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mercredi 20 août 2014

Le Coran peut-il est interprété ?

Après de longs mois de silence, Chroniques persanes reprend la plume ! Merci à un agenda moins chargé qui devrait me permettre de  réalimenter ce blog plus régulièrement. 

Avec ce nouveau départ, je vous propose de détailler plus amplement avec vous le texte du Coran au travers de plusieurs petits billets et de briser ainsi certaines idées reçues quant à son contenu. Il en sera fait de même avec la Bible et la Torah, ce qui nous permettra de nous livrer à une analyse comparative progressive des trois livres sacrés et de mettre en exergue leurs similitudes et divergences. 

Un cliché qui est persistant à propos du Coran concerne son caractère sacré et son interprétation. Il m'est arrivé fréquemment d'entendre les propos suivants dans la bouche de personnes n'ayant aucune connaissance de l'Islam ou du Moyen-Orient (bref le citoyen lambda qui a une opinion sur tout mais ne connait même pas la surface des choses alors qu'il est persuadé de les connaitre en profondeur ... Ce qui me fait penser à ma citation préférée d'Oscar Wilde "L'illusion de la connaissance est plus nuisible que l'ignorance") : 

- "Le Coran pour les Musulmans, c'est la parole de Dieu alors il ne peuvent pas l'interpréter, c'est pas comme dans les autres religions !"

- "Le Coran est violent et comme il ne peut pas être interprété, cela explique que l'Islam soit une religion violente" 

- "Le Coran est plus sacré pour un musulman que la Bible pour un chrétien" 

- ...

Et on pourrait continuer encore longtemps avec d'autres exemples... Mais arrêtons nous là pour le moment et décortiquons d'ores et déjà ce que nous avons sous la main. 

Concernant la première affirmation :

Elle est correcte sur un point : oui c'est vrai, le Coran est la parole de Dieu, dictée par l'Archange Gabriel au prophète Mohammed entre 610 (lors de la 27ème nuit du mois de Ramadan - appelée également la "nuit du destin") et 632 (c'est à dire jusqu'à la mort du prophète). Ce point distingue le Coran des autres livres sacrés que sont la Torah et la Bible. 

Cela dit, il serait faux de penser que le Coran ne peut pas être interprété. Cette idée vient du fait que comme il s'agit de la parole directe de Dieu et non de prescriptions indirectes émanant de prophètes, le Coran doit être pris au sens littéral, tel quel, sans interprétation puisque que l'être humain ne peut se prétendre à même d'interpréter la parole de Dieu comme il lui semble, au risque de la détourner et de la dénaturer. Rien n'est moins vrai. Tout d'abord, il faut garder à l'esprit que la révélation s'étale sur une période de 22 ans. De ce fait, la contexte historique de la révélation d'une sourate permet d'en éclairer le contenu en le mettant en perspective au regard justement du contexte historique. S'agissait-il d'un contexte de paix ? De guerre ? Etait-ce au début de la révélation ? A la fin ? Autant de questions qui permettent d'éclairer le contenu du Coran ainsi que sa signification. D'ailleurs, la Coran lui-même - et par conséquent Dieu puisqu'il s'agit de sa parole pour les musulmans - invite à l'interprétation de ses versets via le verset 7 de la sourate 3 : 

"C'est Lui qui t'a révélé le Livre (le Coran) qui contient des versets éloquents, et d'autres plus complexes, propices à l'interprétation. Quand à ceux dont les coeurs sont déviants, ils s'attachent à la partie obscure du Coran, recherchant la dispute et la discorde. Ils font excès d'interprétations, mais seul Allah connaît toutes les interprétations (...)"

Cette possibilité d'une interprétation conjuguée au fait qu'il n'existe pas (ou "plus" pour être plus précis) une structure décisionnelle centralisée pour ce qui concerne justement l'interprétation du Coran (sans parler des hadit, du fiqh, ... mais nous y reviendrons ultérieurement) explique la situation actuelle de la religion musulmane, à savoir le fait qu'il n'existe pas un Islam mais des Islam. 

