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dimanche 28 septembre 2014

Iran - Nucléaire : Interview de Wendy Sherman, représentante des Etats-Unis dans le cadre des négociations relatives au programme nucléaire iranien

En complément de mon post précédent, je vous propose le lien suivant qui renvoie vers une interview en date du 25 septembre dernier de Wendy Sherman, laquelle occupe la tête de l'équipe des négociateurs américains en charge des négociations sur la question nucléaire iranienne.



Histoire de se faire une idée des deux discours...

Voici le lien :

http://www.voanews.com/content/us-negotiator-sherman-reports-progress-at-nuclear-talks-with-iran/2462342.html


Iran - Nucléaire : interview de Abbas Araghchi, Vice-ministre iranien des affaires étrangères en charge des négociations sur le nucléaire

Je relaie ici une interview réalisée par France 24 du Vice-ministre iranien des affaires étrangères en charge des négociations sur le programme nucléaire iranien, à savoir Mr. Abbas Araghchi.



Cette interview date du 2 septembre dernier et résume assez bien la position de Téhéran de sur la question nucléaire ainsi que sur la réponse à apporter à la présence de l'Etat islamique en Irak.

Qui plus est, ce type d'interview est suffisamment rare que pour en justifier la diffusion.

L'intégralité de cette interview est consultable via l'URL suivante :

http://www.france24.com/en/20140902-interview-abbas-araghchi-iranian-deputy-foreign-minister-nuclear-talks-iran-six-world-powers-deadline/

jeudi 25 septembre 2014

Hassan Rouhani à l'Assemblée générale des Nations-Unies : un discours sans véritable surprise axé sur l'extrémisme islamiste et la question nucléaire iranienne.

Le discours du président iranien vient tout juste de s'achever à la tribune de l'Assemblée générale des Nations-Unies mais nous pouvons déjà en souligner certains passages et nous prêter à une première analyse. 



Tout d'abord, le discours ne contient pas de grande surprise : il respecte à la virgule prêt le minimum syndical des idées devant être reprises lors d'un exercice de ce genre au regard de l'idéologie de la République islamique. J'y reviendrai. 

Cela dit, il ne se veut pas agressif pour autant, même si il ne se prive pas d'épingler l'Occident pour ses erreurs passées et actuelles (du point de vue iranien). 

On peut dire que le discours du président Rouhani s'est concentré sur deux volets, à savoir : 

1) La lutte contre l'extrémisme islamiste ; 

2) La question nucléaire iranienne. 

De cela, nous pouvons déjà faire deux observations : 

1) Israël est pour ainsi dire absent de ce discours ; exception faite d'une maigre référence à la situation à Gaza. Cela tranche considérablement avec les allocutions des années précédentes et il est d'autant plus important de le souligner que l'actualité concernant le conflit israélo-palestinien a été pourtant particulièrement chaude au cours de ces derniers mois. Sur le fond, ce point constitue l'évolution la plus marquante entre le président Rouhani et son prédécesseur, M. Ahmadinejad, le premier faisant preuve ici d'une certaine retenue.

2) En optant pour les deux volets précités, le président iranien se concentre très clairement sur la possible évolution des relations entre la République islamique et les puissances occidentales, au premier plan desquelles se trouvent les Etats-Unis.

C'est bien ce dernier point qui constitue la pierre angulaire de son discours. Celui-ci est on ne peut plus clair : l'Iran est une puissance régionale, au plus vite vous l'admettrez, au plus vite tout le monde y gagnera. 


Sur le terrorisme tout d'abord. 

L'accent est mis sur la responsabilité de l'Occident concernant la situation sécuritaire désastreuse qui frappe aujourd'hui le Moyen-Orient. Sont principalement mentionnés : la colonisation (et par extension la manière dont s'est déroulé le processus de décolonisation) ainsi que les ingérences étrangères - comprenez occidentales - de ces dernières années. 

