vendredi 29 décembre 2017

Tournoi d'échecs en Arabie saoudite : Anna Muzychuk et le deux poids deux mesures.


"In a few days I am going to lose two World Champion titles - one by one. Just because I decided not to go to Saudi Arabia. Not to play by someone's rules, not to wear abaya, not to be accompanied getting outside, and altogether not to feel myself a secondary creature. Exactly one year ago I won these two titles and was about the happiest person in the chess world but this time I feel really bad. I am ready to stand for my principles and skip the event, where in five days I was expected to earn more than I do in a dozen of events combined. All that is annoying, but the most upsetting thing is that almost nobody really cares. That is a really bitter feeling, still not the one to change my opinion and my principles. The same goes for my sister Mariya - and I am really happy that we share this point of view. And yes, for those few who care - we'll be back!"

C'est par ces mots postés sur sa page Facebook que la championne d'échecs ukrainienne Anna Muzychuk a annoncé qu'elle renonçait à se rendre en Arabie saoudite pour y disputer le 1er tournoi "Roi Salman" qui se tient actuellement à Riyadh du 24 au 31 décembre.


Les motifs invoqués - refus de se soumettre à une tierce autorité, refus de porter une abaya, refus de devoir être accompagnée à l'extérieur et de se sentir comme une créature inférieure - peuvent apparaître tout à fait louables. En fait, lorsque l'on connait - même de manière très superficielle - les conditions de la femme en Arabie saoudite, la posture d'Anna Muzychuck sent bon le vent de la révolte féministe. Haut les coeurs camarades ! Voici le (la?) nouveau(elle?) héraut de notre cause, notre nouvelle porte-étendard ! 

Et il est vrai que cette déclaration a déclenché beaucoup d'émules. Positives pour la plupart, en soutien à la championne qui sacrifie ses titres sur l'autel de ses principes tout en renonçant à une grosse somme d'argent. Si ça ce n'est pas du courage ! Emules dans la presse tout d'abord. L'information a été reprise par plusieurs agences de presse et par plusieurs quotidiens (Libération, Huffington Post, Paris Match, L'Equipe, La Libre Belgique, le New York Times, The Guardian, ... Sur les réseaux sociaux ensuite. Sa publication Facebook regorge de commentaires positifs saluant l'attitude de la sportive. Sur Twitter également, nombreux sont les utilisateurs à avoir salué sa décision, y voyant une forme de courage ainsi que la manifestation d'un véritable comportement féministe. Elle "dénonce", elle "se dresse contre", elle "lutte", ... ne sont que quelques exemples des nombreuses formulations que j'ai observées depuis quelques jours. 

Cela dit, est-ce vraiment la meilleure attitude à adopter dans ce cas de figure ? Et oui, c'est un homme blanc européen dans la trentaine et issu de la classe moyenne qui plus est qui a l'outrecuidance d'oser poser la question et alimenter le débat. 

Du courage. Vraiment ? 

Ce qui me surprend beaucoup, c'est qu'énormément de personnes assimilent la décision d'Anna Muzychuck a un geste courageux. Avec ces quelques mots tapés depuis son clavier, elle est devenue une héroïne, un véritable symbole bien plus médiatisé que les nombreuses femmes qui subissent elles la répression au quotidien. Cela me gêne. Oserai-je dire qu'il y a là un mécanisme inconscient qui flatte l'égo du petit protestataire occidental de salon qui se voit en lutte depuis son fauteuil contre l'injustice mondiale et qui perçoit en Anna une figure au travers laquelle se projeter ? J'espère me tromper. Cela dit, je peux comprendre les personnes qui l'applaudissent de la sorte mais je ne suis pas d'accord avec elles. Selon moi, leur "analyse" est biaisée et repose avant tout sur un réflexe humain primaire : celui du repli sur soi et de la retraite face à environnement/interlocuteur hostile et/ou méconnu. On est donc dans l'émotionnel le plus basique et ce d'autant plus que le climat ambiant est pour le moins favorable à ce type de comportement à l'égard du monde musulman. Ne le nions pas, il a dans l'air de notre société comme un léger fumet d'islamophobie et beaucoup sont heureux de pouvoir taper ici sur le dos de l'Arabie saoudite et par procuration sur le dos du monde musulman tout en se couvrant du drap blanc de la supériorité morale. C'est aisé et facile. Oui oui je sais, c'est aussi réducteur diront certains (du moins je l'espère !). Cela pue l'amalgame même ! Et pourtant nombreux sont ceux qui y ont recourt et pour qui cela devient LA vérité. Or le monde musulman ne se réduit pas à l'Arabie saoudite où il est pourtant vrai qu'il y a encore une sérieuse marge de progrès (et je pèse mes mots) dans le domaine des droits de la femme (et des droits humains tout court qui plus est). Je l'ai déjà dit, je ne trouve pas cette attitude courageuse. Pour moi le courage aurait été de s'y rendre, de les regarder dans les yeux et de sortir son meilleur jeu, histoire de montrer de quoi elle était capable. Cela aurait eu de la gueule et du panache, un peu à l'image de Rocky défiant Ivan Drago dans Rocky IV au plein coeur de l'Union soviétique. Là, ça fait juste pantouflarde. 


Une attitude féministe favorable aux droits de la femme. Vraiment ? 

Je n'irai pas jusqu'à dire que le choix d'Anna Muzychuck est anti-féministe, loin de là. Cela dit, je ne vois pas en quoi il sert la cause féministe. Quoi ? Toute cette médiatisation permet d'attirer l'attention sur les conditions de la femme en Arabie saoudite ? Désolé de vous l'annoncer mais on ne l'avait pas attendue pour cela. En fait, tout ça me rappelle le cas du championnat d'échecs qui s'est tenu à Téhéran en février-mars 2017. Là aussi, beaucoup de personnes avaient appelées au boycott de l'évènement (les Etats-Unis n'y ont d'ailleurs pas participé) et une jeune championne, Nazi Paikidze, avait alors annoncé publiquement son intention de ne pas se joindre à la compétition

En Iran, où nombreux sont les jeunes qui jouent aux échecs dans les parcs, ces appels au boycott avait été unanimement dénoncés, indépendamment des opinions politiques à l'égard du régime en place. Celles et ceux qui prônent le boycott ne comprennent pas que ce faisant, ils distribuent des munitions aux extrémistes hostiles à l'Occident. A Téhéran, cette attitude avait été présentée par le régime comme une preuve de "l'arrogance occidentale", thème cher et récurant des éléments de langage issus du khomeynisme. Et les féministes iraniennes (je parle ici des celles résidant en Iran, pas de celles issues de la diaspora) de s'offusquer de l'attitude de leurs congénères occidentales. Fières de s'être battues pour avoir le droit de tenir ce tournoi, fières de montrer que leurs capacités intellectuelles leur permettent de joueur aux échecs au plus haut niveau, voilà que leur rêve risquait de partir en fumée et raison d'un orgueil et d'une sensibilité mal placée chez celles qui auraient dû être les premières à les soutenir. Elles n'étaient pas heureuses et ont dénoncé cette attitude allant à l'encontre de ce pourquoi elles s'étaient battues. "Vous refusez de venir en Iran car vous devrez y porter le foulard pour quelques jours ? Nous, nous devons le porter tous les jours et ce tournoi est une première victoire vers une plus grande reconnaissance de la femme". Voilà en substance quel était le message des Iraniennes envers celles qui déclaraient ne pas vouloir participer. Vu d'Iran, ce tournoi était une victoire contre l'oppression banalisée dont sont victimes les femmes dans le pays, ainsi qu'une incroyable vitrine pour la cause féministe. En Arabie saoudite, où le jeune prince héritier Mohammad ben Salman - dit MBS - semble tout doucement contribuer à faire bouger les lignes concernant la place de la femme dans la société, participer à ce tournoi aurait été un encouragement envers les femmes ainsi qu'un geste de soutien, plutôt qu'une quelconque soumission envers un régime autoritaire. Quoi ? L'évènement va être instrumentalisé par Riyadh ? Sans blague ! Bien entendu que l'Arabie saoudite va s'en servir. Cela s'appelle de "la communication". Et j'ai envie de dire : "Et alors ?". Ce qui compte si l'on s'en tient à la ligne de raisonnement selon laquelle le plus important, c'est la femme, c'est que la société saoudienne voit un maximum de femmes pratiquer les échecs au plus haut niveau. Par ailleurs, croire sincèrement, en tant que personne libre vivant en Occident, que si l'on boycotte une telle compétition cela va faire bouger les lignes en Arabie saoudite (ou en Iran), c'est tout de même faire preuve d'un narcissisme éhonté. Si telle est votre opinion, sachez chers amis que le régime saoudien (et iranien) n'en n'a absolument rien à faire (et je reste poli) de ce que vous pensez. Ne vous croyez donc pas plus importants que vous ne l'êtes. Il n'a cure de votre bénédiction ou de votre révulsion à son égard.  

