samedi 17 mars 2012

L'Iran et les grands acteurs régionaux et globaux. Perceptions et postures stratégiques réciproques.

Aujourd'hui je vous informe de la parution chez L'Harmattan d'un ouvrage collectif, dirigé par Michel Makinsky, auquel j'ai contribué : L'Iran et les grands acteurs régionaux et globaux. Perceptions et postures stratégiques.


En voici le 4ème de couverture : 

La République islamique d'Iran fait face à un faisceau de crises dont les dimensions globales et régionales se combinent. La crise nucléaire, avec le renforcement des sanctions, alimente des interrogations dans tout le Moyen-Orient et au-delà, qui suscitent menaces, risques et inquiétudes qui ont profondément modifié la posture et les attitudes des voisins de l'Iran. Le contexte du Printemps arabe ajoute une dimension nouvelle qui perturbe considérablement les rapports de force de cette région. Cet ensemble de phénomènes complexes qui renvoient tant à l'évolution des équilibres internes des sociétés des pays en cause qu'à l'implication d'un nombre croissant d'acteurs multilatéraux comme individuels, régionaux comme globaux, impose de poser sur ces situations un regard neuf et de livrer sur elles quelques clés de lecture. 

Cet ouvrage, qui rassemble les contributions d'un groupe de spécialistes français et étrangers, vise à éclairer les relations entre l'Iran er les principaux acteurs régionaux et les grandes puissances. On découvrira, au passage, que l'Iran concerne un nombre étonnamment important de pays. Il s'agit de décrire leurs perceptions et postures stratégiques mutuelles. Tel est le fil directeur de ce livre. Il s'adresse aux décideurs politiques, aux analystes, chercheurs, universitaires et journalistes, mais aussi aux entreprises pour leur investissements ou échanges commerciaux. Enfin, cette publication est l'occasion de faire connaître à un vaste public des jeunes chercheurs de qualité et des universitaires étrangers d'une grande expertises. Ainsi sera renouvelé en France l'offre de réflexion sur ce thème.

Voici le résumé de mon chapitre, intitulé "Analyse des relations Etats-Unis - Iran au travers du prisme des perceptions iraniennes et de leur influence sur le processus de décision en politique étrangère" :  

Si la question nucléaire iranienne constitue aujourd'hui la principale pierre d'achoppement autour de laquelle s'articulent les tensions entre Washington et Téhéran, ils convient de se rappeler que cet antagonisme entre la République islamique et les Etats-Unis puise sa source dans des évènements bien antérieurs à la révolution de 1979. L'analyse de l'histoire des relations entre les deux pays permet de mieux saisir le pourquoi ainsi que l'étendue de la méfiance mutuelle qui bloque pour l'instant toute avancée diplomatique dans le dossier nucléaire iranien. Au-delà de ce blocage entre les deux parties, l'analyse des perceptions mutuelles permet ici d'apporter des éléments de réponse aux questions suivantes : pourquoi l'Iran chercherait-il à développer une capacité nucléaire militaire ? Pourquoi les Etats-Unis n'accordent-ils aucun crédit aux déclarations iraniennes arguant le caractère strictement pacifique du programme nucléaire de Téhéran ? 

Voici les références complètes de l'ouvrage, ainsi que le lien y renvoyant sur Amazon.fr : 


Bonne lecture à tous et bon week-end ! 

Vincent 

Israël face à la question nucléaire iranienne : y a-t-il une divergence de perception entre les élites politiques et le monde du renseignement ?

Ces derniers mois, les déclarations israéliennes sur la possibilité d'un recours à la force contre les installations nucléaires iraniennes se sont multipliées. Face à cette escalade verbale qui s'est déroulée juste avant la visite de B. Netanyahou à Washington, le président américain a tenu à calmer le jeu en rappelant que l'option militaire demeure toujours à l'heure actuelle la solution de dernier recours. Le message est donc clair : l'option est là, mais toutes les autres cartes n'ont pas encore été jouées selon d'administration américaine. 

Il faut cependant remarquer que le premier ministre israélien a fortement gonflé ses muscles, rappelant la capacité de Tsahal à frapper seul l'Iran si nécessaire et soulignant devant les membres de l'AIPAC qu'Israël se doit de rester le maître de son destin et possède de ce fait le droit de prendre les mesures qu'il juge nécessaire au maintien de sa sécurité. 

Cela dit, il faut garder à l'esprit que la communication à outrance sur la possibilité de frapper la république islamique nous indique que les élites politiques israéliennes n'ont pas encore arrêté leur décision sur le sujet. Rappelons nous du réacteur irakien d'Osirak : une fois la décision prise de procéder à une frappe aérienne, plus aucune communication n'a été faite sur le sujet jusqu'au jour J de l'opération Babylone (ou Opéra), le 7 juin 1981.

Mais quel est l'état d'esprit de ces élites politiques israéliennes ? A en croire Ben Caspit, éditorialiste au quotidien Maariv, huit des 14 ministres du cabinet de sécurité israélien seraient en faveur d'une attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes et cela, même sans l'approbation de Washington. La rhétorique agressive de B. Netanyahou se ferait donc l'écho d'un avis dominant au sein des hautes sphères du monde politique israélien. 

