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samedi 31 juillet 2010

Au delà des sanctions, la réalité de la géopolitique de l'énergie


Il clair que les sanctions internationales et peut-être plus encore les sanctions unilatérales prises par les Etats-Unis et l'Union européenne porteront un coup de frein à l'expansion du secteur des hydrocarbures iraniens ; nerf névralgique de l'économie du pays.

Cependant, les développements survenus au cours de ce mois de juillet démontrent que malgré le contexte international actuel autour de la question nucléaire, le secteur énergétique iranien séduit encore les puissances étrangères.

Ainsi, ce 26 juillet, l'Iran a inauguré un nouveau gazoduc long de 902 km, reliant Assalouyeh, dans le sud-ouest du pays, à Iranshahr, dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est). Ce gazoduc constitue en fait la première partie du projet IPI (Iran-Pakistan-Inde) auquel les Etats-Unis sont férocement opposés en raison du poids géopolitique que sa réalisation procurerait à Téhéran. Ce projet, connu également sous le vocable de "gazoduc pour la paix", devrait permettre d'évacuer le gaz en provenance du gisement de South Pars en direction de l'Asie du sud. Washington a à plusieurs reprises fait pression sur Islamabad et New Delhi pour que ceux-ci abandonnent le projet. Les américains avaient réussi à en éloigner l'Inde pendant un cours laps de temps, notamment grâce à la signature d'un pacte de coopération bilatérale signé en 2008 dans le domaine du nucléaire civil - pacte qui alimentera d'ailleurs les diatribes iraniennes accusant Washington de mener une politique de deux poids deux mesures dans le domaine du nucléaire, l'Inde n'étant pas signataire du TNP à l'inverse de l'Iran.

Or, au cours de ces derniers mois, l'Inde a pourtant à nouveau fait part de son intérêt pour le projet. Le vote de nouvelles sanctions, tant par le CSNU que par le Congrès, a par ailleurs suscités des craintes chez les officiels indiens, lesquels se sont dits préoccupés pour le futur de leur approvisionnement énergétique et pour leur liberté d'investissement dans ce secteur (certaines des nouvelles sanctions présentant un caractère d'extraterritorialité, caractère déjà présent depuis l'adoption de la loi d'Amato en 1996). En raison de l'instabilité persistante en Afghanistan, le projet IPI semble donc à nouveau prendre le dessus sur le projet TAPI (Turkménistan, Afghanistan, Pakistan, Inde) dans les esprits des dirigeants indiens. L'Inde a par ailleurs évoqué la possibilité d'associer le Turkménistan au projet IPI en réalisant un tracé longeant la frontière orientale du territoire iranien et rejoignant le nouveau gazoduc tout juste inauguré. En outre, même si beaucoup s'interrogent à New Delhi sur la pertinence de mettre l'approvisionnement énergétique du pays dans les mains de son plus vieil ennemi (le Pakistan), l'intérêt marqué pour l'Iran n'en a pas disparu puisque la possibilité existe de créer un terminal de GNL dans le port iranien de Chabahar, lequel permettrait d'évacuer le gaz iranien vers le sous-continent indien sans passer par le territoire pakistanais. Enfin, les parties iraniennes et indiennes auraient également évoqué la possibilité de mettre en chantier un gazoduc sous-marin reliant les deux pays au travers de la mer d'Oman.

Le ministre iranien des affaires étrangères a pour sa part évoqué une possible participation de la Russie et de la Chine au projet IPI. Pékin pourrait en effet profiter des infrastructures existantes pour les compléter par un tracé reliant le sud du Pakistan à la province du Xinjiang. La Chine avait déjà imaginé un projet similaire (resté pour l'heure sans suite), dans le secteur pétrolier toutefois : à partir du port pakistanais de Gwadar (port dans lequel elle a considérablement inveti ces dernières années et dans lequel elle dispose de facilités), élément le plus à l'est de son dispositif de collier de perle (ceinture de plusieurs ports entre le Moyen-Orient et Shangaï au sein desquels Pékin dispose de points d'ancrages afin de sécuriser ses importations pétrolières depuis le détroit d'Ormuz jusqu'en mer de Chine, en passant par le détroit de Malacca), Pékin envisageait de construire un terminal pétrolier et un oléoduc jusqu'au Xinjinag, ce qui lui aurait procuré plusieurs avantages :

  1. Un gain considérable en distance à parcourir.
  2. Un évitement du détroit de Malacca, zone géopolitique sensible qu'elle ne peut entièrement dominer dans la configuration actuelle du système international.
  3. Un ancrage de son influence au Pakistan, rival de l'Inde, elle-même rivale de la Chine (les ennemis de mes ennemis sont mes amis ...)
Pour l'heure, même si les éventualités d'un participation russe et chinoise au projet IPI se cantonnent à de simples déclarations unilatérales en provenance de Téhéran, elles n'en témoignent pas moins de l'ambition que l'Iran entend jouer à l'avenir dans le secteur énergétique au sein de l'Eurasie.

