Rechercher sur Chroniques Persanes

lundi 27 septembre 2010

AGS : Les Cafés Stratégiques invitent le Général Desportes

 

Pour leur toute première, les Cafés Stratégiques - organisés par AGS - invitent le Général Vincent Desportes pour évoquer l'actualité de la pensée stratégique française.

Ce débat « décontracté » et ouvert à tous aura lieu le 7 octobre 2010 à 19h-21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint Germain, Paris 6ème, métro : Assemblée Nationale, plan ). Ce sera également une opportunité pour nos chers lecteurs de faire plus ample connaissance avec Alliance Géostratégique in vivo.

Nous sommes heureux de vous annoncer le dernier-né d’AGS : les cafés stratégiques. Vous connaissez les cafés philosophiques, historiques, géographiques, antiques, géopolitiques… Il manquait, à l’évidence, des cafés stratégiques. Qui d’autre qu’AGS pouvait les organiser ?

En effet, notre marque de fabrique est définitivement liée au Web 2.0 : un lieu de débat ouvert où chacun a le droit de venir, de parler, de commenter. Mais nous avions envie d’incarner ce débat virtuel.

Pour cela, nous ne voulions pas des colloques ou des conférences : ces forums sont certes utiles (n’avions-nous pas co-organisé un colloque sur la “Logistique, fonction opérationnelle oubliée”, remarqué au demeurant ?) mais ils sont formels. Même s’ils laissent la place au débat, on y sent un certain protocole et un manque d’interactivité qui brident les échanges. Il fallait un nouvel espace, et c’est la vocation d’AGS de le créer.

La forme des cafés paraît la plus pertinente : un invité qui vient parler parce qu’il a des choses à dire, et qui est surtout assez proche du public pour que la notion de dialogue comporte une réelle signification… et que le débat s’engage. Une ambiance plus détendue que les costumes trois pièces d’usage dans les conférences. Et la possibilité de poursuivre tard dans la nuit, ou de faire dédicacer le dernier ouvrage de l’orateur.

Ces Cafés Stratégiques (CGS) auront lieu une fois par mois. Pour la première édition, le Général Vincent Desportes a accepté de venir inaugurer la formule : quoi de plus normal, lui qui a si souvent été un initiateur. C’est lui qui a revivifié la pensée stratégique française depuis dix ans, avec d’autres (et nous pensons d’abord à Hervé Coutau-Bégarie, bien sûr). Stratégiste et grand connaisseur de la pensée anglo-saxonne, c’est l’homme idoine pour évoquer l’actualité de la pensée stratégique française.

Car la question se pose, en effet : a-t-elle encore une particularité par rapport à ce qu’elle a produit autrefois (et notamment la construction de la théorie de la dissuasion) ? A-t-elle été suffisamment distante et originale par rapport à la RAM autrefois, aux COIN aujourd’hui ? Pense-t-elle les guerres de demain, et trouve-t-elle les lieux de débat qui la rendent féconde?

Vous rêvez de poser directement ces questions (et d’autres) au Général Desportes ? Rendez-vous alors au Café Le Concorde. Entrée libre mais nombre de places limité ! A vous revoir…

mardi 21 septembre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 2ème partie


Voici la deuxième - mais non la dernière - partie de l'analyse géopolitique du plateau iranien entamée la semaine dernière.

Pour rappel, notre analyse porte sur l'étude des trois facteurs spatiaux que sont la dimension, la position, et la configuration. Après avoir traité de la dimension, nous allons maintenant nous pencher sur la position du plateau iranien.

La position du plateau iranien.

Sa position sur le globe terrestre fait de l’Iran à la fois un carrefour et un pont intercivilisationnel ; un espace intermédiaire où se heurtent et se mêlent les empires et les cultures. L’Iran a ainsi subi les invasions et les influences des mondes arabes, turcs, russes, indiens et européens [1] et les a également influencés en retour. La lutte contre l’envahisseur étranger présente ainsi un caractère itératif dans l’histoire des peuples d’Iran. Cet héritage se retrouve encore aujourd’hui dans la politique étrangère du régime des Mollahs, au travers des discours nationalistes prêchant la résistance face au néo-impérialisme des « puissances de l’arrogance » .

