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jeudi 22 septembre 2011

Recadrage et accusations : la bataille des législatives iraniennes est lancée


La bataille en vue des législatives iraniennes, prévues en mars 2012, a bel et bien démarrée en Iran. A la différence des éditions précédentes, la lutte pour la domination du Majles – le parlement iranien – n’oppose désormais plus les réformateurs, mis au pilori depuis les élections présidentielles de l’été 2009, et les conservateurs, mais bien les différentes factions conservatrices elles-mêmes, divisées entre les partisans du président Ahmadinejad et les fidèles à la ligne politico-idéologique du guide suprême, l’Ayatollah Khamenei.

Depuis janvier 2011, la fracture est devenue largement visible entre le président et le guide. Les sujets litigieux n’ont cessé de s’accumuler entre les deux hommes, à tel point le président apparaît aujourd’hui de plus en plus isolé, comme en témoigne sa dernière intervention dans le dossier des deux randonneurs américains, emprisonnés en Iran sous les chefs d’accusation d’espionnage et d’entrée illégale sur le territoire. Condamnés le 21 août 2011 à 8 ans de réclusion, ils ont finalement été libérés le 21 septembre dernier, non sans avoir au préalable fourni l’opportunité aux tenants du régime d’exprimer une fois de plus au grand jour les rivalités qui secouent l’arène politique iranienne.

Début septembre, M. Ahmadinejad s’est entretenu avec des journalistes du Washington Post et de la chaîne NBC auxquels il a affirmé que les deux détenus, Shane Bauer et Joshua Fattal, allait recevoir un « pardon unilatéral » et seraient donc autorisés à rentrer dans leur pays au cours des « prochains jours ». Le président iranien également a souligné qu’il s’agissait là d’un « geste humanitaire », ce qui démontre surtout qu’il s’agissait d’une opération de communication à la veille de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

Si ces propos ont allumés une lueur d’espoir en faveur des Américains, celle-ci a été rapidement hypothéquée par l’intervention d’un responsable judiciaire iranien au lendemain de celle d’Ahmadinejad. S’exprimant sur Press TV, la chaîne anglophone du régime, celui-ci a vivement récusé les affirmations du président, les qualifiant de « faux » et soulignant l’incapacité constitutionnelle du chef de l’exécutif à influer sur les affaires judiciaires. Il n’est pas inutile de rappeler ici que le chef du pouvoir judiciaire iranien, Sadeq Larijani, est un membre du haut clergé, traditionnellement pro-Khamenei et ouvertement en désaccord avec le président iranien depuis de nombreux mois. Il est également le frère de Ali Larijani, le président du Majles et grand rival politique d’Ahmadinejad au sein du clan conservateur.

Heureusement, les deux randonneurs ont finalement pu retrouver la liberté. Il n’empêche que la communication autour de leur libération a tourné au désastre pour Ahmadinejad. Son autorité a encore été mise à mal par le camp du guide et ce, pratiquement à veille de son départ pour New York. C’est donc un président affaibli qui interviendra aujourd'hui à la tribune des Nations-Unies, alors que son pays connaît un isolement international sans précédent. Ces rebondissements illustrent également que les décisions importantes demeure l’exclusivité du guide, en marge des prérogatives présidentielles.

Synchronisation parfaite en vue de porter le coup de grâce au président dissident ou non, les autorités judiciaires iraniennes ont révélé le 19 septembre dernier avoir mis à jour la plus importante fraude bancaire de l’histoire du pays. Celle-ci porte sur un montant de 2,8 milliards de dollars et impliquerait de nombreux proches du président dont son ami et chef de cabinet, le très controversé Esfandiar Ibrahim Mashaie, pressenti pour mener la liste pro-Ahmadinejad lors des prochaines élections. Selon la presse iranienne, une partie des fonds détournées aurait semble-t-il été destinée à financer les campagnes électorales des pro-Ahmadinejad si ceux-ci consentaient à fermer les yeux sur ces activités frauduleuses. Cette nouvelle affaire pourrait bien disséminer les rangs autour du président et dissuader ses derniers fidèles de le soutenir dans sa course au Majles. Dans un pays rongé par une corruption endémique, le pouvoir a en effet la capacité de faire ressortir des dossiers compromettants pour quiconque se mettrait en travers de sa route. Elu en 2005 grâce sur base de son discours de « président du peuple » et de ses promesses de lutte contre la corruption, M. Ahmadinejad pourrait bien perdre le peu de crédibilité qu’il lui reste auprès des iraniens dont la mémoire collective n’a pas oublié le vol du siège présidentiel de l’été 2009.

mercredi 14 septembre 2011

Confusion sur le sort des randonneurs américains : une affaire de rivalité politique ?