Autre fait marquant de ce mois de juillet, la signature entre l'Iran et la Turquie d'un accord prévoyant la construction d'un nouveau gazoduc de 660 km entre les deux pays, ce dernier devant également être approvisionné à partir du gisement de South Pars.

Si ces projets témoignent bien de l'intérêt toujours existant que suscite le secteur énergétique iranien et plus encore, la position d'espace intermédiare du pays entre le Moyen-Orient et l'Asie Centrale, il reste que Téhéran va devoir trouver les crédits nécessaire à l'augmentation de sa production ce qui, sans l'assistance des occidentaux et malgré les discours optimistes des dirigeants de Téhéran, risque de s'avérer relativement complexe. Néanmoins, la signature de ces accords fait les choux gras du régime dans la mesure où ils lui permettent d'arguer que son "isolement international" est essentiellement le fait des occidentaux.

mardi 20 juillet 2010

Un peu de lecture : "The Ayatollah Begs to Differ. The Paradox of Modern Iran"


"The Ayatollah Begs to Differ. The Paradox of Modern Iran" de Hooman Majd fait sans nul doute partie des indispensables d'une bibliothèque sur l'Iran digne de ce nom. Encensé par la critique, cet ouvrage a entre autre reçu les éloges du Financial Times, du Los Angeles Times et du Washington Monthly.

Son auteur, Hooman Majd, est un journaliste d'origine iranienne vivant à New York. Petit-fils d'Ayatollah, il apporte une perspective unique sur son pays d'origine. Avec un style et une plume qui accroche le lecteur, Hooman Majd décrit les paradoxes de la réalité trop méconnue de l'Iran contemporain. Sans doute le meilleur livre du genre à ce jour.

Références complètes :  Majd H., The Ayatollah Begs to Differ. The Paradox of Modern Iran, Anchor, 2009, 320 p., ISBN : 978-0767928014  

Bonne lecture à tous !

vendredi 16 juillet 2010

Nucléaire iranien : une petite synthèse des faits - suite et fin


Voici la suite de la petite synthèse de la question nucléaire iranienne que je vous propose ce mois-ci.

La question nucléaire iranienne et le débat international qu’elle suscite s’inscrivent quant à eux dans un contexte plus large, à savoir la volonté affichée par l’Iran de marquer sa pleine souveraineté au regard de ce qu’il considère comme ses droits légitimes et de résister aux pressions des puissances étrangères ; plus particulièrement celles émanant de l’Occident. Si l’on demande aux officiels iraniens pourquoi ont-ils dissimulé tant d’activités à l’AIEA durant les années 1990, ils se défendent en rappelant que leurs demandes d’assistance auprès de l’AIEA sont restées lettre morte et il qu’ils n’ont eu d’autres choix que de se tourner vers des pays moins regardant ou des réseaux clandestins (A. Khan) pour mener à bien leurs « activités nucléaires civiles ». Dans leurs discours, c’est l’Occident qui le premier a transgressé le TNP et plus particulièrement son article 4, en refusant d’assister techniquement l’Iran dans son programme nucléaire. Ce sont également les puissances nucléaires occidentales, au premier lieu desquelles se retrouvent les Etats-Unis, qui refusent de désarmer leurs arsenaux (en référence à l’art. 6 du TNP) et mènent un régime de deux poids deux mesures dans le domaine du nucléaire (Inde, Israël). Face aux accusations et doutes occidentaux, l’Iran surenchérit dans sa posture défensive, dénonçant les Etats détenteurs de l’arme atomique et prônant régulièrement, outre un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires, un monde totalement dénucléarisé. Par ailleurs, face à la logique de la géopolitique et du réalisme que lui confrontent certains analystes, l’Iran rétorque que sa politique étrangère n’est pas dictée par de telles considérations qu’il considère comme le fruit d’une conception occidentale des relations internationales aujourd’hui dépassée. Dans le discours officiel du régime, la détention d’armes atomiques est par ailleurs dénoncée comme contraire aux préceptes islamiques et constitue un « crime inhumain ». De plus, le président iranien évoque régulièrement « l’inefficacité » des armes nucléaires comme facteur de victoire dans le contexte international actuel, propos également régulièrement relayés par Manouchehr Mottaki, l’actuel ministre iranien des affaires étrangères .

