mardi 8 mars 2011

Rafsandjani cède la présidence de l'Assemblée des experts

Ce mardi 8 mars 2011, Akbar Hachemi Rafsandjani, ancien président de la république de 1989 à 1997, a cédé la place qu'il occupait à la tête de l'Assemblée des experts, au profit de l'ayatollah Mohammad Reza Mahdavi Kani, un religieux conservateur. Rafsandjani avait prévenu qu'il ne se représenterait pas en cas de candidature de l'ayatollah Kani. Cette mise à l'écart de Rafsandjani doit être remise dans le contexte plus large de l'opposition entre partisans et opposants de M. Ahmadinejad qui s'est développé depuis la réélection controversée de ce dernier en juin 2009. Bien que son pragmatisme et son instinct de survie politique l'aient poussé à adopter une attitude prudente et mesurée lors de ces évènements, H. Rafsandjani n'en a pas moins montré une certaine sympathie à l'égard des partisans du mouvement vert, lequel coalise aujourd'hui les opposants à l'actuel président autour de ses deux figures de proue : M. Karoubi et M. H. Moussavi. Durant la campagne présidentielle, Rafsandjani n'a d'ailleurs pas hésité à puiser dans sa fortune pour financer la campagne de Moussavi mais cela, c'était avant que les choses ne tournent au vinaigre. La fille de H. Rafsandjani, Faezeh Hachemi Rafsandjani, est par ailleurs très active dans l'opposition à M. Ahmadinejad. Le 20 février dernier, à l'occasion d'une manifestation organisée par le mouvement vert - officiellement en soutien aux populations arabes d'Afrique du nord - Faezeh Rafsandjani avait été brièvement arrêtée  alors qu'elle scandait des slogans hostiles au pouvoir en place. Elle avait été cependant rapidement relâchée. Ce n'est pas la première fois - loin de là - que la fille de l'ancien président s'illustre de la sorte. Elle avait été déjà arrêté en juin 2009, au début de la contestation populaire contre les résultats de l'élection présidentielle. En mars 2010, le petit-fils de H. Rafsandjani, Hassan Lahouti, fils de Faezeh, avait également été arrêté et emmené à la prison d'Evin.

Hachemi Rafsandjani, conservateur modéré et politicien pragmatique, est à la tête de l'une des plus grande fortune du pays, grâce à ses activités dans la négoce de la pistache. Arrivé à la tête de l'Assemblée de experts il y a 2 ans, il demeure cependant à la tête d'une autre institution politique majeure : le Conseil de discernement de l'intérêt supérieur du régime. 

Le Conseil de discernement (madjam-é tashkis-é maslahat-é nezam) arbitre les différends entre le Conseil des gardiens et le parlement. Ce conseil fut créé par un décret de Khomeyni en 1988. Il comprend une trentaine de membres, tous choisis par le Guide. Dans certaines circonstances exceptionnelles, le Conseil de discernement peut exercer une fonction législative.  

L'Assemblée des experts est pour sa part composée de 86 religieux, tous élus au suffrage universel direct (élection  qui, par ailleurs, ne provoque pas de grande passion au sein de la population iranienne) pour une durée de 8 ans ; elle se réunit deux fois par an. L'Assemblée des experts est chargée de l'élection du Guide suprême de la révolution (Rahbar-é enghélab) et peut théoriquement, selon la constitution, démettre le Guide de ses fonction pour des raisons exceptionnelles. Il est cependant difficilement envisageable d'envisager un pareil scénario dans la pratique, tant le Guide possède la main mise sur tous les levier du pouvoir au sein de l'appareil d'Etat iranien. Plusieurs opposant à l'actuel Guide suprême (l'ayatollah Khamenei), tels que M. Karoubi (aujourd'hui placé en détention) ou l'ayatollah Hossein Ali Montazeri (décédé le 19 décembre 2009) avaient appelé l'Assemblée des experts à démettre le Guide de ses fonctions lors de la répression des manifestations survenues à la suite de l'élection présidentielle controversée de juin 2009. Cette démarche n'a évidemment pas abouti et plusieurs ultra-conservateurs appellent régulièrement (y compris au sein du parlement iranien) à ce que M. Karoubi soit jugé (même s'ils le désignent déjà coupable) et exécuté. Aujourd'hui, environ 60 membres de l'Assemblée des experts peuvent être qualifiés, à divers degrés, de "pro-Ahmadinejad". Le rapport de force au sein de l'institution n'était donc clairement pas du côté de Rafsandjani.

L'ayatollah Mohammad Reza Mahdavi Kani a été brièvement premier ministre aux premières heures de la république islamique avant d'être remplacé par M. H. Moussavi. Il est également à la tête de l'Association des clercs combattants, un parti politique conservateur proche de l'actuel guide suprême ainsi que de M. Ahmadinejad.

Le remplacement de H. Rafsandjani à la tête de l'assemblée des experts porte un coup symbolique aux opposants de l'actuel président, lequel bénéficie du soutien du Guide. En écartant Rafsandjani, le Guide montre par ailleurs qu'il n'a pas peur de l'un des hommes les plus influents de la scène politique iranienne, avec lequel il entretient une rivalité grandissante depuis les premières heures de la république islamique.

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