vendredi 5 mars 2010

Refroidissement Etats-Unis - Turquie : une bonne affaire pour l'Iran


L'adoption par la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants d'une résolution dans laquelle figure le terme "génocide" pour désigner le massacre des arméniens de 1915 a jeté un froid dans les relations turco-américaine. Ce refroidissement intervient dans un contexte politique particulier marqué par la dégradation de la relation singulière qu'entretient la Turquie avec l'Etat d'Israël (pour rappel la Turquie a refusé il y a quelques mois la participation de Tsahal à des manœuvres militaires de l'Alliance atlantique devant se dérouler sur son territoire) et la recherche par les occidentaux du ralliement de suffisamment de partisans favorables à l'adoption par le CSNU de nouvelles sanctions à l'encontre de l'Iran.
Il n'est pas inutile de rappeler que la prise de pouvoir de l'AKP en Turquie (élections en novembre 2002 et entrée en fonction de Recep Tayyip Erdoğan en mars 2003) se déroula dans le même temps que la mise en lumière des éléments clandestins du programme nucléaire iranienne. Or, depuis sa prise de fonction, le nouveau gouvernement turc a toujours adopté une attitude conciliante avec le régime des Mollahs, souvent en opposition à la posture des autres Etats membres de l'OTAN. Tayyip Erdoğan s'est ainsi fait le défenseur du programme nucléaire "civil" iranien, a multiplié les visites officielles à Téhéran, a proposé que la Turquie serve d'intermédiaire dans les négociations entre l'Iran et les puissances, et à même été jusqu'à accuser les occidentaux de saboter les efforts diplomatiques (à plusieurs reprises, au cours de ses 3 derniers mois).
Mais ce qu'il faut retenir, c'est que la Turquie occupe surtout et avant tout un siège de membre non-permanent au CSNU pour l'année 2010. Or si nouvelles sanctions il doit y avoir, une majorité de 9 membres sur 15 sera nécessaire aux partisans de l'approche coercitive visant à faire plier Téhéran. A l'heure où la Chine s'oppose à cette optique (pour le moment) ainsi que le Brésil (lui aussi membre non permanent du CSNU en 2010), le refroidissement des relations entre Washington et Ankara fait les choux gras de Téhéran. Bien qu'il ne soit pas exclu que la Turquie finissent par voter de nouvelles sanctions, celles-ci seront fort sévèrement conditionnées et leurs élaborations pourraient s'en trouver retarder, excluant leur mise en place à très court terme, comme le suggérait Hillary Clinton la semaine dernière en annonçant un délai de deux mois... Le processus de négociations au sein du CSNU est un processus complexe dont les séances publiques ne constituent que la partie émergée de l'iceberg. En décembre 2009 déjà, des responsables et diplomates américains évoquaient des sanctions pour février 2010...
Mais au long terme, rien ne permet d'affirmer que cette résolution aura des conséquences significatives sur les relations turco-américaines. Les protestations turques sur la question arménienne sont avant tout un exercice bien rôdé qui s'inscrit dans la rhétorique "obligée" d'Ankara (la Turquie a ainsi lourdement invectivé la France, une première fois en 2001, suite à l'adoption par le parlement français d'une résolution stipulant que "la France reconnait publiquement le génocide arménien de 1915" et une deuxième fois en 2006, après que l'Assemblée nationale ait adopté une proposition de loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien). Ce comportement de la Turquie peut par exemple être mis en parallèle avec l'attitude chinoise sur le Dalaï Lama. Il n'empêche que ces événements risquent quand même de compliquer l'adoption de sanctions par le CSNU dans un futur proche.

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