Concernant les revendications américaines et les résolutions du CSNU demandant le gel des activités d’enrichissement d’uranium, l’Iran rétorque qu’il n’a pas à se soumettre à des exigences qu’il considère comme illégales au regard du droit international, le TNP n’interdisant nullement la recherche et le développement d’activités dans ce domaine. De plus l’Iran dénonce ici encore un régime de deux poids deux mesures et se demande pourquoi il devrait renoncer à une maîtrise complète du cycle du combustible qui contribuerait à sa sécurité énergétique, le pays disposant selon ses dires de suffisamment d’uranium sur son territoire pour subvenir à ses besoins. La communauté internationale continue quant à elle de demander le gel des activités d’enrichissement, arguant que l’Iran ne dispose pour l’heure, ni ne disposera à court terme, de centrales à caractère civile nécessitant une pareille capacité de production .

La république islamique estime donc avoir la justice de son côté dans ce bras de fer qui l’oppose aux grands de ce monde. En jouant la carte de la victimisation, elle cherche par ailleurs probablement à exacerber le sentiment nationaliste de sa population et à se positionner vis-à-vis du monde comme un modèle de résistance au « néo-impérialisme » américain.


Les derniers développements

Après 9 mois d’une politique de la main tendue, l’administration Obama a entrepris de reprendre en octobre 2009 les pourparlers sur la question nucléaire iranienne entre le groupe des 5 + 1 et la république islamique. Ces pourparlers portaient sur l’approvisionnement en combustible du réacteur de recherche de Téhéran (RRT). Ce réacteur modeste (5 MW) fut livré dans les années 70 à l’Iran par les Etats-Unis, alors alliés de Téhéran. Son fonctionnement nécessite un combustible enrichi à 20% et il ne peut avoir d’autre utilité que la fabrication d’isotopes destinés à l’imagerie médicale. Il ne peut donc en aucun cas servir à des fins militaires. Jusqu’à présent, l’Argentine s’était toujours consentie à livrer l’uranium nécessaire à son fonctionnement. Désormais opposé à un refus, l’Iran n’a eu d’autre choix que de se tourner vers l’AIEA et le groupe des 5+1 pour résoudre son problème d’approvisionnement.

Le début des négociations fut marqué par un coup de force de la part des occidentaux. En effet, à le veille de la reprise des pourparlers, ceux-ci annoncèrent publiquement la découverte d’un nouveau site clandestin destiné à l’enrichissement d’uranium situé à Fordo ; près de la ville sainte de Qom. Cette révélation ne fut pas sans rappeler celles de 2002 et avait comme objectif de mettre Téhéran sous pression à la veille de négociations critiques pour la gestion du nucléaire iranien. L’Iran rétorqua que le site était encore en construction et que selon les dispositions de l’AIEA, il n’était pas en infraction au regard des délais imposant la déclaration de toute nouvelle installation à l’agence. Celle-ci demanda à pouvoir visiter le site, ce qu’elle fut autorisée à faire, mais uniquement un mois plus tard.

Dès le début des négociations, les occidentaux déposèrent sur la table une proposition concrète visant à régler l’approvisionnement du RRT tout en contribuant à rétablir la confiance avec l’Iran dans l’hypothèse de futures négociations plus générales. Cette proposition prévoyait que l’Iran cède environ 70% de son uranium enrichi à 3,5 %, soit environ 1200 kg, afin que celui-ci soit envoyé en Russie puis en France afin d’être conditionné en combustible compatible pour le RRT. Dans un premier temps, la république islamique annonça son « accord de principe » mais demanda un délai afin d’examiner dans le détail les modalités d’application de l’accord. Dans un second temps, tout en réaffirmant son accord de principe sur un échange de combustible, Téhéran avança une contre proposition. Celle-ci consistait en un échange graduel, par tranche de 200 kg, d’uranium à 3,5% contre du combustible enrichi à 20%. Cette offre fut rejetée par les occidentaux qui voyaient dans leur proposition initiale le moyen de priver l’Iran de l’essentiel de son uranium pour une durée d’approximativement 1 an et demi ; Téhéran ne pouvant produire qu’approximativement 80 kg d’Ur à 3,5 % par mois. Ce faisant, ils retardaient également pour un an la possibilité de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. La contre-proposition iranienne contredisait ces objectifs.