Anna Muzychuk, l'Iran et l'Arabie saoudite : deux poids, deux mesures. 

"I am ready to stand for my principles and skip the event". Ok. Donc, c'est une question de principes. Noble combat. C'est beau l'idéalisme. J'y adhérais aussi étant jeune bien que je ne sois pas si vieux que ça. Non non je ne suis pas devenu aigri mais plutôt réaliste et pragmatique. Si tu veux battre le diable, cela ne sert à rien de refuser sa danse au nom de tes principes. Mieux vaut l'accepter et danser serré, une lame bien aiguisée cachée dans le dos et prête à l'emploi. Tel est plutôt mon créneau. Bien entendu, cela demande de s'assoir parfois sur ses principes et, croyez-le ou non, c'est bien souvent plus difficile que de les suivre à la lettre. Pourquoi ? Vous croyez sincèrement que le plus facile c'est de rester tranquillement passif et sortir son joker "raisons morales/question de principes" ou de transgresser ses valeurs profondes pour servir une cause/atteindre un objectif qui va bien au-delà de votre intérêt personnel immédiat ? Quand on transgresse ses propres valeurs, il faut savoir vivre avec les conséquences par après. 

Très bien. Ce que je souhaiterais dès lors comprendre, c'est pourquoi Anna Muzychuk a-t-elle participé à un tournoi en République islamique d'Iran en février-mars 2017 ? Certes, la condition de la femme est un petit moins pénible en Iran qu'en Arabie saoudite mais aux dires de son explication, il me semble que la championne aurait également dû faire l'impasse sur cette compétition. 


Qui plus est, comme le montre la photo ci-dessus, la sportive n'a pas hésité à porter le foulard islamique pendant la totalité du tournoi qui s'est tenu à Téhéran. Or elle avance l'argument de la contrainte vestimentaire dans son texte expliquant son boycott de la compétition de Riyadh. A y regarder de plus près, il y a là une certaine incohérence dans la mesure où la Fédération internationale d'échecs a publié un communiqué le 14 novembre dernier, soit plus d'un mois avant le message posté sur son compte FB, expliquant que les participantes ne seraient soumises à aucune obligation de porter un quelconque vêtement religieux

Autrement dit, pour les participantes, les contraintes vestimentaires étaient plus importantes en Iran qu'elles ne le sont actuellement en Arabie saoudite comme en témoigne cette photo de l'évènement : 



Comme si cela ne suffisait pas, les témoignages des participantes actives sur Twitter laissent entendre que les conditions du tournoi sont particulièrement bonnes et que les participantes ne sont pas du tout surveillées et rabaissées comme le craignait Anna Muzychuk. 

Au-delà de la médiatisation à outrance de son cas qui est repris, partagé et loué en masse sans aucun esprit critique sur les réseaux sociaux, la question que je me pose est la suivante : pourquoi ? Pourquoi ce refus de se rendre en Arabie saoudite ? L'argument des valeurs me semble faible compte tenu de ses antécédents. Du coup, certains s'interrogent et les contradictions sont le terreau favorable à l'émergence des théories les plus farfelues (ou pas). Exemple lu et entendu : "bien qu'Ukrainienne, elle est proche de Poutine et pour ce dernier, c'est une bonne occasion de détruire une opération de com' menée par l'Riyadh". Peut-être. Je ne la connais pas et je ne suis pas dans le secret des Dieux. Mais il y a d'autres possibilités. Peut-être a-t-elle reçu des menaces ou des critiques suite à sa participation à la compétition de Téhéran et que cela l'a affectée ? Peut-être est-elle sincère et qu'au regard de ses convictions, son séjour en Iran résulte d'une erreur de jeunesse (elle n'a aujourd'hui que 27 ans). Il est inutile de chercher midi à 14h. Cela dit, elle n'a jamais - à ma connaissance - reconnu avoir commis un impair en se rendant en Iran. Aussi peut-être bien y-a-t-il des lobbys/intérêts à l'oeuvre dans l'ombre, nous n'en savons rien pour l'instant, peut-être ne le saurons-nous jamais mais cela, seul le temps nous le dira. 

dimanche 10 décembre 2017

Turning point for Yemen? Ex-president Saleh killed as alliance with Houthis crumbles

Très intéressant débat sur France 24 en anglais concernant les scénarios de l'évolution politique à venir au Yémen consécutivement à l'élimination de l'ancien président Saleh.


samedi 9 décembre 2017

Et si l'ambassade américaine demeurait malgré tout à Tel Aviv ?

Il est content. Et fier ! Donald Trump ne semble pas mesurer les potentielles répercussions de sa décision quant au déménagement de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Il faut dire que beaucoup dans son entourage direct - dont son beau-fils Jared Kushner se trouve au premier rang - l'y ont encouragé et ne cessent de le caresser dans le sens du poil en chantant ses louanges et en vantant ses supposées qualités. Et pourtant : le Pentagone, la CIA, le Secrétariat d'Etat, ... Tous ont mis en garde le locataire orange de la Maison-Blanche contre les retombées néfastes de cette décision. En agissant de la sorte, Donald Trump a contribué à "Make America Hated Again", autrement dit à nuire à l'intérêt national américain tout en servant l'intérêt national israélien ou, pour être plus précis, l'intérêt de Benjamin Netanyahu. Le temps nous dira en effet si cette décision sert bien ou non les intérêts d'Israël. 

En tout cas, je pleins sincèrement les idéologues des mouvements extrémistes islamistes de tous bords (sarcasme) : ils se retrouvent de facto au chômage technique. A quoi bon tenter de chercher un moyen de diaboliser savamment la politique américaine lorsqu'il suffit de diffuser les paroles de Donald Trump. Les extrémistes lui disent merci.

Idem pour les régimes qui - à l'instar de l'Iran - reposent idéologiquement sur l'anti-américanisme. Déjà en février dernier, à l'occasion des célébrations de la Révolution islamique, le Guide suprême, l'Ayatollah Khamenei, avait cyniquement remercié Donald Trump pour avoir "montré le vrai visage de l'Amérique". Il faut dire qu'entre d'un côté la "star" de la télé-réalité qui insulte l'Islam et partage sur Twitter des vidéos appelant à la haine des musulmans et de l'autre un afro-américain dont le second prénom est Hussein et dont le nom de famille signifie "il est avec nous" en Persan, le choix des ultras iraniens est vite fait : il est beaucoup simple de vendre la résistance à l'Occident avec le premier qu'avec le second. Au final, la politique de Trump renforce les conservateurs iraniens et dessert les modérés qui voient les fondements de leurs discours partir en fumée. 

Mais il a quand même réussi une véritable prouesse diplomatique ! Ne l'oublions pas ! Il est parvenu à mettre d'accord sur un point l'ensemble du monde musulman ! Sunnites et Chiites s'accordent sur la question ! Riyad et Téhéran ne se contredisent pas ! L'Iran et la Ligue arabe vont dans le même sens ! Vous en rêviez ? Donald l'a fait. Chapeau bas l'artiste. 

Et à nouveau pour l'Iran c'est du pain béni ; du moins du point de vue idéologique. Il y a ici de quoi sortir et utiliser ce bon vieux termes de "résistance", à la base de l'idéologie du régime, à toutes les sauces ! Et en effet le monde musulman s'organise. Qui en prendra le leadership dans ce combat ? Probablement personne. La convergence des mots ne durera qu'un éphémère instant avant que les divergences solidement ancrées dans la réalité ne viennent retrouver leur rang. Mais la Turquie tente sa chance ! Elle a déjà convié plusieurs Etats à un grand sommet pour organiser la riposte. Erdogan le Sultan se rêve également Calife. Mais la route reste longue, voir impossible. Ankara avait prévenu Washington que Jérusalem constituait une ligne rouge pour les musulmans et qu'en cas de déménagement, la Turquie pourrait rompre ses liens diplomatiques avec Israël. Pour l'heure il n'en est rien. Erdogan fait beaucoup de bruit - comme à son habitude - mais aura-t-il ce qu'il faut pour aller jusqu'au bout de ses menaces ? Dans le cas contraire, se crédibilité sur la scène internationale - du moins ce qu'il en reste - se retrouvera encore un peu plus diminuée. 