Cette approche géohistorique explique également la structuration interne des peuples d’Iran et la pluralité ethnique et confessionnelle du pays. Malgré une hétérogénéité marquée – les Perses ne représentant à peine plus de la moitié de la population – l’Iran a réussi à se construire une identité nationale forte .

Seuls le Kurdistan, et principalement le Baloutchistan, demeurent aujourd’hui des provinces à risques, même si le contrôle du pouvoir central y est bien établi. Les risques d’instabilités dans ces deux régions proviennent essentiellement du caractère transfrontalier des ethnies qui y sont établies (voir carte). Aussi la menace est-elle essentiellement externe : en provenance d’Irak et de Turquie pour le Kurdistan, et du Pakistan pour le Baloutchistan.

Les arabes du Khuzestan – province hautement stratégique où est condensé l’essentiel des réserves pétrolières du pays – sont quant à eux, de par leur confession chiite, solidement attachées aux valeurs de la République islamique. Le succès de leur iranisation a par ailleurs été démontré au cours de la guerre Iran-Irak : loin de se soulever contre Téhéran comme l’espérait Saddam Hussein, ils ont constitué un pôle de résistance farouche au régime baassiste. Le nationalisme pro-iranien s’est à cette occasion montré plus fort que la proximité ethnique interarabe.


Bien que les deux-tiers des Azéris vivent aujourd’hui en Iran et non en Azerbaïdjan, le risque de les voir constituer un facteur d’instabilité, voir une cinquième colonne au profit de Bakou, semble pour l’heure négligeable. La communauté azérie est en effet solidement iranisée et intégrée dans la République islamique. L’actuel Guide suprême de la révolution, ainsi que le principal leader politique de la contestation à la réélection de M. Ahmadinejad de l’été 2009, Mir Hossein Moussavi, appartiennent ainsi tous deux à l’ethnie azérie.

Sur le plan religieux, l’Iran présente la particularité d’être le principal pays chiite (~90% de sa population) dans un environnement majoritairement sunnite (seuls l’Irak et Bahreïn présentent également une population majoritairement chiite) . Cependant, d’importantes minorités chiites subsistent, disséminées au Liban, en Syrie, dans les provinces saoudiennes bordant le Golfe Persique et dans les autres monarchies du Golfe [2]. Cet ensemble de régions de confession chiite présente une certaine continuité géographique, ce qui pousse certains auteurs à parler de « croissant chiite » au Moyen-Orient . Ainsi, depuis, le 16ème siècle – période où le chiisme est devenu la religion d’Etat de l’empire Perse – jusqu’à nos jours, la rivalité entre les arabes sunnites et les iraniens chiites représente une constante de la géopolitique au Moyen-Orient. Les pays arabes craignent ainsi que l’Iran utilise le facteur religieux pour exercer une certaine influence sur leurs territoires.

Cette géographie représente donc un facteur d’incertitude en raison des nombreux bouleversements que connut l’environnement régional de l’Iran au cours de son histoire. Aujourd’hui, le pays est bordé à l’est par l’Afghanistan et à l’ouest par l’Irak, deux Etats à la situation politique particulièrement instable où la présence du «Grand Satan » américain inquiète les autorités en place à Téhéran. En contrepartie, l’Iran est également susceptible d’exercer une influence dans une Irak majoritairement chiite (~60% de sa population) et un Afghanistan majoritairement persanophone. L’instabilité du voisin Pakistanais représente elle aussi un risque, en raison de l’antagonisme idéologique entre l’Islam chiite de la République islamique, et l’Islam sunnite des insurgés talibans opérant depuis les montagnes pakistanaises. Téhéran craint ainsi que l’insurrection ne gagne son territoire, et plus particulièrement sa province du Baloutchistan, majoritairement sunnite et ethniquement baloutche. Globalement, l’instabilité constitue donc – certes avec différents niveaux d’intensité – une réalité de l’environnement iranien actuel. La cartographie du Political Instability Index, réalisée par The Economist Intelligence Unit, de même que celle du Failed States Index 2010, réalisée par The Fund for Peace, constituent par ailleurs des illustrations pertinentes de cette instabilité.
 


Ainsi, si nous considérons les territoires soumis à des tensions identitaires, religieuses, ou à des conflits armés inter- ou intra-étatiques, il est possible de tracer un « arc de crise » depuis la province chinoise du Xinjiang jusqu’à la Géorgie et le Kurdistan turc (voir carte ci-dessous).



