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samedi 12 juin 2010

Il y a un an : la réélection de M. Ahmadinejad

C'était il y a un an jour pour jour : M. Ahmadinejad remportait l'élection présidentielle avec 62 % des voix devant son grand rival, Mir Hossein Moussavi, crédité pour sa part de 33 % des intentions de vote.

Cette réélection allait plonger le pays dans une période de contestation sociale inédite depuis l'avènement de la révolution de 1979. Pendant 7 mois, les manifestations vont se succéder ; Mir Hossein Moussavi, Mehdi Karoubi et l'ancien président M. Khatami devenant de facto les leaders de cette dynamique populaire, ce "mouvement vert", qui finira par s'essouffler quelque peu suite à la répression violente des manifestations de l'Ashoura, le 27 décembre dernier.

Un an après, que retenir de ces évènements ?

Tout d'abord, la mobilisation massive du peuple iranien démontre bien que sous l'hétérogénéité de la population (à peine plus de 50 % des iraniens étant ethniquement persan), se cache une réelle société civile qui aspire au respect de ses droits constitutionnels. La composition des foules protestataires a également démontré les frustrations d'une population extrêmement jeune, plus de 50 % des iraniens ayant moins de 30 ans, face à un pouvoir et plus particulièrement face à un régime politique loin de répondre à ses aspirations profondes. Avec une inflation galopante et une soif de libertés lourdement réprimée, les préoccupations des jeunes sont tournées vers l'économique et les libertés sociales et individuelles. La rhétorique anti-occidentale ne mobilise plus aussi efficacement qu'autrefois. Dans les quartiers aisés du nord de Téhéran, l'Occident attire de plus en plus de jeunes lassés de l'islame politique. Enfin, une étude plus dynamique du mouvement vert nous apprend qu'au fur et à mesure que la répression s'est radicalisée, le profil des manifestants s'est parallèlement élargi. Des électeurs ayant voté pour Ahmadinejad se ralliant à la cause protestataire par rejet de la violence du pouvoir en place.

Ces évènements ont aussi démontré le soutien idéologique dont joui l'actuel président iranien auprès des Gardiens de la révolution et des Bassidjis dont la côte de popularité n'a cessé de baisser en république islamique. Ainsi, les dernières évaluations démontrent aujourd'hui que les jeunes iraniens optent de plus en plus pour l'armée régulière (le service militaire étant obligatoire en Iran) en lieu et place de l'armée idéologique, auréolée autrefois d'une certaine notoriété élitiste. Autre évolution, la rupture entre une branche importante de la base populaire et les fondamentaux du régime. Pour la première fois en 30 ans, les rues ont raisonné de slogans hostiles au Guide suprême, symbole du régime islamique et garant du régime. Dans les faits, on a pu constater les peines du pouvoir pour mobiliser ses supporters dans les grands centres urbains du pays. Des centaines de cars ont ainsi été mobilisés à de maintes occasions, amenant les iraniens de la campagne, traditionnellement plus conservateurs, afin de remplir les gradins lors des discours du président iraniens. Dans certains cas, les interventions présidentielles ont même été ponctuées de quelques slogans - certes isolés dans la foule de supporters - hostiles envers le pouvoir en place. Notons également les dissensions au sein du clergé chiite où certaines voix se sont élevées, à l'instar de feu l'ayatollah Hossein Ali Montazeri, pour dénoncer le régime qualifié d'illégitime. Nous pouvons aussi retenir qu'au plus fort des manifestations, certains hauts chefs de l'armée régulière avaient fait part de leur intention de refuser tout ordre leur intimant de tirer sur la foule. Comment en aurait-il pu être autrement d'ailleurs, lorsque l'on se souvient que c'est la violence des militaires à l'encontre de la population iranienne qui fut le déclencheur des évènements qui allaient aboutir à la révolution islamique.

Si le calme est aujourd'hui revenu, il reste très relatif. Dans les faits, la situation s'est détériorée. Les journaux et les mouvements d'opposition ont connu une répression brutale et sont soumis à une censure sévère. Les leaders du mouvement vert sont harcelés et menacés, parfois de manière indirecte au travers de leurs proches et de leur famille. De manière générale, la liberté d'expression s'est sérieusement dégradée au cours de l'année écoulée. Des professeurs universitaires hostiles à la gestion de la crise ont été limogés et la composante conservatrice du régime a renforcé sa main mise sur tous les aspects du pouvoir.

L'avenir ne s'annonce pas plus glorieux. Victimes d'une véritable chasse aux sorcières à l'intérieur de l'appareil d'Etat, les leaders de l'opposition sont accusés de trahison et de complaisance avec les ennemis de l'islam et du pays : les occidentaux. Ces accusations sont essentiellement de l'ordre de la propagande, Moussavi, Karoubi et Khatami étant eux-mêmes des "enfants" de la révolution. Ils font partie du système mais souhaitent le réformer. Ayant senti le déphasage entre le régime actuel et les aspirations populaires, ils ont cerné le besoin d'adaptions que nécessite la pérennité de la république islamique. En refusant de faire preuve de lucidité, les conservateurs au pouvoir ne semblent pas réaliser qu'ils s'exposent à terme à une véritable implosion populaire.

Il reste que les prochaines élections ne s'annoncent pas favorables à une quelconque évolution. Décrédibilisée au sein de l'Etat, l'opposition réformiste, déjà hétéroclite à sa base, se verra vraisemblablement refuser toute candidature sérieuse par le Conseil des gardiens. Cet organe du pouvoir, en charge d'avaliser les candidatures, veillera scrupuleusement à ce qu'aucune ombre ne vienne ternir le "succès" des conservateurs. Le souvenir des manifestations post-électorales du 12 juin restera longtemps dans les mémoires du pouvoir qui ne sera pas prêt à s'exposer de si tôt à pareille aventure. Sans candidat sérieux et face à la censure du régime, l'opposition ne parviendra sans doute pas à mobiliser massivement les iraniens dans les urnes, laissant le champ libre aux radicaux.

Mais les iraniens sont un peuple fier et courageux comme ils ont su le démontrer au cours de leurs protestations. Si ces dernières ont connu une baisse en intensité au cours de ces derniers mois, il n'en est rien pour le sentiment de mécontentement. Moins visibles dans nos journeaux télévisés, la protestation n'en est pas moins toujours présente en Iran. Aussi, il semble bien difficile d'affirmer avec certitude quel avenir ce peuple réserve à terme au régime des Mollahs.

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