République islamique, ce qui le plaçait alors en première position devant ses potentiels rivaux. On notera par ailleurs que les trois premières figures les plus populaires sont ici Raisi, Ahmadinejad, et Ghalibaf (l’actuel président du parlement), soit trois personnalités avec un profil conservateur (même s’il est difficile de classifier Ahmadinejad aujourd’hui tant ses prises de position ont été erratiques au cours de ces dernières années), ce qui illustre bien la déception générale vis-à-vis des modérés.
 


Dès lors, même si tout a été orchestré afin de sécuriser une victoire de Raisi lors du scrutin du 18 juin, il serait erroné de croire qu’il n’existe pas une tranche importante de la population iranienne qui souhaite bien le voir devenir le chef de l’exécutif. Cela dit, comme mentionné plus haut, si Raisi souhaite jouir d’une véritable légitimité, le régime doit parvenir à mobiliser suffisamment la population afin d'obtenir une participation élevée au scrutin. Il en va de la crédibilité du processus électoral et au-delà de la République islamique. Si Raisi est élu dans un fauteuil avec moins de 50% de participation, cela contribuera à polariser encore davantage la société iranienne et affaiblira le régime. 
 
Les modérés n’ont-ils vraiment aucune chance ?
 
Affirmer que les chances des modérés sont faibles relève de l’euphémisme tant la voie a été pavée pour faciliter l’élection d’Ebrahim Raisi et tant la lassitude prévaut aujourd’hui chez l’électorat modéré et centriste qui apparaît complètement dépité et apathique vis-à-vis du scrutin du 18 juin. 
 
Cela dit, les élections présidentielles iraniennes peuvent parfois donner lieu à de véritables surprises. En 1997, personne ou presque n’aurait oser parier sur une victoire de M. Khatami face Ali-Akbar Nategh-Nouri, le candidat conservateur, dont l’élection semblait elle aussi assurée. Pour l’élection présidentielle de juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad n’était crédité selon un sondage officiel publié par l’IRNA (Islamic Republic News Agency) que de 1,7% des voix à deux mois et demi de l’élection. Hashemi Rafsandjani apparaissait alors comme le vainqueur assuré du scrutin. Finalement, Ahmadinejad arrivera en tête en premier tour et remportera le second avec 61,7% des voix. Un tel revirement de situation serait-il possible en 2021 ? Rien n’est impossible mais la surprise serait encore plus grande qu’en 1997 et 2005 compte tenu du contexte actuel.
 
Pour l’heure, les principales factions modérées et centristes se sont regroupées derrière la candidature d’Abdolnaser Hemmati, un candidat jusqu’ici assez méconnu mais qui est parvenu à sa distinguer lors du premier débat télévisé du 5 juin dernier entre les différents candidats. 
 
Hemmati est un centriste modéré, membre du Parti des cadres de la construction, le parti politique qui porte l’héritage de l’ancien président Rafsandjani (centriste sur les questions de société, libéral du point de vue économique). Cela dit, afin sans doute de ne pas avoir à porter une certaine étiquette, Hemmati a choisi d’officiellement se présenter en tant que candidat indépendant et non en tant que représentant de ce parti. 

 

Hemmati a pour lui certains atouts : 

  • Il se distingue des politiciens de carrière dans la mesure où il n’a jamais occupé de mandat d’élu. Il ne peut donc être taxé de politicard et se présente au contraire comme un technocrate. Hemmati est ainsi docteur en sciences économiques, professeur d’université en économie, et il a été le gouverneur de la Banque centrale iranienne pendant presque trois ans, de juin 2018 au 30 mai 2021. Ce type de profil présente un certain avantage dans la mesure où le niveau d’étude et le statut social sont des critères extrêmement scrutés et importants dans la société iranienne qui demeure très hiérarchisée. Le fait qu’il présente un profil d’expert, de technocrate, qu’il soit professeur d’université, … tout cela lui prodigue une véritable légitimité et pourrait séduire celles et ceux qui ne souhaitent ni d’un religieux, ni d’un politicien, mais qui recherchent au contraire un candidat qui donne l’impression de savoir de quoi il parle. 
  • Le sujet principal de cette campagne présidentielle demeure la situation économique difficile du pays, laquelle affecte la vie de millions d’Iraniens. Compte tenu de son profil, Hemmati devrait pouvoir briller face à ses concurrents sur ce dossier dans la mesure où il est le seul candidat avec une véritable expertise et expérience concernant les affaires économiques et financières. 
  • Il n’est pas membre du clergé et ses opinions pourraient séduire aussi bien des électeurs centristes que des modérés. 

