dimanche 25 février 2018

Travailleurs humanitaires : quand le voile blanc vire au noir.

Aujourd'hui, je n'écris ni sur l'Iran, ni sur la Turquie. Je n'écris même pas sur le Proche ou le Moyen-Orient. Rien de tout cela, juste une petite réflexion sans grande prétention sur l'affaire qui secoue le monde des travailleurs humanitaires : l'affaire Oxfam. 

Je ne reviendrai pas sur les faits, déjà suffisamment traités dans la presse. Cela dit, je souhaite ici soulever un point particulier. Il s'est avéré qu'un certain nombre de personnes ont décidé de stopper net leurs cotisations mensuelles auprès d'Oxfam. Nous nous sommes régalés, lors des JT, des témoignages de ces personnes qui se sentent trahies, trompées, et qui ont juré que jamais plus on ne les y reprendrait. A toutes celles et ceux qui ont ou auraient agis de la sorte, qui se reconnaissent dans ce type de propos, je dis bravo ! Bravo d'illustrer à ce point toute l'ampleur de la médiocrité humaine. 

Que ne faut-il pas être naïf pour oser croire que les travailleurs humanitaires sont par nature toutes et tous des Saintes et Saints touchés depuis l'âge du landau par la grâce de l'altruisme le plus pur ? J'ai occupé pendant 6 ans la fonction de coordinateur du réseau NOHA (Network on Humanitarian Action) au sein de l'UCL (Université Catholique de Louvain - Belgique) et figurez-vous que j'ai un scoop qui va en décoiffer plus d'un : les travailleurs humanitaires sont des êtres humains comme les autres. Non, ils ne sont pas infaillibles. Non, il ne s'agit nullement d'un club réservé aux gens biens.  Oui, ce milieu abrite en son sein un certain nombre de crapules, intéressées par le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur les autres. Et oui, il y a un fameux contingent de narcissiques dans le milieu de l'action humanitaire. Ces derniers adorent se pavaner couverts du voile blanc de l'immaculée supériorité morale. Au fait, voici un autre scoop : des profils comme ceux-là, on en retrouve partout. Dans le secteur privé, dans le secteur public, ... Partout. Les connards, les crapules, les manipulateurs, et autres individus toxiques nous entourent en permanence. 

Au regard de cette réalité, il apparaît profondément stupide de cesser les dons versés aux oeuvres humanitaires incriminées. Le scandale d'Oxfam n'est que le premier (et encore, il y en a déjà eu), et il y en aura d'autres, comme en témoigne cet article de la BBC qui incrimine ni plus ni moins que la Croix Rouge dans un scandale du même type. En tant que donateur, venir pénaliser les bénéficiaires des programmes conduits par Oxfam (ou toute autre ONG), tout cela parce que une minorité d'imbéciles a terni l'image de l'organisation, c'est comme venir cracher à la figure de l'immense majorité de celles et ceux qui font leur travail correctement, bien souvent pour un salaire de misère. C'est également venir cracher à la figure de toutes celles et ceux qui travaillent bénévolement, pendant leurs temps libres, au service de la cause défendue par l'ONG. Ces derniers ne se contentent pas de faire des chèques et des virements. Ils donnent de leur personne. Ce sont eux, les premiers trahis par l'attitude de ces quelques tristes sires qui occupent depuis quelques jours déjà la une de l'actualité. 

Pour beaucoup, il est aisé de généraliser. Pour beaucoup, il est agréable de juger, et plus encore, de condamner. Le rabaissement de l'autre prodigue l'illusion d'une élévation de soi. Mais tout cela est contreproductif et inutile. Les organisations humanitaires n'ont nullement besoin de cela pour faire une autocritique nécessaire à une prise de conscience. Elles connaissent déjà le problème et tente de lutter contre celui-ci depuis des années. Au final, ce sont les personnes dans le besoin, de même que les travailleurs droits et honnêtes qui en pâtissent. Dans un monde où l'image et la perception subjective l'emportent contre la rationalité, ce constat ne surprend guère, hélas. 

Nombreux sont les métiers à souffrir de l'opprobre de la généralisation. Quelques politiques sont corrompus et voilà que tous les élus sont des vendus. Quelques militaires se rendent coupables de comportements condamnables, et voilà l'ensemble des femmes et des hommes actifs sous les drapeaux que l'on jette dans le même sac. Combien de fois n'ai-je pas entendu ces généralisations ? Je ne saurais le dire mais je puis affirmer que cela arrive trop souvent. Bien entendu, il y a également la masse conséquente de celles et ceux qui savent faire la différence. Je les en remercie. Pour ceux-là, ce post est inutile mais mon pessimisme quant à la nature humaine me laisse à penser que c'est malheureusement bien ceux-là qui le liront. La lecture, condition nécessaire mais non suffisante à l'instruction de l'esprit, constitue déjà une première étape dans la lutte contre le manichéisme et les généralisations. J'ai malheureusement souvent le sentiment que beaucoup préfèrent ruer dans les brancards, guider par l'impulsivité d'une réaction émotionnelle, plutôt que de se donner le temps de la réflexion et de l'analyse. Mais cela, me semble-t-il, n'est en rien nouveau. Ce phénomène est peut-être juste accentué et rendu plus visible par les réseaux sociaux. 

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