mardi 22 février 2011

L'Iran : défenseur de la liberté ... Mais seulement à l'étranger.

Quand on observe la dynamique protestataire qui secoue le monde arabe depuis quelques semaines et que l'on effectue le parallèle avec la répression de l'après juin 2009 en Iran, on peut difficilement ne pas remarquer le cynisme dont ose fait preuve le régime iranien.

Tout d'abord, petit rappel des faits. A moins d'être parti en retraite dans un temple Bouddhiste au cours de ces dernières semaines, je suppose que vous êtes au courant de ce qu'il se passe dans le monde arabe. Non ? Pour faire simple, la chute de Ben Ali en Tunisie à la suite de manifestations populaires réclamant la démocratie est occupée à faire tâche d'huile si bien que l'Egypte a également vu son régime renversé et que le Libye semble bien suivre la même direction ... Sans parler de la situation à Bahreïn, au Maroc ou encore en Algérie... Mais quid de l'Iran ?

Officiellement, les leaders de la République islamique clament haut et fort la victoire de l'Islam sur "l'impérialisme" de l'Occident. Téhéran ne manque ainsi pas de rappeler que les leaders déchus étaient des "marionnettes" de Washington. La version officielle nous inonde donc d'une rhétorique prêchant un "réveil de l'Islam", lequel débouchera inévitablement sur la "paix islamique" avant de définitivement balayer l'ère de suprématie des valeurs occidentales ... Idéologie quand tu nous tiens ! 

Soit, soit ... Les leaders de Téhéran se félicitent donc des évènements et encourage officiellement les manifestants... Allant même jusqu'à critiquer véhément toute répression qui chercherait à étouffer la volonté populaire. Ainsi l'Iran, par la voix de Ramin Mehmanparast, le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, a officiellement condamné "des violences inacceptables" et le "massacre d'innocents" en Libye, allant jusqu'à demander une intervention de la communauté internationale afin d'y mettre un terme. "La République islamique d'Iran considère que la révolte du peuple libyen et ses demandes justes sont dans la continuation du réveil islamique dans la région et suit avec inquiétude l'évolution dans ce pays", a notamment poursuivi le porte-parole.

Si l'Iran critique régulièrement le discours de "deux poids, deux mesures" de la part de l'Occident dans le cadre du nucléaire (en citant régulièrement les accords passés entre l'Inde - pays non signataire du TNP - avec la France et les Etats-Unis dans ce domaine) , il faut souligner qu'en terme de "deux poids, deux mesures", les déclarations et les actes du régime iranien se défendent pas mal si l'on s'attarde aux questions relatives aux droits de l'homme. 

Revenons quelques jours en arrière...  Le 22 Bahman dernier (11 février), le régime iranien fêtait les 32 ans de la révolution islamique. Comme à l'accoutumé pour les fêtes officielles, des centaines de cars ont convergé vers la capitale, emmenant avec eux leur flot de clercs, de militaires, de fonctionnaires et de supporters conservateurs, tous partisans du régime. Pour le régime, la tentative de détournement par l'opposition s'est soldé par un flop... Il faut bien dire que le risque était grand, partisans du régime et force de sécurité étant alors présent en masse dans les rues de Téhéran. 

Mais les leaders de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ont été suffisamment malin que pour prendre le régime à son propre jeu. Au lieu de rechercher à détourner directement la date anniversaire de la révolution, ils ont habilement joué sur le discours des autorités en faveur des manifestations anti-gouvernemantale en Afrique du nord et de la Golfe, en appelant à un rassemblement (pour le lundi 14 février) de soutien au manifestants du monde arabe ! Réaction des autorités iraniennes ? Autorisation de manifester refuser, assignation à résidence pour les deux leaders du mouvement vert, coupure de leur site internet, arrestations dans les rangs de leurs sympathisants ... Saleh Noghrekar, l'ancien directeur de campagne de Moussavi, le Dr. Mohammad Hossein Sharif-Zadegan, ancien ministre sous la présidence de M. Khatami, de même que le neveu de la femme de M. Karoubi ont ainsi été arrêté par les forces de l'ordre. Hossein Hamedani, commandant du Corps des Guardiens de la Révolution, a prévenu les opposants du régime : "Nous les considérons comme des ennemis de la révolution ainsi que comme des espions et nous les affronterons avec force" a-t-il ainsi déclaré à l'agence de presse officielle IRNA.

Malgré les mises en garde, la présence impressionnante des forces de l'ordre et l'interdiction de manifester, plusieurs dizaines de millier de manifestants sont descendus dans les rues de Téhéran (pour la première fois depuis un an) à la date du 14 février. Bilan ? Plusieurs morts, des centaines de blessés, de personnes arrêtées et une belle illustration de l'incohérence du discours et de l'action iranienne : si nous soutenons les manifestations pro-démocratique dans le monde musulmans, nous ne sommes pas prêts pas à les tolérer chez nous... 

Depuis, M. Moussavi et M. Karoubi vivent en résidence surveillée, totalement coupés du reste du monde - sans téléphone ni courriel. Leurs sites internet sont bloqués, les forces de sécurité encerclent leurs maisons et les rues qui y sont adjacentes et pour couronner le tout, le fils de M. Karoubi  vient d'être arrêté par les autorités... 

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