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mercredi 1 décembre 2010

La jeunesse d'Iran et l'Occident.


A peine rentré d'Iran, je jette un coup d'œil sur la revue de presse de l'actualité iranienne du mois de novembre et une dépêche me saute aux yeux : "Manifestation anti-américaine à Téhéran".
Cette manifestation qui s'est tenue le 4 novembre dernier s'avère être la commémoration de la prise d'otage à l'ambassade américaine par des étudiants islamistes. Les manifestants présent dans les rues sont principalement des jeunes écoliers et lycéens, aussi me semble-t-il judicieux de s'interroger sur le réel regard que portent ces jeunes sur le monde occidental.
Photo prise devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran. On peut y voir une représentation de la culture américaine, importée par les moyens audiovisuels, brulant la culture iranienne.
Dans les grandes villes à l'instar de Téhéran, l'Occident fascine, intrigue et suscite une curiosité à peine voilée en présence de l'étranger. Le désir de poser des questions est omniprésent. Les jeunes iraniens abordent par ailleurs un look branché inspiré directement par les stars américaines et européennes. Look qui tranche sévèrement avec l'image caricaturale que l'on peut avoir de l'Iran en Occident : dans un monde caractérisé par les interdits, cette jeunesse est devenue maître dans l'art de flirter avec les limites.
Jeune couple dans les montagnes aux abords de Téhéran.

Jeune couple dans les montagnes aux abords de Téhéran.

En fin d'après midi, les jeunes rangent leurs planches de snowboard et retournent vers la capitale.
Les contrefaçons de marques occidentales abondent, les fast-foods s'inspirent dans leurs menus des burgers de l'oncle Sam et les pizzerias iraniennes n'ont rien à envier à celle de Little Italy. Les plus jeunes qui tapent la balle dans les rues portent fréquemment les maillots de grands clubs européens tels que Chelsea, Barcelone ou Manchester.
Des jeunes jouant au foot devant le mausolé de Khomeiny. L'un d'eux aborde un maillot du FC Barcelone. Au premier plan : une vieille femme
en tchador.
Jeunes écolières au moment de la récréation du matin.
Jeune couple dans la ville de Shiraz.
A cela vient s'ajouter la possibilité de regarder la télévision occidentale grâce à une antenne satellite et de télécharger musiques et films sur internet. Aujourd'hui, il n'est pas rare d'observer de jeunes couples se tenant la main et le bras dans les parcs ou sur les rives des cours d'eau. Evidemment, l'Etat iranien a tenté de brider cette liberté de fait mais depuis que la boite de Pandore fut ouverte sous la présidence de Khatami, il n'y est pas arrivé.
Jeunes Iraniens sur la grand place d'Ispahan.
A Ispahan. Notez le nez opéré de la jeune fille. Ce genre de chirurgie esthétique est très répandu en Iran.
Ispahan.
Ispahan. 
L'Occident continue à faire rêver une jeunesse dans un pays où plus de 50% de la population à moins de 30 ans. Attention cependant à ne pas faire d'amalgame et à ne pas tirer trop de résolutions hâtives. Si la culture occidentale moderne et plus encore, l'hypothèse d'un éventuel visa pour les Etats-Unis continuent à exciter les imaginaires, un attrait pour les libertés individuelles d'Europe ou d'outre-Atlantique ne s'accompagne pas systématiquement d'un pro-américanisme en matière de politique. Cela constitue un point intéressant : alors que les opinions publiques occidentales s'imaginent une population iranienne aussi plongée dans l'obscurantisme que ses dirigeants, cette même population s'avère capable de dissocier gouvernement et population lorsqu'on l'interroge sur ses opinions à l'égard de l'Occident. Cependant, pour cette jeunesse bridée dans ses aspirations, il faut bien réaliser que la politique internationale est un sujet d'ordre totalement secondaire : les plus favorisés ne se font guère d'illusion sur la nature du régime et rêvent avant toute chose de quitter le pays, alors que les plus défavorisés se préoccupent avant tout d'avoir suffisamment de nourriture au quotidien.
 Jeunes filles à Ispahan. Notez encore une fois le nez opéré.
 Jeunes à Ispahan. Remarquez les looks : de la veste en cuire et lunettes de soleil genre macho au pull à capuche de rapeur en passant par le chapeau de cow-boy.
Autrement dit, la jeunesse iranienne ne semble pas hostile dans les faits à l'égard de l'Occident, au contraire. Même parmi ceux qui défendent le régime, il apparaît assez facilement que le discours est avant tout rhétorique et ne répond en rien à une véritable obédience idéologique mais plutôt à la sauvegarde d'un intérêt personnel. Il en est ainsi pour de nombreux Bassidjis qui défendent leur position par les avantages qu'elle leur apporte : salaire, pouvoir, facilités pour entrer à l'université, service militaire raccourci, ... Aussi, bien que les mots émanant de leur bouche puissent prendre partie pour le régime, il est tout à fait possible que ce discours se tienne autour d'un fast-food à l'américaine avec un Coca sur la table et avec en fond sonore un CD reprenant les derniers titres de Lady Gaga ou de Britney Spears... Il importe de comprendre que beaucoup de jeunes présents à ces manifestations n'y sont pas par choix mais par obligation. Il en va ainsi pour de nombreuses manifestations pro-régime en Iran : le clergé, la police, les militaires et les fonctionnaires sont systématiquement présent, ce qui suffit déjà en soi à donner une impression de foule nécessaire à l'illusion d'une assise populaire... Sans compter les plus démunis que l'on apporte par bus en échange de sandwichs et d'une faible somme d'argent.
Une jeune étudiante, encore avec un nez opéré, sur la grand place d'Ispahan.
Non, la jeunesse iranienne n'est pas si différentes de la nôtre : elles partagent les mêmes modes en de nombreux domaines et aspirent aux mêmes rêves, à savoir la possibilité de connaître un bel avenir dans un monde sans contraintes injustifiées.
Jeunes filles jouant au volley-ball sur la grand place d'Ispahan.

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