Suite au refus des puissances occidentales face à la contre-proposition iranienne, Téhéran annonça en février qu’il allait lui-même produire l’uranium enrichi à 20 %. Dans le même temps, il annonça la construction prochaine de 10 nouveaux sites destinés à l’enrichissement d’uranium, sites qui seraient supervisés par l’AIEA. Dans le même temps, l’agence publia son dernier rapport sur le programme nucléaire iranien le 18 de ce même mois. Pour la première fois, l’AIEA évoquait dans un document officiel un possible volet militaire aux activités iraniennes, arguant que l’Iran n’avait pu prouver au travers de son attitude que son programme était strictement civil. Ce rapport fut dénoncé par Téhéran qui dénonça la perte de crédibilité de l’agence .

Pour leur part, les occidentaux sont dès lors à nouveau rentrés dans une logique coercitive vis-à-vis de la république islamique. Les Etats-Unis ont mené de rudes offensives diplomatiques pour arriver à convaincre les russes et les chinois de soutenir une nouvelle résolution de sanctions à l’encontre de l’Iran. Ceux-ci se sont finalement déclarés prêt à soutenir pareille résolution dans la mesure où elle n’affecterait que des objectifs ciblés et ne remettrait pas en cause leurs intérêts stratégiques dans le pays .

Au cours du mois de mai, le Brésil et la Turquie (tous deux membres non-permanant du CSNU) ont mené conjointement une initiative diplomatique auprès de l’Iran dans le but de le forcer un accord et éviter ainsi l’adoption de nouvelles sanctions. Cette initiative s’est soldée par la signature, le 17 mai à Téhéran, d’un accord entre ces trois pays prévoyant l’envoi de 1200 kg d’uranium faiblement enrichi en Turquie afin qu’il y soit transformé en combustible pour le RTT. Cet accord a été vivement critiqué par les occidentaux qui dénoncent une manœuvre de diversion de la part du régime des Mollahs visant à retarder l’adoption de nouvelles sanctions. En effet, cet accord reprend exactement les mêmes dispositions que l’offre qui avait été soumise à l’Iran au mois d’octobre 2009. De plus sa mise en application est fortement hypothéquée dans la mesure où elle nécessiterait une coopération de la France et de la Russie qui y sont mentionnées comme les responsables de la transformation de l’uranium iranien en combustible enrichi à 20 %. Pour la Turquie et le Brésil, cet accord est considéré comme une réussite ; ces Etats ont dès lors affirmé que de nouvelles sanctions n’étaient plus nécessaires. Ce discours de la part de deux membres non permanant du CSNU n’a évidemment pas plus à Washington, d’autant plus que dès le lendemain de la signature de cet accord, l’Iran a annoncé sa volonté de continuer ses activités d’enrichissement, même celles prévues à un taux de 20 %. Plus tard dans la journée, les Etats-Unis ont prévenu que cet accord ne changeait strictement rien à la volonté d’arriver à un compromis au CSNU pour voter une nouvelle résolution de sanctions contre l’Iran.

Pour l’heure, l’accord du 17 mai semble bien être mort né. L’Iran dénonce la mauvaise fois de l’Occident tandis que celui-ci dénonce la stratégie de « la montre » jouée par Téhéran. Le régime des Mollahs a également récemment annoncé qu’il comptait mettre en service un nouveau type de centrifugeuse, 6 fois plus puissante que celles utilisées actuellement, renforçant ainsi les doutes sur ses intentions et déclenchant une vague de protestation en Occident. Alors que le régime doit aujourd'hui faire face à 4 résolutions du CSNU lui imposant des sanctions internationales, rien ne semble indiquer que l’Iran serait prêt à renoncer à son programme d’enrichissement endogène. La question nucléaire iranienne n’en a donc pas fini d’occuper le devant de la scène internationale, son dénouement n’étant pas encore ficelé. Ce qui apparaît cependant certain, c’est que les évolutions de la politique intérieure iranienne détermineront à l’avenir le ton de la république islamique vis-à-vis de la question nucléaire et par extension, son degré de conciliation aux revendications de la communauté internationale.


vendredi 9 juillet 2010

Repsol se rétracte en Iran

La plus grande compagnie pétrolière espagnole, Repsol, s’est retirée d’un contrat qu’elle avait emporté avec la Royal Dutch Shell pour développer une partie du champ gazier de South Pars en Iran.

