samedi 9 décembre 2017

Et si l'ambassade américaine demeurait malgré tout à Tel Aviv ?

Il est contant. Et fier ! Donald Trump ne semble pas mesurer les potentielles répercussions de sa décision quant au déménagement de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Il faut dire que beaucoup dans son entourage direct - dont son beau-fils Jared Kushner se trouve au premier rang - l'y ont encouragé et ne cessent de le caresser dans le sens du poil en chantant ses louanges et en vantant ses supposées qualités. Et pourtant : le Pentagone, la CIA, le Secrétariat d'Etat, ... Tous ont mis en garde le locataire orange de la Maison-Blanche contre les retombées néfastes de cette décision. En agissant de la sorte, Donald Trump a contribué à "Make America Hated Again", autrement dit à nuire à l'intérêt national américain tout en servant l'intérêt national israélien ou, pour être plus précis, l'intérêt de Benjamin Netanyahu. Le temps nous dira en effet si cette décision sert bien ou non les intérêts d'Israël. 

En tout cas, je pleins sincèrement les idéologues des mouvements extrémistes islamistes de tous bords (sarcasme) : ils se retrouvent de facto au chômage technique. A quoi bon tenter de chercher un moyen de diaboliser savamment la politique américaine lorsqu'il suffit de diffuser les paroles de Donald Trump. Les extrémistes lui disent merci.

Idem pour les régimes qui - à l'instar de l'Iran - reposent idéologiquement sur l'anti-américanisme. Déjà en février dernier, à l'occasion des célébrations de la Révolution islamique, le Guide suprême, l'Ayatollah Khamenei, avait cyniquement remercié Donald Trump pour avoir "montré le vrai visage de l'Amérique". Il faut dire qu'entre d'un côté la "star" de la télé-réalité qui insulte l'Islam et partage sur Twitter des vidéos appelant à la haine des musulmans et de l'autre un afro-américain dont le second prénom est Hussein et dont le nom de famille signifie "il est avec nous" en Persan, le choix des ultras iraniens est vite fait : il est beaucoup simple de vendre la résistance à l'Occident avec le premier qu'avec le second. Au final, la politique de Trump renforce les conservateurs iraniens et dessert les modérés qui voient les fondements de leurs discours partir en fumée. 

Mais il a quand même réussi une véritable prouesse diplomatique ! Ne l'oublions pas ! Il est parvenu à mettre d'accord sur un point l'ensemble du monde musulman ! Sunnites et Chiites s'accordent sur la question ! Riyad et Téhéran ne se contredisent pas ! L'Iran et la Ligue arabe vont dans le même sens ! Vous en rêviez ? Donald l'a fait. Chapeau bas l'artiste. 

Et à nouveau pour l'Iran c'est du pain béni ; du moins du point de vue idéologique. Il y a ici de quoi sortir et utiliser ce bon vieux termes de "résistance", à la base de l'idéologie du régime, à toutes les sauces ! Et en effet le monde musulman s'organise. Qui en prendra le leadership dans ce combat ? Probablement personne. La convergence des mots ne durera qu'un éphémère instant avant que les divergences solidement ancrées dans la réalité ne viennent retrouver leur rang. Mais la Turquie tente sa chance ! Elle a déjà convié plusieurs Etats à un grand sommet pour organiser la riposte. Erdogan le Sultan se rêve également Calife. Mais la route reste longue, voir impossible. Ankara avait prévenu Washington que Jérusalem constituait une ligne rouge pour les musulmans et qu'en cas de déménagement, la Turquie pourrait rompre ses liens diplomatiques avec Israël. Pour l'heure il n'en est rien. Erdogan fait beaucoup de bruit - comme à son habitude - mais aura-t-il ce qu'il faut pour aller jusqu'au bout de ses menaces ? Dans le cas contraire, se crédibilité sur la scène internationale - du moins ce qu'il en reste - se retrouvera encore un peu plus diminuée. 

