samedi 30 août 2014

Islam : la Kaaba, c'est quoi ?

"Dis, c'est quoi cette grosse boite noire autour de laquelle les Musulmans doivent tous faire des tours ?" 



Combien de fois n'ai-je pas déjà entendu cette question... Alors je me suis dis que c'était là l'occasion de faire un petit billet explicatif ! 

Cette grosse "boite noire" que nous voyons parfois dans les médias (souvent durant la période annuelle du pèlerinage), c'est ce que les Musulmans appellent la Kaaba

Faisons un peu d'histoire si vous le voulez bien et revenons quelques siècles en arrière (ok ok ... quelques millénaires en arrière) :

Les peuplades arabes et sémites installées dans la péninsule arabique, en Mésopotamie ainsi que dans la région dite de la grande Syrie se sont toujours revendiquées comme descendantes de la tribu d'Ismaël ;  le fils d'Abraham (1) - que nous dénommerons par la suite Ibrahim puisque c'est ainsi que les Musulmans l'appellent. 

Abraham aurait vu le jour aux alentours de 1800 avant notre ère. L'histoire religieuse le présente comme un chef de tribu de la région de Ur, en Mésopotamie, à l'époque du grand royaume babylonien d'Hammourabi (1792-1750). 

Il est considéré dans l'Islam comme un Prophète de la plus haute importance - et aussi comme le premier prophète - envoyé par Dieu pour remettre les hommes dans le droit chemin. 

Selon la croyance, la seconde femme d'Ibrahim, Agar, aurait été chassée avec son fils, Ismaël, par la première épouse du prophète et aurait trouvée refuge en Arabie, plus précisément dans la vallée de Bekka (Bekka ... Mecca ... Vous sentez venir le truc ? ... Non ? Bon je continue ! )

Abandonnée dans ce milieu hostile, succombant petit à petit à la chaleur et à la soif, elle implora le Tout Puissant qui l'entendit et fit jaillir une source là où elle se trouvait. 

Par la suite, Ibrahim décida de rejoindre sa femme et son fils, Ismaël, alors âgé de 13 ans. C'est à cette période qu'il reçu l'ordre de Dieu d'élever à côté de la source un sanctuaire taillé dans la pierre. Celui-ci se devait d'être de forme cubique (d'où le nom Kaaba .... Car oui oui : c'est bien là l'origine du vocable "cubique" !), simple et sobre, afin d'attester de l'unicité de Dieu. 

Les quatre coins de la Kaaba furent orientés vers les points cardinaux et une pierre noire céleste, remise par un ange, fut enchâssée dans le coin oriental du sanctuaire. 

En réalité, selon un hadit(2) de Mahomet, cette pierre aurait été apportée directement du paradis "plus blanche que le lait, mais les pêchés humains l'auraient noircie". 

Le 26 ème verset de la 22 sourate du Coran relate l'épisode au cours duquel Dieu ordonna à Ibrahim d'instituer le rite d'un pèlerinage autour de la Kaaba : 

"Nous avons assigné à Ibrahim un lieu précis de la Maison sacrée : Ne M'associe aucune autre divinité et faits en sorte de purifier Mon temple afin que les pèlerins y accomplissent leurs tours (3), de même ceux qui se tiennent debout, ceux qui s'inclinent et ceux qui se prosternent".

Plus tard, des habitants de la région se fixeront autour de cette source et de ce sanctuaire pour y fonder une ville : La Meque. 

Voilà pourquoi La Mecque (et la Kaaba) jouit du statut de principal lieu saint de l'Islam. 

En ce qui concerne le rôle de la Kaaba dans les prières et les pèlerinages, nous y reviendrons ultérieurement. 

(1) Beaucoup de personnes ont tendance à l'oublier, mais l'Islam constitue la troisième branche des religions monothéistes abrahamiques ; les deux premières étant le Judaïsme et le Christianisme. 

(2) Une parole. 

(3) Notons au passage que le terme exact dans la version arabe du Coran est tawaf ; ce dernier fait donc référence à la circumambulation que les pèlerins doivent accomplir autour de la Kaaba lors du Hadj ; le pèlerinage des Musulmans. 



mardi 26 août 2014

Le saviez-vous ? "Algèbre" et "algorithme" : deux mots aux racines iraniennes...

Je vous propose aujourd'hui de commencer une nouvelle rubrique intitulée "Le saviez-vous".

