jeudi 23 mai 2013

Iran : quand l'élection devient une sélection au service du Guide


Après les troubles survenus suite à la réélection de M. Ahmadinejad au cours de l’été 2009, l’élection présidentielle qui doit se tenir en Iran le 14 juin prochain fait figure de test pour la stabilité et la légitimité du régime. Or la décision prise par le Conseil des gardiens ce mardi 21 mai d’écarter de la course à la présidence deux des personnages les plus médiatisés de la vie politique iranienne suscite d’ores et déjà de vives réactions tant en Iran qu’auprès des observateurs étrangers.

Pour rappel, le Conseil des gardiens, ou shoray-é néghahban, est une instance politique composée de 12 membres, six religieux et six juristes. Ce Conseil est désigné pour 6 ans. Les membres religieux sont nommés par le Guide. Les juristes sont quant à eux élus par le parlement sur proposition du chef du pouvoir judiciaire, lui-même nommé par le Guide (Art.91 de la constitution). Les fonctions de cette institution sont multiples. En ce qui concerne son implication dans le pouvoir législatif, le Conseil des gardiens veille à la conformité des lois émises par le Majles (le parlement iranien) avec la constitution ainsi qu’avec les préceptes de l’Islam (Art.94 de la constitution). Cette dernière tâche revient exclusivement aux six membres religieux, la première étant assurée par l’ensemble du Conseil (Art. 96 de la constitution).

Le Conseil joue également un rôle prépondérant lors des élections législatives et présidentielles. La tâche lui incombe en effet de valider les différents candidats avant que ceux-ci ne se lancent dans la bataille électorale. Les critères sont multiples et ouvrent la voie à la subjectivité de l’appréciation : antécédents politiques, bonne vie et mœurs, conformité de la personnalité avec les préceptes de la République islamique, … Autrement dit, pour ce qui est du législatif, le Conseil des gardiens joue un rôle de filtrage à l’entrée du parlement – en éliminant certains candidats – ainsi qu’à la sortie de celui-ci – en examinant la conformité des lois au regard des principes de la République islamique.


Ce rôle de sélection des candidats demeure le même en cas d’élection présidentielle. Cette année, sur 686 candidats, le Conseil des gardiens a déclaré avoir examiné sérieusement 40 candidatures pour finalement n’en retenir que les huit que voici (un post reprenant les caractéristiques de ces huit candidats sera mis en ligne dans les prochaines heures et leurs programmes seront régulièrement détaillés tout au long de la campagne)  :

-       Saeed Jalili ;
-       Moshen Rezaei ;
-       Hassan Rouhani ;
-       Ali Akbar Velayati ;
-       Gholam-Ali Haddad-Adel ;
-       Mohammad-Baqer Qalibaf ;
-       Mohammad-Reza Aref ;
-       Mohammad Ghazi.

Ce qui choque inévitablement à la lecture de cette liste, c’est l’absence remarquée d’Esfandiar Rahim Mashaïe, chef de cabinet de l’actuel président et figure controversée du paysage politique iranien, ainsi que celle d’Hachémi Rafsandjani, ancien président de la République islamique de 1989 à 1997.


