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jeudi 23 décembre 2010

Quelques news d'Iran en vrac...


9 décembre : Selon une enquête publiée par l'agence de presse iranienne MEHR, 3.790.000 personnes sont inscrites dans les institutions universitaires de l'Iran. Le ratio homme/femme est à quasi égalité avec 49. 5 % de filles et 50. 5 % de garçons inscrites dans les universités. Il y a quelques années encore, au début des années 2000, les femmes étaient largement majoritaires dans les universités iraniennes.

13 décembre : M. Mottaki est limogé de son poste de MAE et remplacé par Ali Akbar Salehi, jusque là directeur de l'organisation iranienne de l'énergie atomique. Salehi, diplômé du MIT (USA), est considéré comme un pragmatique, partisan d'un accord avec l'Occident. Sa nomination a été qualifié d'initiative constructive par certains experts et médias occidents tandis que d'autres insistaient sur le fait que cette nomination renforce la main du président iranien sur la politique étrangère, M. Mottaki étant un proche du président du Majles, A. Larijani, rival du président iranien au sein de la famille politique conservatrice.

16 décembre : Selon le Jerusalem Post, les services de renseignement israéliens ont conclu que l'Iran avait réduit de plus de 40% son aide annuelle au Hezbollah, provoquant une crise au sein de cette puissante formation chiite libanaise. L'Iran fournissait au Hezbollah une aide militaire directe d'un milliard de dollars par an, les fonds servant à l'achat d'armement et l'entraînement, ajoute le journal.

19 décembre : Le nouveau plan budgétaire de la République islamique visant à réduire les subventions de l'Etat sur les produits de premières nécessité afin de les rapprocher des prix du marché a commencé à entrer en vigueur.

Avec ce plan, le prix de l'essence subventionné est multiplié par 4 et celui de l'essence non subventionné augmente de 75%. Le prix du quota de 60 litres d'essence par mois accordé à chaque automobiliste est désormais de 0,40 dollar, contre 0,10 dollar auparavant. Au-delà de ce quota, les automobilistes devront payer le litre d'essence 0,70 dollar au lieu de 0,40 dollar précédemment. Le prix du gazole est, lui, multiplié par 9, passant de 0,0165 dollar à 0,150 dollar.

Le gouvernement a précisé que le tarif du pain n'allait pas "augmenter pour le moment", mais une hausse pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Les prix de l'électricité, de l'eau et du gaz vont, de leur côté, être multipliés entre trois et cinq, selon un système par palier tenant compte de la consommation des ménages. "Ceux qui consommeront moins dépenseront moins", a déclaré Mohammad Reza Farzin, porte-parole du plan. Les subventions directes coûtent à l'Etat quelque 100 milliards de dollars par an, selon les estimations officielles. Le gouvernement a pris des mesures depuis plusieurs semaines pour éviter tout dérapage des prix. Ainsi, la municipalité de Téhéran a annoncé que le prix des transports publics n'allait pas augmenter. "Aucun incident n'a pas été signalé depuis l'annonce de l'application du plan", a déclaré le chef de la police de Téhéran, Hossein Sajedinia.

Pour compenser la hausse des prix, le gouvernement a reversé une partie des économies attendues sous forme d'aide directe à la population. Selon les chiffres officiels, quelque 60,5 millions d'Iraniens (sur 74 millions) reçoivent tous les deux mois 890.000 rials (89 dollars) sur leur compte bancaire, ce qui représente 2,5 milliards de dollars par mois pour le budget de l'Etat.


20 décembre : Ali Khamenei a déclaré que toutes les décisions du Tribunal spécial sur le Liban sera "nulle et non avenue". Pour rappel, le TSL est chargé d'identifié et juger les assassins de Rafic Hariri, ancien Premier ministre libanais tué en 2005 dans un attentat à Beyrouth. Le TSL a annoncé le 9 décembre qu'un acte d'accusation, au contenu confidentiel, serait déposé "très, très bientôt". Le Hezbollah, allié de Téhéran dans le conflit au P-O, subit aussi des pressions considérables à l'approche des conclusions du TSL qui pourrait accuser des membres du parti chiite.

mercredi 22 décembre 2010

Quelle stratégie iranienne pour Obama après les élections de mi-mandat ?


