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mercredi 23 février 2011

Un peu de lecture ... Sur la période Mosaddeq


Alors que la révolution est à la mode ces dernières semaines dans le monde musulman, voici un ouvrage qui revient sur l'une des période les plus importantes de l'histoire moderne iranienne : la période Mosaddeq et l'opération Ajax qui mit fin à cette parenthèse démocratique qui s'étala de 1950 à 1953. 

L'ouvrage, intitulé "Iran and the CIA. The Mosaddeq Revisited", a été rédigé par Darioush Bayandor. Iranien né à Téhéran avant la révolution de 1979, D. Bayandor fit carrière dans la diplomatie iranienne sous la période du Shah durant laquelle il occupa plusieurs postes à New York et Téhéran. Il a également enseigné le droit international, la diplomatie et le fonctionnement des institutions internationales à l'Université de Téhéran et à l'école diplomatique du ministère des affaires étrangères iraniennes (tout cela avant la révolution de 1979). A la suite de l'avènement de la République islamique, il rejoint les Nations-Unies en 1980 où il occupera différents postes au cours des vingt années suivantes. Il vit actuellement en Suisse. 

"Iran and the CIA. The Mosaddeq Revisited" remet en cause la version selon laquelle le renversement du gouvernement Mosaddeq ne fut que le fruit d'une intervention des puissances étrangères pour contrer la nationalisation du pétrole iranien. Au travers d'un travail d'historien minutieux, sources à l'appui, l'auteur démontre l'importance qu'ont joué les iraniens eux-mêmes, qu'il s'agisse des militaires, des pro-Shahs et même, du clergé chiite, dans le renversement du Dr. Mosaddeq. Ceci jette un fameux pavé dans la marre de la rhétorique du régime actuel, pour lequel Mosaddeq (bien que laïc) représente l'un des symbole de la lutte contre les puissances étrangères, thème récurrent de l'idéologie de la République islamique. Cette recherche ne nie pas l'intervention étrangère dans l'opération Ajax, cela reviendrait à du révisionnisme, mais elle relativise la vision de l'histoire selon laquelle les puissances étrangères sont les seules responsables de ces bouleversements politiques.

Critiqué par quelques uns, à l'instar de Y. Richard qui s'oppose aux thèses avancées par l'auteur, on ne peut cependant nier la rigourosité de la méthodologie de la recherche. "Iran and the CIA. The Mosaddeq Revisited" a d'ailleurs reçu un accueil fort enthousiaste dans le monde universitaire anglo-saxon, ainsi que de la part de chercheurs européens reconnus tels que M.-R. Djalili ou encore T. Kellner. 

A mon avis, cette recherche remet en perspective une période complexe et particulièrement importante de l'histoire iranienne et constitue de ce fait un élément indispensable à la bibliothèque de toute personne cherchant à comprendre les paradoxes de l'histoire iranienne ainsi que des Iraniens eux-mêmes. 

Référence bibliographique : Bayandour D., Iran and the CIA. The Fall of Mosaddeq Revisited, Palgrave Macmillan, 2010, 247 p., ISBN : 978-0-230-57927-9 (hardback). 

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