Au sujet de l’éviction d’Esfandiar Rahim Mashaïe, bras droit du président Ahmadinejad, la décision du Conseil des gardiens ne représente pas réellement une surprise tant l’homme suscite depuis déjà plusieurs années l’ire des milieux cléricaux conservateurs. Il faut dire qu’au fil du temps, l’accumulation de ses déclarations à rebours de la rhétorique khomeyniste visant à marginaliser le rôle politique du clergé lui ont valu l’étiquette d’hérétique aux yeux des partisans de la ligne dure traditionnelle. Outre sa déclaration choque de juin 2008 au cours de laquelle il avait annoncé que l’Iran était l’ami du peuple israélien, l’intéressé s’est récemment illustré en tenant des propos critiquant l’islamisme traditionnel et en défendant par la même occasion l’avènement d’un « Islam iranien », plus à même selon lui de répondre aux nécessités de la population. Ces paroles lui ont par ailleurs valu les critiques de la part du chef du système judiciaire, l’Ayatollah Sadegh Larijani, proche du Guide suprême et frère d’Ali Larijani, président du Majles – le parlement iranien – lequel est également l’un des plus fervents opposants d’Ahmadinejad. En tenant un discours populiste à relents nationalistes mettant régulièrement en avant la grandeur de l’Iran préislamique et en tentant de se substituer au clergé dans la conduite des affaires de la Foi, l’acceptation de la candidature de Mashaïe se trouvait déjà fort hypothéquée. Face à la levée de boucliers qu’avait suscitée dans les milieux conservateurs ne serait-ce que l’hypothèse de sa candidature, le dépôt de celle-ci auprès du ministère de l’intérieur au début du mois de mai constituait d’ailleurs déjà un acte de défi envers la nomenklatura cléricale. Aussi, cette éviction ne constitue pas en soi une surprise. En dépit du fait que le président iranien a d’ores et déjà annoncé sa volonté de demander au Guide d’autoriser par décret son dauphin à se lancer dans la course, il y a fort à parier qu’Ali Khamenei ne prendra pas le risque d’outrepasser la décision du Conseil des gardiens. Tout d’abord, membres du Conseil en charge de l’examen des candidatures sont nommés directement ou indirectement par le Guide. Désavouer cette institution reviendrait donc pour le chef de l’Etat à se discréditer lui-même. Inenvisageable dans un système où le Guide suprême se veut infaillible. Enfin, pourquoi Khamenei aiderait-il Mashaïe à concourir pour le siège de président alors qu’il l’a lui même évincé du poste de premier vice-président en 2009 et cela en dépit des protestations d’Ahmadinejad ? Non il n’y a décidemment rien d’étonnant à la mise sur le banc d’Esfandiar Rahim Mashaïe. Les gesticulations d’Ahmadinejad n’y changeront rien mais elles lui permettent de se lancer dans un nouveau bras de fer avec le Guide suprême dont l’animosité envers le président n’a cessé de croître au cours de son second mandat. Au travers de l’échec de son dauphin, M. Ahmadinejad va pouvoir se poser en « martyr » d’un système dont il ne cesse de dénoncer la corruption, cherchant ainsi un cheval de bataille politique pour les cinq années à venir avec, peut-être en ligne de mire, les élections présidentielles de 2017.   