Suite aux résultats des élections de mi-mandat de novembre dernier, le président B. Obama a perdu sa confortable avance à la Chambre des représentants. Désormais, la composition de la Chambre est dominée par le Parti républicain avec 239 sièges contre 188 pour le Parti démocrate. Bien que les Démocrates conservent une légère avance au Sénat (avec 51 sièges contre 47), la situation sur le plan de la politique intérieure va désormais être difficile pour le président américain. Il suffit pour s'en convaincre de se remémorer la difficulté avec laquelle il a fait passer sa réforme de la santé alors qu'il disposait d'une avance confortable. Quels seraient dès lors les obstacles s'il désirait maintenant réformer le système financier ? Nul doute que la nouvelle majorité républicaine - bien qu'elle ne soit pas suffisante que pour bloquer le veto présidentiel - lui mettra des bâtons dans les roues au cours des années qui lui restent à la tête de la Maison Blanche. Il n'est ici pas inutile de rappeler que la discipline de vote ne constitue pas une particularité intrinsèque au système des partis américains. Aussi, aucune légifération d'importance ne peut désormais espérer être votée sans un compromis avec une partie des élus républicains.

Cette situation peu confortable n'est pas pour autant synonyme d'une défaite assurée au cours des prochaines élections présidentielles. Les cas des présidents Clinton et Reagan en constituent de bons exemples. Cependant, il ne fait aucun doute que s'il veut être réélu, le président Obama devra changer d'orientation.... En réalité, la campagne pour les élections présidentielles a déjà officieusement commencée dans les arcanes de Washington.

Une des options dont dispose B. Obama pour regagner du crédit auprès du peuple américain est de ne plus se focaliser sur la politique intérieure, mais bien sur la politique étrangère. En effet, même si sa marge de manœuvre se retrouve limitée dans le domaine de la politique domestique, le système institutionnel des Etats-Unis confère au Président une large autonomie dans le domaine de la politique étrangère. Or, pour la première puissance mondiale, le poids de la politique étrangère dans les processus électoraux s'avère être beaucoup plus important que pour le reste du monde. Entendons-nous bien : une campagne uniquement basée sur la politique étrangère équivaut à un suicide électoral et ne peut mener qu'à une défaite cinglante. En revanche, de grands succès sur la scène internationale confèrent au président une aura de commandant en chef à laquelle le peuple américain se montre particulièrement réceptif.

Si cette option s'avéra difficilement envisageable pour Clinton - difficile de trouver un adversaire à sa taille dans un monde unipolaire -, le président Reagan en usa largement. Le déploiement des Pershing II en Europe de l'Ouest lui permit de renforcer sa position et de s'affirmer auprès du centre de l'électorat. De son côté, Obama a face à lui suffisamment de défis pour chercher à s'illustrer sur la scène internationale : le conflit israélo-palestinien, les guerres en Irak et en Afghanistan, l'émergence de la Chine et de la Russie, le déclin militaire des alliés européen de Washington et bien entendu la question nucléaire iranienne. Cependant, le président Obama doit faire face à d'autres sortes de contraintes.

Premièrement, la population américaine est focalisée sur la situation économique. Aussi, s'il choisit de se consacrer à la politique étrangère et que la situation domestique ne s'améliore guère, il perdra fort probablement les prochaines élections présidentielles. Il doit parvenir à engendrer un important succès en matière de politique étrangère, ou du moins à donner l'impression d'occuper une place d'homme fort sur les questions relatives à la sécurité intérieure, tout en profitant d'un renouveau économique qui lui permettra de décrédibiliser les Républicains.

Deuxièmement, B. Obama a toujours axé sa vision en matière de politique étrangère (y compris durant la campagne présidentielle) sur le principe d'accommodation au lieu de suivre une logique de confrontation (exception faite de l'Afghanistan où il s'est montré particulièrement déterminé). Il risque donc de s'exposer aux attaques des Républicains qui pourraient qualifier son action d'opportuniste. Celle-ci doit donc être crédible, répondre à un besoin légitime et surtout, être couronnée de succès !

