lundi 24 décembre 2018

Lecture : "Le métier de Diplomate".

La fonction de diplomate appartient à ces métiers suscitant généralement bien des fantasmes au sein de l’imaginaire collectif d’une population dont une infime partie seulement aura l’occasion d’approcher, voir de côtoyer – de près ou de loin – ces femmes et ces hommes qui occupent pourtant la première ligne du jeu diplomatique, lequel constitue le pilier central sur lequel repose l’expression de la politique étrangère des Etats. Ces fantasmes s’expliquent d’une part par la méconnaissance du métier de diplomate, lequel a été appelé à évoluer au cours de l’histoire, et d’autre part par le prestige dont est encore et toujours auréolé le tenant d’une telle fonction. Ne dit-on pas « Son Excellence », pour évoquer un ambassadeur ?

Son Excellence Mr. Raoul Delcorde, auteur du présent ouvrage que je vous présente brièvement au travers de ces quelques lignes, appartient à ces diplomates qui, non seulement fiers de leur fonction, se passionnent également pour l’histoire de celle-ci ainsi que pour son analyse contemporaine et prospective. Ancien ambassadeur du Royaume de Belgique en Pologne et au Canada, Mr. Delcorde est actuellement à la tête du pôle Moyen-Orient au sein du Ministère belge des Affaires étrangères mais il est également l’auteur de plusieurs ouvrages traitant de la diplomatie. Au regard de son expertise en la matière, tant théorique que pratique, il intervient régulièrement dans les enceintes universitaires afin d’y exposer ses lumières sur le rôle des agents diplomatiques dans les relations internationales. Son dernier ouvrage en date : « Le métier de diplomate », publié par l’Académie Royale de Belgique, est un ouvrage qui devrait ravir non seulement les étudiants et les professionnels des relations internationales, mais également un public plus large avide de connaissances dans le domaine de l’histoire des relations internationales et, plus globalement, de culture générale.



Sur la forme, l’ouvrage est assez court en termes de volume : 132 pages, le tout dans un format de type livre de poche. Ne vous y trompez pas : c’est un des points forts de cette publication dans la mesure où son auteur expose toute sa maitrise du sujet en parvenant à se montrer extrêmement pertinent au fil des pages et en allant directement à l’essentiel. Le tout, il faut bien l’admettre, est qui plus est rédigé par une plume particulièrement fine et habile, ce qui en rend la lecture d’autant plus facile et agréable. Les parties historiques, descriptives, et analytiques sont par ailleurs agrémentées d’anecdotes et d’exemples qui rendent le contenu plus intelligible tout en contribuant à maintenir l’attention du lecteur. Autrement dit, la recette est efficace et l’ensemble, agréable et intéressant, parvient à capter le lecteur qui ne se retrouve pas ici noyé dans un imposant volume  réservé au seul public averti. Cette accessibilité est sans contexte l’un des principaux avantages de cet écrit. L’art de rédiger une synthèse pertinente est une compétence en soi. Force est de constater que dans ce cas précis, en dépit de l’étendue du sujet, Mr. Delcorde y parvient avec une aisance qui semble toute naturelle.

Pour ce qui est du fond, l’ouvrage se divise en douze chapitres. Après une première partie relative à l’évolution historique du métier de diplomate – au sen large – sont abordés les différentes composantes et acteurs de la diplomatie, depuis le ministère des affaires étrangères jusqu’au consulat en passant, bien évidemment, par l’ambassade. L’aspect historique n’est alors jamais bien loin. Ainsi par exemple, la présentation moderne de la fonction d’ambassadeur est exposée au regard de l’évolution historique de la dite fonction. Comment naquit la fonction diplomatique ? Comment s’est-elle professionnalisée ? Comment s’est-elle modernisée en marge des évolutions de l’histoire moderne ? Quelles sont les différences entre un consul et un ambassadeur ? Autant de questions qui – parmi bien d’autres – trouvent dans ces pages une réponse. Viennent ensuite plusieurs chapitres évoquant les principales composantes de ce que l’on pourrait présenter comme une typologie de l’action diplomatique. Sont ainsi abordées la diplomatie économique, la diplomatie publique, la diplomatie multilatérale, la diplomatie des sommets, et enfin, la médiation. Encore une fois, l’auteur souligne l’aspect évolutif de ces différentes composantes de la diplomatie, leurs rôles dans les relations internationales contemporaines, et les défis qu’elles engendrent pour les acteurs en charge de la conduite de ces diplomaties.

Le dixième chapitre se penche sur l’épineuse question de la capacité d’enseigner la diplomatie. Ou, autrement dit, peut-on théoriser et transmettre un savoir et un savoir-faire qui à bien des égards se rapporte à un art et se pratique – ou se pratiquerait – dès lors comme tel ? Encore une fois, ne dit-on pas l’art de la négociation ou encore, plus globalement, l’art de la diplomatie ? 

Le onzième chapitre apparaît comme le plus personnel – du moins me semble-t-il – du point de vue de l’auteur. Mr. Delcorde se penche ici sur le devenir de l’action diplomatique au sein de l’ensemble, plus large, des relations internationales. L’analyse prospective à l’aune de l’histoire caractérise ainsi cette partie de l’ouvrage qui à mon sens sonne quelque peu comme une conclusion qui ne dit pas son nom. Or, quiconque s’est un jour essayé à l’exercice de la projection future dans le domaine des sciences politiques sait à quel point l’exercice peut s’avérer périlleux. Cela dit, il n’en demeure pas moins nécessaire, les experts se devant de formuler des hypothèses dans leur(s) domaine(s) d’expertise, sans quoi ils ne se cantonneraient qu'à expliquer à postériori "pourquoi" les choses ont évolué comme elles l’ont faite. Fort de son expérience pratique et de ses larges connaissances théoriques, l’auteur nous expose ici le cheminement intellectuel ayant conduit à l’élaboration de son point de vue sur le demain du métier de diplomate. L’accent qui y est mis sur l’importance de l’empathie – non pas dans le sens de sa définition communément répandue en tant que synonyme d’une quelconque compassion mais bien comme étant la capacité à voir et à comprendre le monde et/ou une situation particulière au travers des yeux d’autrui, de « l’autre » -  s’avère, me semble-t-il, particulièrement pertinent. L’importance de cette leçon devrait d’ailleurs s’étendre bien au-delà du cercle des diplomates car elle concerne au final l’ensemble d’une humanité bien trop naturellement encline aux préjugés et autres catégorisations réductrices.

Le douzième et dernier chapitre nous présente le portrait de trois diplomates, et non des moindres : Richard Holbrook (diplomate américain connu notamment pour son rôle dans la conclusion des accords de Dayton), Alva Myrdal (diplomate suédoise récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1982 pour ses actions en faveur du désarmement), et Robert Silvercruys (l’une des plus grandes figures de la diplomatie belge). 

Au final, pour peu que l’histoire et la pratique de la diplomatie (et des relations internationale) vous intéressent, je ne peux que vous conseiller cet ouvrage particulièrement pertinent, structuré, et accessible qui m’a – et c’est de loin le plus important – appris pas mal de choses sur un sujet que j’avais pourtant déjà effleuré au travers de diverses autres lectures, pourtant plus volumineuses mais moins à même de faire ressortir clairement l’essentiel.


Pour les références complètes de l’ouvrage en question : DELCORDE R., Le métier de diplomate, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 132 p. ISBN : 978-2-8031-0634-9

PS : L'ouvrage est également disponible au format Kindle via le lien suivant. 


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