Bien plus inattendue que le cas de Mashaïe, l’absence de Hachémi Rafsandjani sur la liste des candidats autorisés à concourir constitue bien la réelle surprise de ce début de campagne présidentielle. Président du parlement de 1980 à 1989, commandant des opérations militaires au cours des derniers mois de la guerre contre l’Irak, président de la république de 1989 à 1997, président de l’Assemblée des experts de 2007 à 2011, l’homme, surnommé « le requin » par ses détracteurs, est un vieux briscard de la vie politique iranienne et l’un des fondateurs du régime. A charge de l’individu, ses opposants soulignent son mode de vie indécent au regard des besoins de la population ; sa fortune étant estimée à plusieurs milliards de dollars. Sa corruption notoire est également régulièrement mentionnée et les conservateurs ne lui pardonnent pas le soutien – certes timide – qu’il a apporté au mouvement vert né de la réélection d’Ahmadinejad au cours de l’été 2009. A sa décharge, ses partisans insistent sur ce même soutien apporté alors aux protestataires, soulignant ainsi son inclinaison – sans doute exagérée – pour des réformes politiques susceptibles d’ouvrir la voie à un retour en grâce des réformateurs. Avec l’âge diront certains, le vieux requin se serait donc assagi. La fougue révolutionnaire appartiendrait au passé. Conscient des défis de son époque et de la métamorphose de la société iranienne – presque 50% des Iraniens ont moins de 30 ans – l’homme serait devenu perméable aux aspirations de la jeunesse. A cet égard, il faut souligner que son propre fils ainsi que sa propre fille ont tous deux connu des démêlés avec la justice en raison de leur participation à des manifestations jugées hostiles envers le régime. Le premier a dû fuir aux Emirats Arabes Unis et la seconde a passée plusieurs mois en prison. Traditionnellement considéré sur l’échiquier politique comme se situant à cheval entre les conservateurs et les réformateurs, Rafsandjani est avant tout un pragmatique de tendance libéral. Le dépôt de sa candidature, survenu à la dernière minute, avait suscité beaucoup d’espoirs chez certains réformateurs désireux de restructurer une économie asphyxiée et de promouvoir une détente avec l’Occident sur la question du nucléaire. Mais la jeunesse iranienne aurait-elle accordé sa confiance envers un homme de bientôt 79 ans qui demeure malgré tout l’un des pères fondateurs d’un système qu’elle a tant décrié ? Rien n’est moins sur. C’est d’ailleurs sur base de cet âge avancé que le Conseil des gardiens a motivé sa décision, arguant que seuls les candidats aptes physiquement sont à même de pouvoir exercer la fonction présidentielle. Cependant, en évinçant Rafsandjani, les tenants actuels du régime ne semblent pas vouloir prendre de risque, le spectre de 2009 étant encore gravé dans leurs mémoires.  La main du Guide se cache-t-elle derrière cette décision du Conseil ? Peut-être. Mais en discréditant l’un de ses pères, la République islamique atténue d’avantage sa crédibilité. En prohibant certaines factions politiques pour l’élection la plus importante du pays, elle torpille ce qui lui reste de légitimité. Avec l’éviction de Rafsandjani, c’est l’espoir d’un retour à l’équilibre politique entre réformateurs et conservateurs qui s’atténue. Pour l’Occident, c’est la perspective de retrouver un interlocuteur pragmatique sur la question du nucléaire qui disparaît. Pour Israël, c’est une inquiétude sécuritaire qui s’éternise. Cela dit, le vieil homme avait-il réellement envie de se relancer dans les luttes de pouvoir qui rythment la vie politique iranienne ? Il faut rappeler que sa candidature, longtemps incertaine, avait surtout été poussée par des figures réformatrices. Pour sa part, l’intéressé a curieusement accueilli son rejet avec sérénité, presque avec soulagement, indiquant qu’il ne comptait pas le remettre en cause. Ceci exclu donc toute intervention auprès de Khamenei en vue d’obtenir une dérogation auprès de celui-ci, alors que la fille et le petit fils de l’Ayatollah Khomeiny, le père fondateur de la République islamique, ont pour leur part ouvertement demandé à l’actuel Guide suprême d’intervenir en faveur de l’ancien président.

Anticipant de possibles réactions populaires de mécontentement, la proclamation des candidats s’est accompagnée d’un déploiement massif des forces anti-émeutes dans les rues de Téhéran, une première depuis plus d’un an. Signe s’il en était besoin que le régime est moins confiant qu’il ne souhaite le paraître.

Si en théorie le Conseil des gardiens est censé procéder à un triage en vue de sélectionner les candidats les plus sérieux, la liste annoncée ce mardi 21 mai s’apparente plus à une sélection effectuée dans les intérêts du Guide ; les protégés de ce dernier ayant désormais tout le champ libre. Jamais depuis la mort du père fondateur de la République islamique, il n’était apparu aussi clairement que les pouvoirs de l’Etat sont et demeurent concentrés entre les mains d’un seul individu : le Rahbar-é enghélāb, le Guide de la révolution, aujourd’hui Ali Khamenei. 

mardi 21 mai 2013

Officiel : Rasfanjani et Mashaei disqualifiés de la course à la présidence

C'est désormais officiel, comme annoncé dans le post précédent, Rasfanjani et Mashaei n'ont pas été retenus par le Conseil des Gardiens, l'organe en charge de valider les candidatures aux élections présidentielles et législatives au sein du système politique iranien.