Les interventions militaires en Afghanistan, en Irak et en Syrie sont ainsi présentées comme autant de facteurs déstabilisants ayant alimenté le cycle de la violence, l'anti-occidentalisme et in fine l'extrémisme islamiste. Hassan Rouhani a par ailleurs également souligné le fait que la démocratie occidentale n'est en rien un simple "produit" pouvant être exporté de l'Ouest vers l'Est.

Pour le président iranien, les bombes étrangères ne résoudront pas le problème, elles l'amplifieront.  Les Etats-Unis ne doivent pas prendre le leadership de la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient. Ce dernier doit avant tout être réglé par les puissances régionales. C'est sur ce point qu'il est vital d'insister car il résume à lui seul le principal fil conducteur de la politique étrangère iranienne, à savoir le désir de s'affirmer comme la puissance majeure de la région. 

L'Iran ne souhaite pas être soumis aux influences étrangères, il veut traiter avec elles d'égal à égal. L'Iran ne souhaite pas que des puissances étrangères structurent le Moyen-Orient, il souhaite être la puissance structurante du Moyen-Orient. Cela dit, la République islamique se présente avant tout au travers de ses discours officiels comme une puissance bienveillante et stabilisatrice pour son environnement, un peu comme la Chine au travers de sa doctrine du "développement pacifique". Hassan Rouhani l'a d'ailleurs rappelé depuis la tribune de l'Assemblée générale : "Les affirmations selon lesquelles l'Iran cherche à contrôler les Etats de la région (le Moyen-Orient) relèvent du mythe". 

Le président iranien n'a eu de cesse de rappeler que son pays constituait un havre de paix, de sécurité et de stabilité dans un environnement soumis de toutes parts à l'avancée des extrémistes. Ce faisant, il indique clairement aux puissances occidentales qu'il sera difficile de se passer de Téhéran pour quiconque souhaite parvenir à stabiliser le Moyen-Orient et l'Afghanistan. 

Aussi, en appelant les puissances étrangères à laisser les acteurs régionaux prendre le leadership de la lutte contre les extrémistes, le président iranien pense avant tout à son propre pays et à l'influence qu'il pourrait en tirer. Et l'Iran possède des arguments pour ce faire (non repris dans le discours cependant) : il n'a jamais financé - au contraire des puissances arabes du Golfe - les combattants de l'EI et il a été le premier acteur étatique à lutter militairement contre l'EI en Syrie avant de s'engager également en Irak au cours de cet été. Le président irakien avait d'ailleurs remercié l'Iran pour son aide et regretté l'absence de Téhéran à la Conférence de Paris du 15 septembre dernier. 

Le message de Hassan Rouhani est donc on peut plus limpide : laissez-nous mener la lutte contre l'Etat islamique, cela nous serait mutuellement bénéfique.

Cela dit, le président iranien ne ferme la porte à toutes formes d'interventions étrangères dans la lutte contre l'extrémisme. Bien au contraire, il semble même tendre la main à l'Occident lorsqu'il affirme : "Si d'autres pays veulent réellement lutter contre le terrorisme, qu'ils assistent les Etats de la région dans leurs efforts pour y parvenir". Autrement dit, assistez-nous mais laissez-nous le premier rôle. 

Pareil scénario serait une victoire pour le régime de la république islamique qui se verrait reconnaître par Washington la capacité potentielle de résoudre une crise insoluble pour la puissance américaine.  Autrement dit, face à cette menace commune que constitue l'EI, Washington admettrait la supériorité de l'Iran pour résoudre le problème. Au regard des relations teintées d'antipathie qu'entretiennent les deux pays depuis la révolution islamique de 1979, difficile d'imaginer plus grande victoire symbolique pour Téhéran. 

Nous pouvons également y voir une allusion à l'engagement de longue date de la République islamique en Syrie. Le président iranien ne manque pas de rappeler que son pays a soutenu dès le début le régime de Damas contre les extrémistes islamistes. Or depuis le début de la guerre civile, les puissances occidentales dénoncent l'engagement de l'Iran - et du Hezbollah - auprès des troupes de Bachar al-Assad tandis que Téhéran de son côté met en garde contre les dangers que représentent les groupes terroristes présents en Syrie et financés par les monarchies du Golfe. Dans le discours du président Rouhani semble résonner une amère constatation : "nous vous avions bien prévenus".