Si nous prenons la peine de passer les challenges qui s'offrent à lui en revue, nous constatons que le président Obama n'a en réalité pas beaucoup le choix. Il lui serait difficile de renvoyer des troupes en Irak et d'en retarder le retrait, tout comme il lui serait difficile d'en envoyer encore plus en Afghanistan alors que le départ des troupes de l'OTAN est prévu pour 2014. Il courrait alors le risque d'être comparé au président Johnson, donnant l'impression d'envoyer des soldats se battre en masse mais sans un plan précis et efficace. B. Obama pourrait également intensifier l'action des Etats-Unis au Pakistan mais le succès d'un tel choix s'avère plus qu'incertain. De plus, il n'est pas sur qu'Islamabad accepte un interventionnisme accru de la part de Washington sur son territoire.

Ne parlons même pas du conflit palestinien qui dans les circonstances actuelles semble particulièrement enrayé.

Si la Russie et la Chine constitue des challengers de poids pour les Etats-Unis, leur menace n'est pas ressentie comme présentant un caractère d'urgence ou dramatique par la population américaine. Focaliser l'attention de la politique étrangère de Washington sur ces problématiques ne s'avérerait donc pas assez pertinent. Il en va de même pour le renforcement des capacités militaires des alliés européens. De même, étant donné la conjoncture politique actuelle sur le vieux continent, il est fort peu probable que les Etats-Unis parviennent à convaincre leurs alliés de la nécessité d'augmenter leurs budgets de défense.

La situation en Corée du Nord s'avère beaucoup plus critique mais les Etats-Unis sont ici limités dans leur possibilité de mener une action militaire par les mécanismes de dissuasion nucléaire. De plus, le régime nord-coréen est perçu comme pragmatique et menant avant tout une politique garantissant sa survie. Dès lors, Pyongyang n'est pas perçue comme la menace la plus urgente pour la sécurité des Etats-Unis dans la mesure où sa conduite s'avère relativement rationnelle. La voie diplomatique pour résoudre la crise coréenne apparaît comme la solution la plus plausible depuis Washington, même s'il est fort probable que les Etats-Unis ne braderont pas la sécurité de leurs alliés (Corée du Sud, Japon) et interviendront dès lors de manière musclée si les circonstances l'imposent. Washington privilégie donc le statu quo, en attendant de parvenir à atténuer les tensions par le recourt à la diplomatie.

Il reste donc l'Iran. Il est vrai que ce défit apparaît comme légitime auprès de l'opinion publique. Pour rappel, un sondage réalisé par CNN en octobre 2009 indique que 84 % des américains sont convaincus que Téhéran cherche à fabriquer des armes de destruction massive. De ce même sondage, il ressort que 54 % des américains sont en faveurs d'une intervention militaire contre le régime des Mollahs. Il est vrai que ce sondage date d'il y a plus d'un an, mais les évènements qui sont survenus depuis n'ont en rien contribué à améliorer l'image de l'Iran auprès des Américains. Téhéran a ainsi refusé l'offre la plus généreuse que Washington lui ait proposée. M. Ahmadinejad a annoncé la construction de 10 nouveaux sites d'enrichissement (toujours au stade projet, c'est essentiellement rhétorique mais ça n'améliore en rien le climat pour des négociations), a accusé les Etats-Unis d'être responsable de toutes les attaques terroristes à travers le monde et il a même été jusqu'à embrasser la théorie du complot sur les attentats du 11 septembre...

Côté républicain, on se plaint de la faiblesse du président Obama face à Téhéran et on lui reproche son inertie face au militantisme islamique. Côté démocrate, l'Iran apparaît comme un habitué en matière de violation des droits de l'homme, particulièrement depuis la répression qui a suivie l'élection présidentielle de juin 2009. L'Arabie Saoudite, principal allié de Washington et par conséquent, premier rival géopolitique de l'Iran dans la région du Golfe, attend de la part des Etats-Unis une attitude ferme et ne souhaite pas se contenter de la livraison pour10 milliards de dollars de systèmes d'arme sur les 10 prochaines années. Si les européens sont hostiles à l'Iran, ils n'en restent pas moins de farouches opposants à toute escalade susceptible de nuire à leur approvisionnement en pétrole.