C'est un coup dur pour H. Rasfanjani, l'une des figures les plus emblématiques de la République islamique. Président du Majles (le parlement iranien) de 1980 à 1989, nommé à la tête des forces armées par R. Khomeini à la fin du conflit contre l'Irak, président de la République islamique de 1989 à 1997 et enfin président de l'Assemblée des experts de 2007 à 2011, cet ancien homme fort du régime se retrouve ici écarté de la course à la présidence. Un coup dur pour les réformateurs, ostensiblement écartés de la vie politique iranienne depuis les évènements de 2009 et auxquels Rasfanjani avait alors apporté son soutien. Cette mise à l'écart hypothèque en tout cas fortement les chances de voir le paysage politique iranien revenir vers un équilibre entre réformateurs et conservateurs comme c'était le cas avant 2009.

Cette mise à l'écart pourrait éventuellement entraîner des troubles dans certaines grandes villes du pays, une part importante de la jeunesse (tranche majoritaire de la population iranienne) ayant manifesté son soutien à l'ancien président. Selon plusieurs sources présentes en Iran, le régime aurait d'ailleurs déployé des forces de l'ordre aux abords de différents bâtiments officiels dont le ministère de l'intérieur où la liste des candidats a été dévoilée. 

Il faut toutefois souligner que toutes les options ne sont pas épuisés pour H. Rasfanjani. Le Guide suprême, A. Khamenei, pourrait en effet émettre un décret courtcircuitant la décision du Conseil des Gardiens et ainsi autoriser la candidature de l'ancien président. Le Guide devrait d'ailleurs rapidement s'exprimer sur la liste des candidats dévoilée par le ministère de l'intérieur. En cas de silence prolongé, toutes les spéculations seront permises sur une éventuelle intervention de sa part... 

Par ailleurs, si le Guide devait finalement autoriser H. Rasfanjani à se lancer dans la course, cela pourrait être perçu comme un adoubement et ainsi donner un sérieux coup de pouce à sa candidature. 

Enfin, signalons qu'une non candidature de H. Rasfanjani sonnerait le glas des espoirs d'un rapprochement entre l'Iran et l'Occident sur la question nucléaire avec comme corollaire des répercutions sur la sécurité d'Israël. 

A suivre donc ...

Iran - élection présidentielle :Rafsanjani et Mashaei "out" selon Mehr News


- Saeed Jalili, 

- Mohammad Bagher Ghalibaf, 
- Gholamali Haddad-Adel, 
- Ali Akbar Velayati, 
- Hassan Rouhani, 
- Mohammad Gharazi, 
- Mohsen Rezaei,  
- Mohammad Reza Aref.


L'information doit encore être confirmée par l'annonce officielle du Conseil des Gardiens mais si elle s'avère exacte cela signifierait que H. Rafsanjani, l'ancien président aujourd'hui âgé de 78 ans et considéré comme un pragmatique susceptible de détendre les relations entre l'Iran et l'Occident, serait bien disqualifié. La conséquence directe serait de voir s'estomper les espoirs de revenir à un équilibre politique entre conservateurs et réformateurs au sein du jeu politique iranien. Pour rappel, les réformateurs sont marginalisés depuis les troubles survenus suite à l'élection présidentielle de 2009. 



Autre info et non des moindre, la disqualification de Esfandiar Rahim-Mashaei, actuel bras droit du président Ahmadinejad, suite à ces propos jugés contraire à la ligne doctrinale de la République islamique. Pour rappel, Mashaei s'est régulièrement vu reproché de marginalisé le clergé dans ses déclarations et de tenir des discours mettant avant tout l'accent sur le nationalisme iranien au détriment de l'Islam. 

Un peu de lecture : Winston Churchill

On ne présente plus Winston Churchill. L'intéressé lui-même serait d'ailleurs fort probablement vexé qu'un tel mal soit encore nécessaire tellement il avait - non pas sans raisons - une haute estime de lui-même. Ne disait-il pas "Nous sommes tous des vers mais je crois que je suis un ver luisant" ? Ou encore "Je suis prêt à rencontrer mon Créateur, mais mon Créateur est-il prêt à l'épreuve de me rencontrer, ceci est une autre histoire".


