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samedi 17 mars 2012

Israël face à la question nucléaire iranienne : y a-t-il une divergence de perception entre les élites politiques et le monde du renseignement ?

Ces derniers mois, les déclarations israéliennes sur la possibilité d'un recours à la force contre les installations nucléaires iraniennes se sont multipliées. Face à cette escalade verbale qui s'est déroulée juste avant la visite de B. Netanyahou à Washington, le président américain a tenu à calmer le jeu en rappelant que l'option militaire demeure toujours à l'heure actuelle la solution de dernier recours. Le message est donc clair : l'option est là, mais toutes les autres cartes n'ont pas encore été jouées selon d'administration américaine. 

Il faut cependant remarquer que le premier ministre israélien a fortement gonflé ses muscles, rappelant la capacité de Tsahal à frapper seul l'Iran si nécessaire et soulignant devant les membres de l'AIPAC qu'Israël se doit de rester le maître de son destin et possède de ce fait le droit de prendre les mesures qu'il juge nécessaire au maintien de sa sécurité. 

Cela dit, il faut garder à l'esprit que la communication à outrance sur la possibilité de frapper la république islamique nous indique que les élites politiques israéliennes n'ont pas encore arrêté leur décision sur le sujet. Rappelons nous du réacteur irakien d'Osirak : une fois la décision prise de procéder à une frappe aérienne, plus aucune communication n'a été faite sur le sujet jusqu'au jour J de l'opération Babylone (ou Opéra), le 7 juin 1981.

Mais quel est l'état d'esprit de ces élites politiques israéliennes ? A en croire Ben Caspit, éditorialiste au quotidien Maariv, huit des 14 ministres du cabinet de sécurité israélien seraient en faveur d'une attaque préventive contre les installations nucléaires iraniennes et cela, même sans l'approbation de Washington. La rhétorique agressive de B. Netanyahou se ferait donc l'écho d'un avis dominant au sein des hautes sphères du monde politique israélien. 

Mais qu'en est-il du monde du renseignement ? Deux des anciens dirigeants du Mossad, Ephraïm Halévy (1998-2002) et Meir Dagan (2002-2010), ont en effet tenus au cours de ces derniers mois des analyses allant quelques peu à contre courant du discours politique du premier ministre israélien actuel. 

L'un comme l'autre ont souligné le fait que l'option militaire ne résoudrait probablement pas le problème dans le long terme. Ils ont par ailleurs directement approuvé la politique du président Obama soulignant qu'il y a encore de la place pour la diplomatie et que les sanctions doivent avoir le temps de faire leur oeuvre. 

Pourquoi un discours moins va-t-en guerre de la part de ces hommes ayant occupé les plus hautes fonctions au sein de l'appareil sécuritaire israélien ? La réponse est fort simple et s'explique en deux points : 

1) Une vision d'ensemble. Peu de personnes peuvent pouvoir prétendre être aussi bien au courant de la complexité du Moyen-Orient et de l'interconnexion des dossier en matière de sécurité qui lui sont inhérents que E. Halévy que M. Dagan. Par ailleurs, qui peut mieux juger à sa juste valeur les capacités de nuisances de l'Iran que deux anciens directeurs du Mossad ? Ils savent pertinemment que des frappes préventives auront des conséquences sur toute la région. Ce qui nous amène au deuxième point.

2) Une vision à long terme. Leurs analyses coûts-bénéfices des réponses possibles face à l'Iran s'inscrivent dans une vision à plus long-terme que celle des politiciens. Ils sont tout à fait conscients des effets déstabilisateurs probables qu'auraient des frappes aériennes israéliennes sur les sites de la république islamique. 

Cette plus grande acuité de la complexité de la question nucléaire iranienne s'explique par le fait que de tout temps, les services de renseignements israéliens ont maintenus des canaux de discussions clandestins avec les ennemis de l'Etat hébreu, ce qui leur a permis de mieux saisir la température au sein du Moyen-Orient et de développer ainsi une meilleure appréciation de la réalité du terrain, élément essentiel qui fait pour l'heure cruellement défaut à certains politiciens israéliens dont la vision demeure encore et toujours cantonnée au court terme. 

Cela ne signifie pas pour autant que les deux anciens dirigeants du Mossad rejettent définitivement l'option militaire. Seulement, comme pour B. Obama, elle leur apparaît comme la solution ultime à n'utiliser qu'en extrême recours. Cela souligne donc leur meilleure prise de conscience quant aux conséquences qu'impliquerait le recours à la force sur la stabilité régionale et la sécurité d'Israël. Comme je l'ai déjà mentionné, il va falloir choisir : la peste ou le choléra. 

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