Depuis sa prise de fonction, B. Obama a toujours privilégié la voie diplomatique et, en cas d'échec, un renforcement des sanctions contre le régime des Mollahs. L'objectif étant d'affaiblir le pouvoir en place et de permettre à certains membres modérés du système d'émerger sur la scène politique intérieure afin de finalement s'imposer sur les conservateurs. Le raisonnement est ici de penser qu'il sera plus possible de négocier avec des réformateurs, voir des conservateurs modérés et pragmatiques, qu'avec des individus imprégnés de l'idéologie révolutionnaire. Ce choix tactique impose cependant une difficulté au président américain. Si ce dernier désire renverser le ton de sa politique pour la mener sur la voie de la confrontation, il devra trouver les arguments lui permettant de justifier son action, aussi bien auprès de l'opinion publique américaine qu'auprès de la communauté internationale.

La justification toute naturelle serait de clamer que l'Iran cherche bien à se procurer une arme nucléaire et que sa mise au point est imminente - voir qu'il a l'intention de s'en servir une fois en sa possession. Pareil discours apparaîtrait plus légitime dans la bouche de B. Obama que celui tenu par G. W. Bush sur les AMD en Irak. Obama n'a jamais annoncé auparavant que l'Iran possède ou cherche à posséder des AMD... Il a juste mis en avant les doutes de la communauté internationale sur les objectifs réels du régime iranien. Aussi, aux yeux de l'opinion publique, Obama n'apparaît pas comme un faucon et si son discours et son action doivent emprunter un chemin plus musclé, cela apparaîtra plus facilement comme une nécessité face à une menace importante jugée crédible. De telles déclarations présidentielles confirmeraient côté républicain un sentiment depuis déjà longtemps ancré dans leur esprit tandis que du côté démocrate, il serait difficile de s'opposer aux arguments présidentiels. Face à une pareille menace, le président américain serait forcé de recourir à l'action et ce, même si celle-ci va à l'encontre de son désir personnel de privilégier la diplomatie. Après tout, il est de son devoir de commandant en chef de protéger les intérêts et la sécurité du peuple américain. Dans le même temps, il se mettrait à l’abri des attaques de républicains et ce, même si l'affirmation devait se révéler erronée dans l'avenir. N'oublions pas que depuis le début, ce sont des élus républicains qui réclament une intervention militaire en Iran. Bien sur ce scénario déborde de cynisme mais cependant, certains de ces aspects n'en demeurent pas moins pertinents car ils rencontrent des préoccupations qui travaillent réellement l'esprit des dirigeants en place à Washington.

Il convient cependant d'intégrer à ce raisonnement les contraintes auxquelles seraient confrontés les Etats-Unis si ceux-ci devaient finalement opter pour l'intervention armée. Le scénario d'une attaque contre le programme nucléaire iranien par le biais d’une frappe aérienne, régulièrement avancé, ne permettrait pas de résoudre aisément le problème. Une frappe ne serait pas suffisante : les sites sont trop nombreux, trop éparpillés et trop bien enfouis sous le sol que pour être détruit par une seule vague de bombardements. La destruction des sites nucléaires iraniens nécessiterait donc une campagne aérienne intensive et appuyée au sol par des éléments des forces spéciales en charge de vérifier l'étendue des dommages infligés aux infrastructures. En complément, des actions militaires contre les éléments des forces navales iraniennes seraient nécessaires pour empêcher Téhéran de perturber voir bloquer le transit maritime par le détroit d'Ormuz par lequel transite chaque année plus de 40 % des exportations pétrolières mondiales. Mais une campagne aérienne de ce type contre l'Iran ne réglerait pas le problème des forces conventionnelles qui représenteraient toujours une menace contre les autres Etats du Moyen-Orient.