Personnage historique ayant marqué au-delà de son époque l'histoire du 20ème siècle, Winston Churchill a vécu sa vie comme une aventure, un perpétuel combat, une somme de défis qui n'attendaient que lui. Ses origines sociales aisées lui ont certes donné les moyens d'accéder aux tremplins nécessaires pour se hisser dans la haute société britannique de l'époque mais rien n'aurait été possible sans son tempérament téméraire et sa vivacité d'esprit. Bien plus curieux que l'homme commun, auto-didacte, Winston Churchill était également en perpétuelle recherche de connaissance et au-delà de son talent politique, de sa verve et de sa répartie, il était également un brillant écrivain, puisqu'il reçut la prix Nobel de littérature en 1953 pour l'ensemble de son oeuvre. Au-delà de cette récompense, le lecteur qui prendra la peine de s'aventurer dans l'univers de Sir Winston jugera par lui-même d'un talent on ne peut plus savoureux ; le choix des mots et la syntaxe faisant de son oeuvre un véritable nectar pour les férus de littérature. 

Churchill a pratiquement écrit sur toutes les périodes de sa vie aussi commençons par le commencement. 

Le premier ouvrage conseillé ici n'est autre que l'auto-bibliographie de Winston Churchill consacrée par ce dernier aux premières années de sa vie (de sa naissance en 1874 jusqu'à ses 28 ans en 1902).


Ce livre - l'un de mes préférés je l'avoue - est tout simplement savoureux. Il illustre d'ailleurs à merveille tout le talent narratif de l'auteur qui nous transporte avec lui dans ses aventures, nous faisant vivre avec une réelle empathie l'ensemble de ses émotions qu'elles soient positives ou négatives. Témoin des grands bouleversements de cette époque, Churchill raconte ici sa vision des évènements et la façon dont ces derniers l'ont rapidement emporté dans leur sillage. Très vite, le lecteur oublie qu'il s'agit là d'un ouvrage auto-bibliographique. Le ressenti s'apparente en fait plus aux aventures d'Indiana Jones, Winston Churchill nous emmenant mener bataille au Soudan, au Pakistan, à Cuba et en Afrique du Sud, où son évasion d'une prison Boers demeure l'un des passage les plus cocasse de l'ouvrage. Ce dernier est par ailleurs riche en humour, rare sont les livres à m'avoir autant fait rire. Mais attention, si Sir Winston Churchill use et abuse de l'auto-dérision, c'est parce qu'il est à la fois auteur et acteur ; cette manipulation de l'humour étant en fait bien souvent un faire-valoir envers sa propre personne dont le narcissisme est une constituante à part entière. C'est cela aussi, Winston Churchill, un big fish dont la vie est un ensemble d'histoires aussi incroyables que l'une seule d'entre-elles suffirait largement au commun des mortels. Bref, un ouvrage à lire et relire sans modération. 

Références complètes : Churchill Winston, Mes jeunes années, Paris, Editions Tallandier, 2007, 475 p., ISBN : 978-2-84734-477-6

Le deuxième ouvrage présenté ici se situe, sur le plan chronologique, pratiquement directement à la suite de "Mes jeunes années". Se déroulant en 1907, "Mon voyage en Afrique" relate le voyage  sur le continent noir entreprit à l'automne de cette même année par Winston Churchill - alors tout jeune sous-secrétaire d'Etat aux Colonies - dans le cadre d'une tournée d'inspection au sein des colonies britanniques. 