Quoiqu'il en soit, Donald Trump est parvenu à redonner un nouveau souffle à l'anti-américanisme et à l'anti-occidentalisme. Il a offert une véritable bouffé d'air frais à tous les esprits en colère et à tous les extrêmes carburant à la haine au sein du monde musulman. Bien joué garçon. Bien joué. Et tout cela pourquoi ? Officiellement, à en croire Donald, c'est pour la paix. Curieux, j'ai toujours cru qu'une initiative pour la paix serait bien accueillie par les différentes parties au conflit. Ce n'est vraisemblablement pas le cas ici. Et quelle paix par ailleurs ? Bibi Netanyahu a déjà démontré son peu de considération pour la paix. Comme peut-on parler de paix alors que l'un des camps (gouvernements concernés) ne laisse pas entrevoir une réelle envie d'y parvenir ? C'est bien là tout le problème. En agissant de la sorte, Trump offre un blanc-seing à son ami Netanyahu. Qui plus, les violences à venir vont peut-être même renforcer la position de ce dernier sur la scène politique intérieure : "face à la crise, je suis le chef qu'il vous faut". Je sens venir la chose d'ici... Malheureusement. Par ailleurs, quel sera le rôle des Etats-Unis de Trump dans l'avenir de ce conflit ? N'ont-ils pas perdu la stature de pseudo-neutralité qu'ils tentaient de préserver ? Beaucoup risquent bien de le penser côté palestinien. Or, si la crédibilité de Washington est en cause, c'est son influence qui en pâtira. Qui sait : peut-être y-a-t-il ici une fenêtre d'opportunité à saisir pour l'Europe ? Encore faudrait-il qu'elle parvienne à se coordonner mais ça, c'est une autre histoire.  

Cette initiative exacerbe les tensions, encourage les extrêmes de tous bords et nuit à la paix. So why ? Par pure incompétence ? Donald Trump a tout de même pris un malin plaisir à s'auto-congratuler sur Twitter d'avoir tenu sa promesse de campagne, à l'inverse de ses prédécesseurs, images vidéos à l'appui. Et si au final, cette décision était aussi - mais pas seulement - un moyen pour le locataire de la Maison Blanche, d'entretenir son image d'homme de parole auprès de sa base électorale ? Et si après tout, l'ambassade américaine demeurait finalement à Tel Aviv ? Comment cela pourrait-il être possible ?

Tout simplement parce que l'on ne déménage pas une ambassade du jour au lendemain ! Surtout lorsque l'on s'appelle les Etats-Unis d'Amérique ! Les normes à respecter en vue de choisir le bâtiment - ou l'emplacement de sa construction - sont énormes, surtout dans une zone aussi crisogène que le Proche-Orient. Autrement dit, ce n'est pas encore pour tout de suite et actuellement tout reste à faire ! Rex Tillerson, l'actuel Secrétaire d'Etat (jusqu'à quand ?) l'a d'ailleurs lui-même déclaré : l'ambassade américaine ne bougera pas dans les deux ans à venir. Or, le premier mandat de Donald Trump se termine dans trois ans. Un peu de retard dans le dossier et le voilà qui ne peut être réalisé dans le délai imparti. Bien entendu, cela dépendra également de l'élection présidentielle américaine de 2020. Et, en cas de défaite de Trump, qui lui succéderait à la Maison-Blanche ? Ce nouveau président jugerait-il bon d'annuler le transfert si celui-ci n'a pas encore eu lieu ? Et même s'il estimait que cela irait dans l'intérêt des Etats-Unis, oserait-il le faire ? Ne nous y trompons pas : si l'ambassade n'a pas encore bougé d'ici à 2020, cette question sera abordée durant la campagne : "Comptez-vous maintenir le transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem si vous êtes élu ?". Répondre "non" - même si on le pense - serait électoralement risqué : l'électorat religieux, très important aux Etats-Unis et plus aisément mobilisé lors des scrutins, est majoritairement en faveur de l'Etat hébreux. Aussi, cette question demeure avant tout une hypothèse difficilement réalisable mais à laquelle il reviendra au temps de répondre. Dans tous les cas, même si ce transfert ne devait pas avoir lieu et que D. Trump se retrouvait éjecté de la Maison-Blanche, il pourrait toujours s'enorgueillir d'avoir tenu sa promesse de campagne. Et c'est peut-être aussi cela qu'il cherche. 

Face aux bouleversements du monde, la montée en puissance solitaire de l’Iran



Je partage avec vous aujourd'hui un lien renvoyant vers l'émission "Face aux bouleversements du monde, la montée en puissance solitaire de l'Iran", une excellente émission qui s'accompagne également de plusieurs vidéos pertinentes à même d'éclairer les propos tenus. Bonne écoute. 

mardi 14 novembre 2017

L'Arabie saoudite au coeur de l'actualité.

Peut-être l'aurez-vous remarqué : l'Arabie saoudite a occupé les premières pages de l'actualité internationale au cours de ces dernières semaines. Entre la "démission" de Saad Hariri et les purges entreprises par le prince héritier, Mohammad ben Salmane, le royaume saoudien n'a pas manqué de faire couler beaucoup d'encre et d'alimenter les discussions entre spécialistes.  

J'en profite dès lors pour partager ici avec vous une vidéo de Nathan Brown (Carnegie Middle East Center), expert de l'Arabie saoudite, et qui nous livre quelques éléments de son analyse. 


lundi 7 août 2017

Iran, une jeunesse en quête de la liberté

Je me rappelle lors de mes premiers voyages en Iran (presque 10 ans déjà ...), alors que je me rendais à l'Est du pays à la découverte de ses déserts, je fut frappé par le nombre important de "touristes" iraniens, tous des jeunes au début de la vingtaine, qui venaient "visiter" le désert, du moins officiellement, histoire de ne pas froisser les autorités. Mais je me rendis très vite compte que cette escapade avait un tout autre objectif que celui de découvrir les richesses naturelles du pays. Un objectif en réalité beaucoup plus terre à terre, répondant à un besoin de première nécessité : vivre. Vivre. S'amuser l'espace d'une nuit éphémère avec l'illusion de jouir enfin véritablement de la liberté. 

En découvrant ce reportage, je me suis revu quelques années en arrière, à la rencontre de ces jeunes qui avaient alors mon âge, et qui aspirent encore et toujours à plus de libertés.


lundi 31 juillet 2017

L'Iran face à la sécheresse.

Depuis maintenant plusieurs années, l'Iran fait face à une sécheresse très importante qui impacte profondément son environnement ainsi que son économie. Le sujet se retrouve d'ailleurs régulièrement au coeur des débats politiques en raison des politiques polémiques mises en oeuvre par les autorités. Ce problème, méconnu en Occident, a été l'objet il y a quelques temps déjà d'un reportage de la part de France24, reportage que je partage avec vous ci-dessous : 


lundi 24 juillet 2017

L'Iran, la culture en pleine effervescence

Aujourd'hui, je partage avec vous ces trois reportages réalisés par France24 sur la vivacité culturelle de l'Iran d'aujourd'hui. Depuis l'élection d'Hassan Rouhani, la censure n'a absolument pas disparu mais elle semble s'être quelque peu atténuée, laissant entrevoir une fenêtre d'opportunité pour l'expression culturelle contemporaine mais aussi pour des oeuvres plus classiques. Par exemple, citons notamment le cas de l'orchestre symphonique de Téhéran qui a récemment produit (avril 2017) des oeuvres de Fauré et Berlioz, compositeurs occidentaux, qu'il aurait été impossible d'écouter sur scène à Téhéran il y a de cela encore quelques années. A cette occasion, l'orchestre symphonique de Téhéran fut d'ailleurs accompagné d'une chorale 100% féminine, une vraie petite révolution dans un pays où les femmes n'ont toujours pas le droit de chanter en public. 




mardi 18 juillet 2017

Iran : l'administration Trump ne rejette pas (encore) l'accord sur le nucléaire.

Il l'avait qualifié de pire accord jamais signé par les Etats-Unis, promettant même de le "déchirer" s'il accédait à la Maison Blanche. Or, 7 mois après son investiture, le Président Trump semble avoir mis de l'eau dans son vin puisque son administration a certifié hier que Téhéran respectait ses engagements pris dans le cadre de l'accord sur la question nucléaire iranienne signé le 14 juillet 2015.