Au sein de cet « arc de crise », l’Iran présente un degré d’instabilité moindre que celui prévalant dans son environnement, faisant du pays un Etat « relativement » stable pour la région. Le risque d’instabilité d’origine interne existe néanmoins et ce, particulièrement depuis la réélection contestée de M. Ahmadinejad en juin 2009. De même, une contagion de l’instabilité en provenance de l’extérieure, et plus particulièrement en provenance des trois failed states que sont l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan, n’est également pas à exclure [3].

Ces risques constituent un défi pour la pérennité du régime des Mollahs. Les autorités en place à Téhéran en ont d’ailleurs aujourd’hui bien conscience. De même, si la question nucléaire iranienne devait trouver son épilogue dans la confrontation armée, les répercutions sur les régions limitrophes de la République islamique seraient conséquentes pour la stabilité régionale.

Cependant, si cette position géographique constitue un facteur d’incertitude, elle représente également l’un des atouts majeurs de l’Iran.

A partir de la subdivision de l’Eurasie opérée par Z. Brzezinski (voir carte ci-dessous), et en tenant compte de la contrainte géographique qu’impose la présence du plateau himalayen, il ressort que l’importance de la position de l’Iran repose en fait sur sa prédisposition naturelle à constituer une zone de passage, pour les flux économiques et commerciaux, entre l’ouest, le sud, et l’est de la masse eurasienne. Cette prédisposition découle de sa nature même d’espace intermédiaire au sein de l’échiquier eurasien.


L’échiquier eurasien de Z. Brzezinski.

La valeur du critère de la position géographique ne représente cependant pas une constante au cours de l’histoire dans la mesure où elle peut être tributaire des évolutions techniques. L’est et le nord du territoire iranien ont ainsi connu leur âge d’or entre les 2ème siècle avant J.-C. et le 9ème siècle de notre ère, à l’époque de la prédominance des voies terrestres sur les voies maritimes, quand la route de la Soie constituait la principale voie de passage et de commerce à travers l’Eurasie (voir ci-dessous). Cette importance géopolitique déclina peu à peu à partir du 9ème siècle, quand les progrès techniques réalisés en Chine dans le domaine de la navigation rendirent les voies maritimes plus rapides que l’acheminement terrestre, les « routes de la porcelaine » se substituant peu à peu aux « routes de la soie ». Il faudra attendre le 16ème siècle pour que le territoire du plateau iranien retrouve progressivement une importance géopolitique mais cette fois, en tant que zone tampon située entre les avancées russe en Asie centrale et britannique en Asie du sud.


Le fait de constituer une voie de passage insuffle donc indéniablement une plus-value géopolitique à un territoire. Cette prise de conscience est indispensable pour appréhender le poids géopolitique de l’Iran contemporain. En effet, les progrès techniques réalisés ces dernières années dans le domaine de l’acheminement terrestre des marchandises et des matières premières (chemin de fer, pipeline,…) laissent entrevoir un possible retour de l’espace iranien en tant que zone de passage d’importance dans les échanges économiques internationaux.  

Avec les infrastructures adéquates, le pays offrirait ainsi un tracé autrement plus rapide que les voies maritimes existantes, pour le transport des marchandises entre l’est et l’ouest de l’Eurasie, tout en évitant la masse territoriale centrale occupée par la Russie.

Un tel projet éviterait aussi, à la fois le détroit de Malacca, mais également, une fois relié à la Turquie, le canal de Suez, pour déboucher sur la Méditerranée. L’Iran offrirait aussi une voie d’accès à l’Océan mondial – tel que le concevait Mackinder – pour les réserves en hydrocarbures de l’Asie centrale et du plateau caspien. Si ces réserves, en prenant en compte l’Azerbaïdjan, ainsi que les 3 principales républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan), ne sont aujourd’hui estimées représenter qu’environ 3,6 % des réserves mondiales prouvées en pétrole, leur poids en ce qui concerne le gaz naturel est estiméequant à lui à environ 7 % des réserves mondiales [4]. Cette option iranienne d’accès aux mers chaudes apparaît comme une éventualité plausible au regard de l’instabilité et du relief inhospitalier de l’Afghanistan et du Pakistan, lesquels ne favorisent pas le choix de ces deux pays comme route alternative. Cette voie de passage vers le sud permettrait en outre aux républiques d’Asie centrale de s’émanciper de la prédominance du réseau énergétique russe, et contribuerait à leur désenclavement. L’Iran offre aussi la possibilité de servir de voie de transit au gaz et au pétrole centre-asiatique vers la Turquie, hub énergétique en devenir vers l’espace européen.