L'objectif est ici de partager avec vous des anecdotes historiques, culturelles, et autres ayant un lien avec l'Iran. Une manière légère d'apprendre des choses sur l'histoire de l'Iran ainsi que sur son rayonnement et sa contribution à l'évolution de l'histoire des civilisations. 

L'objet du jour est mathématique. Saviez-vous que les vocables "algèbre" et "algorithme" sont intimement liés à l'histoire d'un mathématicien iranien : Musa al-Kwarazmi (Kharazmi en Persan) ?

Né en 780 et décédé en l'année 850 après J.C., il est considéré comme l'un des plus grands mathématiciens de l'époque médiévale. Ses travaux mathématiques (notons au passage que son oeuvre globale dépasse largement le champ des mathématiques) portaient essentiellement sur la résolution des équations linéaires et quadratiques. 

Le mot "algèbre" provient du titre de son célèbre ouvrage al-Jabr wa'l Muqbabala (al-Jabr ==> Algèbre).

Le mot "algorithme" provient quant à lui de la traduction latine de son nom, à savoir : Algoritmi. C'est par ce nom qu'il était connu du monde occidental au travers de la traduction de ses travaux. 

Et voilà pour l'anecdote du jour, bonne journée à tous ! 

mercredi 20 août 2014

Le Coran peut-il est interprété ?

Après de longs mois de silence, Chroniques persanes reprend la plume ! Merci à un agenda moins chargé qui devrait me permettre de  réalimenter ce blog plus régulièrement. 

Avec ce nouveau départ, je vous propose de détailler plus amplement avec vous le texte du Coran au travers de plusieurs petits billets et de briser ainsi certaines idées reçues quant à son contenu. Il en sera fait de même avec la Bible et la Torah, ce qui nous permettra de nous livrer à une analyse comparative progressive des trois livres sacrés et de mettre en exergue leurs similitudes et divergences. 

Un cliché qui est persistant à propos du Coran concerne son caractère sacré et son interprétation. Il m'est arrivé fréquemment d'entendre les propos suivants dans la bouche de personnes n'ayant aucune connaissance de l'Islam ou du Moyen-Orient (bref le citoyen lambda qui a une opinion sur tout mais ne connait même pas la surface des choses alors qu'il est persuadé de les connaitre en profondeur ... Ce qui me fait penser à ma citation préférée d'Oscar Wilde "L'illusion de la connaissance est plus nuisible que l'ignorance") : 

- "Le Coran pour les Musulmans, c'est la parole de Dieu alors il ne peuvent pas l'interpréter, c'est pas comme dans les autres religions !"

- "Le Coran est violent et comme il ne peut pas être interprété, cela explique que l'Islam soit une religion violente" 

- "Le Coran est plus sacré pour un musulman que la Bible pour un chrétien" 

- ...

Et on pourrait continuer encore longtemps avec d'autres exemples... Mais arrêtons nous là pour le moment et décortiquons d'ores et déjà ce que nous avons sous la main. 

Concernant la première affirmation :

Elle est correcte sur un point : oui c'est vrai, le Coran est la parole de Dieu, dictée par l'Archange Gabriel au prophète Mohammed entre 610 (lors de la 27ème nuit du mois de Ramadan - appelée également la "nuit du destin") et 632 (c'est à dire jusqu'à la mort du prophète). Ce point distingue le Coran des autres livres sacrés que sont la Torah et la Bible. 

Cela dit, il serait faux de penser que le Coran ne peut pas être interprété. Cette idée vient du fait que comme il s'agit de la parole directe de Dieu et non de prescriptions indirectes émanant de prophètes, le Coran doit être pris au sens littéral, tel quel, sans interprétation puisque que l'être humain ne peut se prétendre à même d'interpréter la parole de Dieu comme il lui semble, au risque de la détourner et de la dénaturer. Rien n'est moins vrai. Tout d'abord, il faut garder à l'esprit que la révélation s'étale sur une période de 22 ans. De ce fait, la contexte historique de la révélation d'une sourate permet d'en éclairer le contenu en le mettant en perspective au regard justement du contexte historique. S'agissait-il d'un contexte de paix ? De guerre ? Etait-ce au début de la révélation ? A la fin ? Autant de questions qui permettent d'éclairer le contenu du Coran ainsi que sa signification. D'ailleurs, la Coran lui-même - et par conséquent Dieu puisqu'il s'agit de sa parole pour les musulmans - invite à l'interprétation de ses versets via le verset 7 de la sourate 3 : 

"C'est Lui qui t'a révélé le Livre (le Coran) qui contient des versets éloquents, et d'autres plus complexes, propices à l'interprétation. Quand à ceux dont les coeurs sont déviants, ils s'attachent à la partie obscure du Coran, recherchant la dispute et la discorde. Ils font excès d'interprétations, mais seul Allah connaît toutes les interprétations (...)"

