vendredi 23 juin 2017

L'Iran à l'honneur dans Echappées Belles : De Persépolis à Ispahan.

Il y a de cela quelques semaines, ARTE diffusait un numéro de son magazine "Echappées Belles" consacré à l'Iran. Ce reportage, particulièrement intéressant pour qui souhaite découvrir la complexité ainsi que les paradoxes de la société iranienne, est disponible ci-dessous. La passage sur les jeunes filles iraniennes qui luttent quotidiennement pour défendre leurs libertés les plus élémentaires est particulièrement édifiant. 



Au passage, un autre reportage, tout aussi intéressant, quoi qu'un peu plus ancien (2016), toujours diffusé sur ARTE, cette fois dans le cadre de l'émission "Un billet de train pour ... l'Iran" :


mercredi 21 juin 2017

Iran : mariage, divorce, mariage temporaire et évolution des moeurs.

En Iran, les moeurs évoluent lentement, notamment sur la question du mariage. L'âge moyen de ce dernier a augmenté ces dernières années, passant de 24 à 25 ans pour les hommes, et de 18 à 22 ans pour les femmes. Ce constat inquiète les conservateurs, d'autant plus que le taux de divorce a quant à lui augmenté considérablement, atteignant les 21% en 2014. Le régime a même décidé de rendre obligatoire le passage devant un conseiller conjugal pour les couples désireux de se séparer d'un commun accord, marquant ainsi une nouvelle intrusion du pouvoir religieux dans la sphère privée des citoyens iraniens. A cet égard, il convient de préciser qu'en Iran, un divorce peut s'avérer extrêmement coûteux pour le mari. Celui-ci doit en effet s'acquitter du Mehrieh en cas de divorce, soit un montant en pièces d'or convenu avant le mariage par les deux parties. Or les montants peuvent facilement atteindre des dizaines de milliers de dollars ; somme que certains hommes sont incapables de payer lors de leur séparation. Dans ce cas de figure, leur sort est peu enviable : c'est la prison ferme. Actuellement, selon les autorités judiciaires iraniennes, 2297 hommes sont ainsi emprisonnés pour ne pas avoir été en mesure de payer leur (ex-) femme suite à un divorce



Parallèlement à cela, de plus en plus de jeunes couples décident de vivre en concubinage et ce faisant, en totale infraction au regard de la loi islamique qui prévaut dans le pays. A cela vient s'ajouter le fait que le taux de fécondité est particulièrement bas (selon les critères des conservateurs) : 1,9 enfants par femme (similaire à ce que l'on observe en Europe occidentale). Dans un pays où plus de 50% de la population a moins de 35 ans, ce constat ne laisse présager rien de bon pour l'avenir démographique et économique du pays aux dires des conservateurs. 

Le rejet du mariage traditionnel par la jeune génération a engendré un recul du nombre de mariage enregistré de 7% dans les villes, et de 26% dans les villages. Les raisons de ce recul sont parfois bien différentes en fonction des cas. Ainsi, si une évolution des moeurs peut être observée auprès de la tranche la plus progressiste de la société (une minorité), les raisons économiques pousse également certaines familles traditionnelles à retarder les noces car en Iran, le mariage est aussi et surtout une histoire d'argent. Or la situation économique du pays s'est fortement détériorée ces dernières années, en raison des sanctions internationales, et la reprise, attendue suite à l'accord cadre sur la question nucléaire de juillet 2015, se fait toujours attendre.

Face à leur incapacité à contracter un mariage traditionnel, de plus en plus d'Iraniens se tournent vers le sigheh, le mariage temporaire. Celui-ci est propre à l'Islam chiite duodécimain (1) et est tout à fait légal en Iran. En fait, il est même encouragé par certaines autorités religieuses. Il permet de contracter un mariage - et donc d'entretenir des relations sexuelles - pour une durée déterminée. Autrement dit, en lieu en place d'un CDI, les Iraniens qui s'engagent dans cette voie optent donc pour un CDD, pouvant aller de quelques dizaines de minutes à plusieurs années. Si ce système permet à une partie de la jeunesse d'entretenir une vie sexuelle dans le cadre juridique posé par la République islamique, il ne faut pas oublier que ce mariage temporaire nécessite la validation d'un Mollah qui homologuera le sigheh contre rémunération. Sous couvert d'une promotion des bonnes moeurs au travers de l'encouragement de cette pratique (ce qui est d'ailleurs tout à fait discutable), une partie du clergé en profite donc pour prendre sa part au passage. 