En effet, tous les 90 jours, l'exécutif américain doit certifier devant le Congrès que l'Iran respecte bel et bien ses engagements. Ce fut donc chose faite hier, pour la deuxième fois depuis l'arrivée de Trump à la Maison Blanche (la première fois remonte à avril 2017), ce qui laisse à suggérer que Washington a probablement pris conscience qu'une remise en cause de l'accord ne serait pas chose aisée dans la mesure où il est ardemment soutenu par les pays européens mais également par la Chine et la Russie. 

A l'heure où les Etats-Unis souffrent d'une image plutôt négative sur la scène internationale en raison du style et de la politique de son nouveau président, la remise en cause de cet accord, considéré par beaucoup comme une avancée significative en vue de normaliser les relations entre l'Iran et le reste du monde et ainsi apaiser les tensions diplomatiques, aurait été perçu comme une manifestation de l'agressivité et de l'unilatéralisme d'une administration Trump qui peine à rassurer ses partenaires traditionnels. 

Si l'accord semble donc toujours tenir, la question de sa pérennité n'est cependant pas encore à écarter tout à fait. La lecture laborieuse de la politique étrangère du Président Trump qui découle de son imprévisibilité rend en effet l'avenir de l'accord toujours incertain, et ce en dépit des signaux positifs que laissent entrevoir la certification par l'exécutif américain des engagements pris par Téhéran. 

L'administration Trump laisse par ailleurs la porte ouverte à de potentielles nouvelles sanctions et ce, en raison de divers motifs pour lesquels elle ne manque pas de régulièrement pointer l'Iran du doigt : soutien au terrorisme, activités déstabilisatrices au Moyen-Orient, rôle au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen, programme balistique, ... 

Aussi, en dépit du fait que l'Iran a reçu les félicitations de l'AIEA en juin dernier pour le respect de ses engagements dans le cadre de l'accord sur son programme nucléaire, nous constatons que les griefs entre Téhéran et Washington ne sont pour leur part pas en pénurie... L'animosité entre les deux pays n'a pas besoin de la question nucléaire pour se maintenir et perdurer. La condamnation, annoncée dimanche dernier, d'un américain à 10 ans de prison pour espionnage, ne vient que rajouter une pierre à l'édifice de la défiance mutuelle. 


lundi 17 juillet 2017

Les splendeurs de l'Iran

En complément de mon post du 10 juillet dernier sur les richesses culturelles, historiques et naturelles de l'Iran, voici un autre reportage ("L'Iran dévoilé" de Angelo Lunetta) comprenant de magnifiques images du patrimoine ô combien riche de ce magnifique pays à l'histoire si ancienne.

Laissez-vous embarquer dans un voyage à la découverte de Persépolis, Abyaneh, Naqh-e Rostam, Shiraz (la cité des poètes), la mosquée Nasir-ol-Molk (la mosquée rose), Ispahan (la moitié du monde), et les luxuriants jardins persans... 


lundi 10 juillet 2017

Les trésors culturels, historiques, et naturels de l'Iran.

L'Iran, pays plurimillénaire ayant marqué de son empreinte l'histoire des civilisations, regorge de trésors historiques et culturels de toutes les époques : depuis la basse antiquité et le règne des Achéménides, jusqu'au 20ème siècle, en passant bien évidemment par le Moyen-Âge et le rayonnement des Safavides.

Il n'est bien évidemment pas possible de présenter et retracer l'histoire de ces multiples sites en un seul reportage mais le documentaire ci-dessous (Iran, trésors de Perse) constitue une bonne introduction à la richesse ainsi qu'à la diversité culturelle que l'Iran s'est construit tout au long de son histoire. 

De Persépolis au palais du Niavaran, du désert aux montagnes en passant par la végétation luxuriante des abords de la Caspienne, ce reportage vous permettra de découvrir les trésors, historiques et naturels, de ce magnifique pays qu'est l'Iran. 




vendredi 7 juillet 2017

Turquie : le Parlement européen recommande la suspension des négociations d'adhésion.

Curieusement, cette nouvelle est passée quasiment inaperçue dans la presse francophone européenne mais ce jeudi 6 juillet 2017, le Parlement européen a adopté à une large majorité (477 pour, 64 contre, et 97 abstentions) le texte d'un rapport non contraignant préconisant la suspension des négociations d'adhésion avec la Turquie. En cause, la réforme constitutionnelle controversée voulue par le Président Erdogan et adoptée par référendum le 16 avril dernier avec une très courte majorité (à peine 51% ; ce qui n'a pas manqué de susciter des réclamations de la part de l'opposition qui dénonce des fraudes).

Ce rapport recommande aux 28 Etats membres de suspendre "sans délais" les négociations avec la Turquie. Outre la réforme constitutionnelle qui devrait entrée en vigueur après les législatives du 3 novembre prochain, l'UE s'inquiète également du recul des libertés individuelles, de la liberté de la presse, ainsi que l'Etat de droit. Presque un an après la tentative de coup d'Etat du 19 juillet 2016, 50 000 personnes ont été emprisonnées dans le cadre des purges menées par le régime, et plusieurs centaines de milliers de personnes ont subi des pressions, voir ont été carrément licenciées, en raison de liens supposés avec la confrérie de F. Gülen que R. T. Erdogan accuse d'être derrière les évènements du 19 juillet dernier. 

La Turquie n'a pas manqué de réagir par la voix de son ministre en charge des relations européennes, Omer Celik, lequel a déclaré que ce rapport avait pour but de saboter les relations entre l'Union européenne et la Turquie, dénonçant par la même occasion une "erreur historique", et précisant que Ankara le considérerait comme étant "nul et non avenu". 


lundi 3 juillet 2017

A la découverte de la société iranienne, reportage.

A la découverte de la société iranienne au travers de ce film "Route persane, quand l'Iran se dévoile" (2014), de la réalisatrice Agnieszka Ziarek. 

Du détroit d'Ormuz à Téhéran, en passant par Shiraz, Ispahan et Qom, ce documentaire propose de faire découvrir la complexité, la diversité, et les nombreux paradoxes de la société de iranienne au travers de multiples rencontres, du golden boy de la bourse de l'île de Kish, au mollah de la ville sainte de Qom, depuis le désert brulant, jusqu'aux monts enneigés qui encerclent Téhéran. 


vendredi 23 juin 2017

L'Iran à l'honneur dans Echappées Belles : De Persépolis à Ispahan.

Il y a de cela quelques semaines, ARTE diffusait un numéro de son magazine "Echappées Belles" consacré à l'Iran. Ce reportage, particulièrement intéressant pour qui souhaite découvrir la complexité ainsi que les paradoxes de la société iranienne, est disponible ci-dessous. La passage sur les jeunes filles iraniennes qui luttent quotidiennement pour défendre leurs libertés les plus élémentaires est particulièrement édifiant. 



Au passage, un autre reportage, tout aussi intéressant, quoi qu'un peu plus ancien (2016), toujours diffusé sur ARTE, cette fois dans le cadre de l'émission "Un billet de train pour ... l'Iran" :


mercredi 21 juin 2017

Iran : mariage, divorce, mariage temporaire et évolution des moeurs.

En Iran, les moeurs évoluent lentement, notamment sur la question du mariage. L'âge moyen de ce dernier a augmenté ces dernières années, passant de 24 à 25 ans pour les hommes, et de 18 à 22 ans pour les femmes. Ce constat inquiète les conservateurs, d'autant plus que le taux de divorce a quant à lui augmenté considérablement, atteignant les 21% en 2014. Le régime a même décidé de rendre obligatoire le passage devant un conseiller conjugal pour les couples désireux de se séparer d'un commun accord, marquant ainsi une nouvelle intrusion du pouvoir religieux dans la sphère privée des citoyens iraniens. A cet égard, il convient de préciser qu'en Iran, un divorce peut s'avérer extrêmement coûteux pour le mari. Celui-ci doit en effet s'acquitter du Mehrieh en cas de divorce, soit un montant en pièces d'or convenu avant le mariage par les deux parties. Or les montants peuvent facilement atteindre des dizaines de milliers de dollars ; somme que certains hommes sont incapables de payer lors de leur séparation. Dans ce cas de figure, leur sort est peu enviable : c'est la prison ferme. Actuellement, selon les autorités judiciaires iraniennes, 2297 hommes sont ainsi emprisonnés pour ne pas avoir été en mesure de payer leur (ex-) femme suite à un divorce



Parallèlement à cela, de plus en plus de jeunes couples décident de vivre en concubinage et ce faisant, en totale infraction au regard de la loi islamique qui prévaut dans le pays. A cela vient s'ajouter le fait que le taux de fécondité est particulièrement bas (selon les critères des conservateurs) : 1,9 enfants par femme (similaire à ce que l'on observe en Europe occidentale). Dans un pays où plus de 50% de la population a moins de 35 ans, ce constat ne laisse présager rien de bon pour l'avenir démographique et économique du pays aux dires des conservateurs. 