Ces scénarios suscitent des intérêts différents au sein des grandes puissances et leurs réalisations restent corrélées aux luttes d’influence géopolitique qui traversent le Moyen-Orient, le Caucase, l’Asie centrale et l’Asie du sud. Ces différents intérêts se retrouvent également dans la manière dont chacun entend aborder la gestion de la question nucléaire iranienne, ainsi que les risques qui l’accompagnent. Or, le choix et le développement infrastructurel d’une voie économico-commerciale répond à une analyse coût-bénéfice au sein de laquelle les facteurs de risques liés à l’éventualité d’un conflit ou à l’instabilité régionale occupent une pondération importante.

Plus globalement, ce retour au statut de zone de passage concerne également les pays d’Asie centrale, ce qui laisse à penser, comme le soulignent Ben Simpfendorfer et Pierre Biarnès, que nous assistons à une renaissance de la route de la Soie. Ce renouveau économique et géopolitique a certes été rendu possible grâce aux progrès techniques de l’ère moderne, mais aussi et surtout suite à l’éclatement de l’URSS, lequel a donné naissance à une configuration géopolitique historiquement inédite en Asie Centrale. Le vide laissé par la disparition du communisme provoquant inévitablement un appel d’air géopolitique, la région est devenue le fruit des aspirations politiques et économiques des grandes puissances comme la Chine, la Russie, ou les Etats-Unis, mais aussi de puissances régionales comme la Turquie, et bien entendu l’Iran.

Outre le renouveau de l’intérêt porté aux possibilités offertes par le transport terrestre, la République islamique demeure avant tout un pays du Moyen-Orient, lequel représente – hors Iran – respectivement 46,3% et 24,8% des réserves prouvées en pétrole et en gaz naturel [5]. Le pays est en outre limitrophe du détroit d’Ormuz ; choke point des plus névralgiques sur une route maritime par laquelle transite chaque année plus de 40 % des exportations mondiales de pétrole . L’importance géopolitique de la position du plateau iranien est donc double puisqu’elle combine un intérêt terrestre à un intérêt maritime.


----------------------------------------------------------

[1] Si l’observation d’une carte du monde contemporain retransmet l’évidence de la proximité, et donc des contacts entre le monde perse et les mondes arabe, turc, indien et russe, il n’en va pas de même avec le monde européen. Les contacts, voir même les brassages, entre les deux civilisations, ont pourtant été nombreux au cours de l’histoire. Ce fut le cas suite aux conquêtes d’Alexandre le Grand, lesquelles furent suivies par la domination de l’empire Séleucides. Vint ensuite la confrontation entre les empires de Parthe et de Rome, et plus récemment, les contacts entre l’Iran des Qâjârs et l’empire britannique dominant le sous-continent indien.

[2] Pour une lecture approfondie à ce sujet, voir : NAKASH Y., Reaching for Power : The Shi'a in the Modern Arab World, Princeton, Princeton University Press, 2007, 248 p.

[3] COLLECTIF, « Conflict Barometer 2009 », Heidelberg, Heidelberg Institute for International Conflict Research, 2009, p. 75-76.

[4] Chiffres issus du « BP Statistical Review of World Energy June 2010 ».

[5] Ibidem.

vendredi 17 septembre 2010

Si le Moyen-Orient vous intéresse...


Pour ceux qui s'intéressent au Moyen-Orient, je signale l'existence des "Middle East Brief" du Crown Center for Middle East Studies de la Brandeis University de Boston.

Ces brèves analyses se révèlent extrêmement utiles pour traiter de manière efficace de toute une série de sujets touchant au Moyen-Orient. Un bon moyen d'approfondir ces connaissances sans avoir à se plonger dans des lectures sans fin.

mercredi 15 septembre 2010

Un peu de lecture : "Histoire de l'Iran contemporain"



"Histoire de l'Iran contemporain" est un ouvrage relativement court - pas plus de 125 pages. Cependant, il constitue une excellente synthèse de l'histoire iranienne depuis le 19ème siècle jusqu'à nos jours. Sa taille relativement modeste lui permet de ne pas perdre le lecteur dans des détails interminables, ce qui ne l'empêche pas d'être extrêmement rigoureux dans la description et l'analyse. En bref, seul l'essentiel est retenu. Un ouvrage plus qu'utile et facile, à la fois fort pratique pour les novices comme pour ceux qui souhaitent se rafraîchir la mémoire.