Par ailleurs, le président iranien lance également un appel du pied à la coopération lorsqu'il souligne que le terrorisme est un problème d'ordre mondial et que "nous sommes tous dans le même bateau". 

Quoi qu'il en soit, l'Iran sait que l'on ne peut pas se passer de lui pour résoudre les problèmes de la région et son absence à la Conférence de Paris ne constitue en rien un obstacle à sa participation. Elle lui permet au contraire de se présenter comme un acteur "à part", donnant l'impression de traiter d'égal à égal avec Washington. La rencontre bilatérale de lundi dernier - une semaine après la Conférence de Paris - entre John Kerry et Mohammad Javad Zarif - le ministre iranien des affaires étrangères - en est une parfaite illustration. Pour les Iraniens, le message est clair : ils entendent traiter avec les Etats-Unis sur un pied d'égalité et non au sein d'une coalition considérée comme illégitime et de facto soumise à la volonté da Washington. 


Concernant le programme nucléaire iranien. 

Hassan Rouhani prévient : "il n'y a pas d'autre solution que la voie de la négociation. Ceux qui pensent le contraire commettent une grave erreur". 

Autrement dit, le président iranien met en garde contre toute possibilité d'intervention militaire étrangère. 

D'une part, il souligne l'attitude constructive de son pays ainsi que le rôle de la République islamique dans les avancées diplomatiques réalisées au cours de cette dernière année. 

D'autre part, il dénonce les sanctions internationales contre l'Iran, les qualifiant "d'erreurs stratégiques" et d'"injustice" ; arguant qu'elles n'ont en rien contribué à faire avancer les négociations - bien au contraire - et qu'elles ne pénalisent pas seulement la République islamique mais bien l'ensemble des économies de la région. 

Il apparaît clairement au fil de son discours que du point de vue iranien, la balle est désormais dans le camp occidental, Téhéran estimant avoir déjà fourni suffisamment de gage de sa bonne volonté. S'agit-il d'un appel du pied pour plus de souplesse concernant les modalités du droit de l'Iran à entretenir une capacité d'enrichissement domestique ? Sans doute. 

Et Rouhani de mettre la pression sur les Occidentaux : "Un accord définitif sur le nucléaire iranien permettrait aux Occidentaux de prouver qu'ils n'appliquent pas de doubles standards" ... Les accusations de "deux poids deux mesures"contre l'Occident dans le domaine du nucléaire reviennent en effet de manière itérative dans les discours iraniens depuis 2002. L'Inde est ainsi régulièrement citée en raison de ses partenariats nucléaires avec l'Occident alors qu'elle n'a pas signé le TNP (Traité de Non-Prolifération). 

Pour finir, le président iranien a insisté sur le fait que la résolution pacifique du différend nucléaire permettrait d'ouvrir une nouvelle ère de coopération dans la région. 


En conclusion. 

Comme énoncé en introduction à ce billet, tous les ingrédients du discours traditionnel de la République islamique sont présents dans le speech du président Hassan Rouhani. 

1) La lutte contre l'injustice : dénonciation du néo-impérialisme et du néocolonialisme occidental. L'Iran se présente encore ici comme le rempart à cette injustice, que se soit par l'alternative qu'il propose dans la lutte contre l'EI ou par son action de résistance face aux pressions occidentales concernant son programme nucléaire. 

2) Le nationalisme : l'exacerbation de la fierté nationale et de la grandeur de l'Iran au travers des multiples références quant au rôle de premier plan que le pays entend jouer dans la région. 

A côté de cela, signalons encore les accusations lancées par le président iranien concernant la mauvaise couverture du conflit en Irak par les médias occidentaux qu'il accuse d'amalgamer "Islam" et "terrorisme". 

