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jeudi 6 mai 2010

Selon Tsahal, l'Iran serait technologiquement capable de produire une bombe atomique... Vraiment ?

"Plus aucun obstacle technologique n'empêche l'Iran de créer une bombe atomique et son acquisition du statut de puissance nucléaire ne dépend désormais que d'une décision politique", a affirmé le général Yossi Baidatz, a rapporté mercredi le service de presse de l'Armée de défense d'Israël.
"Si auparavant l'entrée de l'Iran en possession de l'arme nucléaire se heurtait à des barrières technologiques, aujourd'hui la mise au point d'une bombe atomique par les Iraniens ne dépend que de leur propre décision", a déclaré le général de brigade, chef du Département de la recherche des Renseignements militaires, invité à prendre la parole devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.
Par ailleurs, il a confirmé l'information des médias selon laquelle la Syrie avait récemment livré des missiles de longue portée au mouvement libanais Hezbollah, ce qui contredit les résolutions appropriées du Conseil de sécurité de l'Onu.
Selon le général, "ce transfert (de missiles) n'est que le sommet de l'iceberg".
Mais pour ce qui est du programme nucléaire iranien, bien que les doutes sur sa "nature pacifique" soient plus que permis, rien ne permet de dire que l'Iran dispose dès aujourd'hui de la capacité de produire rapidement une arme atomique :
L'Iran a certes prouvé depuis février dernier qu'il était capable d'enrichir de l'uranium à 20%, taux reconnu par l'AIEA comme la ligne rouge entre les activités civiles et les activités militaires. Mais cet enrichissement ne se fait qu'à une vitesse très faible puisque l'Iran n'a produit jusqu'ici qu'approximativement 5kg d'Ur à 20% selon l'AIEA ; alors qu'en comparaison, sa capacité de production d'Ur encrichi à 3,5% se situe à environ 80kg par mois. Or, la progression vers une capacité d'enrichissement à 90%, nécessaire pour la fabrication de la bombe, se voit confronter à des obstacles techniques dont la difficulté croît de manière exponentielle. Ainsi est-il plus difficile par exemple de passer d'un taux d'enrichissement de 20 à 30% que d'un taux d'enrichissement de 10 à 20%. On imagine dès lors les progrès scientifiques que la république islamique a encore à réaliser avant d'être capable de produire un uranium hautement enrichit à 90% et ce, à un rythme industriel. Oui la république islamique progresse dans le domaine de l'enrichissement, oui sa technologie s'améliore d'année en année, mais elle ne progresse pas si vite qu'elle le prétend comme l'a récemment signalé Robert Gates.
En ce qui concerne les aspects techniques du programme nucléaire iranien, je conseille aux lecteurs de se plonger dans les nombreux rapports rédigés par l'Institute For Science and International Security (ISIS), dont les écrits font référence en la matière. Ainsi y apprend-on que si l'Iran désire réellement la bombe, l'Iran finira vraisemblablement par l'avoir car le know-how acquis par ses scientifiques semble désormais suffisant que pour les conduire vers la réalisation effective d'une arme nucléaire. Cependant, l'ISIS précise que le chemin à parcourir est encore long et qu'outre la technologie de l'enrichissement, l'Iran devrait également maîtriser tout le procédé de mise à feu ainsi que la technologie de la miniaturisation nécessaire au couplage de l'arme nucléaire avec la technologie balistique. Or, cette technologie est décrite comme tout aussi complexe que la mise au point de la bombe elle-même... Il semble donc encore rester du temps avant de voir l'Iran parvenir à la réalisation d'une bombe fonctionnelle et plus encore, d'un missile balistique à tête nucléaire.
Mais de combien de temps s'agit-il ? C'est là que les déclarations israéliennes et autres sont intéressantes. En 2002, on parlait de 2005. En 2005, on évoquait 2008, année durant laquelle on annonçait la bombe des mollahs pour 2011. Or aujourd'hui, les estimations varient selon les services de renseignements mais se comprennent dans une fourchette allant de 2013 à 2018...
Les déclarations annonçant l'avènement prochain de la bombe iranienne ne sont donc pas nouvelles et bien que les "erreurs de pronostics" se soient accumulées jusqu'ici, il ne faut pas oublier que le régime des mollahs a été soumis à une pression sans cesse croissante de la part des puissances occidentales et de la communauté internationale dans son ensemble ; se retrouvant ainsi au premier plan dans la ligne de mire de l'AIEA. Il est n'est pas à exclure que cette mise forcée sous les projecteurs ait contraint l'Iran à la prudence, le forçant à ralentir son programme nucléaire militaire pour autant que son programme comporte un tel volet.
Quoiqu'il en soit, il convient donc d'accueillir avec prudence les affirmations d'Israël pour qui la perception de la question nucléaire iranienne passe par la mise en danger de sa propre survie ; la menace imminente d'un Iran nucléaire pouvant justifier aux yeux des faucons la mise sur pied d'une frappe préventive... Dans le même temps, il convient de se montrer tout aussi prudent vis-à-vis des déclarations iraniennes proclamant la bonne foi de Téhéran, tant les éléments douteux à charge de la république islamique abondent dans ce dossier. On dit qu'entre deux extrêmes, la vérité se trouve bien souvent au milieu... Qui sait ?
Il ressort en tout cas que l'Iran ne dispose pas aujourd'hui de la maitrise technologique suffisante pour produire une arme atomique. Mais à la question "Peut-il l'acquérir dans un avenir relativement proche ?" la réponse semble clairement "oui" ; reste à définir ce que représente un "avenir relativement proche"...

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