Si le président Ahmadinejad a suscité l'espoir hier (voir le billet sur le sujet) en évoquant la libération imminente des deux randonneurs américains emprisonnés en Iran depuis juillet 2009, de nouvelles déclarations émanants de la justice iranienne sont venues semer la confusion aujourd'hui sur l'avenir des deux détenus.

Lors d'une intervention télévisée sur l'une des chaînes du régime, Press TV, un responsable judiciaire iranien a en effet démenti catégoriquement une prochaine libération des deux américains, qualifiant les propos de M. Ahmadinejad de "faux". De source judiciaire, aucune libération ne serait donc à l'ordre du jour. 

Il s'agit là d'un coup dur porté au moral des deux détenus ainsi qu'à celui de leurs familles. Désormais la question se pose : ce double langage est-il le fruit d'une stratégie élaborée par les dirigeants iraniens ? Si oui, dans quel but ? Ou, plus probablement, s'agit-il d'une nouvelle  illustration des discordances qui animent la scène politique iranienne depuis plusieurs mois ?  

Pour rappel, le président et le guide suprême, l'Ayatollah Khamenei se sont récemment vigoureusement opposés sur nombres de sujets, les proche du guide accusant M. Ahmadinejad de comploter afin d'étendre son pouvoir et son influence personnelle. Parmi les illustrations de cette discorde, mentionnons les remous engendrés par la démission de l'ancien MAE, M. Mottaki, le refus du guide d'accepter la démission du ministre des renseignements, les arrestations dans l'entourage du président, ou encore, la démission forcée de son controversé chef de cabinet et ami intime, Esfandiar Rahim Mashaei. 

Les rebondissements autour du sort des deux détenus pourraient bien être un nouvel épisode de cette saga qui se joue avec en toile de fond l'animosité grandissante entre le guide et le président. Difficile de connaître le fin mot de l'histoire mais dans l'hypothèse où les déclarations prometteuses du président auraient été unilatérales, les contre-déclarations émanants du pouvoir judiciaire pourraient bien avoir leurs sources dans la volonté du guide de rappeler une fois encore le président à l'ordre. Ce ne serait dès lors qu'une nouvelle action de Khamenei ayant pour but de signifier au président que tout débordement au-délà de ses prérogatives constitutionnelles sera immédiatement éconduite... 

Il n'est pas inutile de rappeler en effet que le chef du pouvoir judiciaire, Sadeq Larijani, est un membre du clergé directement nommé par le guide et qu'il protège donc naturellement les intérêts de ce dernier. Qui plus est, S. Larijani est également le frère de Ali Larijani, l'actuel président du Majles (le parlement iranien), l'un des plus farouches opposants à la politique d'Ahmadinejad au sein des rangs conservateurs. 

Les prochains jours apporteront peut-être quelques éclaircissements sur le déroulement de cette affaire mais pour l'heure les deux américains voient leurs perspectives de libération imminente s'amoindrir, du moins, jusqu'à une prochaine lueur d'espoir... 


mardi 13 septembre 2011

Les randonneurs américains bientôt libres ?

Les deux randonneurs américains arrêtés le 31 juillet 2009 et condamnés à 8 ans de prison le 21 août dernier seront-ils bientôt libres ? C'est en tout cas le scénario envisagé si l'on en croit les propos tenus par le président M. Ahmadinejad à l'occasion d'une interview accordée à la chaîne américaine NBC devant être diffusée ce 13 septembre.

Massoud Shafii, l'avocat des deux américains, a pour sa part affirmé à l'AFP avoir été prévenu ce mardi par les autorités iraniennes que ses clients seront libres de leurs mouvements dès qu'ils auront payé la caution qui leur a été attribués, laquelle s'élève à 500 000 $ chacun.

Un conseiller de la présidence iranienne à Téhéran a quant à lui confirmé à l'AFP la libération des deux détenus "dans les prochains jours".

Pour l'instant, l'ambassade de Suisse, qui représente les intérêts américains en Iran, a indiqué qu'elle cherchait toujours à confirmer l'information.

Cette évolution n'est guère surprenante dans la mesure où elle s'inscrit dans la continuité de la ligne de conduite de Téhéran pour ce genre d'affaire. En effet il aurait été impossible pour le régime iranien de disculper les deux jeunes gens et ce, en raison d’impératifs idéologiques. Leur condamnation à huit années de réclusion n’était dès lors qu’un coup de bluff : l’occasion était trop belle pour ne pas faire un pied de nez à l’adversaire historique du régime tout en l’humiliant au passage en lui soutirant 1,5 millions de dollars (si l’on fait le bilan des montants versés pour les trois randonneurs).

Dans cette affaire, le régime iranien se sent victorieux comme à chaque fois qu’il croise le fer avec les puissances occidentales. Mais plus largement, l’effondrement des relations économiques inhérents à la dégradation du climat politique est-il réellement une victoire pour la population du pays ?