Pour terminer cette première analyse du discours de Hassan Rouhani à l'Assemblée générale des Nations-Unies, signalons que même si il ne comporte aucune surprise sur le fond, la forme apparaît toutefois nettement moins conflictuelle que ce que nous avions pu observer à de diverses occasions au cours de ces dernières années. Je pense ici tout particulièrement aux discours présidentiels sous M. Ahmadinejad. 

Cependant, sur le fond, le message véhiculé par ce discours ne représente pas une réelle inflexion de la politique étrangère iranienne. Autrement dit, les objectifs iraniens demeurent inchangés mais la stratégie pour les atteindre repose désormais sur une plus grande ouverture avec l'Occident en lieu et place d'une confrontation directe. L’avenir du Moyen-Orient semble donc en grande partie reposer sur la capacité des puissances occidentales à faire confiance à la République islamique ainsi que sur la capacité de cette dernière à tenir ses engagements. Autrement dit, cet avenir demeure encore et toujours incertain… 

dimanche 21 septembre 2014

Iran : que sont devenus Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi ?

Rappelez-vous : à l'été 2009, la réélection de M. Ahmadinejad avait suscité une vague de protestations à travers les grandes villes de l'Iran. 

Durant plusieurs mois, des centaines de milliers de manifestants avaient bravé l'appareil répressif des autorités conservatrices afin de récupérer leurs votes qu'ils estimaient avoir été délibérément manipulés en vue de gonfler le score du président sortant, à savoir M. Ahmadinejad.
A la tête de ce mouvement - un peu malgré eux il faut aussi l'avouer ... - se trouvaient Mir Hossein Moussavi et Medhi Karoubi, deux candidats issus des rangs réformateurs, le premier civil, le second religieux.
Si dans un premier temps les manifestants réclamèrent uniquement un réajustement des résultats de l'élection qu'ils estimaient biaisées, la répression des autorités engendra un durcissement des revendications et nous vîmes apparaître pour le première fois des slogans hostiles à la République islamique et au Guide suprême lors de manifestations publiques. Certains osèrent même aller jusqu'à dérouler des banderoles en guise de pamphlet contre le régime le long des grandes artères de Téhéran ; comme l'illustre la photo ci-dessous dont le texte indique : "Dictateur, dis bonjour à ta fin".

Face à cet élan de protestations populaires - qui prix le nom de "chemin vert pour la liberté" - sans comparaison depuis l'avènement de la République islamique en 1979, les autorités se devaient de réagir. Outre la répression des manifestations qui fût orchestrée et appliquée par la police, les Pasdarans et les membres du Basij, il était également nécessaire d'apporter une solution au problème "Moussavi - Karoubi" dont le rang d'icône auprès des protestataires galvanisait ces derniers dans leur désir de continuer leur lutte contre le régime.

Il fut donc décidé de décapiter le mouvement vert à son sommet en espérant que celui-ci, une fois privé de ses leaders symboliques, finirait par s'essouffler. Mais comment ?

Exécuter les leaders ? Cela reviendrait à en faire des martyrs au sein de l'imaginaire collectif et risquerait d'avoir un résultat inverse de celui escompté. La radicalisation des protestataires ainsi que leur renforcement ne pourrait en effet pas être à exclure.

Les juger ? Cela prendrait du temps... Et le problème ne serait pas réglé tant que durerait le procès. Par ailleurs, ce dernier ne manquerait pas de susciter de vives débats au sein de la société civile, ce qui risquerait de la cliver encore d'avantage et de fragiliser le régime.

Aussi il fut décidé de les placer en résidence surveillée et d'interdire ne serait-ce que la mention de leur sort dans les débats publics.

Autrement dit, on les a enfermé dans un placard et on a jeté la clé... Ou plutôt, seul le Guide suprême sait où elle se trouve.

Cette situation perdure depuis février 2011. Notons au passage que le timing correspond à celui du déclenchement des printemps arabes... Aussi il ne faut pas exclure que le régime ait finalement tranché pour cette solution dans la crainte de voir les  révolutions en Tunisie, Egypte et Syrie raviver la flemme du mouvement vert.

