vendredi 4 novembre 2016

Iran : le Guide et les élections américaines, où quand les ennemis de l'Amérique la remercient.

Alors que ce 4 novembre marque le 37ème anniversaire de la prise d’otage de 1979 à l’ambassade américaine de Téhéran, le Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, a évoqué l’élection présidentielle à venir dans un discours tenu devant un parterre d’étudiants.

Sans surprise, le Guide s’est montré très vindicatif dans ses propos tenus à l’encontre des Etats-Unis et n’a épargné aucun des deux prétendants à la Maison Blanche, illustrant ainsi qu’en dépit de l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 et des déclarations du présidents Hassan Rohani, la réthorique officielle n’avait pas évolué d’un iota au plus haut sommet de l’Etat iranien.

Pour le chef de l’Etat iranien, le déroulement de la campagne présidentielle américaine, avec ses scandales et son faible niveau quant au débat de fond démontre que la réalité américaine est encore pire que celle décrite par les organes officiels en Iran.

Le Guide a également déclaré avoir regardé les débats présidentiels et en avoir conclu que les deux candidats avaient d’ores et déjà tenus des propos suffisant que pour « détruire la réputation des Etats-Unis ». « Leurs déclarations sont la preuve de la destruction des valeurs humaines aux Etats-Unis » selon lui. Le niveau des candidats est, selon le chef de l’Etat iranien, la preuve que les Etats-Unis traversent une « crise morale ».

Concernant l’accord sur le nucléaire iranien, le Guide a dénoncé l’attitude des Etats-Unis, les accusant d’arrogance, de mensonge et de doubles standards dans la conduite de leur politique étrangère. Il a ainsi déclaré qu’un diplomate américain avait récemment admis que Washington avait continué à sanctionner l’Iran après la conclusion de l’accord du 14 juillet 2015. Il évoquait sans doute ici les sanctions visant les Gardiens de la révolution pour leurs activités terroristes ou encore les sanctions liées au programme balistique de Téhéran. Si cela est bien le cas, il omet de préciser que ces sanctions n'ont jamais été concernées par l'accord du 14 juillet 2015 (l'accord prévoit cependant le maintien de l'embargo sur le programme balistique iranien pour une durée de huit ans) mais en oubliant volontairement ce détail, il encourage la population iranienne à penser que les Etats-Unis ne tiennent pas leurs engagements dans le cadre de l'accord. 

Il a en coutre souligné le fait qu’un compromis avec les Etats-Unis ne constituait en rien une garantie – contrairement aux promesses de Washington, du point de vue d’A. Khamenei – quant à la résolution des problèmes auxquels l’Iran est confronté. Il en veut pour preuve les faibles progrès économiques dans le pays depuis la signature de l’accord. Selon le Guide, Washington n’est pas digne de confiance et il n’y a dès lors rien à en attendre. Dénonçant la crise que les Etats-Unis traversent selon lui suite à leurs problèmes économiques, le Guide en a profité pour dénoncer l’interventionnisme américain : « comment un pays en crise peut-il espérer résoudre les crises d’autres pays ? ».

Il a par ailleurs laissé sous-entendre que le rapprochement économique prôné par l’Occident suite à l’accord du 14 juillet 2015 pouvait très bien constituer un cheval de Troie pour permettre aux « puissances de l’arrogance » - comme les désigne le régime iranien – d’exploiter et de spoiler les richesses de l’Iran.

Pour A. Khamenei, négocier, dialoguer et améliorer les relations avec les Etats-Unis  (et par extension avec l’Occident), n’améliorera en rien la situation en Iran, au contraire, cela ne pourrait qu’aggraver les problèmes que rencontre déjà le pays.

Toute cette réthorique illustre parfaitement l’inertie au plus haut sommet de l’Etat en ce qui concerne la nature de la relation à entretenir entre l’Iran et les Etats-Unis. Pour les durs du régime et les ultraconservateurs, la levée des sanctions se suffit à elle-même et devrait permettre de renforcer l’appareil productif de l’Iran sans avoir recours à une véritable ouverture du marché iranien où entre 80 et 85% de l’appareil productif est aux mains d’organisations publiques ou parapubliques (comme les grandes fondations religieuses ou les conglomérats aux mains des Gardiens de la révolution). Pour les modérés et les pragmatiques en revanche, l’ouverture du marché iranien à l’économie mondiale est une condition nécessaire à l’amélioration des indices économiques du pays. Sur ce point, le Guide est donc en opposition avec le président Rouhani mais force est de constater que jusqu’à présent, l’avis du premier l’emporte (et rien ne permet de penser que les choses vont évoluer dans un avenir proche).

Mais quoi qu’il en soit, de son point de vue, le régime peut d’ores et déjà dire merci aux américains – et plus particulièrement aux deux principaux candidats – pour le déroulement de cette campagne présidentielle. Pour quiconque écoute régulièrement la propagande du régime iranien, force est de constater que celui-ci a trouvé du grain à moudre pour son moulin. Il est au final désolant de constater que cette campagne, de par son niveau, ses insultes et ses scandales, va renforcer les arguments anti-occidentaux des partisans de la République islamique. Sur ce point, Mr. Trump, Mme Clinton, les Mollahs vous remercient. D’autant plus qu’en cas de ligne dure conduite par le nouveau président américain contre l’Iran, les conservateurs hostiles à la normalisation des relations avec l’Occident boiront du petit lait, pouvant ainsi affirmer encore plus haut et fort que d’habitude que négocier et faire confiance à Washington est contre productif en plus de constituer une perte de temps.  


Au final, et cela est pour le moins malheureux à dire, il faut bien admettre que A. Khamenei a raison sur un point : cette campagne a nui à l’image des Etats-Unis de par le monde et sans minimiser les affaires gravitant autour de Mme Clinton, force est de constater que les déclarations de Mr. Trump ont eu un effet  particulièrement dévastateur. Aussi, pour un candidat dont le slogan n’est autre que « Make America Great Again », avoir à ce point endommagé le soft power américain de par le monde ne constitue pas véritablement une performance pleine de promesses pour l’avenir de la politique étrangère américaine.

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