Le scénario de l'invasion terrestre n'est aujourd'hui pas envisageable pour les Etats-Unis. L'Iran rappelons-le, c'est 4 fois l'Irak et trois fois la France. C'est une armée conventionnelle limitée qualitativement mais imposante quantitativement et qui dispose de plus d'une force morale importante et d'un entraînement autrement plus abouti que celui des Talibans afghans ou de l'armée irakienne sous Saddam. La seule option militaire qui semble réaliste pour les Américains est donc la frappe aérienne. Mais si campagne aérienne il doit y avoir, celle-ci ne pourra pas être un conflit armée de courte durée, comme ce fut le cas avec l'opération Renard du désert en 1998 contre l'Irak. Tout comme ce fut le cas pour la campagne aérienne lors de la guerre du Kosovo en 1999, les raids aériens devront durer des mois pour mettre hors d'état les capacités de nuisance iraniennes. Ce sera une guerre où des soldats américains perdront la vie, où certains seront fait prisonnier. Ce sera une guerre qui monopolisera l'attention des médias, alors que des pertes civiles seront inévitables. Ce sera une guerre de durée et d'intensité, ayant non seulement pour objectif de d'enterrer le programme nucléaire iranien, mais également d'affaiblir ses forces conventionnelles. Ce sera une guerre axée sur la supériorité aérienne et technologique des Etats-Unis, et non sur leurs faiblesses en matière de contre-insurrection. Vu de Washington, ce sera une guerre contre le programme nucléaire de la République islamique d'Iran. Mais pour les iraniens, ce sera une guerre contre l'Iran, tandis que pour une part importante du monde musulman, ce sera une guerre contre la République islamique. Aussi, même si cette campagne devait s'avérer être un succès sur le plan militaire, même si ces objectifs devaient être atteints, elle n'en contribuerait pas moins à renforcer politiquement le régime des Mollahs, même si ce dernier en ressort éviscéré militairement parlant. Il resterait dès lors à voir quelles seraient les conséquences économiques de ce conflit dans la durée, quelle serait le management, les réponses apportées par le régime à tous les problèmes qui apparaîtraient et in fine, quelle attitude adopterait la population dans le moyen et le long terme vis-à-vis du régime, une fois que la colère et l'émotivité de la guerre se seront atténuées. Bref, quelles seront les retombées politiques, à la fois en Iran mais également dans l'ensemble du Moyen-Orient.

Il faut encore tenir compte du fait que même le meilleur plan de bataille, une fois les hostilités engagées, peut totalement dévier de sa route initiale et se transformer en véritable fiasco. L'Iran pourrait parvenir à bloquer complètement le détroit d'Ormuz, avec les répercussions que l'on imagine sur l'économie mondiale. Il pourrait également engendrer une guerre civile en Irak et encourager les actions terroristes en Afghanistan. Les services de renseignement américains pourraient être passés à côté du fait que l'Iran possède déjà une arme nucléaire opérationnelle. Il faut aussi tenir compte des autres armes de destruction massives. Qu'en est-il des armes chimiques et biologiques ? Quelles sont les capacités de couplage de telles armes avec les missiles balistiques iraniens ?

Un compromis négocié avec le régime iranien constituerait une solution à moindre coût que l'intervention armée. Le problème, c'est que l'antagonisme et la logique de confrontation sont tellement ancrés dans l'esprit des dirigeants iraniens qu'il semble difficile d'apporter du crédit à cette possibilité. Rétablir un climat de confiance propice à la négociation est un processus long et difficile car il touche directement à la perception, à la construction mentale que se font les parties l'une de l'autre. Or parvenir à modifier ces constructions mentales demande de nombreux efforts qui se doivent de s'inscrire dans la durée. Les conflits en Irlande du Nord ou au Proche-Orient sont là pour illustrer toute la complexité des conflits à fort caractère émotionnel et idéologique. De ce fait, il semble presque impossible pour le président Obama de parvenir à renverser la vapeur dans l'espace du temps qu'il lui reste avant les prochaines élections présidentielles. Sa politique de la main tendue aurait peut-être connue plus de succès si le président Bush n'avait pas autant menacé l'Iran de recourir à la force militaire, ce qui aurait permis de jeter les bases nécessaires à la reconstruction d'un climat moins conflictuel entre les deux parties. Cependant, à décharge du président Bush, les circonstances qui ont encadrées sa présidence expliquent largement l'attitude de méfiance dont il a fait preuve à l'égard du régime des Mollahs. On oublie à mon sens trop souvent l'importance de l'impact que les évènements du 11 septembre 2001 ont eu sur la perception du monde par les Américains et leurs dirigeants.

