mercredi 21 juin 2017

Iran : mariage, divorce, mariage temporaire et évolution des moeurs.

En Iran, les moeurs évoluent lentement, notamment sur la question du mariage. L'âge moyen de ce dernier a augmenté ces dernières années, passant de 24 à 25 ans pour les hommes, et de 18 à 22 ans pour les femmes. Ce constat inquiète les conservateurs, d'autant plus que le taux de divorce a quant à lui augmenté considérablement, atteignant les 21% en 2014. Le régime a même décidé de rendre obligatoire le passage devant un conseiller conjugal pour les couples désireux de se séparer d'un commun accord, marquant ainsi une nouvelle intrusion du pouvoir religieux dans la sphère privée des citoyens iraniens. A cet égard, il convient de préciser qu'en Iran, un divorce peut s'avérer extrêmement coûteux pour le mari. Celui-ci doit en effet s'acquitter du Mehrieh en cas de divorce, soit un montant en pièces d'or convenu avant le mariage par les deux parties. Or les montants peuvent facilement atteindre des dizaines de milliers de dollars ; somme que certains hommes sont incapables de payer lors de leur séparation. Dans ce cas de figure, leur sort est peu enviable : c'est la prison ferme. Actuellement, selon les autorités judiciaires iraniennes, 2297 hommes sont ainsi emprisonnés pour ne pas avoir été en mesure de payer leur (ex-) femme suite à un divorce



Parallèlement à cela, de plus en plus de jeunes couples décident de vivre en concubinage et ce faisant, en totale infraction au regard de la loi islamique qui prévaut dans le pays. A cela vient s'ajouter le fait que le taux de fécondité est particulièrement bas (selon les critères des conservateurs) : 1,9 enfants par femme (similaire à ce que l'on observe en Europe occidentale). Dans un pays où plus de 50% de la population a moins de 35 ans, ce constat ne laisse présager rien de bon pour l'avenir démographique et économique du pays aux dires des conservateurs. 

Le rejet du mariage traditionnel par la jeune génération a engendré un recul du nombre de mariage enregistré de 7% dans les villes, et de 26% dans les villages. Les raisons de ce recul sont parfois bien différentes en fonction des cas. Ainsi, si une évolution des moeurs peut être observée auprès de la tranche la plus progressiste de la société (une minorité), les raisons économiques pousse également certaines familles traditionnelles à retarder les noces car en Iran, le mariage est aussi et surtout une histoire d'argent. Or la situation économique du pays s'est fortement détériorée ces dernières années, en raison des sanctions internationales, et la reprise, attendue suite à l'accord cadre sur la question nucléaire de juillet 2015, se fait toujours attendre.

Face à leur incapacité à contracter un mariage traditionnel, de plus en plus d'Iraniens se tournent vers le sigheh, le mariage temporaire. Celui-ci est propre à l'Islam chiite duodécimain (1) et est tout à fait légal en Iran. En fait, il est même encouragé par certaines autorités religieuses. Il permet de contracter un mariage - et donc d'entretenir des relations sexuelles - pour une durée déterminée. Autrement dit, en lieu en place d'un CDI, les Iraniens qui s'engagent dans cette voie optent donc pour un CDD, pouvant aller de quelques dizaines de minutes à plusieurs années. Si ce système permet à une partie de la jeunesse d'entretenir une vie sexuelle dans le cadre juridique posé par la République islamique, il ne faut pas oublier que ce mariage temporaire nécessite la validation d'un Mollah qui homologuera le sigheh contre rémunération. Sous couvert d'une promotion des bonnes moeurs au travers de l'encouragement de cette pratique (ce qui est d'ailleurs tout à fait discutable), une partie du clergé en profite donc pour prendre sa part au passage. 

Cette propagation de la pratique du sigheh s'accompagne par ailleurs de plusieurs effets pervers. Premièrement, elle constitue l'antichambre de la prostitution qui devient ici pratiquement adoubée par certains membres du clergé peu regardant quant au strict respect des critères théoriques du sigheh (lequel prévoit normalement qu'une femme se doit d'attendre deux menstruations avant de pouvoir contracter un nouveau mariage temporaire avec un autre homme) tant que cela leur rapporte de l'argent. Ensuite, parallèlement à cette évolution, les sites de rencontre proposant des mariages temporaires ont fleuri en Iran. Or les adeptes de cette pratique recherchent ici, pour beaucoup, avant tout un moyen de satisfaire leurs désirs sexuels dans un cadre légal et sans aucun engagement sur le long terme (2). Au final, certains membres du régime s'inquiètent d'un possible détournement, voir d'une instrumentalisation du sigheh au profit de pratiques "déviantes" au regard des moeurs prônées par la République islamique. A cela s'ajoute le fait que dans ces conditions, le sigheh ne répond en rien aux objectifs démographiques du régime de Téhéran. Afin de garder un certain contrôle sur cette pratique, le ministère de la jeunesse et des sports a même créé récemment un site officiel de rencontre destiné à la jeunesse du pays. Le sigheh est également à l'origine de nombreux abus de position dominante. Certains hommes, déjà mariés traditionnellement, proposent ainsi des mariages temporaires à des femmes dans le besoin, en échange d'une aide financière régulière (paiement de leur loyer par exemple). 

Ci-dessous, le documentaire d'ARTE intitulé "Les noces persanes", datant de 2010, et traitant justement de cette question du mariage temporaire : 


Enfin, un dernier documentaire, plus ancien (Divorce Iranian Style - 1998) sur le divorce en Iran : 



(1) Le mariage temporaire est en grande majorité rejeté par la branche sunnite de l'Islam, bien que certains oulémas sunnites tentent toujours de maintenir ce débat ouvert.
(2) En Iran, l'âge moyen du 1er rapport sexuel est de 14 ans. 75% des lycéens déclarent avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires différents, et 80% des lycéennes déclarent avoir eu des rapports sexuels avant d'obtenir leur diplôme de l'enseignement secondaire. (Enquête réalisée en 2008 par les autorités iraniennes).

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