Le rejet du mariage traditionnel par la jeune génération a engendré un recul du nombre de mariage enregistré de 7% dans les villes, et de 26% dans les villages. Les raisons de ce recul sont parfois bien différentes en fonction des cas. Ainsi, si une évolution des moeurs peut être observée auprès de la tranche la plus progressiste de la société (une minorité), les raisons économiques pousse également certaines familles traditionnelles à retarder les noces car en Iran, le mariage est aussi et surtout une histoire d'argent. Or la situation économique du pays s'est fortement détériorée ces dernières années, en raison des sanctions internationales, et la reprise, attendue suite à l'accord cadre sur la question nucléaire de juillet 2015, se fait toujours attendre.

Face à leur incapacité à contracter un mariage traditionnel, de plus en plus d'Iraniens se tournent vers le sigheh, le mariage temporaire. Celui-ci est propre à l'Islam chiite duodécimain (1) et est tout à fait légal en Iran. En fait, il est même encouragé par certaines autorités religieuses. Il permet de contracter un mariage - et donc d'entretenir des relations sexuelles - pour une durée déterminée. Autrement dit, en lieu en place d'un CDI, les Iraniens qui s'engagent dans cette voie optent donc pour un CDD, pouvant aller de quelques dizaines de minutes à plusieurs années. Si ce système permet à une partie de la jeunesse d'entretenir une vie sexuelle dans le cadre juridique posé par la République islamique, il ne faut pas oublier que ce mariage temporaire nécessite la validation d'un Mollah qui homologuera le sigheh contre rémunération. Sous couvert d'une promotion des bonnes moeurs au travers de l'encouragement de cette pratique (ce qui est d'ailleurs tout à fait discutable), une partie du clergé en profite donc pour prendre sa part au passage. 

Cette propagation de la pratique du sigheh s'accompagne par ailleurs de plusieurs effets pervers. Premièrement, elle constitue l'antichambre de la prostitution qui devient ici pratiquement adoubée par certains membres du clergé peu regardant quant au strict respect des critères théoriques du sigheh (lequel prévoit normalement qu'une femme se doit d'attendre deux menstruations avant de pouvoir contracter un nouveau mariage temporaire avec un autre homme) tant que cela leur rapporte de l'argent. Ensuite, parallèlement à cette évolution, les sites de rencontre proposant des mariages temporaires ont fleuri en Iran. Or les adeptes de cette pratique recherchent ici, pour beaucoup, avant tout un moyen de satisfaire leurs désirs sexuels dans un cadre légal et sans aucun engagement sur le long terme (2). Au final, certains membres du régime s'inquiètent d'un possible détournement, voir d'une instrumentalisation du sigheh au profit de pratiques "déviantes" au regard des moeurs prônées par la République islamique. A cela s'ajoute le fait que dans ces conditions, le sigheh ne répond en rien aux objectifs démographiques du régime de Téhéran. Afin de garder un certain contrôle sur cette pratique, le ministère de la jeunesse et des sports a même créé récemment un site officiel de rencontre destiné à la jeunesse du pays. Le sigheh est également à l'origine de nombreux abus de position dominante. Certains hommes, déjà mariés traditionnellement, proposent ainsi des mariages temporaires à des femmes dans le besoin, en échange d'une aide financière régulière (paiement de leur loyer par exemple). 

Ci-dessous, le documentaire d'ARTE intitulé "Les noces persanes", datant de 2010, et traitant justement de cette question du mariage temporaire : 


Enfin, un dernier documentaire, plus ancien (Divorce Iranian Style - 1998) sur le divorce en Iran : 



(1) Le mariage temporaire est en grande majorité rejeté par la branche sunnite de l'Islam, bien que certains oulémas sunnites tentent toujours de maintenir ce débat ouvert.
(2) En Iran, l'âge moyen du 1er rapport sexuel est de 14 ans. 75% des lycéens déclarent avoir eu des rapports sexuels avec des partenaires différents, et 80% des lycéennes déclarent avoir eu des rapports sexuels avant d'obtenir leur diplôme de l'enseignement secondaire. (Enquête réalisée en 2008 par les autorités iraniennes).

lundi 19 juin 2017

Reportage : les inégalités sociales en Iran

Un mois après la réélection de Hassan Rouhani à la présidence de l'Iran, retour sur ce très bon reportage de France 24 au sujet des inégalités sociales en Iran : 


Autre reportage (Euronews - février 2016), toujours sur le fossé qui sépare les différentes classes de la société iranienne : 


vendredi 16 juin 2017

Iran - Etats-Unis : nouvel incident dans les eaux du Golfe entre l'US Navy et la marine iranienne.

Selon un communiqué de la 5ème flotte américaine stationnée à Bahreïn, un navire de guerre iranien s'est approché dans la nuit de mardi à mercredi dernier de trois navires de l'US Navy situés dans les eaux du Golfe persique, de manière à les provoquer et tester ainsi leurs réactions.

Lors de cet incident, le navire iranien aurait illuminé avec un projecteur deux des navires américains (le USS Cole ainsi que le USS Bataan) mais il aurait aussi et surtout pointé un laser en direction d'un hélicoptère CH-53E qui les accompagnait. Au final, le navire iranien se serait approché à environ 700 m du USS Bataan. Cette provocation a été qualifiée de "dangereuse" ainsi que de "non professionnelle" par les responsables américains, qui ont souligné le danger que pouvait représenter un aveuglement au laser pour un pilote d'hélicoptère opérant de nuit. 

Ce type d'incident dans les eaux du Golfe n'est cependant pas rare entre Américains et Iraniens. Les deux marines se jaugent en effet régulièrement et ce depuis bien avant l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Il ne faut donc pas y avoir une recrudescence de tensions entre les deux pays.

On se souviendra notamment de la capture de marins américains par la marine iranienne en janvier 2016, juste avant le discours sur l'Etat de l'Union du Président Barack Obama. 


Un mois plus tard, ce "coup d'éclat" de la marine iranienne avait d'ailleurs été au coeur des célébrations de l'anniversaire de la Révolution islamique, avec plusieurs participants déguisés en marins américains capturés, le tout sous la supervision des bassidji. 



Rien que pour l'année 2016, le décompte officiel des militaires américains dénombre pas moins de 35 incidents avec la marine iranienne, décompte qui ne comprend pas les centaines d'autres interactions entre les deux marines qui ne sont pas qualifiées d'incident. 

Voici quelques-uns des cas les plus médiatisés : 

En juillet 2016, un incident impliquant le USS New Orleans ainsi que le USS Stout avec la marine iranienne avait fait grand bruit en raison de la présence à bord du Général Jospeh (Joe) Votel, le commandant du US Central Command qui supervise les forces américaines au Moyen-Orient. 

En août 2016, un autre incident, également qualifié de "dangereux" et "non professionnel" par la marine américaine avait obligé le USS Nitze a tiré une dizaine de fusées éclairantes en direction de quatre vedettes iraniennes qui s'étaient approchées à grande vitesse tout en ignorant ses multiples tentatives de communication radio. Les navires iraniens s'étaient approchées à environ 270 m du USS Nitze. 

Plus récemment encore, en janvier 2017, le USS Mahan tira trois coups de semonce avec son .50 contre plusieurs navires iraniens de type FIAC (Fast Inshore Attack Craft) qui s'approchaient de son bord à grande vitesse.  

Ces dernières années, la marine iranienne a fait preuve d'une volonté (du moins rhétorique) d'améliorer ses capacités opérationnelles, notamment dans le domaine de la capacité de projection de puissance. Cela dit, en dépit de tous les beaux discours, les capacités de Téhéran demeurent bien en-deça de ses ambitions.

Sources : 

- 10 U.S. Sailors in Iranian Custody, CNN, January 13, 2016. 
- Iran Mock U.S. Sailors in Revolution Day Parade, ABC, February 11, 2016. 
- Nine U.S. Navy Personel Disciplined Over Iranian Capture of 10 Sailors, The Guardian, June 30, 2016. 
- Navy Images Shows Iranian Boats in Incident Involving Top U.S. General, The Wall Street Journal, July 12, 2016. 
- Iran Vessels Harassed U.S. Destroyer Near Persian Gulf, Navy Says, The Wall Street Journal, August 24, 2016. 
- U.S. Navy Ship Fires Warning Shots at Iranian Vessels, The Wall Street Journal, January 9, 2017. 
- U.S. Accuses Iranian Naval Vessel in "Unsafe" Strait of Hormuz Encounter, The Wall Street Journal, June 14, 2017. 