Mais qu'en est-il du monde du renseignement ? Deux des anciens dirigeants du Mossad, Ephraïm Halévy (1998-2002) et Meir Dagan (2002-2010), ont en effet tenus au cours de ces derniers mois des analyses allant quelques peu à contre courant du discours politique du premier ministre israélien actuel. 

L'un comme l'autre ont souligné le fait que l'option militaire ne résoudrait probablement pas le problème dans le long terme. Ils ont par ailleurs directement approuvé la politique du président Obama soulignant qu'il y a encore de la place pour la diplomatie et que les sanctions doivent avoir le temps de faire leur oeuvre. 

Pourquoi un discours moins va-t-en guerre de la part de ces hommes ayant occupé les plus hautes fonctions au sein de l'appareil sécuritaire israélien ? La réponse est fort simple et s'explique en deux points : 

1) Une vision d'ensemble. Peu de personnes peuvent pouvoir prétendre être aussi bien au courant de la complexité du Moyen-Orient et de l'interconnexion des dossier en matière de sécurité qui lui sont inhérents que E. Halévy que M. Dagan. Par ailleurs, qui peut mieux juger à sa juste valeur les capacités de nuisances de l'Iran que deux anciens directeurs du Mossad ? Ils savent pertinemment que des frappes préventives auront des conséquences sur toute la région. Ce qui nous amène au deuxième point.

2) Une vision à long terme. Leurs analyses coûts-bénéfices des réponses possibles face à l'Iran s'inscrivent dans une vision à plus long-terme que celle des politiciens. Ils sont tout à fait conscients des effets déstabilisateurs probables qu'auraient des frappes aériennes israéliennes sur les sites de la république islamique. 

Cette plus grande acuité de la complexité de la question nucléaire iranienne s'explique par le fait que de tout temps, les services de renseignements israéliens ont maintenus des canaux de discussions clandestins avec les ennemis de l'Etat hébreu, ce qui leur a permis de mieux saisir la température au sein du Moyen-Orient et de développer ainsi une meilleure appréciation de la réalité du terrain, élément essentiel qui fait pour l'heure cruellement défaut à certains politiciens israéliens dont la vision demeure encore et toujours cantonnée au court terme. 

Cela ne signifie pas pour autant que les deux anciens dirigeants du Mossad rejettent définitivement l'option militaire. Seulement, comme pour B. Obama, elle leur apparaît comme la solution ultime à n'utiliser qu'en extrême recours. Cela souligne donc leur meilleure prise de conscience quant aux conséquences qu'impliquerait le recours à la force sur la stabilité régionale et la sécurité d'Israël. Comme je l'ai déjà mentionné, il va falloir choisir : la peste ou le choléra. 

mercredi 14 mars 2012

Un peu de lecture : Le G20, laboratoire d'un monde émergent


Après une longue (trop longue ?) absence, due essentiellement à une masse travail qui a nécessité de longues et nombreuses nuits blanches, me revoilà qui reprend la plume pour alimenter les pages de ce blog. Nonobstant mon absence du web, il faut remarquer que je n'ai pas été pour autant inactif en ce qui concerne les publications. J'ai contribué à l'écriture de trois chapitres pour deux ouvrages collectifs (lesquels feront l'objet de billets de présentation), j'ai coordonné le dossier sur la nouvelle route de la Soie dans le n°54 de Diplomatie, et je prépare actuellement un article sur les capacités navales iraniennes pour le magazine DSI. A tout cela viennent encore s'ajouter de très (trop) nombreux projets dont vous serez informés au fur et à mesure. 

Paradoxalement, si j'écris ce billet aujourd'hui, ce n'est pas pour vous parler de l'Iran, mais bien pour vous présenter un ouvrage intitulé "Le G20, Laboratoire d'un monde émergent". Ce petit livre de 133 pages (hors annexes) mérite plus qu'amplement qu'on s'y attarde. Non pas parce qu'il entend révolutionner la réflexion sur l'évolution du système international, mais bien parce qu'il synthétise avec clarté et efficacité le débat existant sur ce sujet qui est bien malgré lui trop souvent victime d'interprétations simplificatrices et par conséquent erronées. 


Son auteur, Karoline Postel-Vinay, directrice de recherche au Centre d'études et de recherche internationales de Sciences Po. Paris, réussit donc ici avec brio un véritable tour de force en articulant une réflexion efficace autour d'un style qui ne l'est pas moins et qui captivera le lecteur intéressé par la complexité du monde (pour ma part, je l'ai lu d'une traite ...). Dans cet essai, l'auteur entreprend une approche multidisciplinaire, passant par la philosophie politique, les théories des relations internationales, les théories des régimes, l'histoire, l'étude de la politique étrangère, et enfin, l'analyse de l'évolution de la conduite diplomatique des Etats. 

La prouesse intellectuelle d'expliquer si intelligiblement un sujet aussi complexe en 133 pages m'a fortement impressionné, aussi je ne puis que vous conseiller cet ouvrage qui permet une meilleure compréhension des évolutions systémiques de l'ordre international, mais aussi et surtout, une meilleure compréhension du modus operandi de ces dites évolutions et des enjeux qui y sont inhérents. 

Bonne lecture à tous ! 

Vincent 

Références complètes de l'ouvrage : 

- Karoline Postel-Vinay, Le G20, Laboratoire d'un monde émergent, Paris, Sciences Po., 2011, ISBN : 978-2-7246-1221-9