Quoi qu'il en soit, si B. Obama se montre faible vis-à-vis de la question nucléaire iranienne juste après sa défaite aux élections de mi-mandat, il encourt le risque de se décrédibiliser et d'apparaître irrévocablement comme un président faible qui ne connaîtra sans doute pas de deuxième mandat. Il semble donc difficile pour le président américain de suivre les revendications de Téhéran sur le dossier du nucléaire, comme celles qui sont par exemple contenue dans les accords de Téhéran du 17 mai dernier signés par la Turquie, le Brésil et l'Iran. Si un accord doit être signé, il faut qu'il soit en grande majorité en concordance avec les exigences américaines, ce que Téhéran refusera plus que probablement.

Aussi nous voici de retour à l'option militaire. Pour Barack Obama, une intervention armée couronnée de succès lui permettrait de renforcer sa position de commandant en chef et de s'octroyer un prestige susceptible de lui servir lors des prochaines élections. Cela ne signifie en aucun cas que le président Obama doit attaquer l'Iran car comme nous l'avons développé plus haut, le plan le mieux préparé peut se transformer en fiasco, aboutir à des répercussions désastreuses et inattendues et au final, déstabiliser totalement l'ensemble du Moyen-Orient. Aussi, Barack Obama se trouve actuellement dans une position fort inconfortable tant sa marge de manoeuvre est en réalité réduite. Son meilleur atout serait que le régime iranien prenne aujourd'hui conscience de l'occasion qui s'offre à lui. Si Téhéran adopte un ton plus conciliant qui permettrait d'aboutir à un accord mutuellement avantageux pour les deux parties, alors le président Obama pourrait en tirer profit. De plus, cela irait dans l'intérêt du régime iranien. En effet, en ménageant un président négociateur, Téhéran éloigne le risque de voir arriver à la Maison Blanche un faucon républicain susceptible de faire de l'éradication du régime des Mollahs sa priorité en en matière d'action extérieure. Mais pour en arriver là, il faudrait que les dirigeants iraniens développent un peu plus leur sens du compromis, lequel est actuellement trop peu développé et en incompatibilité complète avec leur sens exacerbé de la confrontation Orient-Occident. 



mercredi 1 décembre 2010

La jeunesse d'Iran et l'Occident.


A peine rentré d'Iran, je jette un coup d'œil sur la revue de presse de l'actualité iranienne du mois de novembre et une dépêche me saute aux yeux : "Manifestation anti-américaine à Téhéran".
Cette manifestation qui s'est tenue le 4 novembre dernier s'avère être la commémoration de la prise d'otage à l'ambassade américaine par des étudiants islamistes. Les manifestants présent dans les rues sont principalement des jeunes écoliers et lycéens, aussi me semble-t-il judicieux de s'interroger sur le réel regard que portent ces jeunes sur le monde occidental.
Photo prise devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran. On peut y voir une représentation de la culture américaine, importée par les moyens audiovisuels, brulant la culture iranienne.
Dans les grandes villes à l'instar de Téhéran, l'Occident fascine, intrigue et suscite une curiosité à peine voilée en présence de l'étranger. Le désir de poser des questions est omniprésent. Les jeunes iraniens abordent par ailleurs un look branché inspiré directement par les stars américaines et européennes. Look qui tranche sévèrement avec l'image caricaturale que l'on peut avoir de l'Iran en Occident : dans un monde caractérisé par les interdits, cette jeunesse est devenue maître dans l'art de flirter avec les limites.
Jeune couple dans les montagnes aux abords de Téhéran.

Jeune couple dans les montagnes aux abords de Téhéran.

