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mardi 14 septembre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 1ère partie

Voici la première partie d'une analyse, bien que synthétique, que je vous propose, et se rapportant à la géopolitique du plateau iranien.

Si l’Iran suscite une telle activité politique et diplomatique de la part de la communauté internationale autour de son programme nucléaire, c’est essentiellement du fait de sa géographie. Les répercussions, les craintes et les enjeux d’un Iran nucléarisé ne seraient pas les mêmes dans le cadre d’une structuration différente de son espace national et régional. Le plateau iranien présente en effet plusieurs caractéristiques qui contribuent à le poser en enjeu géopolitique majeur, intéressant au premier plan les grandes puissances et les puissances émergentes. Une analyse comparative des mécanismes de gestion des questions nucléaires iranienne et coréenne en fournit par ailleurs une bonne illustration. Alors que la Corée du Nord est parvenue dès 2006 à se hisser dans le club très fermé des puissances nucléaires, devenant ainsi détentrice d’une réelle capacité de menace, la gestion de la crise engendrée par ses activités proliférantes se cantonne à un cadre relativement régional, où interviennent la Chine, la Corée du Sud, le Japon, la Russie et les Etats-Unis. La question nucléaire iranienne suscite quant à elle un intérêt de portée plus mondiale comme en témoigne sa gestion par la communauté internationale où interviennent les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité ainsi que l’Allemagne et, tout récemment, le Brésil et la Turquie. Or pour l’heure, l’Iran n’étant pas encore pourvu d’une capacité nucléaire militaire, le pays ne représente en soi aucune menace atomique réelle. Ses progrès et son attitude ambigüe quant à sa politique nucléaire le posent en revanche en menace potentielle aux yeux de nombreux acteurs internationaux [1]. C’est donc au nom du principe de précaution que les grandes puissances s’investissent aujourd’hui aussi assidûment dans la résolution de la question iranienne. Nous pouvons par ailleurs remarquer qu’à l’inverse du cas nord-coréen, aucune puissance régionale ne s’est jamais directement investie dans la gestion de la crise, à l’exception très récente d’Ankara ; Israéliens et Saoudiens préférant passer par l’intermédiaire de leur partenaire américain sur lequel ils peuvent compter pour défendre leur point de vue dans ce dossier particulièrement crisogène.

Cette importance géopolitique du territoire iranien peut aisément être démontrée si nous analysons ce dernier au regard des trois critères spatiaux que sont sa dimension, sa position et sa configuration [2].


La dimension de l’Iran.

D’une superficie de 1 648 000 km² – soit approximativement trois fois la France et quatre fois l’Irak – et forte d’une population d’environ 74 millions d’habitants , la République islamique occupe une place centrale dans l’espace géographique regroupant le Moyen-Orient, le Caucase, l’Asie centrale et l’Asie du sud. Bordé au nord par la Mer Caspienne et au sud par le Golfe Persique et le Golfe d’Oman, l’Iran présente de nombreuses frontières terrestres – à l’ouest avec l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Turquie et l’Irak ; à l’Est avec le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan – mais aussi maritime – au nord avec le Turkménistan et l’Azerbaïdjan ; au sud avec l’Arabie Saoudite, Bahreïn, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le sultanat d’Oman. Situé face à la péninsule arabique et au Golfe Arabo-persique [3], qui représente 1880 km de sa façade maritime , l’Iran borde le détroit d’Ormuz, lequel constitue un goulot d’étranglement sur l’une des principales routes maritimes existantes depuis plus d’un millénaire. Un simple regard sur une carte de la région suffit par ailleurs à nous faire prendre conscience que, de par ses dimensions, l’Iran représente un acteur majeur de son environnement.

 L'Iran et son voisinage.

[1] La notion d’ « acteur international » faisant l’objet de différentes typologie, nous nous cantonneront, dans le cadre de cette analyse, à la considérer au sens de l’approche réaliste des relations internationales, et à ne considérer comme acteur du système international que les seuls Etats souverains.

[2] Voir à ce sujet : DE WILDE D’ESTMAEL T., DUBOIS C., L’espace, « force profonde » de la politique étrangère, in ROOSENS C. (dir.), ROSOUX V. (dir.), DE WILDE D’ESTMAEL T.(dir.), La politique étrangère. Le modèle classique à l’épreuve, Bruxelles, Peter Lang, 2004, p. 299 – 309.
  
[3] La dénomination du Golfe est un sujet de discorde entre l’Iran et ses voisins arabes. Téhéran revendique le vocable de « Golfe Persique » alors que les pays arabes – Arabie Saoudite en tête – évoquent quant à eux la région sous l’appellation de « Golfe Arabique ». Les autorités iraniennes sont coutumières des déclarations visant à rappeler l’appellation historique du Golfe qui découle de l’héritage laissé par la civilisation perse, comme en témoignent les propos tenus le 29 avril 2009 par Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême de la révolution islamique pour les affaires internationales : « le Golfe Persique sera toujours persique et gardera l’appellation de persique. ». Voir à ce propos : IRNA, « Un conseiller du guide suprême : « le Golfe Persique sera toujours persique.» », 29 avril 2009.


A suivre très prochainement.

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