Iran : Bassidji, sanctions, et conservateurs.

Aujourd'hui, retour dans l'Iran d'avant l'accord sur le nucléaire, à l'époque de M. Ahmadinejad, à l'époque des sanctions, avec un focus sur la tranche le plus conservatrice de la société iranienne, au travers de ce reportage réalisé en janvier 2013. Car en dépit de la victoire des modérés, fédérés autour de la personne de Hassan Rouhani lors de l'élection présidentielle de mai dernier, la société iranienne n'en demeure pas moins toujours profondément divisée. 


La première partie de ce reportage faisant la part belle aux membres du Bassidji, voici quelques références bibliographiques pour celles et ceux qui désireraient en apprendre d'avantage sur cette milice paramilitaire du régime iranien : 

- Golkar S., Captive Society. The Basij Militia and Social Control in Iran, New York, Columbia University Press, 2015, 289 p. 

Par ailleurs, je partage avec vous cet autre reportage (2014 - Sept à Huit), toujours sur la vie en Iran du temps d'avant l'accord sur la question nucléaire de juillet 2015. L'accent y est notamment mis sur le décalage entre les classes populaires, fortement touchées par les sanctions, et les classes plus aisées, situées notamment au Nord de Téhéran :


jeudi 15 juin 2017

Focus Iran, l’audace au premier plan

Pour info :


Alors que l’Iran sera à l’honneur lors des Rencontres photographiques d’Arles 2017 avec l’exposition Iran année 38 à partir du 3 juillet, ARTE propose un documentaire et une websérie inédits à la rencontre d’une scène photographique iranienne créative et audacieuse. Un regard engagé et inattendu sur un pays tiraillé entre modernité et tradition. 


A l’antenne : dimanche 9 juillet à 18h05

Un documentaire de Nathalie Masduraud et Valérie Urréa (52min) 


mardi 28 février 2017

Téhéran en 1970 : les années pop.

Le Téhéran des années 70 est marqué par des évolutions sociétales toujours plus prononcées qui contribuent à creuser le clivage entre d'une part les membres de l'élite et ceux de la classe moyenne occidentalisée, et d'autre part, les membres de la classe populaire, lesquels développent, pour certains, un conservatisme réactionnaire à ce qu'ils perçoivent comme étant une invasion culturelle occidentale à même de détruire la culture et les valeurs iraniennes (ce thème sera d'ailleurs repris plus tard par Khomeiny). 

Nonobstant ces évolutions crisogènes, les années 70 constituent un age d'or pour la musique pop iranienne. De nombreux artistes marquent cette époque, et Téhéran devient ainsi un vivier créatif pour les artistes, chanteurs, et musiciens. 

Il y a quelques semaines, France culture a consacré un article à la musique iranienne pop de cette époque. Pour les amateurs de musiques rétro et exotique, un best of de cette ère musicale est disponible via le lien suivant : https://www.franceculture.fr/emissions/metronomique/metronomique-samedi-18-fevrier-2017

Attention : ça défrise ;-). 

lundi 27 février 2017

Documentaire : Le retour du trésor caché.

ARTE a diffusé ce week-end un superbe documentaire sur le musée d'Art contemporain de Téhéran. En voici le synopsis : 
"Découverte de l’exceptionnelle collection du musée d’Art contemporain de Téhéran et des coulisses du monde artistique iranien.
Les sous-sols du musée d’Art contemporain de Téhéran (Tmoca) abritent l’une des plus belles collections au monde. Constituée dans les années 1970 sous l’impulsion de l’impératrice Farah Diba, celle-ci contient des tableaux de grande valeur jusqu’ici largement inconnus du public. Une exposition à la Gemäldegalerie de Berlin qui devait présenter quelques-uns de ces chefs-d’œuvre oubliés, à partir de décembre 2016, a finalement été annulée. En dévoilant le trésor caché du musée et en revenant sur son histoire, Natalie Amiri évoque la place de l’art contemporain en Iran et montre à quel point le sujet reste sensible."
Plus largement, le film offre un visage de l'Iran à 1000 lieues de l'obscurantisme imaginés par certains  en Occident, illustrant encore une fois que l'Iran est un véritable vivier d'activités intellectuelles et artistiques bouillonnantes. 
Ce documentaire est actuellement toujours disponible en ligne sur le site web de ARTE via le lien suivant : 

mercredi 15 février 2017

Trekking dans le Dasht-e Lut

Aujourd'hui, je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous ce lien vers un reportage photo publié sur le site web du journal britannique The Guardian et qui propose de magnifiques photos de trekking dans le désert de Lut (Dasht-e Lut). Preuve que l'Iran, ce n'est pas seulement une profusion de sites historiques tous plus intéressants les uns que les autres, c'est également un pays qui regorge de magnifiques paysages. 

https://www.theguardian.com/travel/gallery/2017/feb/01/trekking-iran-lut-desert-wild-remote-adventure-holidays-in-pictures

vendredi 10 février 2017

L'explosion du tourisme en Iran.

Cette semaine s'est tenu à Téhéran une grande convention réunissant les plus importants professionnels du secteur touristique du pays. L'Iran est devenu une destination à la mode. Première destination des voyagistes français en 2016, le pays a accueilli plus de 5 millions de touristes cette même année et le groupe hôtelier Accor prévoit d'y construire une centaine d'hôtels. A cette occasion, France 24 vous propose un reportage sur le sujet, disponible via le lien ci-dessous : 

http://www.france24.com/fr/20170209-focus-iran-tourisme-victime-succes-teheran

mardi 7 février 2017

Iran : quand le Guide suprême remercie Donald Trump

Au mois de novembre dernier, j'avais rédigé un court billet intitulé "Iran : le Guide et les élections américaines, où quand les ennemis de l'Amérique la remercient"

Et depuis l'élection de D. Trump, je n'ai cessé de me dire que ses actes, comme ses paroles, n'ont eu de cesse de légitimer et de renforcer - malheureusement - la rhétorique idéologique du noyau dur du régime iranien. A cet égard, je me suis souvent dit que les conservateurs de Téhéran pourraient tout à fait remercier le Président Trump dans la mesure où il leur facilitait considérablement la tâche de la diabolisation en comparaison de ce qui prévalait sous B. Obama. J'avais même songé un temps rédiger une lettre de remerciements, fictive et aux relents satiriques, que Khamenei aurait pu envoyer à Trump mais je n'ai pas concrétisé cette idée par manque de temps. 

Force est de constater que la fiction est devenue réalité puisque aujourd'hui, dans une allocution devant un parterre d'officiers de la Marine iranienne, Khamenei a littéralement remercié D. Trump pour avoir - je cite - "montré le vrai visage de l'Amérique", arguant au passage que le régime iranien n'avait plus vraiment besoin de diaboliser les Etats-Unis dans la mesure où ces derniers s'en sortaient très bien tout seul. 

Il est tout de même affligeant de constater qu'un dirigeant puisse à ce point miner le soft power de l'Etat dont il a la charge que ses ennemis en arrivent finalement à tenir de tels propos... 

jeudi 2 février 2017

Iran : un tir de missile qui a valeur de test face à l'administration Trump (mise à jour)

Le dimanche 29 janvier dernier, l'Iran a procédé à un tir de missile balistique qui n'a pas manqué de susciter l'ire de la nouvelle administration américaine, laquelle en a profité pour demander une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité des Nations-Unies (CSNU) – la première depuis sa prise de fonction – afin de condamner ce qu'elle qualifie de nouvelle provocation "totalement inacceptable et irresponsable" de la part de Téhéran.



Pour comprendre les tenants et les aboutissements de ce tir de missile, ainsi que les postures diplomatiques des différents acteurs impliqués, il est important de tout d'abord préciser certains éléments. 

Avant toute chose, il s’agit d’un événement qui n’a rien d’exceptionnel pour l’Iran. Depuis de nombreuses années déjà, la République islamique communique autour de sa puissance supposée en ayant recourt à des tirs de missiles, généralement très médiatisés. Cela contribue à alimenter l'image d'une République islamique puissante, avancée sur le plan technologique, à même de maintenir sa politique de "résistance" et de "lutte contre l'injustice occidentale" ; ces deux principes constituant par ailleurs les fondements de son identité étatique basée sur le khomeynisme. De même, le développement d'un programme balistique apparaît comme une nécessité aux yeux de nombreux militaires iraniens, et ce afin de garantir à Téhéran une capacité de projection de puissance à même de compenser partiellement les lacunes de sa force aérienne.