 

Hemmati fait cependant également face à certains obstacles :

  • S’il a l’avantage de ne pas être un politicien de carrière, tout comme Ebrahim Raisi, il n’est pas, à l’inverse de ce dernier, connu sur la scène politique iranienne. Alors que Raisi était déjà connu au niveau national avant le début de la campagne, il n’en va pas de même pour Hemmati. Or, compte tenu de la courte durée de la campagne présidentielle (moins d’un mois) le temps pourrait bien lui manquer pour se construire une véritable stature sur la scène politique nationale. 
  • Hemmati est assimilé au bilan économique d’Hassan Rouhani puisqu’il a été le gouverneur de la Banque centrale d’Iran au cours du second mandat de ce dernier. Ses détracteurs le rendent donc co-responsable de la mauvaise situation économique du pays. 

 

Selon le dernier sondage d’opinion publié par ISPA ce vendredi 11 juin, Abdolnaser Hemmati ne serait crédité que de 3,1% des voix, soit un résultat tout à fait dérisoire qui le placerait en 4ème position, derrière trois candidats conservateurs. C’est dire si la tâche s’annonce énorme – si pas impossible – pour le candidat modéré. 


Sondage publié le 11 juin 2021 portant sur les résultats attendus de l'élection du 18 juin prochain. Raisi arrive en tête avec 63,6% Hemmati se classe quatrième avec 3,1%.


 

Et pourtant, lors du premier débat présidentiel du 5 juin dernier, Hemmati était parvenu à se démarquer en affichant une personnalité forte. Avec son franc-parler et son bon sens de la formule, il a fait mieux que résister aux assauts des candidats conservateurs. Au final, il a démontré un certain charisme, à l’inverse d’Ebrahim Raisi qui est apparu plutôt mou et effacé lors de cet exercice. Pour un observateur neutre, il n’y a guère de doute qu’Hemmati est ressorti vainqueur de ce débat. 
 
Déjà, Hemmati est le seul des candidats à avoir porté un masque au cours du débat, voulant ainsi montrer un leadership par l’exemple et illustrer le fait que la pandémie de COVID 19, qui a si lourdement frappé l’Iran, n’est pas encore finie. Très vite, il a dû faire face à des attaques groupées des différents candidats conservateurs, dont certains, à l’instar de Moshen Rezaei, ont été particulièrement agressifs. Raisi lui, demeurait discret et calme. Hemmati a alors souligné le fait que les autres candidats conservateurs n’étaient là que pour faire le sale boulot de Raisi sans que celui-ci n’ait à se salir les mains, ce qui lui permettait dès lors de donner l’impression de se situer au-dessus de la mêlée. 

 

Lors du débat présidentiel du 5 juin 2021, Hemmati est le seul à porter un masque.

 

Sur les questions économiques, Hemmati a survolé le débat, donnant parfois l’impression de donner une claque intellectuelle à ses opposants, notamment à Raisi qui est resté très évasif sur la sujet. La candidat modéré n’a d’ailleurs pas manqué de souligner que l’économie constitue le principal chantier qui attend le prochain président et que Raisi n’a aucune connaissance dans ce domaine. Concernant ses connexions avec Hassan Rouhani et le bilan économique de ce dernier, Hemmati est parvenu à jouer l’équilibriste. D’un côté il a loué le charisme politique du président sortant en soulignant notamment ses qualités d’orateur, mais il a également affirmé que Rouhani n’y connaissait rien en économie et qu’il avait d’ailleurs été remercié de son poste de gouverneur de la Banque centrale en raison de divergences avec le président. Hemmati s’est présenté comme celui qui – de l’intérieur – a lutté contre le président sortant afin d’empêcher que la situation économique ne se dégrade davantage. Il a ainsi affirmé qu’en tant que gouverneur de la Banque centrale, il était parvenu à empêcher l’Iran de subir le même sort que le Venezuela. Profondément libéral, Hemmati a promis de lutter contre les monopoles d’État, de promouvoir le secteur privé et les privatisations, et d’ouvrir l’économie iranienne aux échanges avec l’étranger ainsi qu’aux investissements directs étrangers. On l’aura compris, du point de vue économique, Hemmati se situe aux antipodes de la doctrine de « l’économie de résistance » défendue par Raisi et Khamenei. Il a notamment promis que s’il était élu, il empêcherait l’Iran de devenir la nouvelle Corée du Nord, en référence à l’économie totalement planifiée et contrôlée par l’État au sein de la république populaire. En outre, il a également annoncé avoir un plan pour sauver l’agriculture du pays, laquelle est très fortement impactée par les sécheresses à répétition qui frappent l’Iran depuis des années. 

Concernant les relations avec l'Occident, Hemmati s'est présenté comme un supporter du JCPOA ainsi que comme étant favorable à des relations apaisées avec Washington. Il a par ailleurs déclaré ce mercredi 9 juin lors d'une interview avec Associated Press qu'il serait prêt à rencontrer le président Biden s'il était élu. 
 