Un porte-parole de Shell a refusé de confirmer si l'entreprise restera pour développer les phases 13 et 14 du projet de South Pars, mais a noté que Shell se conformera à toutes les restrictions du commerce international touchant l'Iran.

Un nombre croissant de compagnies pétrolières, de maisons de négoce et d'autres sociétés internationales ont cessé les affaires avec l'Iran cette année alors que les États-Unis cherchent à isoler Téhéran et en plein efforts internationaux pour imposer des sanctions plus sévères.

Repsol, qui a d'importants intérêts économiques dans le Golfe du Mexique, a reçu un ultimatum de l'Iran pour finaliser sa décision initiale de mai ou pour se retirer.

Cette décision est un nouveau coup dur pour le secteur des hydrocarbures iraniens après les annonces de BP, Total et Shell de stopper leurs ventes d'essence à l'Iran.

Un diplomate arabe préconise ouvertement l'usage de la force contre l'Iran en cas d'échec des sanctions


Mercredi dernier, Youssef Al Otaiba, l'ambassadeur des Emirats arabes unis aux Etats-Unis, a publiquement prôné l'usage de la force militaire pour régler la question du nucléaire iranien, rapporte le Washington Times.

Le diplomate a ainsi préconisé l'usage de la force militaire en cas d'inefficacité des sanctions économiques, tout en comprenant que l'emploi de la force contre un Etat islamique, d'autant plus le plus proche voisin et partenaire commercial des les Emirats arabes unis, aurait de lourdes conséquences économiques (le chiffre d'affaires du commerce entre les deux pays se montant à 12 mds USD) et provoquerait des protestations massives dans le monde musulman.

"Mais si vous me demandez si je veux vivre aux côtés d'un Iran nucléaire, je répondrai que nous ne pourrons pas coexister avec une telle puissance atomique. Nous sommes prêts à payer ce prix pour garantir la sécurité des Emirats", a expliqué M.Al Otaiba.

Dans un entretien accordé à Jeffrey Goldberg, correspondant de la revue américaine Atlantic, l'ambassadeur émirati a également averti que si l'administration du président Barack Obama ne parvenait pas à arrêter l'Iran, de nombreux pays arabes dans la région se détourneraient de Washington pour se rapprocher avec Téhéran.

jeudi 8 juillet 2010

Nucléaire iranien : une petite synthèse des faits - 1ère partie


Depuis maintenant huit ans, la question nucléaire iranienne occupe régulièrement le devant de la scène internationale. Initié par le régime du Shah en 1974, le programme nucléaire iranien prévoyait alors la construction d’une vingtaine de centrale – avec l’assistance de l’Allemagne, de la France et des Etats-Unis – devant palier aux besoins énergétiques du pays tout en lui permettant de préserver ses réserves pétrolières dont sa santé économique est tributaire. Avec la révolution islamique de 1979, le programme nucléaire est dénoncé comme le symbole de la dépendance du pays à l’égard de l’Occident et se retrouve mis au pilori par le régime des Mollahs. Durant le conflit avec l’Irak, la république islamique relance son programme suite aux craintes suscitées par les activités nucléaires irakiennes et la menace potentielle d’une « bombe arabe ». Cependant par manque de moyens, le programme reste cantonné au stade de la recherche en laboratoire.

Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1990 que le nucléaire iranien renaîtra véritablement de ses cendres. La république islamique demande alors assistance à l’AIEA, en accord avec les dispositions du TNP. Cette initiative ne sera pas couronnée de succès, l’Iran se voyant octroyer une fin de non-recevoir de la part de ses anciens partenaires occidentaux. La république islamique se tourne alors vers la Chine et la Russie. Avec Pékin, Téhéran entreprend un partenariat visant à la coopération scientifique dans le domaine du nucléaire. Dans ce cadre, des chercheurs iraniens sont envoyés en Chine et Pékin finance la construction d’un centre de recherche nucléaire à Ispahan. La coopération sino-iranienne prend officiellement fin en 1997, suite aux pressions américaines. En 1995, la république islamique signe un accord avec la Russie pour l’achèvement de la centrale de Busher, dont le chantier, initié sous l’ère du Shah, était originalement attribué à une société allemande. Prévue en 1999, la mise en service de la centrale de Busher a perpétuellement été remise à plus tard, officiellement pour des raisons techniques. Il apparaît cependant fort probable qu’un tel retard, supérieur à 10 ans, ne soit lié à des pressions émanant de Washington. L’accord signé avec la Russie stipule notamment que Moscou sera responsable de l’ensemble du cycle du combustible sur le site de Busher ; depuis sa fabrication jusqu’à son retraitement. Selon les dernières déclarations des responsables russes et iraniens, le site de Busher devrait officiellement être mis en service au cours de l’été 2010. L’ensemble de ces opérations s’est déroulé et se déroule toujours sous l’égide de l’AIEA, en concordance avec les obligations de l’Iran au regard du TNP. Elles constituent donc le volet « public » du programme nucléaire iranien ; du moins jusqu’en 2002.