D'un style différent par rapport à l'ouvrage précédent, l'auteur est ici beaucoup plus descriptif, le texte étant avant tout un carnet de voyage. La taille du livre est d'ailleurs beaucoup moins importante : 195 pages seulement. Si les longues descriptions rendent le rythme narratif quelque peu moins vif, le contenu n'en demeure pas moins intéressant. On y découvre les modes de vie aussi bien des colons que des autochtones, ces derniers étant présentés comme les premiers bénéficiaires de l'apport colonial britannique. Churchill ne tarit pas d'éloges sur les biens fondés de la colonisation qui, loin d'être un jeu à somme nulle, est avant tout pour lui une source de progrès dont les conséquences transparaissent dans le win-win dont profitent à la fois les populations colonisés (via une amélioration de leurs conditions  de vie grâce aux progrès occidentaux) et l'Empire britannique (qui y gagne en prestige et prospérité économique). Au regard de l'histoire, il est fort peu probable que les descendants des populations d'alors partagent aujourd'hui cet avis. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'au travers de sa vision Churchill nous permet de prendre la mesure du sentiment de l'homme d'Etat blanc vis-à-vis de la colonisation et de l'idéalisme, voir de la vision messianique, qui l'accompagne dans cette démarche. Au-delà de ces aspects plus politiques, le récit de Churchill nous permet également de découvrir l'Afrique sauvage, plus particulièrement les majestueuses régions de l'Ouganda, avec son cortège d'indigènes hauts en couleurs et toutes les difficultés inhérentes à la conduite d'une importante expédition dans le contexte de l'époque. Les épisodes de chasses, la peur des maladies, les longues marches, la magie du rail et de la vapeur, ... Tout y passe, nous permettant de remonter le temps pour découvrir l'Afrique d'alors ainsi que les espoirs et les projets qu'elle suscitait dans l'imaginaire d'hommes rêvant de parvenir à la dompter. 

Références complètes : Churchill Winston, Mon voyage en Afrique. 1907, Paris, Editions Tallandier, 2010, 195 p., ISBN : 978-2-84734-654-1

samedi 18 mai 2013

Dernier ouvrage du CECRI : "La Chine sur la scène internationale"

Voici les informations concernant le dernier ouvrage du CECRI auquel j'ai eu le plaisir et l'honneur de participer en tant que co-auteur. J'ai ainsi eu l'occasion d'y rédiger le chapitre portant sur les relations entre la Chine et le Moyen-Orient ainsi que la chapitre analysant la relation complexe qui unit Pékin à la Corée du nord

Je salue au passage mes collègues et amis qui ont également participé à la rédaction de cet ouvrage ainsi que Mlle Géraldine Frebutte qui a fait preuve de la plus grande patience en ce qui concerne la lourde charge de la mise en page ; tâche quelque peu rébarbative certes mais sans laquelle cette publication n'aurait pas été possible.  

Tanguy de Wilde d’Estmael et Tanguy Struye de Swielande ont dirigé un ouvrage paru cette semaine aux Editions Peter Lang. Intitulé "La Chine sur la scène internationale, vers une puissance responsable?", ce livre a pour objectif d’analyser la manière dont la Chine se projette vis-à-vis du reste du monde. Regroupant les contributions de chercheurs du CECRI et des Chaires InBev-Baillet Latour ainsi que celles d’intervenants extérieurs, l’ouvrage se concentre sur la politique extérieure de la Chine dans son environnement régional, ses rapports avec les autres grandes puissances et sur l’état de ses forces militaires.
Présentation de l'ouvrage : 

La Chine s’est éveillée au monde. Elle multiplie sans ambages les relations avec les autres sujets de la scène internationale. C’est une nouveauté. La mentalité impériale ne concevait les rapports avec les autres que sous l’angle de l’allégeance ou de la vassalité et non sur le mode du rapport égalitaire. Aujourd’hui, la Chine se projette sur la scène internationale avec, certes, un attachement farouche à la souveraineté étatique, mais en postulant ipso facto une égalité entre Etats. Pékin entre dans le jeu international avec son prisme national, tant pour y tenir un certain rôle que pour veiller à ce que les règles ne soient pas modifiées à son insu ou à son détriment. C’est à cette rencontre singulière de la Chine avec le monde que cet ouvrage est consacré.
La première interrogation porte sur l’ascension pacifique de la Chine dans les relations internationales que Pékin préfère présenter désormais comme un développement pacifique. Si, dans cette optique, le discours officiel recycle à bien des égards les principes de la coexistence pacifique, la réalité ne peut toutefois être éludée : quel type de puissance la Chine est-elle et entend-elle être parmi les acteurs déterminants de la scène internationale ? L’influence planétaire revendiquée a-t-elle comme corollaire une responsabilité accrue dans la sécurité globale ?