Plusieurs mouvements s'opposent donc quant à leur interprétation du Coran et des textes de l'Islam en  général. Tenter d'en extirper une typologie revient par ailleurs à effectuer un exercice d'équilibriste. Je recommande cela étant aux lecteurs désireux d'en apprendre d'avantage sur le débat contemporain entre les différentes tendances de l'Islam de se procurer l'excellent ouvrage collectif dirigé par le Pr. Shireen T. Hunter de l'université de Georgetown dont voici les références : 

- Shireen T. Hunter (ed.), Reformist Voices of Islam. Mediating Islam and Modernity, M.E. Sharpe, London, 322 p.

Concernant la deuxième affirmation : 

Le corollaire de notre première observation nous pousse à réfuter l'impossibilité de l'interprétation du Coran. En ce qui concerne le degré de violence de celui-ci, tenter de le mesurer de manière objective me semble impossible puisque les résultats obtenus différeront grandement selon la méthodologie utilisée. Doit-on uniquement comptabiliser les versets faisant allusion à l'usage de la violence ? Doit-on les mettre en perspective au regard des versets qui prônent la non-violence et qui appellent au pardon et à la tolérance ? Doit-on plutôt comptabiliser les mots faisant référence à la violence ? Si oui, les noms communs, les verbes ou les deux ? Et puis, a quoi comparer le résultat de l'analyse ? A une analyse similaire de la Bible ? De la Torah ? De l'Avesta (livre saint des cultes mazdéens) ? Cela serait-il vraiment pertinent ? Quiconque a déjà effectué une analyse (autrement dit, plus qu'une simple lecture...) comparative du Coran, de la Bible et de la Torah ne pourra que constater que ces trois livres saints contiennent tous un bon nombre de passages violents. 

Ce qui fait qu'un texte sacré devienne violent, c'est son interprétation. Cela est vrai pour l'Islam, le Christianisme et le Judaïsme. Tous les textes de ces religions peuvent être pris soit dans un sens qui va vers la paix, soit dans un sens qui va vers la confrontation. La responsabilité d'actes odieux ou intolérants au nom du "divin" revient in fine aux exécutants qui ont choisi d'interpréter les textes selon une des multiples possibilités pour justifier leurs actes violents au lieu de choisir une interprétation plus pacifique et tolérante.

Certes il y a des passages violents dans le Coran, mais le plus itératif des messages est le suivant : 

"Allah est celui qui pardonne et qui fait miséricorde" 

La marge de manoeuvre est grande dans la Bible, le Coran et la Torah pour qui veut en faire un instrument de paix ou un instrument de conflit.

A noter également qu'une des particularités des textes de l'Islam est de proposer un véritable jus ad bellum ainsi qu'un jus in bello sur lesquels nous reviendrons prochainement lors d'un billet ultérieur. 

Concernant la troisième affirmation : 

Tout est relatif. Le contenu de la Bible est tout aussi sacré pour un chrétien que ne l'est le contenu du Coran pour un musulman. Si le contenu, le message de ces deux livres saints est donc tout aussi sacré pour leurs différents adeptes, il n'en va pas de même pour le support matériel sur lequel repose le message : a savoir le livre lui même ; ses pages, sa couverture, sa reliure, ... 

Répétons-nous, le Coran dans l'Islam est la retranscription de la parole directe de Dieu. De ce fait, dans la tradition musulmane, le caractère sacré du message s'applique tout autant à son support matériel. Le Coran est un objet de dévotion en soi puisqu'il reprend le message que Dieu a adressé aux hommes. Cela explique pourquoi le Coran est aussi vénéré dans le culte musulman.

Remarque : la traduction des passages du Coran provient de la nouvelle traduction du Coran effectuée par le Pr. Malek Chebel et éditée aux éditions Fayard en 2009. 



1 commentaire:

  1. Merci pour ce retour avec ce billet très intéressant. Vivement les suivants.

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