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dimanche 19 octobre 2014

Iran : un parlementaire conservateur défend la remise en liberté de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi


Dans une lettre ouverte adressée au Président Hassan Rouhani, le député conservateur Ali Motahhari s'en est violemment pris à la détention illimitée des deux figures emblématiques du "Mouvement vert", lequel avait suivi la réélection à la présidence de la république de M. Ahmadinejad au cours de l'été 2009. 

Motahhari fustige ainsi la mise en résidence surveillée à laquelle sont soumis depuis plus de 3 ans Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi. Pour le parlementaire, pourtant conservateur, cette détention donne une mauvaise image de l'Iran à l'étranger et sape la légitimité du régime auprès de la population. Rappelant l'exemple du Grand Ayatollah Montazeri dont le discours critique à l'égard de la politique de l'Ayatollah Khomeini l'avait condamné à une mise en détention similaire jusqu'à son décès, Motahhari insiste sur la nécessité de ne pas répéter les mêmes erreurs. Le député souligne que les avis critiques sont inévitables dans tous les types de gouvernement et que cela était déjà le cas du temps du Prophète ou de l'Imam Ali. 

Motahhari pointe également du doigt la mauvaise gestion par le pouvoir de la crise post-électorale qui avait secoué le pays durant les mois ayant suivis l'élection présidentielle de 2009 et estime injuste au regard de l'Islam que les deux figures politiques du mouvement vert n'aient pas eu droit au procès que devrait normalement leur octroyer le système judiciaire de la République islamique. 

En conclusion, le député pointe du doigt la responsabilité du gouvernement actuel qu'il accuse d'immobilisme... 

Si cette lettre ouverte illustre bien le débat de façade qui semble exister sur la scène politique iranienne concernant ce dossier épineux en dépit des limites imposées par le régime, il convient cependant de souligner un point important : 

Le Président Rouhani ne dispose pas des leviers de pouvoir nécessaires que pour faire évoluer ce dossier. 

En effet, le système judiciaire iranien comprend trois figures principales : 

- Le Chef du système judiciaire (Sadeq Larijani) ; 

- Le Procureur général de la République islamique (Gholam-Hossein Mohseni-Eje'i) ; 

- Le Ministre de la justice (Mostafa Pourmohammadi). 

Les deux premiers, véritables tenants du pouvoir judiciaire en Iran, occupent leur poste depuis 2009 et sont directement nommés par le Guide suprême, à savoir Ali Khamenei. Ils sont étiquetés comme étant proches du Guide et par conséquent conservateurs. Le Ministre de la justice joue quant à lui un rôle de figuration dont les réelles prérogatives demeurent purement théoriques. 

Autrement dit, cette lettre ouverte constitue un nouveau chapitre dans la confrontation politique qui oppose réformateurs et conservateurs. En cherchant à faire porter le chapeau de cette détention illimitée et inconstitutionnelle (voir art. 32 de la Constitution iranienne) au Président Rouhani, les conservateurs cherchent à décrédibiliser le gouvernement en place aux yeux de l'opinion publique, que celle-ci soit domestique ou internationale. 

Le porte-parole du gouvernement s'est d'ailleurs retrouvé dans une position délicate au moment de répondre à cette missive, déclarant de manière lacunaire que le gouvernement prenait ce sujet très au sérieux. 

Elu président à l'été 2013, Hassan Rouhani voit sa marge de manoeuvre politique réduite en raison de la nature même du système institutionnel iranien où les conservateurs contrôlent de nombreux leviers pour mettre à mal son image ainsi que sa politique. L'ancien Président M. Khatami en sait lui aussi quelque chose... 

Enfin, cette affaire n'est pas sans rappeler l'accélération de l'application des condamnations à mort en Iran depuis un an, autre dossier qui a entaché l'image du gouvernement actuel alors que cette prérogative dépend elle aussi du pouvoir judiciaire qui comme énoncé précédemment est aux mains des conservateurs. 

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