Après 43 mois en résidence surveillée, les informations concernant les deux détenus se comptent au compte-goutte. De temps en temps un sommaire rapport concernant leur état de santé est rendu public afin de montrer qu'ils sont toujours en vie.

Le régime ne manque d'ailleurs pas de souligner que cette assignation à résidence surveillée illustre clairement l'indulgence et la pitié dont est capable de faire preuve la République islamique à l'égard de ceux qui se sont rebellés et qui ont comploté contre elle.

L'arrivée du modéré Hasan Rouhani à la tête de l'exécutif suite à son succès à l'élection présidentielle de l'été 2013 avait suscité beaucoup d'espoir quant à une prochaine libération des deux anciens leaders réformateurs. Force est de constater qu'il n'en fut rien : le dernier mot revenant non au président mais bien au chef de l'Etat et Guide suprême Ali Khamenei.

Nous observons cependant que de plus en plus de voix s'élèvent au sein même du système de la République islamique en vue de demander la libération des deux détenus. Notons tout de même que ces "voix" s'élèvent en provenance des camps réformateurs et modérés ; les ultra-conservateurs étant bien loin de souhaiter la libération prochaine de leurs anciennes némésis.

Hachemi Rafsandjani, ancien Président lui-même et vieux briscard des arcanes du pouvoir en Iran se serait lui-même prononcé en faveur d'une libération auprès du Guide suprême. Sa démarche a par ailleurs été appuyée publiquement par certains hauts membres du clergés, dont Seyed Hadi Khamenei, religieux réformateur mais aussi et surtout frère de l'actuel Guide suprême Ali Khamenei.
Pour l'instant, ces tentatives sont restées lettres mortes mais il se pourrait qu'elles soient réitérées en cas de succès des réformateurs dans le cadre des négociations nucléaires qui se tiennent actuellement entre l'Iran et les grandes puissances.  

vendredi 19 septembre 2014

Imam ... Calife ... Quelles différences ?

Une question que l'on me pose souvent concerne les différences entre les multiples "titres" que l'on retrouve au sein des religieux parmi les différents courants de l'Islam. 

J'ai donc décidé de consacrer quelques billets à cette problématique en commençant par un exposé sur la différence entre le Calife et la notion d'Imam. 

Alors avant toute chose, précisons d'emblée que le concept d'Imam n'a pas la même signification selon que l'on se réfère à l'islam chiite ou à l'islam sunnite. 

Dans la tradition sunnite, un Imam est une personne en charge de la prière au sein d'un groupe (une famille, un village, une communauté rurale, un quartier, une ville, ...). Dans ce cas-ci, l'Imam n'est par ailleurs pas forcément un religieux de carrière ! Par exemple : imaginons un village sans aucun religieux pour célébrer la prière. Dans ce cas, l'Imam - celui qui conduira la prière - sera désigné par la communauté au sein de ses propres membres. Il va de soi qu'en toute logique la charge de cette responsabilité incombe à la personne ayant les meilleures connaissances coraniques. 

Dans la tradition chiite, l'Imam est le leader politique et religieux de la communauté des croyants. Il concentre donc en sa personne l'ensemble des prérogatives inhérentes à la conduite du pouvoir temporel (ou séculaire) et du pouvoir spirituel. Sa science est directement n'est pas acquise : elle est directement inspirée par Dieu, il est son intermédiaire avec les hommes et possède en lui une part du divin dans la mesure ou il a été désigné par le créateur ; autant de particularités qui pour les sunnites soit dit en passant constituent des hérésies... 

Les chiites duodécimains (la majorité des croyants chiites - branche qui constitue par ailleurs la religion d'Etat en Iran) reconnaissent 12 Imam. Le 12ème, Muhammad Al-Mahdi est considéré comme le Messie pour les chiites duodécimains. En l'an 940 (ou 941 selon les sources), il aurait choisi de disparaître définitivement et de rompre tout contact avec l'humanité, initiant ainsi la période dite de "la grande occultation" (il existe aussi une période dite de "petite occultation" mais nous en reparlerons une autre fois). Ce faisant, il serait devenu immortel et vivrait caché de tous, attendant de réapparaître le moment venu pour apporter la justice divine à l'ensemble du genre humain. 

