jeudi 8 juillet 2010

Nucléaire iranien : une petite synthèse des faits - 1ère partie


Depuis maintenant huit ans, la question nucléaire iranienne occupe régulièrement le devant de la scène internationale. Initié par le régime du Shah en 1974, le programme nucléaire iranien prévoyait alors la construction d’une vingtaine de centrale – avec l’assistance de l’Allemagne, de la France et des Etats-Unis – devant palier aux besoins énergétiques du pays tout en lui permettant de préserver ses réserves pétrolières dont sa santé économique est tributaire. Avec la révolution islamique de 1979, le programme nucléaire est dénoncé comme le symbole de la dépendance du pays à l’égard de l’Occident et se retrouve mis au pilori par le régime des Mollahs. Durant le conflit avec l’Irak, la république islamique relance son programme suite aux craintes suscitées par les activités nucléaires irakiennes et la menace potentielle d’une « bombe arabe ». Cependant par manque de moyens, le programme reste cantonné au stade de la recherche en laboratoire.

Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1990 que le nucléaire iranien renaîtra véritablement de ses cendres. La république islamique demande alors assistance à l’AIEA, en accord avec les dispositions du TNP. Cette initiative ne sera pas couronnée de succès, l’Iran se voyant octroyer une fin de non-recevoir de la part de ses anciens partenaires occidentaux. La république islamique se tourne alors vers la Chine et la Russie. Avec Pékin, Téhéran entreprend un partenariat visant à la coopération scientifique dans le domaine du nucléaire. Dans ce cadre, des chercheurs iraniens sont envoyés en Chine et Pékin finance la construction d’un centre de recherche nucléaire à Ispahan. La coopération sino-iranienne prend officiellement fin en 1997, suite aux pressions américaines. En 1995, la république islamique signe un accord avec la Russie pour l’achèvement de la centrale de Busher, dont le chantier, initié sous l’ère du Shah, était originalement attribué à une société allemande. Prévue en 1999, la mise en service de la centrale de Busher a perpétuellement été remise à plus tard, officiellement pour des raisons techniques. Il apparaît cependant fort probable qu’un tel retard, supérieur à 10 ans, ne soit lié à des pressions émanant de Washington. L’accord signé avec la Russie stipule notamment que Moscou sera responsable de l’ensemble du cycle du combustible sur le site de Busher ; depuis sa fabrication jusqu’à son retraitement. Selon les dernières déclarations des responsables russes et iraniens, le site de Busher devrait officiellement être mis en service au cours de l’été 2010. L’ensemble de ces opérations s’est déroulé et se déroule toujours sous l’égide de l’AIEA, en concordance avec les obligations de l’Iran au regard du TNP. Elles constituent donc le volet « public » du programme nucléaire iranien ; du moins jusqu’en 2002.

En 2002, l’organisation Moudjahidine du peuple, mouvement de résistance au régime iranien, révèle l’existence en Iran d’activités nucléaires non déclarées auprès de l’AIEA. Ces activités portent essentiellement sur des recherches liées à l’enrichissement de l’uranium ; technologie duale dont la maîtrise peut conduire à la fabrication d’armes nucléaires. Ce qui est ici illégal au regard des engagements internationaux pris par le régime de Téhéran, c’est bien l’action de dissimulation et non l’action d’enrichissement elle-même. Son secret dévoilé, l’Iran accepte de répondre aux questions de l’AIEA, sans toutefois convaincre sur le fond de ses intentions. Des zones d’ombres subsistent et Téhéran se montre souvent évasif, ce qui n’encourage pas la levée des doutes. Téhéran justifie son attitude passée par la nécessité de mettre la communauté internationale devant le fait accompli ; arguant que l’Occident n’aurait jamais laissé la république islamique développer un programme d’enrichissement endogène s’il en avait proclamé ouvertement la volonté. La communauté internationale prend alors conscience que la république islamique a dissimulé certaines de ses activités nucléaires pendant 18 années. Le caractère secret de ces activités conjugué à la sensibilité entourant la maîtrise de l’enrichissement d’uranium conduit la communauté internationale, occidentaux en tête, à soupçonner l’existence d’un volet militaire au programme nucléaire iranien. L’inquiétude est d’autant plus grande que parallèlement à ses activités clandestines, la république islamique a entamé fin des années 1990 un vaste programme de recherche dans le domaine des missiles balistiques. S’engage alors un bras de fer diplomatique entre les puissances occidentales et le régime des Mollahs ; bras de fer qui à ce jour, n’a toujours pas trouvé son épilogue.

Pour Téhéran, la volonté de développer un programme nucléaire ne répond officiellement qu’à des impératifs économiques et énergétiques. Cet argument, même s’il peut sembler paradoxal pour un pays possédant les 2èmes réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, cadre pourtant parfaitement avec sa situation énergétique et économique actuelle. En effet, 40% de la production iranienne en hydrocarbure est destinée au marché intérieur et la production d’électricité en dépend à 93%. L’Iran est en outre devenu importateur de pétrole raffiné suite à ses manquements infrastructurels. Aujourd’hui, les exportations d’hydrocarbures représentent plus de 60% des recettes et environ 30% du budget de l’Etat ; tandis que la demande intérieure en énergie a augmenté de 8 à 10% par an au cours de la dernière décennie. Certains analystes prévoient par ailleurs la fin des exportations iraniennes en pétrole aux alentours de 2014-2015 si aucun investissement significatif ne vient augmenter la capacité de production du pays. Face à ce tableau, l’argumentaire iranien prêchant la diversification énergétique afin de garantir les exportations d’hydrocarbures et la survie économique de l’Etat paraît tout à fait rationnel. Cependant, les experts s’accordent sur le fait que l’Iran ne ferait réellement des économies que dans la mesure où il déciderait de développer son industrie nucléaire civile tout en achetant son combustible nucléaire à l’étranger. En effet, il apparaît que la volonté de développer une industrie d’enrichissement endogène représente un véritable gouffre financier pour la république islamique. Même si l’argumentaire économique est ici battu en brèche par certains experts, Téhéran persiste et signe, affirmant que ses progrès technologiques couplés aux développements futurs de son industrie nucléaire lui permettront de réaliser des économies d’échelle. De plus, l’Iran affirme n’avoir aucune confiance dans les pays fournisseurs d’uranium enrichi, défendant sa position par le besoin naturel et inhérent à chaque Etat d’assurer sa sécurité énergétique. Vus d’Occident, ces doutes sur la rentabilité d’un programme nucléaire civil totalement autonome ne font qu’accroître les suspicions sur l’objectif réel du programme des Mollahs.

Un autre facteur intervient cependant dans la volonté iranienne d’arriver à la maîtrise de l’atome : la recherche du prestige et par extension, de la puissance. La classe politique iranienne tient traditionnellement un discours très nationaliste dans lequel la revendication de la république islamique en tant que puissance régionale présente un caractère itératif. La maîtrise complète de la technologie nucléaire, même seulement de sa composante civile, galvaniserait ce discours nationaliste et servirait à affirmer la puissance régionale de la république islamique ; elle qui tente de s’imposer comme « la » puissance régionale en lieu et place de l’Arabie Saoudite.

A suivre ...

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