Cette propagation de la pratique du sigheh s'accompagne par ailleurs de plusieurs effets pervers. Premièrement, elle constitue l'antichambre de la prostitution qui devient ici pratiquement adoubée par certains membres du clergé peu regardant quant au strict respect des critères théoriques du sigheh (lequel prévoit normalement qu'une femme se doit d'attendre deux menstruations avant de pouvoir contracter un nouveau mariage temporaire avec un autre homme) tant que cela leur rapporte de l'argent. Ensuite, parallèlement à cette évolution, les sites de rencontre proposant des mariages temporaires ont fleuri en Iran. Or les adeptes de cette pratique recherchent ici, pour beaucoup, avant tout un moyen de satisfaire leurs désirs sexuels dans un cadre légal et sans aucun engagement sur le long terme (2). Au final, certains membres du régime s'inquiètent d'un possible détournement, voir d'une instrumentalisation du sigheh au profit de pratiques "déviantes" au regard des moeurs prônées par la République islamique. A cela s'ajoute le fait que dans ces conditions, le sigheh ne répond en rien aux objectifs démographiques du régime de Téhéran. Afin de garder un certain contrôle sur cette pratique, le ministère de la jeunesse et des sports a même créé récemment un site officiel de rencontre destiné à la jeunesse du pays. Le sigheh est également à l'origine de nombreux abus de position dominante. Certains hommes, déjà mariés traditionnellement, proposent ainsi des mariages temporaires à des femmes dans le besoin, en échange d'une aide financière régulière (paiement de leur loyer par exemple). 

Ci-dessous, le documentaire d'ARTE intitulé "Les noces persanes", datant de 2010, et traitant justement de cette question du mariage temporaire : 


Enfin, un dernier documentaire, plus ancien (Divorce Iranian Style - 1998) sur le divorce en Iran : 



(1) Le mariage temporaire est en grande majorité rejeté par la branche sunnite de l'Islam, bien que certains oulémas sunnites tentent toujours de maintenir ce débat ouvert.
(2) En Iran, l'âge moyen du 1er rapport sexuel est de 14 ans. 75% des lycéens déclarent avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires différents, et 80% des lycéennes déclarent avoir eu des rapports sexuels avant d'obtenir leur diplôme de l'enseignement secondaire. (Enquête réalisée en 2008 par les autorités iraniennes).

lundi 19 juin 2017

Reportage : les inégalités sociales en Iran

Un mois après la réélection de Hassan Rouhani à la présidence de l'Iran, retour sur ce très bon reportage de France 24 au sujet des inégalités sociales en Iran : 


Autre reportage (Euronews - février 2016), toujours sur le fossé qui sépare les différentes classes de la société iranienne : 


vendredi 16 juin 2017

Iran - Etats-Unis : nouvel incident dans les eaux du Golfe entre l'US Navy et la marine iranienne.

Selon un communiqué de la 5ème flotte américaine stationnée à Bahreïn, un navire de guerre iranien s'est approché dans la nuit de mardi à mercredi dernier de trois navires de l'US Navy situés dans les eaux du Golfe persique, de manière à les provoquer et tester ainsi leurs réactions.

Lors de cet incident, le navire iranien aurait illuminé avec un projecteur deux des navires américains (le USS Cole ainsi que le USS Bataan) mais il aurait aussi et surtout pointé un laser en direction d'un hélicoptère CH-53E qui les accompagnait. Au final, le navire iranien se serait approché à environ 700 m du USS Bataan. Cette provocation a été qualifiée de "dangereuse" ainsi que de "non professionnelle" par les responsables américains, qui ont souligné le danger que pouvait représenter un aveuglement au laser pour un pilote d'hélicoptère opérant de nuit. 

Ce type d'incident dans les eaux du Golfe n'est cependant pas rare entre Américains et Iraniens. Les deux marines se jaugent en effet régulièrement et ce depuis bien avant l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Il ne faut donc pas y avoir une recrudescence de tensions entre les deux pays.

On se souviendra notamment de la capture de marins américains par la marine iranienne en janvier 2016, juste avant le discours sur l'Etat de l'Union du Président Barack Obama. 


Un mois plus tard, ce "coup d'éclat" de la marine iranienne avait d'ailleurs été au coeur des célébrations de l'anniversaire de la Révolution islamique, avec plusieurs participants déguisés en marins américains capturés, le tout sous la supervision des bassidji. 