En fin d'après midi, les jeunes rangent leurs planches de snowboard et retournent vers la capitale.
Les contrefaçons de marques occidentales abondent, les fast-foods s'inspirent dans leurs menus des burgers de l'oncle Sam et les pizzerias iraniennes n'ont rien à envier à celle de Little Italy. Les plus jeunes qui tapent la balle dans les rues portent fréquemment les maillots de grands clubs européens tels que Chelsea, Barcelone ou Manchester.
Des jeunes jouant au foot devant le mausolé de Khomeiny. L'un d'eux aborde un maillot du FC Barcelone. Au premier plan : une vieille femme
en tchador.
Jeunes écolières au moment de la récréation du matin.
Jeune couple dans la ville de Shiraz.
A cela vient s'ajouter la possibilité de regarder la télévision occidentale grâce à une antenne satellite et de télécharger musiques et films sur internet. Aujourd'hui, il n'est pas rare d'observer de jeunes couples se tenant la main et le bras dans les parcs ou sur les rives des cours d'eau. Evidemment, l'Etat iranien a tenté de brider cette liberté de fait mais depuis que la boite de Pandore fut ouverte sous la présidence de Khatami, il n'y est pas arrivé.
Jeunes Iraniens sur la grand place d'Ispahan.
A Ispahan. Notez le nez opéré de la jeune fille. Ce genre de chirurgie esthétique est très répandu en Iran.
Ispahan.
Ispahan. 
L'Occident continue à faire rêver une jeunesse dans un pays où plus de 50% de la population à moins de 30 ans. Attention cependant à ne pas faire d'amalgame et à ne pas tirer trop de résolutions hâtives. Si la culture occidentale moderne et plus encore, l'hypothèse d'un éventuel visa pour les Etats-Unis continuent à exciter les imaginaires, un attrait pour les libertés individuelles d'Europe ou d'outre-Atlantique ne s'accompagne pas systématiquement d'un pro-américanisme en matière de politique. Cela constitue un point intéressant : alors que les opinions publiques occidentales s'imaginent une population iranienne aussi plongée dans l'obscurantisme que ses dirigeants, cette même population s'avère capable de dissocier gouvernement et population lorsqu'on l'interroge sur ses opinions à l'égard de l'Occident. Cependant, pour cette jeunesse bridée dans ses aspirations, il faut bien réaliser que la politique internationale est un sujet d'ordre totalement secondaire : les plus favorisés ne se font guère d'illusion sur la nature du régime et rêvent avant toute chose de quitter le pays, alors que les plus défavorisés se préoccupent avant tout d'avoir suffisamment de nourriture au quotidien.
 Jeunes filles à Ispahan. Notez encore une fois le nez opéré.
 Jeunes à Ispahan. Remarquez les looks : de la veste en cuire et lunettes de soleil genre macho au pull à capuche de rapeur en passant par le chapeau de cow-boy.
Autrement dit, la jeunesse iranienne ne semble pas hostile dans les faits à l'égard de l'Occident, au contraire. Même parmi ceux qui défendent le régime, il apparaît assez facilement que le discours est avant tout rhétorique et ne répond en rien à une véritable obédience idéologique mais plutôt à la sauvegarde d'un intérêt personnel. Il en est ainsi pour de nombreux Bassidjis qui défendent leur position par les avantages qu'elle leur apporte : salaire, pouvoir, facilités pour entrer à l'université, service militaire raccourci, ... Aussi, bien que les mots émanant de leur bouche puissent prendre partie pour le régime, il est tout à fait possible que ce discours se tienne autour d'un fast-food à l'américaine avec un Coca sur la table et avec en fond sonore un CD reprenant les derniers titres de Lady Gaga ou de Britney Spears... Il importe de comprendre que beaucoup de jeunes présents à ces manifestations n'y sont pas par choix mais par obligation. Il en va ainsi pour de nombreuses manifestations pro-régime en Iran : le clergé, la police, les militaires et les fonctionnaires sont systématiquement présent, ce qui suffit déjà en soi à donner une impression de foule nécessaire à l'illusion d'une assise populaire... Sans compter les plus démunis que l'on apporte par bus en échange de sandwichs et d'une faible somme d'argent.
Une jeune étudiante, encore avec un nez opéré, sur la grand place d'Ispahan.
Non, la jeunesse iranienne n'est pas si différentes de la nôtre : elles partagent les mêmes modes en de nombreux domaines et aspirent aux mêmes rêves, à savoir la possibilité de connaître un bel avenir dans un monde sans contraintes injustifiées.
Jeunes filles jouant au volley-ball sur la grand place d'Ispahan.