mercredi 10 novembre 2010

En Iran jusqu'au 27 novembre...

Suite à un déplacement en Iran jusqu'au 27 novembre, je me trouve dans l'obligation de mettre le blog en stand-by. Au programme : Téhéran, Qom, Kashan, Nain, Yazd, Kerman, Chiraz, Persepolis et Ispahan pour ne citer que ces étapes... Pas le temps de s'ennuyer donc.

A mon retour, j'ai prévu de rédiger quelques billets afin de faire le point sur la situation politique intérieure du pays. J'écrirai également sur la situation actuelle entre l'Iran et l'Irak et, sujet de thèse oblige, sur les relations entre la Turquie et l'Iran.

J'en profite également pour saluer, à l'heure de mon départ, tous mes lecteurs ainsi que mon ami T. K. (il se reconnaîtra ;-) ) qui j'en suis certain aimerait être de la partie, ainsi que mes étudiants (et je sais qu'il y en a ;-) ) qui consultent mon blog à l'occasion. Enfin à l'UCL, je compte sur T.S et C.V.W pour tenir la maison en ordre durant mon absence ;-) !.

A tous je vous dis : à bientôt !

Vincent

Les Cafés Stratégiques sur la défense anti-missile


Pour leur seconde édition, les Cafés Stratégiques - organisés par AGS - auront le plaisir d’accueillir Corentin Brustlein qui est chercheur à l’IFRI, animateur de l’excellent blog Ultima Ratio et surtout spécialiste français de la défense anti-missile balistique (DAMB). Ce débat libre et ouvert à tous aura lieu, comme pour la première fois, de 19h à 21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint-Germain, Paris 6ème, Métro : Assemblée Nationale, plan).

Le sujet est au cœur de la majorité des préoccupations stratégiques actuelles : défense contre l’Iran, sécurité européenne, lien transatlantique, maîtrise nucléaire, militarisation de l’espace, ….

mardi 9 novembre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 4ème et dernière partie.



Voici la quatrième et dernière partie de notre analyse de la géopolitique du plateau iranien. Pour rappel, la permière partie traite de la dimension du territoire iranien, la deuxième de sa position et la troisième de sa configuration.

Cette quatrième partie signe la conclusion de l'analyse et expose les arguments qui justifient la prise en considération du territoire iranien à la fois en temps que pivot et acteur géopolitique :

A l’heure actuelle, l’importance géopolitique de l’Iran tient à l’intégration de ces trois facteurs spatiaux que sont sa dimension, sa position et sa configuration. En couplant ces deux derniers éléments, nous observons que l’Iran apparaît à la fois comme un réservoir considérable de ressources énergétiques et comme une voie de passage – qu’il s’agisse de produits manufacturés ou de produits énergétiques – tout aussi bien selon un axe Nord-Sud que selon un axe Ouest-Est. Autrement dit, le territoire iranien apparaît véritablement comme un routeur énergétique potentiel, susceptible de desservir les plus importants consommateurs d’aujourd’hui et de demain que sont la Chine, l’Inde, l’Union européenne et les Etats-Unis. Cela, aussi bien par voie maritime que terrestre, à partir de deux des plus importantes réserves énergétiques au monde : le Moyen-Orient et l’Asie Centrale.

Le concept de « pivot géopolitique », énoncé par Z. Brzezinski, conceptualise bien cette importance stratégique du territoire iranien. Pour l’ancien conseiller de la Maison Blanche, ce concept désigne les Etats dont « l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques » . Pour Brzezinski, qui compte l’Iran parmi ses exemples de pivots géopolitiques, le pays représente donc naturellement, de par sa géographie, un attrait pour les grandes puissances.

Si nous avons essayé, au travers de cette analyse spatiale, de démontrer l’importance géopolitique du territoire iranien, nos constatations nous renseignent également sur le potentiel, non négligeable, de la puissance de l’Etat iranien. Le pays dispose en effet de facteurs de puissance tangibles de nature géographique : sa taille imposante (l’Arabie Saoudite étant le seul pays dans son premier cercle de voisinage présentant une superficie supérieure), ses ressources, sa position stratégique ou encore son relief (lequel entoure véritablement le pays, procurant un avantage défensif considérable). A cela viennent s’ajouter d’autres facteurs, eux aussi tangibles, tels que le poids démographique, le potentiel économique, scientifique, technologique, et bien entendu, l’importance de l’outil militaire. Aussi, bien qu’il existe un différentiel important entre la puissance réelle du pays et sa puissance potentielle – la politique de confrontation de Téhéran vis-à-vis de l’Occident l’empêchant de maximiser ses ressources – ses capacités d’influence sur son environnement régional existent bel et bien et se doivent d’être pris en compte. Cette puissance iranienne représente une source d’inquiétude pour de nombreux pays de la région, tels que l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, Oman ou encore le Qatar . Même s’il demeure trop faible que pour le dominer, l’Iran est un acteur géopolitique de son environnement, dont les grandes puissances se doivent de tenir compte .

Aujourd’hui, la combinaison de sa géographie et de sa puissance offre l’opportunité à l’Iran de pouvoir jouer un rôle dans les évènements survenant en Asie Centrale, au Moyen-Orient et au Caucase, où il doit cependant composer avec les ambitions régionales des grandes puissances. Sa proximité avec le Proche-Orient (1500 km seulement séparent l’Iran de l’Etat d’Israël) lui permet également d’y exercer une influence dans l’interminable conflit israélo-palestinien, au travers de son soutien aux milices chiites du Hezbollah, de son aide au gouvernement syrien, ou encore, de son appui logistique aux partisans du Hamas .

L’Iran apparaît donc à la fois comme un pivot et un acteur géopolitique, une puissance régionale limitrophe d’espaces géographiques stratégiques (Moyen-Orient, Asie centrale, Asie du sud, Caucase), au sein desquels la défense de leur intérêts nationaux appelle les grandes puissances à l’interventionnisme. Ceci résulte de la combinaison de l’abnégation de la géopolitique pour le vide avec la nécessité des puissances de s’empêcher mutuellement d’obtenir le monopole dans ces régions du monde. Autrement dit, il s’agit, pour les acteurs concernés de parvenir à une configuration de l’équilibre des forces régionales qui leur soit le plus favorable. Dans le système international actuel, cet interventionnisme ne se traduit cependant pas forcément dans les faits par une occupation physique du terrain (exception faite des bases militaires stationnées à l’étranger, lesquelles ne remettent théoriquement pas en cause la souveraineté de l’Etat hôte), bien que les conflits afghan et irakien illustrent cette éventualité, mais le plus souvent par une lutte d’influence d’ordre politico-économique.

Au regard de nos constatations, l’intérêt marqué des grandes puissances pour l’Iran et son environnement apparaît naturel et légitime. Il nous reste cependant à identifier quels sont les intérêts de chacun et à les analyser au regard des stratégies politiques déployées dans le cadre de la question nucléaire. Nous observerions alors comment un débat pouvant être simplement perçu comme étant d’ordre sécuritaire – au sens militaire du terme, tel que défini par Buzan, Waever et De Wilde – implique en réalité des notions beaucoup plus larges de la sécurité, et fait intervenir des forces de nature bien plus profondes répondant à des impératifs géopolitiques. Cela fera prochainement l'objet d'une analyse géopolitique.