lundi 2 août 2010

Etats-Unis - Iran : pourquoi un face à face Obama - Ahmadinejad n'est-il pas envisageable ?


Lors d'un discours retransmis à la télévision d'Etat, le président Ahmadinejad s'est dit prêt, en marge de la prochaine Assemblée générale des Nations-Unies, à entamer un dialogue d'homme à homme avec le président américain Barack Obama.

A lire certains commentaires de citoyens de s'intéressant que marginalement aux relations internationales sur les forums de plusieurs grands quotidiens, cette initiative serait une bonne idée et permettrait de déchiffrer une fois pour toute les intentions de chacun... Autre commentaire récurrent : "Les Etats-Unis refuseront car ils ne cherchent pas à négocier, ils veulent seulement bombarder l'Iran".

 Or, ce genre de raisonnement est quelque peu simpliste et correspond assez bien aux réactions qu'entend susciter le régime des Mollahs au travers de cette proposition.

Un dialogue face à face entre les deux présidents n'est en effet pas envisageable côté américain et ce, pour plusieurs raisons, qui découlent avant tout des contraintes imposées par la réalité des relations internationales :


  1. Une telle démarche donnerait un coup de légitimité internationale et contribuerait au prestige de l'Iran et du président Ahmadinejad, dont la réélection en juin 2009 reste contestée. L'Iran est aujourd'hui perçu aux Etats-Unis comme une des plus importantes menaces contre la sécurité nationale en raison de son programme nucléaire et les deux pays n'entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1979.

  2. Il faut aussi tenir compte des réactions que susciterait une rencontre entre les deux hommes auprès des alliés de l'Amérique au Moyen-Orient. Saoudiens et Israéliens percevraient cela comme un aveu de faiblesse de la part de l'Amérique et ici encore, il serait question de légitimité accordée à l'Iran et à ses ambitions régionales.

  3. Troisième facteur : la réaction des ennemis de l'Amérique. Des régimes comme la Birmanie, le Soudan ou le Venezuela pourrait alors considérer que si l'Iran est arrivé à un dialogue bilatéral au plus haut niveau en tenant tête à Washington, cette politique pourrait également leur être bénéfique. Or, les Etats-Unis se doivent de conserver une image forte sur la scène internationale, en vertu de leur statut de première puissance mondiale. Le facteur "image" est important en relations internationales : on a que la puissance que l'on nous accorde. D'où l'intérêt de paraître fort et de ne pas céder.

  4. Enfin, sur le plan de la politique intérieure, Barack Obama est également soumis à des contraintes. S'il avait bien annoncé  lors de sa campagne qu'il discuterait directement avec les ennemis de l'Amérique, cette reprise se devait d'être progressive. Or, aucune amélioration substantielle n'a été réalisée depuis son investiture sur la question nucléaire iranienne. Au contraire, l'Iran a commencé à produire de l'uranium enrichi à 20 % (environ 20 kg à ce jour) et le poids des puissances traditionnellement impliquées dans la gestion du dossier nucléaire iranien s'est vu effrité par l'arrivée récente du Brésil et de la Turquie dans cette affaire (en référence à l'accord de Téhéran du 17 mai dernier). Alors que nous ne sommes qu'à quelques mois des élections législatives américaines, Barack Obama ne pourrait que difficilement se permettre un entretien - aux résultats plus qu'incertains - avec M. Ahmadinejad. Cela ferait en effet les choux gras de l'opposition républicaine qui dénonce depuis le début la politique de la main tendue du président Obama, l'accusant d'affaiblir le poids de l'Amérique sur la scène internationale (on retombe donc encore une fois sur le lien entre puissance et image).

  5. Quels seraient les résultats matériels  d'une telle rencontre sur de la question nucléaire ? Probablement nul. Pourquoi ? Parce que l'Iran a toute l'opportunité de dialoguer sur cette question au travers des mécanismes existants. Autrement dit, l'objectif du régime des Mollahs ne serait pas ici de faire avancer les négociations mais bien de renforcer son image en profitant d'une vitrine incomparable pour rejeter la faute du blocage actuel sur les épaules des Etats-Unis et, plus largement, de l'Occident.
En résumé, une telle rencontre amoindrirait l'image, la puissance perçue et la légitimité des Etats-Unis, alors qu'elle renforcerait ces mêmes facteurs du côté iranien. Les relations internationales étant principalement de l'ordre du rapport de force (et surtout dans le cas iranien), pareil rencontre apparaît pour l'heure totalement inenvisageable côté américain.

2 commentaires:

  1. Ai trouvé ce papier sur le sujet:

    http://kenweinstein.blog.lemonde.fr/2010/08/04/les-menaces-a-lencontre-de-liran-se-font-elles-plus-pressantes/

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  2. Bonjour,
    Je découvre votre blog,avec votre analyse très claire et argumentée de la proposition iranienne.
    Félicitations...Il est bon de rappeler,( même si on le déplore), que les rapports de force sont omniprésents dans les relations internationales ...J'espère que le président américain est maintenant convaincu, que la "main tendu" à des régimes semblables est perte de temps...
    On s'est souvent trompé au sujet du régime des Mollah...Il y a 20 ans, tout les commentateurs donnaient, six mois, tout au plus, au régime islamique...Plus récemment, après les élections, certains commentaient "en direct" la fin du régime !
    En fait ce régime assez dictatorial est très fort, et la crédibilité des américains risque bientôt d'être mise à l'épreuve, car la "solution négociée" m'a toujours semblé assez utopique.

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