mercredi 12 mai 2021

Ahmadinejad candidat à l'élection présidentielle de 2021 : retour sur une personnalité controversée

Ce mercredi 12 mai, Mahmoud Ahmadinejad, ancien président conservateur de 2005 à 2013 a officiellement déposé sa candidature à l'élection présidentielle du 18 juin prochain. Pour rappel, sa réélection en 2009 avait été entachée d'irrégularités, lesquelles avaient entrainé la dynamique contestataire du "mouvement vert".

Ahmadinejad ce mercredi 12 mai 2021, déposant sa candidature au Ministère de l'intérieur.

Déjà en 2017, M. Ahmadinejad avait tenté un come-back politique en déposant sa candidature pour l'élection présidentielle - malgré les propos du Guide, Ali Khamenei, qui l'avait invité à ne pas se présenter - mais celle-ci avait alors été rejetée par le Conseil des gardiens qui doit avaliser toutes les candidatures pour les élections se déroulant à l'échelon national (présidentielle et législative). Ce rejet avait suscité des réactions assez vives sur les réseaux sociaux iraniens, dans la mesure où la décision du Conseil n'avait pas été expliquée et donc justifiée. Ce rejet avait par ailleurs permis à Ahmadinejad de renforcer sa nouvelle posture : depuis qu'il a quitté ses fonction à l'été 2013, l'ancien président s'est en effet fait le héraut des anti-systèmes et des oubliés du régime. 

Cette évolution de son positionnement politique, si elle ne manque pas de surprendre, a parfois pris au cours de ces dernières années des allures qui contrastent véritablement et diamétralement avec l'image qui fût celle d'Ahmadinejad du temps de sa présidence. Il a en outre cherché à se rapprocher de la jeunesse, en critiquant le manque de libertés de cette dernière, il est devenu pro-actif sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter (alors que c'est son gouvernement qui a contribué à officiellement l'interdire en Iran), il a condamné la censure du régime et, surtout, il a remis en question le poids politique des institutions non-élues, il a questionné le pouvoir de certaines corporations proches du Guide, il a critiqué le poids des Gardiens de la révolution dans l'économie, et il a appelé à des élections libres et sans filtre du Conseil des gardiens. 

Sur les dossiers de politique étrangère, il a en outre condamné les tensions avec les pays arabes, et appelé au dialogue avec l'Arabie saoudite concernant le conflit au Yémen. Par ailleurs, il a dénoncé l'accord  de coopération signé récemment entre Téhéran et Pékin, accusant au passage les élites au pouvoir de "vendre" le pays aux Chinois.

Ces propos, conjugués à son train de vie modeste, renvoient l'image d'un homme simple, proche du peuple, qui affirme se soucier plus du bien être général que des privilèges des apparatchiks du régime. D'ailleurs, l'ancien président ne cesse de le marteler : "j'ai changé !" affirme-t-il régulièrement. Et dans les faits, ce nouveau positionnement politique a rencontré un certain écho au sein d'une partie de la population. Ainsi, selon les résultats d'une étude d'opinion menée par l'Université du Maryland et publiée en février 2021, M. Ahmadinejad récolte 57% d'opinions favorables auprès de la population iranienne. Cela dit, son score demeure inférieur à celui d'Ebrahim Raïssi (75% d'opinions favorables), l'actuel chef du système judiciaire qui devrait être le candidat principal des conservateurs pour l'élection présidentielle à venir. 

Cela dit, cette fois encore, il fort probable que le Conseil rejette la candidature de l'ancien président. Sa personnalité est jugée trop déstabilisatrice et le souvenir de son second mandat, ponctué par les heurts de sa réélection et une rivalité grandissante avec le Guide, ne joue véritablement pas en sa faveur. 

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