Cette possibilité d'une interprétation conjuguée au fait qu'il n'existe pas (ou "plus" pour être plus précis) une structure décisionnelle centralisée pour ce qui concerne justement l'interprétation du Coran (sans parler des hadit, du fiqh, ... mais nous y reviendrons ultérieurement) explique la situation actuelle de la religion musulmane, à savoir le fait qu'il n'existe pas un Islam mais des Islam. 

Plusieurs mouvements s'opposent donc quant à leur interprétation du Coran et des textes de l'Islam en  général. Tenter d'en extirper une typologie revient par ailleurs à effectuer un exercice d'équilibriste. Je recommande cela étant aux lecteurs désireux d'en apprendre d'avantage sur le débat contemporain entre les différentes tendances de l'Islam de se procurer l'excellent ouvrage collectif dirigé par le Pr. Shireen T. Hunter de l'université de Georgetown dont voici les références : 

- Shireen T. Hunter (ed.), Reformist Voices of Islam. Mediating Islam and Modernity, M.E. Sharpe, London, 322 p.

Concernant la deuxième affirmation : 

Le corollaire de notre première observation nous pousse à réfuter l'impossibilité de l'interprétation du Coran. En ce qui concerne le degré de violence de celui-ci, tenter de le mesurer de manière objective me semble impossible puisque les résultats obtenus différeront grandement selon la méthodologie utilisée. Doit-on uniquement comptabiliser les versets faisant allusion à l'usage de la violence ? Doit-on les mettre en perspective au regard des versets qui prônent la non-violence et qui appellent au pardon et à la tolérance ? Doit-on plutôt comptabiliser les mots faisant référence à la violence ? Si oui, les noms communs, les verbes ou les deux ? Et puis, a quoi comparer le résultat de l'analyse ? A une analyse similaire de la Bible ? De la Torah ? De l'Avesta (livre saint des cultes mazdéens) ? Cela serait-il vraiment pertinent ? Quiconque a déjà effectué une analyse (autrement dit, plus qu'une simple lecture...) comparative du Coran, de la Bible et de la Torah ne pourra que constater que ces trois livres saints contiennent tous un bon nombre de passages violents. 

Ce qui fait qu'un texte sacré devienne violent, c'est son interprétation. Cela est vrai pour l'Islam, le Christianisme et le Judaïsme. Tous les textes de ces religions peuvent être pris soit dans un sens qui va vers la paix, soit dans un sens qui va vers la confrontation. La responsabilité d'actes odieux ou intolérants au nom du "divin" revient in fine aux exécutants qui ont choisi d'interpréter les textes selon une des multiples possibilités pour justifier leurs actes violents au lieu de choisir une interprétation plus pacifique et tolérante.

Certes il y a des passages violents dans le Coran, mais le plus itératif des messages est le suivant : 

"Allah est celui qui pardonne et qui fait miséricorde" 

La marge de manoeuvre est grande dans la Bible, le Coran et la Torah pour qui veut en faire un instrument de paix ou un instrument de conflit.

A noter également qu'une des particularités des textes de l'Islam est de proposer un véritable jus ad bellum ainsi qu'un jus in bello sur lesquels nous reviendrons prochainement lors d'un billet ultérieur. 

Concernant la troisième affirmation : 

Tout est relatif. Le contenu de la Bible est tout aussi sacré pour un chrétien que ne l'est le contenu du Coran pour un musulman. Si le contenu, le message de ces deux livres saints est donc tout aussi sacré pour leurs différents adeptes, il n'en va pas de même pour le support matériel sur lequel repose le message : a savoir le livre lui même ; ses pages, sa couverture, sa reliure, ... 

Répétons-nous, le Coran dans l'Islam est la retranscription de la parole directe de Dieu. De ce fait, dans la tradition musulmane, le caractère sacré du message s'applique tout autant à son support matériel. Le Coran est un objet de dévotion en soi puisqu'il reprend le message que Dieu a adressé aux hommes. Cela explique pourquoi le Coran est aussi vénéré dans le culte musulman.

Remarque : la traduction des passages du Coran provient de la nouvelle traduction du Coran effectuée par le Pr. Malek Chebel et éditée aux éditions Fayard en 2009.