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mardi 4 mai 2010

Conférence sur l'examen du TNP : le discours "diplomatique" de M. Ahmadinejad

La conférence sur l'examen du traité de non-prolifération nucléaire s'est ouverte hier à New-York, au siège des Nations-Unies et doit durer jusqu'au 28 mai. L'objectif de cette conférence est de faire le point sur le régime de non-prolifération, de tenter de dégager de nouvelles mesures visant à le rendre plus efficace, de rallier de nouveaux membres au traité et enfin, de discuter des défis en matière de prolifération auxquels la communauté internationale est aujourd'hui confrontée.
Dans ce dernier domaine, outre la Corée du Nord, l'Iran occupe la première place sur l'agenda de l'administration Obama. La question nucléaire iranienne, qualifiée par les Etats-Unis de plus grave menace actuelle pour la communauté internationale et comparée par Hillary Clinton à la crise des missiles cubains se trouve actuellement dans une nouvelle phase avec les négociations entourant la recherche d'un compromis sur l'élaboration d'une nouvelle résolution du CSNU visant à imposer à la république islamique une nouvelle série de sanctions.
Hier, à l'ouverture de la conférence, M. Ahmadinejad a été le seul chef d'Etat à intervenir à la tribune onusienne, les autres pays étant représentés par leur ministre des affaires étrangères ou par des hauts diplomates. L'Iran voulait ainsi "marquer le coup" en attaquant ouvertement, à la plus grande tribune que puisse offrir un sommet international, l'attitude des puissances occidentales, laquelle est jugée "impérialiste" par Téhéran.
Dénonçant l'utilisation d'armes atomiques par les Etats-Unis contre le Japon en 1945 et invitant les grandes puissances à s'engager sérieusement sur le chemin d'un désarmement nucléaire global comme les y invite le TNP, M. Ahmadinejad a rappelé le droit de son pays à l'énergie atomique, arguant que l'Iran ne recherchait la maîtrise de l'atome qu'à des fins pacifiques. Le président iranien n'a pas mâcher ses mots à l'encontre de Washington, accusant l'administration Obama de "menacer le monde" avec ses armes nucléaires, faisant ainsi référence à la nouvelle doctrine nucléaire américaine qui stipule la possibilité de recourir à l'arsenal atomique contre des pays ne tenant pas leurs engagements internationaux en matière de non-prolifération, ce dont l'Iran est accusé par les puissances occidentales. Selon M. Ahmadinejad, il serait aussi "naïf et irrationnel de croire à une initiative volontaire efficace de désarmement" des puissances nucléaires, faisant ainsi allusion au nouveau traité Start signé entre les Etats-Unis et la Russie. "Un couteau ne tranche jamais son propre manche", a-t-il affirmé, citant un proverbe iranien. Le président iranien s'en est ensuite pris virulemment à Israël, dénonçant le régime de "deux poids, deux mesures" dont jouit selon lui l'Etat hébreu.
Le discours du président iranien à également été marqué par le boycott de plusieurs délégations parmi lesquelles se trouvent les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Maroc.
Les Etats-Unis ont réagit à se discours, Hillary Clinton dénonçant les diatribes du président iranien comme des accusations "éculées, fausses et délirantes". Les Etats-Unis ont également jugés que ce comportement était "prévisible" et destiné à faire "diversion" alors que l'Iran estime aujourd'hui ne pas avoir à gagner la confiance des grandes puissances pour exploiter son droit à l'énergie nucléaire.
Cette passe d'armes donne le ton de l'attitude diplomatique iranienne au cours de cette conférence qui ne se cantonne pas à la question iranienne. Le régime de non-prolifération avait échoué à se renouveler lors de la conférence de révision de 2005 mais l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle administration américaine, le discours de Prague du président Obama et la signature du traité Start 3 entre Washington et Moscou ont éveillé un nouvel espoir chez les partisans du désarmement.
Il reste que pour beaucoup d'observateurs, le scénario d'un Iran nucléaire mettrait à mal le régime de non-prolifération et illustrerait plus encore que le cas nord-coréen l'échec du TNP. Beaucoup estiment en effet que pareil cas de figure entraînerait une course aux armements dans la région du Moyen-Orient.
Malgré les déclarations de la république islamique appelant à un Moyen-Orient exempt d'armes nucléaires, hypothèse irréaliste pour Israël qui trouve ici le soutien de Washington, Téhéran ne convainc pas la communauté internationale de ses intentions pacifiques. Il faut dire que les éléments à charge ne manquent pas ; ainsi peut-on s'interroger par exemple sur les besoins de l'Iran de développer un programme d'enrichissement endogène si conséquent alors que le pays ne dispose pour le moment d'aucune centrale en activité et que la seule en chantier (Busher), censée rentrer en service cet été, est construite par la Russie qui devra également s'y occuper de tout le cycle du combustible depuis sa fabrication jusqu'à son recyclage...

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