mercredi 10 mars 2010

La doctrine défensive iranienne ou quand le développement balistique s'inscrit dans la logique de conflits asymétriques

L'Iran a lancé ce dimanche 7 mars la production d'un nouveau missile antinavires à courte portée, baptisé Nasr-1 (victoire) capable de "détruire des cibles de 3 000 tonnes", a indiqué le ministre de la défense iranien Ahmad Vahidi. Téhéran, menacé de nouvelles sanctions internationales mais également de frappes militaires israéliennes contre son programme nucléaire, a multiplié ces dernières semaines les annonces sur la mise au point et la fabrication de nouveaux missiles.
M. Vahidi a inauguré début février, à l'occasion du 31e anniversaire de la Révolution, les sites de productions d'un missile sol-air anti-hélicoptères baptisé Qaem et d'un missile antichar à "double tête" baptisé Toufan. Téhéran a également affirmé avoir mis au point un missile sol-air capable de détruire les hélicoptères d'attaque américains Apache, ainsi qu'un système anti-missile présenté comme offrant les mêmes performances que le système russe S-300, acheté par Téhéran mais dont Moscou retarde la livraison depuis plusieurs mois.
Ces annonces interviennent alors que les Etats-Unis ont renforcé ces dernières semaines leur arsenal antimissiles dans le Golfe afin de parer à une éventuelle attaque iranienne, suscitant de vives critiques à Téhéran. L'Iran a également confirmé ses capacités balistiques, qui inquiètent elles aussi la communauté internationale, en lançant début février une fusée Kavoshgar-3 qui a largué une capsule "expérimentale" transportant des animaux vivants. En décembre, Téhéran avait procédé à un tir d'une "version améliorée" de son missile à moyenne portée Sejil-2, capable selon les dirigeants iraniens d'atteindre Israël mais également les principaux voisins de l'Iran.
Les Etats-Unis et surtout Israël, menacé régulièrement de destruction par Téhéran, n'ont jamais exclu des frappes contre l'Iran pour mettre un frein aux programmes nucléaires et balistiques iraniens.
L'hypothèse d'une action militaire contre les sites nucléaires iraniens a été à nouveau évoquée début février par le ministre israélien des Affaires stratégiques Moshé Yaalon.
La défense iranienne souffrant d'un retard qualitatif conséquent par rapport aux autres puissances du Golfe et à l'armée des Etats-Unis, le développement de capacités balistiques endogènes répond à un besoin dissuasif dans une logique du faible au fort dans le cadre de conflits asymétriques. L'avantage de l'ingénierie balistique réside dans le fait que les missiles, qu'ils soient sol-sol, sol-mer ou sol-air comme c'est essentiellement le cas en Iran, présentent de faibles coûts de production et permettent donc de palier à moindre frais aux manquements de la force aérienne iranienne. Les missiles ne nécessitent pas d'entretien, pas de pièces de rechange et ils sont facilement et rapidement productibles une fois la technologie adéquate maîtrisée. L'effet psychologie de la maîtrise balistique est également important et induit une image de puissance auprès des Etats tiers. De plus, les missiles balistiques sol-sol de moyenne et longue portée permettent à l'Iran de combler le retard qualitatif de son appareil de défense dans la mesure où ils peuvent potentiellement être équipés de charges chimiques, biologiques et le cas échéant, nuclaire.
A titre d'exemple, rappelons que la dissuasion iranienne passe inévitablement par le détroit d'Ormuz : la république islamique a ainsi cherché depuis des années (depuis la fin de la guerre avec l'Irak) à consolider sa capacité de nuisance sur le transit maritime régional dont la fluidité répond aux intérêts stratégiques de Washington... La maîtrise des îles de la petite Tomb, de la Grande Tomb, de Qeshm et d'Abbou Moussa fournit à l'Iran un point d'ancrage important dans sa volonté de développer une capacité de nuisance potentielle sur le transit pétrolier dans le Golfe. Dans un monde industrialisé où croissance économique va encore principalement de pair avec consommation énergétique, le pétrole apparaît désormais comme la richesse du monde. Et comme le remarquait déjà W. Raleigh à la fin du 16ème siècle : "Qui tient la mer, tient le commerce du monde, tient la richesse du monde : qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même". Or aujourd'hui, bien que l'Iran ne tienne bien sur pas la mer du monde, il possède néanmoins la capacité d'en contrôler (il faut bien réaliser que même un contrôle limité dans le temps et partiel aurait des répercussions lourdes sur l'approvisionnement pétrolier mondial) l'un des principaux Choke Point.

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