lundi 7 novembre 2011

Le nouveau rapport de l'AIEA : bombe atomique ou pétard mouillé ?

Certes le jeu de mot est facile mais la question vient naturellement à l'esprit : quel sera le contenu du rapport que l'AIEA doit remettre ce mardi sur le programme nucléaire iranien ? La question secoue les éditorialistes et ouvre la porte à toutes les spéculations tout en faisant l'objet d'une âpre lutte diplomatique dans les couloirs de l'agence onusienne. Le tout enrobé naturellement dans un flot de rumeurs gravitant autour d'éventuelles frappes aériennes qui pourraient être menées tambour battant par Israël. 

Mais ce qu'il convient de comprendre, c'est que peu importe le contenu du rapport de demain, celui-ci n'apportera rien de nouveau sur les faits. Oublions donc les scoops et les grandes révélations, pour un observateur attentif de la question nucléaire iranienne le véritable enjeu n'est pas là. L'intérêt de ce rapport, comme celui de ses prédécesseurs, se focalise sur une toute autre question : "parmi toutes les informations dont disposent les grandes puissances sur le programme nucléaire de Téhéran - informations pour la plupart déjà connues - lesquelles vont être "divulguées" par le canal officiel que constitue l'AIEA ?". 

Autrement dit, de tout ce que l'on sait, quelles informations va-t-on auréoler de la crédibilité d'un rapport émanant d'une agence des Nations-Unies ? Et c'est là que se situe le vrai débat. Quand la CIA ou le Mossad révèlent, via leur gouvernement respectif, des informations compromettantes sur le programme nucléaire de l'Iran, celui-ci crie à la manipulation et au complot des "puissances de l'arrogance". Pour l'heure les Etats-Unis souhaitent donc, tout comme le Royaume-Uni et Israël, que le rapport contienne un maximum d'éléments incriminants. La Russie et la Chine en revanche ne désirent pas tout divulguer d'un coup, de peur, officiellement, de fermer la voie à l'action diplomatique et d'encourager dans le même temps le recours aux frappes aériennes préventives. A titre d'exemple rappelons que si la question nucléaire iranienne s'est médiatisée à par partir de 2003, elle n'en remonte pas moins aux années 90 et que le premier rapport de l'AIEA mentionnant, je cite, des "Dimensions militaires possibles" n'a été publié que le 18 février 2010

L'aspect communication ne doit donc pas être négligé en politique et certainement pas dans le cadre du programme nucléaire de Téhéran. La rhétorique va-t-en guerre de la ligne dure du gouvernement israélien est à remettre dans cette perspective : tout est fait pour mettre un maximum de pression sur l'Iran et convaincre dans le même temps les parties récalcitrantes aux sanctions que l'inaction risquerait de déboucher sur des conséquences encore plus imprévisibles. Autrement dit le message d'Israël est clair : soit vous intervenez et vous prenez réellement le problème iranien à bras le corps en augmentant la pression sur le régime des Mollahs, soit nous prenons le taureau par les cornes nous-mêmes en lançant des frappes préventives puisque nous n'avons plus confiance en vous pour assurer notre sécurité. Les conséquences imprévisibles de ce dernier scénario, tout comme le chaos régional qui pourrait en émerger, constituent - vus d'Israël - une inconnue et un risque qui une fois intégrés à l'analyse coup bénéfice du processus décisionnel des grandes puissances devraient les conduire à hausser le ton contre la république islamique. Et quand bien même les Etats hostiles à l'approche coercitive considéreraient les déclarations israélienne comme un bluff, l'Etat hébreu rétorque : êtes-vous vraiment prêt à prendre  le risque de cette incertitude ? On se retrouve en fait dans un jeu de perception qui accuse beaucoup de points communs avec les mécanismes de la dissuasion. 

Pour l'heure et en dépit des nombreuses menaces de frappes qui ont étayé l'actualité gravitant autour de la question iranienne depuis 2003, Israël ne s'est jamais risqué à joindre l'acte à la parole. Et c'est là que se situe l'enjeu du rapport de demain : Israël va-t-il disposer d'un document officiel d'envergure international pour appuyer ses propos contre le programme nucléaire de Téhéran ? Si tel est le cas, deux options s'offrent à l'Etat hébreux : 

1. Frapper préventivement les installations nucléaires iraniennes. 
2. Jouer sur le risque de frappes préventives pour accentuer la pression internationale sur Téhéran. 

Outre le contenu du rapport en lui-même, les réactions à sa publication seront donc à observer avec la plus grande attention au cours de ces prochains jours. Mais quel sera justement ce contenu ? La presse américaine, à l'image du Washington Post, semble tendre en faveur d'un rapport particulièrement incriminant. Enfin, preuve s'il en est de mon raisonnement développé plus haut, les "révélations" dont parle la presse américaine s'articulent principalement autour de l'assistance étrangère à laquelle aurait eu recours Téhéran dans sa course à la bombe ... Rien de très nouveau sous le soleil puisque l'on sait déjà de longue date que l'Iran a collaboré clandestinement avec la Corée du Nord, le Pakistan (indirectement au travers du réseau de A.Q. Khan) et d'autres réseaux impliquant des indépendants... Sauf que mardi, cela se trouvera peut-être dans un rapport de l'AIEA. 

1 commentaire:

  1. Une bonne synthèse d'un problème que l'on a pas l'habitude de voir sous cet angle : bravo !

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