Les auteurs de ce livre ne sont par ailleurs pas des débutants, loin de là. Mohammad-Reza Djalili est professeur à l'IHEID (Genève) et l'auteur de nombreuses études et ouvrages sur l'Iran, notamment "Iran : l'illusion réformiste" (Paris, Sciences Po., 2001) et "Géopolitique de l'Iran" (Complexe, 2005). Thierry Kellner est quant à lui docteur en relations internationales (IHEID), chercheur associé au Centre d'études asiatiques (IHEID), au CECID (ULB), et au BICCS (VUB). Il est en outre l'auteur de "L'Occident de la Chine. Pékin et la nouvelle Asie centrale. 1991-2001" (PUF, 2008). M.-R. Djalili et T. Kellner ont également publié conjointement "Géopolitique de la nouvelle Asie centrale" (Paris, PUF, 2006), à mon sens l'un si pas l'ouvrage de référence dans son domaine.  

La présentation de l'éditeur.

Etrange pays que cet unique Etat chiite, qui n'a jamais rompu avec son passé préislamique et qui, malgré son particularisme, a toujours exercé un rayonnement culturel bien au-delà de ses frontières. Curieux destin que celui de ce vieil empire aujourd'hui entouré de jeunes Etats, objet pendant tout le XIXe et le début du XXe siècle de rivalités entre puissances russe et britannique, et qui est aussi la première nation du Moyen-Orient à s'être dotée d'une Constitution moderne dès 1906. Précurseur dans la nationalisation de ses ressources pétrolières, l'Iran est également le premier pays à connaître une révolution islamique qui provoque un séisme politique sans précédent à travers le monde musulman et au-delà. Aujourd'hui, alors que ses voisins tentent d'endiguer la montée de l'islamisme radical, il cherche la voie pour sortir d'une révolution religieuse. L'histoire contemporaine de l'Iran, à la fois laboratoire politique pour le monde et nation à part, du point de vue identitaire et historique, mérite donc le détour. Le présent ouvrage n'a d'autre ambition que d'initier le lecteur à cette histoire foisonnante et méconnue de l'Iran des deux derniers siècles (1796-2009).

Références complètes.

DJALILI M.-R., KELLNER T., "Histoire de l'Iran contemporain", Paris, La Découverte, 2010, 125 p.

mardi 14 septembre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 1ère partie

Voici la première partie d'une analyse, bien que synthétique, que je vous propose, et se rapportant à la géopolitique du plateau iranien.

Si l’Iran suscite une telle activité politique et diplomatique de la part de la communauté internationale autour de son programme nucléaire, c’est essentiellement du fait de sa géographie. Les répercussions, les craintes et les enjeux d’un Iran nucléarisé ne seraient pas les mêmes dans le cadre d’une structuration différente de son espace national et régional. Le plateau iranien présente en effet plusieurs caractéristiques qui contribuent à le poser en enjeu géopolitique majeur, intéressant au premier plan les grandes puissances et les puissances émergentes. Une analyse comparative des mécanismes de gestion des questions nucléaires iranienne et coréenne en fournit par ailleurs une bonne illustration. Alors que la Corée du Nord est parvenue dès 2006 à se hisser dans le club très fermé des puissances nucléaires, devenant ainsi détentrice d’une réelle capacité de menace, la gestion de la crise engendrée par ses activités proliférantes se cantonne à un cadre relativement régional, où interviennent la Chine, la Corée du Sud, le Japon, la Russie et les Etats-Unis. La question nucléaire iranienne suscite quant à elle un intérêt de portée plus mondiale comme en témoigne sa gestion par la communauté internationale où interviennent les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité ainsi que l’Allemagne et, tout récemment, le Brésil et la Turquie. Or pour l’heure, l’Iran n’étant pas encore pourvu d’une capacité nucléaire militaire, le pays ne représente en soi aucune menace atomique réelle. Ses progrès et son attitude ambigüe quant à sa politique nucléaire le posent en revanche en menace potentielle aux yeux de nombreux acteurs internationaux [1]. C’est donc au nom du principe de précaution que les grandes puissances s’investissent aujourd’hui aussi assidûment dans la résolution de la question iranienne. Nous pouvons par ailleurs remarquer qu’à l’inverse du cas nord-coréen, aucune puissance régionale ne s’est jamais directement investie dans la gestion de la crise, à l’exception très récente d’Ankara ; Israéliens et Saoudiens préférant passer par l’intermédiaire de leur partenaire américain sur lequel ils peuvent compter pour défendre leur point de vue dans ce dossier particulièrement crisogène.