Pour le régime iranien, les préoccupations suscitées par le développement de son programme balistique constituent un problème dissocié de son programme nucléaire. L'administration de G.W. Bush avait tenté de lier complètement les deux dossiers tandis que l'administration Obama avait quant à elle adopté une position plus ambiguë, et ce afin de ne pas entraver la conclusion d'un accord sur la question nucléaire. Au final, l'accord de juillet 2015 (JCPOA)[1] se retrouve de facto partiellement lié à la question balistique puisque la résolution 2231 du CSNU[2] fait le lien avec le JCPOA en interdisant à l'Iran toute activité - pour une durée de 8 ans - concernant les missiles balistiques ayant la capacité de transporter des armes nucléaires. Cette formulation – qui ouvre la porte à différentes interprétations – exclue  donc les systèmes d’armes balistiques qui ne sont pas en mesure de constituer des vecteurs pour une arme nucléaire. Or, c’est justement sur cette capacité supposée du dernier missile tiré par l’Iran que Téhéran et Washington s’affrontent. Nous y reviendrons. L'administration Trump quant à elle, si elle désire remettre en cause l'accord de juillet 2015 sur la question nucléaire iranienne, pourrait être tentée d'utiliser le prétexte du programme balistique de Téhéran à cette fin. Cette crainte est par ailleurs partagée par les Etats soutenant le JCPOA, dont la Russie, la Chine, la France et bien entendu l’Iran.

Notons d'ailleurs que Jean-Marc Ayrault était lundi et mardi derniers en visite officielle à Téhéran et que la nouvelle de ce tir de missile l'a quelque peu plongé dans l'embarras dans la mesure où elle est survenue lors d'une visite dont le bilan était présenté jusque là par la diplomatie française comme très positif. Le ministre français des Affaires étrangères s’est ainsi contenté d’exprimer la « préoccupation » de la France au regard de ce tir effectué par l’Iran, ajoutant que ce celui-ci allait à l’encontre de « l’esprit » de la résolution 2231, en se gardant bien toutefois de déclarer qu’il s’agissait d’une violation de la dite résolution[3]. Cette formulation prudente s’explique par le fait que la France ne souhaite pas encourager une escalade qui pourrait porter atteinte au JCPOA[4]. Jean-Marc Ayrault en a également profité pour faire part de l’inquiétude de la France quant à l’attitude avec laquelle la nouvelle administration américaine comptait aborder l’accord sur le nucléaire iranien[5]. Ces propos font écho à ceux de son homologue iranien, lequel a déclaré « espérer que la question du programme défensif de l'Iran (...) ne sera pas utilisé comme un prétexte » par la nouvelle administration américaine pour « provoquer de nouvelles tensions »[6]. Le choix des mots montre ici toute son importance. Alors que les Etats-Unis et les pays européens parlent de « programme balistique », l’Iran parle quant à lui de « programme défensif ». La nuance est en réalité de taille : « quel Etat souverain n’aurait pas le droit de se défendre et de développer les capacités nécessaires pour ce faire ? ». Voilà en réalité comment le régime iranien présente le problème. Pour Téhéran, son programme balistique n’est officiellement que strictement défensif. Nous ne reviendrons pas ici sur le fait qu’un système d’armes « défensif » peut en réalité bien souvent être utilisé à des fins offensives, mais pour la population iranienne, l’argument du régime – inhérent à sa manière de présenter les évènements – rencontre au final un large écho. Qui plus est, cela alimente le sentiment populaire – voulu par le régime – d’une injustice émanant des Etats-Unis qui refuseraient le droit de Téhéran à se défendre.

Cela étant, que conclure du déroulement des évènements ? Comme évoqué précédemment, un tel tir n'est pas surprenant de la part de la République islamique. Ce qui l'est en revanche, c'est qu'elle n'a pas communiqué d'informations sur ce tir dans ses médias officiels – du moins dans un premier temps –  puisque la nouvelle est arrivée de Washington. Le calendrier se prêtait pourtant bien à une belle opération de communication dont le régime est coutumier : nous sommes juste avant les célébrations de l'anniversaire de l'avènement de la République islamique (en février) et ce type d'évènement s'accompagne généralement de démonstrations de force, dont les tirs de missiles balistiques peuvent être une des composantes. La raison de ce silence semble résider dans le fait que le tir s'est au final soldé par un échec[7]. D’après un responsable américain, le missile aurait explosé en vol après avoir parcouru environ 1010 km[8]. En ce qui concerne le type de missile testé, celui-ci serait, selon Nikki Haley - la nouvelle ambassadrice américaine à l'ONU - de moyenne portée, avec un rayon d'action de 300 km, et capable de transporter une charge de 500 kg, ce qui serait, selon les Etats-Unis "plus que suffisant pour transporter une arme nucléaire"[9]. Enfin, toujours d’après Washington, le dernier test d’un missile de ce type par Téhéran remonterait à juillet 2016[10]. Nous remarquons qu'une certaine contradiction persiste cependant quant à la portée du missile au regard de ces déclarations... De son côté, si le régime iranien s'est contenté dans un premier temps de ne ni infirmer, ni confirmer le tir d'un missile dimanche dernier, il a dû finalement se résoudre à en admettre l’existence dans une déclaration qui n’est survenue que ce mercredi 1er février[11]. Le ministre iranien de la Défense, Hossein Dehghan, a par ailleurs démenti, ce jeudi 2 février, les informations de Washington selon lesquelles le tir de dimanche dernier s’était soldé par un échec, affirmant au contraire qu’il avait été couronné de succès[12]. Au regard de sa politique de communication dans le domaine des affaires militaires, cette affirmation de Téhéran n’apparaît pas étonnante puisque la République islamique se refuse généralement à avouer ses échecs, surtout si ces derniers sont révélés par les Etats-Unis. En revanche, Téhéran ne manque pas d’exagérer ses succès et le silence initial des autorités iraniennes, de même que le calendrier des déclarations des différents responsables iraniens, ne cadrent pas le schéma de communication habituellement observé lorsque les essais balistiques sont effectivement réussis. Il y a fort à parier que si Washington n’avait pas dénoncé ce tir de missile, l’échec de celui-ci aurait été gardé sous silence par le régime iranien. Or, les révélations américaines ont ici poussé Téhéran à réagir selon un mode opératoire bien connu : dénoncer les « mensonges de l’Occident » quant à l’échec évoqué et parler au contraire de succès pour la République islamique.

Quoi qu'il en soit, la révélation de ce tir permet de facto à Téhéran de "tester" la nouvelle administration américaine. Cette dernière, qui se veut moins complaisante que l'administration Obama à l'égard de l'Iran, en a donc profité pour demander une réunion en urgence du CSNU afin d'examiner si ce tir constitue, oui ou non, une violation de la résolution 2231 du CSNU. Pour Washington, si le missile tiré, en tant qu'objet matériel, a la capacité de transporter un charge nucléaire, hypothétiquement parlant, alors il y a violation de la résolution 2231. Les Iraniens et les Russes ne partagent pas cette lecture. Pour Téhéran ainsi que pour Moscou, il est impossible qu'un missile iranien puisse avoir la capacité de transporter une arme nucléaire puisque l'Iran n'a pas d'armes nucléaires. C'est donc, de leur point de vue, matériellement impossible et la question ne se pose dès lors pas. En réalité, la Russie et l’Iran retournent le problème : à les écouter, la détention de l'arme nucléaire doit, selon eux, être une condition nécessaire, un préalable, à la détention de missiles balistiques capables de transporter une charge nucléaire. D'ailleurs, le ministre iranien des Affaires étrangères, M. Zarif, a déclaré que les missiles iraniens ne savaient pas être conçus pour transporter des charges nucléaires puisque l'Iran ne dispose pas de telles armes et qu’il ne compte pas en acquérir[13]. De même, la diplomatie russe a réagi en affirmant que la résolution 2231 n'interdisait en rien à l'Iran de mener à bien des tirs de missiles balistiques, sous-entendu, "conventionnels"[14]. Cela dit, et indépendamment des différentes postures diplomatiques, il faut bien garder à l'esprit que chaque tir de missile - réussi ou non - contribue à renforcer les connaissances iraniennes dans le domaine de la balistique (propulsion, dynamique de vol, etc.) et que de ce fait, ces tirs renforcent bel et bien les capacités de l'Iran à développer des systèmes d'armes capables de transporter, le cas échéant, des ogives nucléaires. Nous remarquons donc que la formulation de la résolution 2231 ouvre la voie à diverses interprétations, parfois très subjectives. Cela est dû au fait que le texte se montre particulièrement flou sur la définition d’un missile balistique « capable de transporter une arme nucléaire » et c’est bien derrière cette ambiguïté que s’abritent les diplomaties russe et iranienne.