Commandez l'ouvrage "La Chine sur la scène internationale" via le site de la maison d'édition Peter Lang : http://www.peterlang.com/index.cfm?event=cmp.ccc.seitenstruktur.detailseiten&seitentyp=produkt&pk=72787&concordeid=574003


Dernières interventions dans la presse belge et internationale.

Chers lecteurs,

Veuillez trouver ci-dessous les dernières interventions survenues dans la presse belge et internationale de votre serviteur : 

- "Quelles chances pour le processus de paix au Kurdistan turc ?", 21 mars 2013, Twizz Radio.  

- "Quel rôle pour A. Öccalan dans le processus de paix au Kurdistan turc ?", 21 mars 2013, Deutsche Welle.

- "Frappes israéliennes en Syrie : quel impact sur le conflit syrien ?", 6 mai 2013, Twizz radio.

- "Raid israélien en Syrie : vers une régionalisation du conflit ?", 7 mai 2013, Deutsche Welle.

- "Attentat à la frontière turco-syrienne : regain de tension entre Ankara et Damas", 13 mai 2013, RTBF - journal de 19h30. 

Cordialement, 

Vincent Eiffling

Chroniques persanes sur Twitter

Chers lecteurs,

Je vous rappelle par ailleurs que "Chroniques persanes" est également actif sur Twitter https://twitter.com/chpersanes_blog 

N'hésitez pas également à visiter le blog du pôle "Géopolitique et politique étrangère" du CECRI (Centre d'Etude des Crises et des Conflits Internationaux) de l'Université Catholique de Louvain au sein duquel votre serviteur est actif en tant que chercheur et doctorant : http://geopolitique-cecri.org 

Ce pôle de recherche est également actif sur Twitter ( https://twitter.com/GeopolCECRI  ) et sur Facebook ( http://www.facebook.com/GeopolitiqueEtPolitiqueEtrangereCecri?fref=ts )

Cordialement,

Vincent Eiffling

Reprise du blog

Chers lecteurs, 

Comme vous avez pu le constater, cela fait plusieurs mois que le blog n'a pas été alimenté. Les raisons de cet abandon temporaire de mes activités de blogueur sont multiples mais les principales causes sont avant tout la nécessité de me consacrer d'avantage à ma thèse de doctorat (laquelle rappelons-le porte sur l'étude des relations bilatérales entre l'Iran et la Turquie avec un cadre théorique se focalisant sur le rôle des perceptions mutuelles dans le processus de prise de décision en politique étrangère) ainsi que la charge importante de travail qui m'a monopolisée au sein de mon travail à l'Université Catholique de Louvain. 

Cela dit, la réorganisation de mon planning me permet désormais d'envisager une alimentation du blog de manière plus régulière. Avec les élections présidentielles iraniennes qui approchent, le contexte semble idéal pour se remettre en selle et ainsi retrouver un rythme de publication plus régulier. Vous aurez donc très prochainement l'occasion de consulter de nouvelles analyses au cours des jours qui viennent. 

Cette reprise en main est également l'occasion de revoir certaines choses quant au fonctionnement du blog. Des auteurs invités, comprenant aussi bien des jeunes chercheurs que des académiques confirmés, nourriront également à l'avenir le contenu des publications. Une nouvelle rubrique de critiques littéraires s'intéressant essentiellement aux ouvrages de géopolitique, d'histoire et de relations internationales va également voir le jour. Il s'agira pour l'essentiel d'ouvrages lu par mes soins et portant aussi bien sur le sujet de ma thèse que sur des thèmes plus généraux, mes lectures ne se cantonnant pas - heureusement pour mon équilibre ;-) - aux seuls écrits se rapportant à l'Iran ou à la Turquie. 

Aussi chers lecteurs, je vous dis : à bientôt,

Vincent Eiffling