Bien que majoritaires, les duodécimains ne sont pas les seuls tenants du chiisme. Les zaïdites ne reconnaissent quant à eux que 5 Imams tandis que les Ismaéliens en reconnaissent 7. Nous évoquerons les différences entre ces différents courants dans un prochain post. 

Le fait de que l'Imam concentre en sa personne à la fois la totalité du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel constitue la pierre angulaire de la théorie de l'Imamat qui elle-même est la fondation de la doctrine du Chiisme duodécimain.

Notons par ailleurs que selon les préceptes de cette théorie de l'Imamat, seul les descendants du Prophète peuvent être des Imams. Et pas n'importe quels descendants : le caractère héréditaire doit obligatoirement passer par Fatima, fille de Mahomet mais aussi et surtout épouse de Ali (lui-même cousin de Mahomet soit dit en passant ...), le premier Imam dont les premier chiites furent les partisans. 

Terminons cette introduction à la notion d'Imam en précisant que le successeur d'un Imam, outre les contraintes héréditaires devait avoir été désigné par voie testamentaire par l'Imam précédemment en fonction.

Et le Calife dans tout ça ? 

Le Calife est un titre désignant le leader politique de la communauté des croyant dans la tradition sunnite (mmhhhh ... "tradition sunnite" ... Cela sonne un peu comme un pléonasme - les arabisants comprendront ;-) ). Au sens littéral, "calife" signifie"successeur" en arabe. Le premier Calife fut  d'ailleurs Abou Baker, le premier leader de la communauté musulmane ayant succédé Mahomet. 

Il y a eu de multiples Califes au cours de l'histoire de l'Islam mais notons que l'histoire des Califes s'est ostensiblement compliquée à partir de la chute du Califat d'Egypte en 1516 suite à sa conquête par les Ottomans. Encore un point que je devrai vous exposer dans un futur proche ! 

Bref quoi qu'il en soit, il existe plusieurs différences entre un Calife et un Imam. 

Premièrement : les types de pouvoir qui lui incombent. 

Le Calife est avant tout - et en dépit de ce que l'on lit trop souvent - un leader politique et militaire. Son pouvoir est donc essentiellement temporel ! Cela ne veut pas dire qu'il n'exerce pas de fonction dans le domaine du spirituel : il pouvait bel et bien avoir son mot à dire sur les affaires de la foi mais il devait en partager les prérogatives avec une faction de la communauté des croyants : les Oulémas, autrement dit les "savants" au sens de "spécialistes des sciences religieuses". 

L'Imam quant à lui - dans la tradition chiite - est le seul à détenir à la fois l'ensemble du pouvoir séculaire et spirituel (Bien entendu la situation est différente en période de grande occultation... On y reviendra ;-) ). 

Deuxièmement : le mode de désignation/succession. 

Le Calife est désigné par consensus au sein des leaders de la communauté des croyants possédant une grande expertise coranique  (oui je sais, c'est vague et cela constitue la porte ouverte à toutes sortes de petits arrangements politiques ... C'est d'ailleurs bien cela - notamment - que les chiites reprochent au sunnites ; en suivant la lignée héréditaire, c'est quand même plus simple selon eux).

En ce qui concerne la succession de l'Imam dans le chiisme, voir les explications situées précédemment dans le texte. 

Vous l'aurez compris : un Calife et un Imam sont donc bien des leaders mais avec des prérogatives différentes. Par ailleurs, ces différences en terme de pouvoir et de procédure de succession se trouvent à la base de la fracture au sein de la communauté des croyants entre sunnites et chiites. 

Enfin, notez que Ali fut le 4ème Calife et le 1er Imam (vous me suivez toujours ;-) ?) et que c'est à son époque qu'est apparue cette fracture évoquée au paragraphe précédent. Comment ? Ha mais ça ... C'est une autre histoire ;-).