Au regard de ces différents positionnements diplomatiques, la réunion d’urgence du CSNU demandée par Washington ne s’est bien évidemment pas soldée par une condamnation de l’Iran. Moscou n'entend pas lâcher Téhéran et tout au plus, la Russie se contentera à l’avenir de protestations verbales (et encore), arguant que ce type de démonstration ne contribue peut-être pas, en effet, à minimiser la défiance existante entre Washington et Téhéran. Mais pour le reste, il y a fort à parier que Moscou continuera à protéger Téhéran sous son "parapluie institutionnel" grâce à son statut de membre permanent du CSNU. D'ailleurs, dans la mesure où la Chine et la France soutiennent également le JCPOA et que l'un comme l'autre ne souhaitent pas voir Washington user du prétexte du programme balistique de Téhéran pour remettre en cause l’accord sur le nucléaire, les Etats-Unis pourraient bien se retrouver isolés au sein du CSNU, du moins en ce qui concerne cette question[15]. Bien entendu, en cas de provocations répétées de la part de Téhéran, ils parviendront peut-être à faire adopter un texte qui condamne verbalement de telles provocations jugées inutiles, mais ils ne parviendront pas à remettre en cause la viabilité du JCPOA, du moins pas par cette voie et pas pour le moment. Enfin, "hasard" du calendrier, la République islamique a confirmé ce mercredi, au lendemain donc des discussions du CSNU, que le Président Rohani se rendra en Russie au mois de mars prochain[16] et que le ministre adjoint des Affaires étrangères iranien se rendra quant à lui à Moscou le 8 février[17]. Deux annonces qui ont au moins le mérite d’afficher clairement les liens privilégiés entre les deux pays.

Au final, ce tir permet donc bien à Téhéran de tester la réaction de la nouvelle administration Trump (laquelle ne s’est pas faite attendre), mais aussi et surtout de tester ses soutiens au sein du CSNU, et de ce point de vue, Téhéran peut être rassuré. Cela dit, il ne faudrait pas non plus que la République islamique cherche à tirer trop sur la corde. Pareil comportement apparaîtrait en effet inacceptable pour beaucoup et cela pourrait fragiliser les soutiens dont elle profite actuellement. Or, la surenchère et la provocation sont un mode de réponse prisé par les plus durs du régime lorsque ces derniers s’estiment mis sous pression. Aussi, si Washington pourrait tenter d’instrumentaliser tous les prétextes afin de remettre en cause le rapprochement initié avec l’Iran sous Obama, certains conservateurs iraniens pourraient chercher à instrumentaliser les réactions américaines afin de nourrir la surenchère. Nous assisterions dès lors à une escalade au sein d’une spirale de la défiance, et ce, alors que durant les huit années de sa présidence, Barack Obama n’avait pas ménagé ses efforts pour justement faire sortir les deux pays d’une spirale similaire qui avait été mise en place par la dénonciation de l’Iran en tant que membre de l’Axe du mal par G.W. Bush d’une part, et d’autre part par les tensions suscitées par le programme nucléaire de Téhéran. Si l’administration Trump n’est pas parvenue à faire condamner l’Iran pour ce tir de missile, elle a bien démontré qu’elle était dans les starting-blocks, prête à réagir au quart de tour au moindre comportement qu’elle jugerait condamnable. Par ailleurs, James Mattis, le nouveau Secrétaire à la défense, s’est fendu d’une déclaration au sein de laquelle il insiste sur le fait que Washington met officiellement Téhéran « en garde »[18].  Cette formulation qui sonne comme une menace, n’a pas manqué de faire réagir les officiels iraniens, dont Ali Akbar Velayati –  ancien ministre iranien des Affaires étrangères et conseiller spécial du Guide suprême pour les affaires internationales – qui n’a pas hésité à inviter la nouvelle administration américaine à consulter ses prédécesseurs[19]. Le ton est donc donné. Mais ce que la nouvelle administration américaine ne semble pour l’heure pas réaliser, c’est que chacune de ses décisions ainsi que chacune de ses déclarations concernant l’Iran (suppression des visas, déclarations sur le JCPOA, sur le programme balistique,…) ne fait au final que renforcer les conservateurs en donnant raison à leur rhétorique. Or ce faisant, la politique de l’administration Trump pourrait bien engendrer des résultats en totale opposition avec ceux attendus par le nouveau locataire de la Maison Blanche.




[1] Voir : U.S. Department of State, « Joint Comprehensive Plan of Action », https://www.state.gov/e/eb/tfs/spi/iran/jcpoa/
[2] Voir : UNSC, « Resolution 2231 », http://www.un.org/en/sc/2231/restrictions-ballistic.shtml
[3] Ministère français des Affaires étrangères, « Iran - tir de missile balistique », 31 janvier, 2017, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/iran/evenements/article/iran-tir-de-missile-balistique-31-01-17
[4] Nous remarquerons par ailleurs que l’Union européenne a également adopté une position prudente en invitant Téhéran à restreindre ses activités qui pourraient contribuer à alimenter la méfiance mutuelle. Par ailleurs, l’UE s’est montrée ferme en rappelant que le JCPOA ne concernait pas le programme balistique iranien et que la légalité du tir de dimanche dernier au regard de la résolution 2231 était une affaire qui ne regardait que le CSNU.
[5] REUTERS/IRISH J., « France, worried by Trump, promises to be defender of Iran nuclear deal », January 30, 2017, http://uk.reuters.com/article/france-iran-idUKL5N1FK531
[6] AFP, « L'Iran appelle Washington à ne pas créer de "nouvelles tensions" », 31 janvier, 2017, http://www.la-croix.com/Monde/L-Iran-garde-Washington-contre-nouvelles-tensions-2017-01-31-1300821365
[7] COHEN Z., « US rips 'irresponsible' Iran after missile test », CNN, February 1, 2017, http://edition.cnn.com/2017/01/31/politics/us-iran-missile-test/
[8] REUTERS/ALI I., « Iran tested medium-range ballistic missile: U.S. official », January 30, 2017, http://www.reuters.com/article/us-usa-iran-missiles-idUSKBN15E2EZ
[9] LE MONDE/AFP, « L’Iran affirme que son « test » de missile était conforme à l’accord nucléaire », 1er février, 2017, http://www.lemonde.fr/international/article/2017/02/01/l-iran-affirme-que-son-test-de-missile-etait-conforme-a-l-accord-nucleaire_5072723_3210.html
[10] REUTERS/ALI I., Op. Cit.
[11] LE FIGARO/REUTERS, « Iran: l'essai d'un missile confirmé », 1er février, 2017, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/02/01/97001-20170201FILWWW00109-iran-l-essai-d-un-missile-confirme.php
[12] TASNIM NEWS AGENCY, « Iran’s Recent Missile Test Successful: DM », February 2, 2017, https://www.tasnimnews.com/en/news/2017/02/02/1316048/iran-s-recent-missile-test-successful-dm
[13] FRANCE 24, « Tir de missile iranien : Paris exprime son "inquiétude", réunion d'urgence du Conseil de sécurité », 1er février, 2017, http://www.france24.com/fr/20170131-iran-tir-missile-balistique-nucleaire-iranien-ayrault-teheran-reunion-conseil-securite-onu
[14] Idem.
[15] Il est à noter bien évidemment que la posture de la France est susceptible d’évoluer en fonction des résultats de la prochaine élection présidentielle française.
[16] TASNIM NEWS AGENCY, « Iran’s Embassy in Moscow Confirms Rouhani’s Visit to Russia », February 1, 2017, https://www.tasnimnews.com/en/news/2017/02/01/1314624/iran-s-embassy-in-moscow-confirms-rouhani-s-visit-to-russia
[17] SPUTNIK, « ranian Deputy Foreign Minister to Visit Russia for Nuclear Deal Consultations », February 1, 2017, https://sputniknews.com/politics/201702011050246744-iran-russia-nuclear-deal/
[18] AFP, «Trump puts Iran 'on notice,' denounces nuclear deal », February 2, 2017, https://www.afp.com/en/news/23/trump-puts-iran-notice-denounces-nuclear-deal
[19] TASNIM NEWS AGENCY, « Velayati: Iran to Press On with Missile Program », February 2, 2017, https://www.tasnimnews.com/en/news/2017/02/02/1316189/velayati-iran-to-press-on-with-missile-program