Le second débat présidentiel qui s’est tenu le mardi 8 juin a vu se reproduire le même scénario que celui tenu trois jours plus tôt, à la seule différence que les échanges étaient beaucoup moins agressifs, ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de rendre le débat quelque peu soporifique en lui faisant perdre de son intérêt. Lors de la conclusion de ce second échange, Hemmati s’est directement adressé aux jeunes Iraniens, déclarant que le contrôle exercé par le régime sur la vie des gens devait être levé et que les jeunes devraient jouir de la liberté de conduire leur vie sociale comme ils l’entendent. 
 
En dépit de ses bonnes prestations lors de ces deux débats, Hemmati ne semble pas pour l’heure être parvenu à susciter un intérêt global chez l’électorat modéré qui demeure toujours peu intéressé par cette élection. Selon le dernier sondage réalisé par ISPA et publié ce vendredi 11 juin, le score d’Hemmati (3,1%) stagne toujours loin derrière ses opposants. Pour preuve du désintérêt des Iraniens, le même sondage relève que 63% de ceux-ci n’ont pas regardé le deuxième débat du 8 juin dernier. A une semaine de l’élection présidentielle, Raisi et les conservateurs ne semblent donc pas avoir à se faire du soucis. Si la société iranienne nous a déjà habitué par le passé à vivre quelques surprises, il faudrait cette fois-ci plus qu’un soubresaut de dernière minute pour venir menacer l’élection du candidat conservateur tant le fossé avec son concurrent apparaît énorme. 



[1] U.S. Department of Treasury, Treasury Designates Supreme Leader of Iran’s Inner Circle Responsible for Advancing Regime’s Domestic and Foreign Oppression, 4 novembre 2019, https://home.treasury.gov/news/press-releases/sm824

[2] Le Kharej est le plus haut niveau d'enseignement dispensé par un mujtahid (un mujtahid est un religieux chiite habilité à pratiquer l’ijtihad, à savoir la réflexion personnelle sur le sens caché de certains points du droit islamique). Dans un sens, il s'agit de la " Master Class" d'un mujtahid, qui est généralement dispensée à des disciples très prisés sur le point d'obtenir leur diplôme. Le fait de dispenser le Kharej confirme également la position du religieux en tant qu'instructeur respecté et 

[3] Al-Monitor, Prominent disqualified candidates urge Iranians to still vote, 26 mai 2021, https://www.al-monitor.com/originals/2021/05/prominent-disqualified-candidates-urge-iranians-still-vote#ixzz6xHVplzM9

[5] Alipour Z., Meet Iran’s potential next first ladies, al-Monitor, 19 mai 2017, https://www.al-monitor.com/originals/2017/05/iran-presidential-wives-sahebe-arabi-jamileh-alamolhoda.html

[6] Dagres H., This young Iranian rapper may have cost Raisi the presidency, al-Monitor, 31 mai 2017,

https://www.al-monitor.com/originals/2017/05/iran-raisi-tataloo-tatalee-election-race-endorsement-rapper.html#ixzz6xHWUh0WX

[7] Voir : Eiffling Vincent, Nucléaire iranien : obstacles et enjeux d’un accord renouvelé entre Washington et Téhéran, GRIP, 8 juin 2021, 36 p., https://grip.org/nucleaire-iranien-obstacles-et-enjeux-dun-accord-renouvele-entre-washington-et-teheran/

[8] Pour accéder au texte de l’Executif Order 13876, voir : https://home.treasury.gov/system/files/126/13876.pdf

[9] U.S. Department of Treasury, Treasury Designates Supreme Leader of Iran’s Inner Circle Responsible for Advancing Regime’s Domestic and Foreign Oppression, 4 novembre 2019, https://home.treasury.gov/news/press-releases/sm824

[10] Center for International and Security Studies at Maryland University, Iranian Public Opinion,

At the Start of the Biden Administration, Maryland University, Février 2021, https://cissm.umd.edu/research-impact/publications/iranian-public-opinion-start-biden-administration-report

[11] L’Iranian Student Pooling Agency est un centre de recherche et de sondage officiel en Iran. ISPA s’est notamment fait remarquer en 2017 pour ces excellentes prédictions quant au déroulé et aux résultats de l’élection présidentielle de cette année-là.

[13] Al-Monitor, Iran's Rouhani says problems with US ‘resolved’ in Vienna talks, 2 juin 2021, https://www.al-monitor.com/originals/2021/06/irans-rouhani-says-problems-us-resolved-vienna-talks#ixzz6xNJm8yNl ; Al-Monitor, Rouhani lashes out at hardline media over criticism of US nuclear talks, 8 juin 2021, https://www.al-monitor.com/originals/2021/06/rouhani-lashes-out-hardline-media-over-criticism-us-nuclear-talks#ixzz6xNKHJPmS

[14] Center for International and Security Studies at Maryland University, Iranian Public Opinion,

At the Start of the Biden Administration, Maryland University, Février 2021, https://cissm.umd.edu/research-impact/publications/iranian-public-opinion-start-biden-administration-report

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