En 2002, l’organisation Moudjahidine du peuple, mouvement de résistance au régime iranien, révèle l’existence en Iran d’activités nucléaires non déclarées auprès de l’AIEA. Ces activités portent essentiellement sur des recherches liées à l’enrichissement de l’uranium ; technologie duale dont la maîtrise peut conduire à la fabrication d’armes nucléaires. Ce qui est ici illégal au regard des engagements internationaux pris par le régime de Téhéran, c’est bien l’action de dissimulation et non l’action d’enrichissement elle-même. Son secret dévoilé, l’Iran accepte de répondre aux questions de l’AIEA, sans toutefois convaincre sur le fond de ses intentions. Des zones d’ombres subsistent et Téhéran se montre souvent évasif, ce qui n’encourage pas la levée des doutes. Téhéran justifie son attitude passée par la nécessité de mettre la communauté internationale devant le fait accompli ; arguant que l’Occident n’aurait jamais laissé la république islamique développer un programme d’enrichissement endogène s’il en avait proclamé ouvertement la volonté. La communauté internationale prend alors conscience que la république islamique a dissimulé certaines de ses activités nucléaires pendant 18 années. Le caractère secret de ces activités conjugué à la sensibilité entourant la maîtrise de l’enrichissement d’uranium conduit la communauté internationale, occidentaux en tête, à soupçonner l’existence d’un volet militaire au programme nucléaire iranien. L’inquiétude est d’autant plus grande que parallèlement à ses activités clandestines, la république islamique a entamé fin des années 1990 un vaste programme de recherche dans le domaine des missiles balistiques. S’engage alors un bras de fer diplomatique entre les puissances occidentales et le régime des Mollahs ; bras de fer qui à ce jour, n’a toujours pas trouvé son épilogue.

Pour Téhéran, la volonté de développer un programme nucléaire ne répond officiellement qu’à des impératifs économiques et énergétiques. Cet argument, même s’il peut sembler paradoxal pour un pays possédant les 2èmes réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, cadre pourtant parfaitement avec sa situation énergétique et économique actuelle. En effet, 40% de la production iranienne en hydrocarbure est destinée au marché intérieur et la production d’électricité en dépend à 93%. L’Iran est en outre devenu importateur de pétrole raffiné suite à ses manquements infrastructurels. Aujourd’hui, les exportations d’hydrocarbures représentent plus de 60% des recettes et environ 30% du budget de l’Etat ; tandis que la demande intérieure en énergie a augmenté de 8 à 10% par an au cours de la dernière décennie. Certains analystes prévoient par ailleurs la fin des exportations iraniennes en pétrole aux alentours de 2014-2015 si aucun investissement significatif ne vient augmenter la capacité de production du pays. Face à ce tableau, l’argumentaire iranien prêchant la diversification énergétique afin de garantir les exportations d’hydrocarbures et la survie économique de l’Etat paraît tout à fait rationnel. Cependant, les experts s’accordent sur le fait que l’Iran ne ferait réellement des économies que dans la mesure où il déciderait de développer son industrie nucléaire civile tout en achetant son combustible nucléaire à l’étranger. En effet, il apparaît que la volonté de développer une industrie d’enrichissement endogène représente un véritable gouffre financier pour la république islamique. Même si l’argumentaire économique est ici battu en brèche par certains experts, Téhéran persiste et signe, affirmant que ses progrès technologiques couplés aux développements futurs de son industrie nucléaire lui permettront de réaliser des économies d’échelle. De plus, l’Iran affirme n’avoir aucune confiance dans les pays fournisseurs d’uranium enrichi, défendant sa position par le besoin naturel et inhérent à chaque Etat d’assurer sa sécurité énergétique. Vus d’Occident, ces doutes sur la rentabilité d’un programme nucléaire civil totalement autonome ne font qu’accroître les suspicions sur l’objectif réel du programme des Mollahs.