Rien que pour l'année 2016, le décompte officiel des militaires américains dénombre pas moins de 35 incidents avec la marine iranienne, décompte qui ne comprend pas les centaines d'autres interactions entre les deux marines qui ne sont pas qualifiées d'incident. 

Voici quelques-uns des cas les plus médiatisés : 

En juillet 2016, un incident impliquant le USS New Orleans ainsi que le USS Stout avec la marine iranienne avait fait grand bruit en raison de la présence à bord du Général Jospeh (Joe) Votel, le commandant du US Central Command qui supervise les forces américaines au Moyen-Orient. 

En août 2016, un autre incident, également qualifié de "dangereux" et "non professionnel" par la marine américaine avait obligé le USS Nitze a tiré une dizaine de fusées éclairantes en direction de quatre vedettes iraniennes qui s'étaient approchées à grande vitesse tout en ignorant ses multiples tentatives de communication radio. Les navires iraniens s'étaient approchées à environ 270 m du USS Nitze. 

Plus récemment encore, en janvier 2017, le USS Mahan tira trois coups de semonce avec son .50 contre plusieurs navires iraniens de type FIAC (Fast Inshore Attack Craft) qui s'approchaient de son bord à grande vitesse.  

Ces dernières années, la marine iranienne a fait preuve d'une volonté (du moins rhétorique) d'améliorer ses capacités opérationnelles, notamment dans le domaine de la capacité de projection de puissance. Cela dit, en dépit de tous les beaux discours, les capacités de Téhéran demeurent bien en-deça de ses ambitions.

Sources : 

- 10 U.S. Sailors in Iranian Custody, CNN, January 13, 2016. 
- Iran Mock U.S. Sailors in Revolution Day Parade, ABC, February 11, 2016. 
- Nine U.S. Navy Personel Disciplined Over Iranian Capture of 10 Sailors, The Guardian, June 30, 2016. 
- Navy Images Shows Iranian Boats in Incident Involving Top U.S. General, The Wall Street Journal, July 12, 2016. 
- Iran Vessels Harassed U.S. Destroyer Near Persian Gulf, Navy Says, The Wall Street Journal, August 24, 2016. 
- U.S. Navy Ship Fires Warning Shots at Iranian Vessels, The Wall Street Journal, January 9, 2017. 
- U.S. Accuses Iranian Naval Vessel in "Unsafe" Strait of Hormuz Encounter, The Wall Street Journal, June 14, 2017. 


Iran : Bassidji, sanctions, et conservateurs.

Aujourd'hui, retour dans l'Iran d'avant l'accord sur le nucléaire, à l'époque de M. Ahmadinejad, à l'époque des sanctions, avec un focus sur la tranche le plus conservatrice de la société iranienne, au travers de ce reportage réalisé en janvier 2013. Car en dépit de la victoire des modérés, fédérés autour de la personne de Hassan Rouhani lors de l'élection présidentielle de mai dernier, la société iranienne n'en demeure pas moins toujours profondément divisée. 


La première partie de ce reportage faisant la part belle aux membres du Bassidji, voici quelques références bibliographiques pour celles et ceux qui désireraient en apprendre d'avantage sur cette milice paramilitaire du régime iranien : 

- Golkar S., Captive Society. The Basij Militia and Social Control in Iran, New York, Columbia University Press, 2015, 289 p. 

Par ailleurs, je partage avec vous cet autre reportage (2014 - Sept à Huit), toujours sur la vie en Iran du temps d'avant l'accord sur la question nucléaire de juillet 2015. L'accent y est notamment mis sur le décalage entre les classes populaires, fortement touchées par les sanctions, et les classes plus aisées, situées notamment au Nord de Téhéran :


jeudi 15 juin 2017

Focus Iran, l’audace au premier plan

Pour info :


Alors que l’Iran sera à l’honneur lors des Rencontres photographiques d’Arles 2017 avec l’exposition Iran année 38 à partir du 3 juillet, ARTE propose un documentaire et une websérie inédits à la rencontre d’une scène photographique iranienne créative et audacieuse. Un regard engagé et inattendu sur un pays tiraillé entre modernité et tradition. 


A l’antenne : dimanche 9 juillet à 18h05

Un documentaire de Nathalie Masduraud et Valérie Urréa (52min)