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mercredi 14 septembre 2011

Confusion sur le sort des randonneurs américains : une affaire de rivalité politique ?

Si le président Ahmadinejad a suscité l'espoir hier (voir le billet sur le sujet) en évoquant la libération imminente des deux randonneurs américains emprisonnés en Iran depuis juillet 2009, de nouvelles déclarations émanants de la justice iranienne sont venues semer la confusion aujourd'hui sur l'avenir des deux détenus.

Lors d'une intervention télévisée sur l'une des chaînes du régime, Press TV, un responsable judiciaire iranien a en effet démenti catégoriquement une prochaine libération des deux américains, qualifiant les propos de M. Ahmadinejad de "faux". De source judiciaire, aucune libération ne serait donc à l'ordre du jour. 

Il s'agit là d'un coup dur porté au moral des deux détenus ainsi qu'à celui de leurs familles. Désormais la question se pose : ce double langage est-il le fruit d'une stratégie élaborée par les dirigeants iraniens ? Si oui, dans quel but ? Ou, plus probablement, s'agit-il d'une nouvelle  illustration des discordances qui animent la scène politique iranienne depuis plusieurs mois ?  

Pour rappel, le président et le guide suprême, l'Ayatollah Khamenei se sont récemment vigoureusement opposés sur nombres de sujets, les proche du guide accusant M. Ahmadinejad de comploter afin d'étendre son pouvoir et son influence personnelle. Parmi les illustrations de cette discorde, mentionnons les remous engendrés par la démission de l'ancien MAE, M. Mottaki, le refus du guide d'accepter la démission du ministre des renseignements, les arrestations dans l'entourage du président, ou encore, la démission forcée de son controversé chef de cabinet et ami intime, Esfandiar Rahim Mashaei. 

Les rebondissements autour du sort des deux détenus pourraient bien être un nouvel épisode de cette saga qui se joue avec en toile de fond l'animosité grandissante entre le guide et le président. Difficile de connaître le fin mot de l'histoire mais dans l'hypothèse où les déclarations prometteuses du président auraient été unilatérales, les contre-déclarations émanants du pouvoir judiciaire pourraient bien avoir leurs sources dans la volonté du guide de rappeler une fois encore le président à l'ordre. Ce ne serait dès lors qu'une nouvelle action de Khamenei ayant pour but de signifier au président que tout débordement au-délà de ses prérogatives constitutionnelles sera immédiatement éconduite... 

Il n'est pas inutile de rappeler en effet que le chef du pouvoir judiciaire, Sadeq Larijani, est un membre du clergé directement nommé par le guide et qu'il protège donc naturellement les intérêts de ce dernier. Qui plus est, S. Larijani est également le frère de Ali Larijani, l'actuel président du Majles (le parlement iranien), l'un des plus farouches opposants à la politique d'Ahmadinejad au sein des rangs conservateurs. 

Les prochains jours apporteront peut-être quelques éclaircissements sur le déroulement de cette affaire mais pour l'heure les deux américains voient leurs perspectives de libération imminente s'amoindrir, du moins, jusqu'à une prochaine lueur d'espoir... 


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