Un autre facteur intervient cependant dans la volonté iranienne d’arriver à la maîtrise de l’atome : la recherche du prestige et par extension, de la puissance. La classe politique iranienne tient traditionnellement un discours très nationaliste dans lequel la revendication de la république islamique en tant que puissance régionale présente un caractère itératif. La maîtrise complète de la technologie nucléaire, même seulement de sa composante civile, galvaniserait ce discours nationaliste et servirait à affirmer la puissance régionale de la république islamique ; elle qui tente de s’imposer comme « la » puissance régionale en lieu et place de l’Arabie Saoudite.

A suivre ...

mercredi 7 juillet 2010

actualité iranienne : rétrospective du mois de juin - 1ère partie


1er juin : Le Guide suprême de la révolution, Ayatollah Ali Khamenei, gracie 80 prisonniers emprisonnés pour leur participation aux manifestations postélectorales de l'été 2009. Ces libérations sont interprétées comme un signe d'apaisement à la veille de l'anniversaire de la réélection contestée de M. Ahmadinejad.

2 juin : Un responsable iranien affirme que l'AIEA contrôle l'ensemble des activités d'enrichissement iraniennes. Encore une fois, l'Iran joue ici sur les mots et se permet une interprétation large du dernier rapport de l'AIEA sur son programme nucléaire.

L’adjoint au Conseil suprême de sécurité nationale, , citant le nouveau rapport du directeur général de l'AIEA, estime en effet que celui-ci souligne que l'agence onusienne contrôle le cycle complet d'enrichissement d'uranium en Iran. Abulfazl Zohrevand précise en outre que l’agence onusienne n’est confrontée selon lui à aucun problème dans le cadre de ses missions d’inspection ou d'installation de caméras en Iran.

Évoquant l'inspection surprise du site d'enrichissement de Natanz, Abulfazl Zohrevand, se référant toujours au rapport de l’AIEA, indique que les inspecteurs de l'AIEA ont effectué 38 inspections surprise des installations nucléaires iraniennes depuis 2007 ; deux d’entre elles concernant le processus d'enrichissement. Selon l'Iran, l'Agence rejette toute dérive du nucléaire iranien et son directeur, Yukio Amano, confirme la véracité des rapports précédents, qui établissent le caractère civil des activités nucléaires iraniennes.

"L'AIEA a, une nouvelle fois, confirmé le caractère pacifique et l'absence de dérive, dans les activités nucléaires de l'Iran. Ce rapport montre que toutes les activités, en particulier, l'enrichissement d'uranium, se font sous le contrôle de l'AIEA.", a déclaré Ali-Asghar Soltanieh.

Ce que le responsable iranien ne souligne pas, c'est le refus de Téhéran de laisser les inspecteurs de l'AIEA inspecter l'ensemble des sites que ceux-ci jugent nécessaires à leur mission. Ainsi, s'il y a bien des inspections dans les installations nucléaires iraniennes, seuls les sites officiels sont concernés. Depuis longtemps déjà, l'AIEA demande l'accès à diverses bases militaires suspectées d'abriter des activités nucléaires clandestines.

Autre point passé sous silence par les responsables iraniens, le paragraphe du dernier rapport de l'AIEA évoquant de possibles activités militaires liées au programme nucléaire de Téhéran (voir p. 8 du rapport). Avec un tel paragraphe, difficile de se persuader que le rapport de l'Agence "souligne" le caractère strictement pacifique des activités nucléaires iraniennes.

3 juin : L'opposant au président M. Ahmadinejad et co-leader du mouvement vert, Mehdi Karoubi a été chassé du mausolée de Khomeiny alors qu'il s'y rendait pour commémorer le vingt et unième anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique.

4 juin : Le pouvoir organise une manifestation de force à l'occasion de l'anniversaire de la mort l'Ayatollah Khomeiny. Cette commémoration s'apparente dès lors plus à une manifestation d'allégeance au régime qu'à une véritable célébration d'hommage. Pour la première fois, ce sont les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime qui ont été directement chargés de l'organisation des cérémonies, coupant l'herbe sous le pied aux héritiers et anciens fidèles de l'imam. Dûment emmenés et encadrés depuis la capitale et les provinces avoisinantes par autobus entiers - une flottille de 49 600 véhicules selon le chef de la police routière - quelque 2 millions d'Iraniens ont convergé vers l'immense mausolée de Khomeiny, au sud de Téhéran. A quelques jours de l'anniversaire de la réélection contestée de M. Ahmadinejad, le signal envoyé à l'opposition est on ne peut plus clair.

