dimanche 21 septembre 2014

Iran : que sont devenus Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi ?

Rappelez-vous : à l'été 2009, la réélection de M. Ahmadinejad avait suscité une vague de protestations à travers les grandes villes de l'Iran. 

Durant plusieurs mois, des centaines de milliers de manifestants avaient bravé l'appareil répressif des autorités conservatrices afin de récupérer leurs votes qu'ils estimaient avoir été délibérément manipulés en vue de gonfler le score du président sortant, à savoir M. Ahmadinejad.
A la tête de ce mouvement - un peu malgré eux il faut aussi l'avouer ... - se trouvaient Mir Hossein Moussavi et Medhi Karoubi, deux candidats issus des rangs réformateurs, le premier civil, le second religieux.
Si dans un premier temps les manifestants réclamèrent uniquement un réajustement des résultats de l'élection qu'ils estimaient biaisées, la répression des autorités engendra un durcissement des revendications et nous vîmes apparaître pour le première fois des slogans hostiles à la République islamique et au Guide suprême lors de manifestations publiques. Certains osèrent même aller jusqu'à dérouler des banderoles en guise de pamphlet contre le régime le long des grandes artères de Téhéran ; comme l'illustre la photo ci-dessous dont le texte indique : "Dictateur, dis bonjour à ta fin".

Face à cet élan de protestations populaires - qui prix le nom de "chemin vert pour la liberté" - sans comparaison depuis l'avènement de la République islamique en 1979, les autorités se devaient de réagir. Outre la répression des manifestations qui fût orchestrée et appliquée par la police, les Pasdarans et les membres du Basij, il était également nécessaire d'apporter une solution au problème "Moussavi - Karoubi" dont le rang d'icône auprès des protestataires galvanisait ces derniers dans leur désir de continuer leur lutte contre le régime.

Il fut donc décidé de décapiter le mouvement vert à son sommet en espérant que celui-ci, une fois privé de ses leaders symboliques, finirait par s'essouffler. Mais comment ?

Exécuter les leaders ? Cela reviendrait à en faire des martyrs au sein de l'imaginaire collectif et risquerait d'avoir un résultat inverse de celui escompté. La radicalisation des protestataires ainsi que leur renforcement ne pourrait en effet pas être à exclure.

Les juger ? Cela prendrait du temps... Et le problème ne serait pas réglé tant que durerait le procès. Par ailleurs, ce dernier ne manquerait pas de susciter de vives débats au sein de la société civile, ce qui risquerait de la cliver encore d'avantage et de fragiliser le régime.

Aussi il fut décidé de les placer en résidence surveillée et d'interdire ne serait-ce que la mention de leur sort dans les débats publics.

Autrement dit, on les a enfermé dans un placard et on a jeté la clé... Ou plutôt, seul le Guide suprême sait où elle se trouve.

Cette situation perdure depuis février 2011. Notons au passage que le timing correspond à celui du déclenchement des printemps arabes... Aussi il ne faut pas exclure que le régime ait finalement tranché pour cette solution dans la crainte de voir les  révolutions en Tunisie, Egypte et Syrie raviver la flemme du mouvement vert.

Après 43 mois en résidence surveillée, les informations concernant les deux détenus se comptent au compte-goutte. De temps en temps un sommaire rapport concernant leur état de santé est rendu public afin de montrer qu'ils sont toujours en vie.

Le régime ne manque d'ailleurs pas de souligner que cette assignation à résidence surveillée illustre clairement l'indulgence et la pitié dont est capable de faire preuve la République islamique à l'égard de ceux qui se sont rebellés et qui ont comploté contre elle.

L'arrivée du modéré Hasan Rouhani à la tête de l'exécutif suite à son succès à l'élection présidentielle de l'été 2013 avait suscité beaucoup d'espoir quant à une prochaine libération des deux anciens leaders réformateurs. Force est de constater qu'il n'en fut rien : le dernier mot revenant non au président mais bien au chef de l'Etat et Guide suprême Ali Khamenei.

Nous observons cependant que de plus en plus de voix s'élèvent au sein même du système de la République islamique en vue de demander la libération des deux détenus. Notons tout de même que ces "voix" s'élèvent en provenance des camps réformateurs et modérés ; les ultra-conservateurs étant bien loin de souhaiter la libération prochaine de leurs anciennes némésis.

Hachemi Rafsandjani, ancien Président lui-même et vieux briscard des arcanes du pouvoir en Iran se serait lui-même prononcé en faveur d'une libération auprès du Guide suprême. Sa démarche a par ailleurs été appuyée publiquement par certains hauts membres du clergés, dont Seyed Hadi Khamenei, religieux réformateur mais aussi et surtout frère de l'actuel Guide suprême Ali Khamenei.
Pour l'instant, ces tentatives sont restées lettres mortes mais il se pourrait qu'elles soient réitérées en cas de succès des réformateurs dans le cadre des négociations nucléaires qui se tiennent actuellement entre l'Iran et les grandes puissances.  

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