Quoiqu'il en soit, Donald Trump est parvenu à redonner un nouveau souffle à l'anti-américanisme et à l'anti-occidentalisme. Il a offert une véritable bouffé d'air frais à tous les esprits en colère et à tous les extrêmes carburant à la haine au sein du monde musulman. Bien joué garçon. Bien joué. Et tout cela pourquoi ? Officiellement, à en croire Donald, c'est pour la paix. Curieux, j'ai toujours cru qu'une initiative pour la paix serait bien accueillie par les différentes parties au conflit. Ce n'est vraisemblablement pas le cas ici. Et quelle paix par ailleurs ? Bibi Netanyahu a déjà démontré son peu de considération pour la paix. Comme peut-on parler de paix alors que l'un des camps (gouvernements concernés) ne laisse pas entrevoir une réelle envie d'y parvenir ? C'est bien là tout le problème. En agissant de la sorte, Trump offre un blanc-seing à son ami Netanyahu. Qui plus, les violences à venir vont peut-être même renforcer la position de ce dernier sur la scène politique intérieure : "face à la crise, je suis le chef qu'il vous faut". Je sens venir la chose d'ici... Malheureusement. Par ailleurs, quel sera le rôle des Etats-Unis de Trump dans l'avenir de ce conflit ? N'ont-ils pas perdu la stature de pseudo-neutralité qu'ils tentaient de préserver ? Beaucoup risquent bien de le penser côté palestinien. Or, si la crédibilité de Washington est en cause, c'est son influence qui en pâtira. Qui sait : peut-être y-a-t-il ici une fenêtre d'opportunité à saisir pour l'Europe ? Encore faudrait-il qu'elle parvienne à se coordonner mais ça, c'est une autre histoire.  

Cette initiative exacerbe les tensions, encourage les extrêmes de tous bords et nuit à la paix. So why ? Par pure incompétence ? Donald Trump a tout de même pris un malin plaisir à s'auto-congratuler sur Twitter d'avoir tenu sa promesse de campagne, à l'inverse de ses prédécesseurs, images vidéos à l'appui. Et si au final, cette décision était aussi - mais pas seulement - un moyen pour le locataire de la Maison Blanche, d'entretenir son image d'homme de parole auprès de sa base électorale ? Et si après tout, l'ambassade américaine demeurait finalement à Tel Aviv ? Comment cela pourrait-il être possible ?

Tout simplement parce que l'on ne déménage pas une ambassade du jour au lendemain ! Surtout lorsque l'on s'appelle les Etats-Unis d'Amérique ! Les normes à respecter en vue de choisir le bâtiment - ou l'emplacement de sa construction - sont énormes, surtout dans une zone aussi crisogène que le Proche-Orient. Autrement dit, ce n'est pas encore pour tout de suite et actuellement tout reste à faire ! Rex Tillerson, l'actuel Secrétaire d'Etat (jusqu'à quand ?) l'a d'ailleurs lui-même déclaré : l'ambassade américaine ne bougera pas dans les deux ans à venir. Or, le premier mandat de Donald Trump se termine dans trois ans. Un peu de retard dans le dossier et le voilà qui ne peut être réalisé dans le délai imparti. Bien entendu, cela dépendra également de l'élection présidentielle américaine de 2020. Et, en cas de défaite de Trump, qui lui succéderait à la Maison-Blanche ? Ce nouveau président jugerait-il bon d'annuler le transfert si celui-ci n'a pas encore eu lieu ? Et même s'il estimait que cela irait dans l'intérêt des Etats-Unis, oserait-il le faire ? Ne nous y trompons pas : si l'ambassade n'a pas encore bougé d'ici à 2020, cette question sera abordée durant la campagne : "Comptez-vous maintenir le transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem si vous êtes élu ?". Répondre "non" - même si on le pense - serait électoralement risqué : l'électorat religieux, très important aux Etats-Unis et plus aisément mobilisé lors des scrutins, est majoritairement en faveur de l'Etat hébreux. Aussi, cette question demeure avant tout une hypothèse difficilement réalisable mais à laquelle il reviendra au temps de répondre. Dans tous les cas, même si ce transfert ne devait pas avoir lieu et que D. Trump se retrouvait éjecté de la Maison-Blanche, il pourrait toujours s'enorgueillir d'avoir tenu sa promesse de campagne. Et c'est peut-être aussi cela qu'il cherche. 

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