7 juin : La secrétaire d'Etat américain, Hillary Clinton, dit s'attendre à une nouvelle manoeuvre dilatoire de la république islamique alors que l'adoption de nouvelles sanctions par le CSNU apparaît comme imminente. Au même moment, l'AIEA se réunit pour évoquer le programme nucléaire de Téhéran.

8 juin : L'Iran menace de quitter les négociations sur son programme nucléaire si de nouvelles sanctions sont votées au CSNU.

9 juin : Le CSNU adopte la résolution 1929 par 12 voix contre 2 oppositions (Brésil et Turquie) et une abstention (Liban). Cette résolution est la 4ème émanant du CSNU à imposer des sanctions à la république islamique (après les résolutions 1737, 1747 et 1803). Sans surprise, la Turquie et le Brésil, pays à l'origine de l'accord de Téhéran du 17 mai dernier, s'opposent à cette résolution qui constitue la plus sévère à laquelle le régime des Mollahs ait eu à faire face. Le président iranien estime quant à lui que ces sanctions sont illégales et qu'elles n'arrêteront pas la nation iranienne.

10 juin : L'opposition iranienne annonce officiellement qu'elle renonce à manifester le 12 juin, date anniversaire de la réélection contestée de M. Ahmadinejad.

Le président iranien est pour sa part attendu en Chine pour une visite à Shanghai coïncidant avec la "journée de l'Iran" à l'Exposition universelle. Il n'est pas prévu qu'il séjourne à Pékin ni qu'il ait des entretiens de haut niveau avec les dirigeants du régime chinois. Cependant, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang, déclare à cette occasion que "La Chine attache une grande importance à ses relations avec l'Iran et estime qu'elles favorisent la paix régionale, la stabilité et le développement".

La Russie annonce quant à elle que la résolution 1929 ne remet pas en cause la livraison à l'Iran des batteries de missile anti-aérien S-300 arguant qu'il s'agit là d'un système d'arme strictement défensif.

Nucléaire : L'Iran se dit prêt à abandonner l'enrichissement à 20 % en cas d'échange. Encore une manoeuvre dilatoire ?


L'Iran pourrait arrêter l'enrichissement d'uranium à 20% s'il reçoit du combustible pour son réacteur de recherche de Téhéran. C'est du moins ce qu'a déclaré Allaeddine Boroujerdi, le président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement. Pour rappel, l'Iran a commencé en février dernier la production d'uranium enrichi à 20 % pour les besoins du réacteur de recherche de Téhéran (RRT). Actuellement, la république islamique aurait produit environ 17 kg d'Ur à 20 %, alors que le fonctionnement du RRT en nécessite 120 kg.

C'est la première fois qu'un responsable iranien évoque l'arrêt des activités d'enrichissement à 20%. Au lendemain de l'accord de Téhéran (17 mai dernier) entre l'Iran, la Turquie et le Brésil, le président Ahmadinejad avait déclaré que son pays continuerait ses activités d'enrichissement à 20 %, arguant comme à son habitude qu'il s'agit là d'un droit "inaliénable" de la république islamique. Ces propos avaient été dénoncés par les pays occidentaux qui y voyaient la preuve que l'accord de Téhéran n'était qu'une manœuvre dilatoire de plus visant à les décrédibiliser à la veille de l'adoption par le CSNU de nouvelles sanctions contre Téhéran.

Alors que penser de la déclaration d'Allaeddine Boroujerdi ? Premièrement, elle émane d'un personnage "secondaire" dans le système politique de la république islamique. Or, il serait difficile d'y voir une réelle volonté du régime des Mollahs tant que le président Ahmadinejad n'en aurait pas fait l'écho. Deuxièmement, l'Iran est coutumier des déclarations contradictoires. Normalement, les négociations sur le nucléaire devraient probablement reprendre à la fin de l'été. Alors que la république islamique s'est vue sanctionnée par de nouvelles mesures coercitives onusiennes et américaines, et alors que l'UE s'apprête à emboîter le pas de Washington, l'Iran aura fort à cœur de poursuivre sa stratégie de "victimisation" auprès des Etats non alignés ou émergents, afin de décrédibiliser les actions occidentales. Dans cette voie, il a déjà réussi à emmener dans son giron le Brésil et la Turquie...

De plus, si échange il devait y avoir, il paraît fort probable que ce dernier devrait se faire aux conditions de l'Iran, ou du moins dans un cadre qui lui est politiquement favorable, comme c'est le cas avec l'accord de Téhéran ; point que les puissances occidentales ne sont pas prêtes d'accepter. L'épilogue de la question nucléaire iranienne apparaît donc comme à son habitude encore bien lointain.