Cette importance géopolitique du territoire iranien peut aisément être démontrée si nous analysons ce dernier au regard des trois critères spatiaux que sont sa dimension, sa position et sa configuration [2].


La dimension de l’Iran.

D’une superficie de 1 648 000 km² – soit approximativement trois fois la France et quatre fois l’Irak – et forte d’une population d’environ 74 millions d’habitants , la République islamique occupe une place centrale dans l’espace géographique regroupant le Moyen-Orient, le Caucase, l’Asie centrale et l’Asie du sud. Bordé au nord par la Mer Caspienne et au sud par le Golfe Persique et le Golfe d’Oman, l’Iran présente de nombreuses frontières terrestres – à l’ouest avec l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Turquie et l’Irak ; à l’Est avec le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan – mais aussi maritime – au nord avec le Turkménistan et l’Azerbaïdjan ; au sud avec l’Arabie Saoudite, Bahreïn, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le sultanat d’Oman. Situé face à la péninsule arabique et au Golfe Arabo-persique [3], qui représente 1880 km de sa façade maritime , l’Iran borde le détroit d’Ormuz, lequel constitue un goulot d’étranglement sur l’une des principales routes maritimes existantes depuis plus d’un millénaire. Un simple regard sur une carte de la région suffit par ailleurs à nous faire prendre conscience que, de par ses dimensions, l’Iran représente un acteur majeur de son environnement.

 L'Iran et son voisinage.

[1] La notion d’ « acteur international » faisant l’objet de différentes typologie, nous nous cantonneront, dans le cadre de cette analyse, à la considérer au sens de l’approche réaliste des relations internationales, et à ne considérer comme acteur du système international que les seuls Etats souverains.

[2] Voir à ce sujet : DE WILDE D’ESTMAEL T., DUBOIS C., L’espace, « force profonde » de la politique étrangère, in ROOSENS C. (dir.), ROSOUX V. (dir.), DE WILDE D’ESTMAEL T.(dir.), La politique étrangère. Le modèle classique à l’épreuve, Bruxelles, Peter Lang, 2004, p. 299 – 309.
  
[3] La dénomination du Golfe est un sujet de discorde entre l’Iran et ses voisins arabes. Téhéran revendique le vocable de « Golfe Persique » alors que les pays arabes – Arabie Saoudite en tête – évoquent quant à eux la région sous l’appellation de « Golfe Arabique ». Les autorités iraniennes sont coutumières des déclarations visant à rappeler l’appellation historique du Golfe qui découle de l’héritage laissé par la civilisation perse, comme en témoignent les propos tenus le 29 avril 2009 par Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême de la révolution islamique pour les affaires internationales : « le Golfe Persique sera toujours persique et gardera l’appellation de persique. ». Voir à ce propos : IRNA, « Un conseiller du guide suprême : « le Golfe Persique sera toujours persique.» », 29 avril 2009.


A suivre très prochainement.

Chroniques persanes intègre l'Alliance Géostratégique


En ce début de septembre, Chroniques Persanes entame un nouveau départ en intégrant l'Alliance Géostratégique, plate-forme regroupant en son sein les principaux contributeurs de la blogosphère stratégique francophone. L'Alliance Géostratégique constitue sans doute une des plus belles illustrations du dynamisme qui parcoure la pensée stratégique francophone, en procurant une vitrine au débat d'idées, à la réflexion, et à la critique dans de ce domaine de pensée, bien trop peu mis en avant par rapport au monde intellectuel anglo-saxon

L'intégration à cette plate-forme constitue ainsi une belle opportunité en termes de visibilité et surtout, je l'espère, en termes de collaborations et d'échanges ; puissent-ils être aussi riches que possible.