dimanche 21 mars 2010

Nucléaire iranien : les positions russes et américaines ne sont pas incompatibles

Je souhaiterais aujourd'hui réagir suite à un article paru cette semaine dans Le Figaro et intitulé Coup de froid diplomatique entre Moscou et Washington. L'auteur y rapporte l'évolution des rapports russo-américains en parallèle à la question iranienne. Pour ce dernier, la volonté russe de maintenir la mise en fonction de la centrale de Busher dès cet été constitue un camouflet pour l'administration Obama.
A mon sens, l'analyse proposée est erronée : le titre est trop extrême et le contenu en lui même simplifie la réalité. D'une certaine manière, les Occidentaux sont aujourd'hui "bien heureux" de la présence russe en Iran (bien que cela n'ait pas toujours été le cas) car cela leur permet d'avoir "un oeil dans la place". De plus, Bushehr est une centrale inoffensive : son combustible ne peut être fabriqué que par les russes et il est impossible aux iraniens de le détourner à des fins militaires. Au cours de ces trois dernier mois, les responsables russes ont à plusieurs reprises répété qu'ils tiendraient leurs engagements v-à-v de l'Iran sans susciter une quelconque réaction des Occidentaux. Cela n'a pas non plus empêché les russes de dénoncer l'attitude du régime des Mollahs et de se déclarer prêt à de nouvelles sanctions. Dans le même temps, Moscou et Washington continuent à avancer vers un nouveau traité START.
La réalité est que les russes ne peuvent pas revenir sur leurs engagements : les USA ont besoin de la confiance iranienne en la Russie pour un éventuel échange de combustible avec cette dernière sur la question du RRT (Réacteur de recherche de Téhéran). Bien que ce scénario, initié en octobre dernier, semble aujourd'hui en mauvaise voie, l'administration Obama a cependant rappelé (à l'occasion des voeux du président américain pour le nouvel an iranien) qu'elle restait sur la table et, la semaine dernière, Téhéran s'est déclaré ouvert pour la première fois à la possibilité d'un échange combustible/uranium en une seule étape comme le réclament les Occidentaux depuis la reprise des discussions à 7 (voir : Nucléaire iranien : vers une ouverture de Téhéran ? ). La confiance entre Téhéran est Moscou est donc primordiale et celle-ci a déjà été écornée par le retard pris dans la livraison par Moscou du fameux système de défense de missiles sol-air S-300. De plus un nouveau "retard pour raisons techniques" de la mise ne oeuvre de la centrale n'est pas encore exclu : celle-ci devait déjà être mise en service l'année dernière et, en décembre 2009, on évoquait le mois de mars ou d'avril 2010. Sanctionner l'Iran au travers de la centrale de Busherh serait peut-être bien un moyen de pressions efficace dans la mesure où le pays serait fortement touché (le gouvernement iranien attend avec impatience sa mise en fonction tant la situation énergétique iranienne laisse à desirer) mais cela ne ferait qu'alimenter la réthorique du régime selon laquelle l'Iran est victime d'un injustice au regard de son droit "inaliénable" au nucléaire civil (Cfr. TNP). La Russie risquerait quant à elle d'apparaitre comme une caisse de résonnance des intérêts américains, ce que Moscou ne peut bien sur pas tolérer. Et c'est justement là toute la subtilité du jeu diplomatique : s'accorder à la position américaine pour de nouvelles sanctions tout en apparaissant indépendant et en mettant en paralèlle ce dossier avec d'autres (START ?). 
La relation russo-américaine ne se réduit pas à la question iranienne, bien que celle-ci en fassent bien sur partie dans la mesure ou l'opposition/coordination des deux administrations sur le dossier peut à l'occasion servir de baromètre. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit de porter la question devant le CSNU, la difficulté de la démarche et les tractations nécessaires mettant plus en avant la réalité des différentes positions sur le sujet.
Pour ce qui est de la réaction d'Hillary Clinton, le poids des mots à toute son importance, spécialement en langage diplomatique. "Nous jugeons prématuré, pour l'instant, la poursuite de tout projet (nucléaire civil en Iran), car nous voulons envoyer un message sans équivoque aux Iraniens". Juger prématuré ne signifie pas "dénoncer", "regretter" et encore moins "condamner". Cette déclaration devait être faite mais elle n'a pas de poids réel et ne révèle pas non un réel antagonisme quant aux positions russes et américaines sur la question nucléaire iranienne. Il est vrai que la déclaration de monsieur Poutine survient alors qu' Hillary Clinton effectue une visite à Moscou mais selon moi, elle doit être mise en parallèle avec les déclarations du président Obama et des responsables iraniens. Il importe en effet de tenir compte de l'ensemble des informations interférant dans ce dossier et de ne pas se cantonner à un seul aspect au risque de se retrouver prisonnier d'un raisonnement réducteur. Sans pour autant être totalement sur la même longueur d'onde, les stratégies de Moscou et Washington restent compatibles et les iraniens sont aujourd'hui bien conscients que la Chine reste désormais le principal contrepoids au clan des sanctions au CSNU.

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