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jeudi 3 novembre 2011

Nucléaire iranien : la bête erreur du Figaro ...

Que le programme nucléaire iranien fasse la une de l'actualité n'est pas un fait nouveau. Que la presse évoque les rumeurs de frappes aériennes contre la république islamique non plus. Mais l'on était quand même en droit d'espérer d'un journal de la trempe du Figaro qu'il ne fasse pas de boulette aussi monumentale que celle qui émane de son dernier article sur la question (voir "Iran : Londres et Washinton étudient des frappes" ; http://www.lefigaro.fr/international/2011/11/03/01003-20111103ARTFIG00479-londres-et-washington-etudient-des-frappes-contre-l-iran.php ) 

Bon d'accord, la physique nucléaire est domaine pointu nécessitant un minimum de connaissance mais il y a des limites à tout et l'on peut se demander si le journaliste à l'origine de cet article n'aurait pas mieux fait de suivre un peu mieux la question nucléaire iranienne ou du moins de se faire relire par un expert susceptible de lui mettre le nez sur son erreur qui contribue à alimenter la méconnaissance du grand public en ce qui concerne le programme nucléaire de Téhéran. 

Dans cet article en effet, l'auteur parle de "réacteurs" enterrés sous la montagne près de la ville sainte de Qom. Pour rappel, l'Iran ne possède que deux sites hébergeant des réacteurs nucléaires : celui de Bushehr, où se situe une centrale nucléaire dont la seule finalité possible est la production d'électricité civile (La Russie étant en charge de tout le processus concernant le combustible en vertu d'accords signés en 1999), et le réacteur de recherche de Téhéran dont la seule utilité réside dans la recherche et la production d'isotopes destinés à l'imagerie médicale. On est donc bien loin de tout risque proliférant en ce qui concernent ces installations (même si elles contribuent à l'accumulation de connaissance générale dans le domaine du nucléaire, elles ne possèdent pas de finalité militaire en soi). 

En revanche, les sites abritant des centrifugeuses soulèvent un tout autre problème. Cette technologie possède une dualité avérée dans la mesure où si elle bien à l'origine de la fabrication du combustible pour des centrales nucléaires civiles (utilisant de l'uranium enrichi à 3,5%), elle l'est tout autant en ce qui concerne l'élaboration d'uranium à vocation militaire (enrichi à un taux supérieur à 90%). 

C'est là que ce situe le problème inhérent au programme nucléaire iranien : l'enrichissement ! Et non pas les centrales ! Pour rappel, la limite d'enrichissement autorisée par l'AIEA se situe à 20% (taux nécessaire à la conception d'isotopes médicaux). Pour l'heure, l'Iran se cantonne à cette limite mais planifie de produire des quantités d'uranium à 20% largement supérieur à ses besoins domestiques. Pourquoi ? La question n'a pas trouvée de réponse satisfaite aux yeux des puissances occidentales pour l'instant ... Et elle inquiète d'autant plus que 90% de l'énergie nécessaire pour enrichir de l'uranium à un taux supérieur à 90% est consommée pour arriver au seuil d'enrichissement de 20%. Autrement dit, une fois ce palier atteint, le plus gros du chemin vers l'uranium militaire est fait, ce qui inquiète à juste titre la communauté internationale. 

Mais revenons-en à nos moutons : il n'y a pas de centrale nucléaire près de Qom ! Ce site (qui se situe plus exactement à Fordoo), est un site qui fut révélé par les puissances occidentales à la veille des négociations d'octobre 2009 (lesquelles devaient mettre à l'épreuve la politique de la main tendue prônée par Obama). Désormais dans une phase de finition, il est destiné à abriter le gros de la capacité iranienne d'enrichissement située jusqu'alors sur le site de Natanz. Le choix d'établir une nouvelle installation à Fordoo n'est pas anodin : il s'agit de renforcer la capacité de résistance des installations d'enrichissement en cas de frappes américaines et/ou israéliennes.

Les opérations de transfert de Natanz vers Fordoo ont d'ors et déjà commencé selon les déclarations des officiels iraniens mais répétons-le : si ces sites représentent bien la principale préoccupation en matière de prolifération, ils abritent en revanche des centrifugeuses et non pas des centrales !

C'est grâce à ce genre d'article que je dois tout ré-expliquer à mes étudiants, lesquels prennent forcément les dires du Figaro comme parole d'Evangile ... Mais l'erreur est humaine, espérons seulement que ça ne se répète pas ; on ne peut pas tout savoir du premier coup, surtout en ce qui concerne une problématique aussi complexe que celle de la question nucléaire iranienne. 

2 commentaires:

  1. Je voudrais vous poser une question si vbous le permettez! Je voudrais savoir si Israël a les moyens de faire une guerre contre l'Iran?

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  2. Je vais vite rédiger un billet (pas exhaustif mais déjà assez explicatif) sur la réponse de votre question.

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