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jeudi 11 mars 2010

Chassé-croisé irano-américain à Kaboul (Marie-France Calle - Le Figaro)

Le secrétaire d'État américain à la Défense rencontrait ce lundi Hamid Karzaï. Le président iranien pourrait lui succéder demain.

En arrivant ce lundi à Kaboul à la première heure, Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, était porteur de trois messages. L'un à l'adresse des troupes de la coalition et afghanes ; le deuxième à l'intention du président afghan, Hamid Karzaï ; le troisième, enfin, s'adressait à Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien. Les deux hommes auraient pu se croiser à Kaboul. Cela n'aurait pas manqué de sel, mais aurait probablement fort embarrassé Hamid Karzaï.
Dimanche, l'agence de presse semi-officielle Mehr, avait annoncé que le président iranien se rendrait en Afghanistan «lundi pour une visite d'une journée à l'invitation de son homologue afghan». Ahmadinejad devait s'entretenir en tête-à-tête avec Karzaï. Et, croyait savoir - ou voulait faire croire - Mehr, cette première rencontre entre les deux présidents depuis leur réélection l'an dernier, avait pour but de développer les relations bilatérales entre les deux pays. Surtout, les deux chefs d'État devaient discuter «des solutions visant à régler le problème afghan». L'Iran et l'Afghanistan ont une longue frontière commune. Et bien des affinités, culturelles et historiques.
Mais ce lundi, point d'Ahmadinejad à Kaboul. Dans la soirée, alors que tout le monde attendait des précisions sur le déroulement du voyage, un porte-parole de la présidence à Téhéran démentait qu'une visite ait été programmée. De fait, elle pourrait avoir lieu demain. Mais cette fois, aucune information n'a filtré, ni à Kaboul ni à Téhéran. Robert Gates et Mahmoud Ahmadinejad n'ont pas eu besoin de se croiser pour faire la preuve de la détérioration grandissante des relations entre Téhéran et Washington. L'Afghanistan est une pomme de discorde supplémentaire. Et pas des moindres.

«Double jeu»

Ce lundi , Robert Gates a accusé l'Iran de se livrer à un «double jeu» en Afghanistan. Courtisant, d'un côté, le gouvernement de Kaboul, tout en sapant les efforts des États-Unis et de l'Otan en prêtant main-forte aux talibans, a-t-il dit. «Bien qu'ils (les Iraniens) fournissent des moyens financiers ou un soutien, même de faible intensité (aux insurgés), ils savent que s'ils deviennent plus agressifs, notre réaction sera au-delà de ce qu'ils peuvent imaginer», a déclaré Gates. Jamais menace n'avait été aussi précise. À Washington, le Pentagone s'est empressé d'étouffer l'incendie en déclarant que ces propos ne visaient que d'éventuelles réactions américaines aux agissements iraniens en Afghanistan. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, n'a pas été en reste. «J'accuse les États-Unis et la Grande-Bretagne et leurs forces en Afghanistan et au Pakistan d'encourager le terrorisme dans la région», a-t-il lancé de Téhéran.
En fait, l'Iran a toujours été hostile aux talibans. Bien avant le 11 septembre 2001. Téhéran n'a jamais oublié qu'en août 1998, dix diplomates en poste au consulat iranien à Mazar-e-Charif (nord de l'Afghanistan) et un journaliste iranien ont été sauvagement tués par les talibans qui venaient de s'emparer de la ville. Sunnites, les talibans faisaient alors la chasse à la minorité chiite hazara en Afghanistan, et des milliers d'Hazaras ont été massacrés ce jour-là dans la région de Mazar-e-Charif. Mais l'Iran demande aussi avec insistance le retrait des troupes de l'Otan d'Afghanistan. Et Washington est persuadé que, depuis plusieurs années, l'Iran arme et entraîne des insurgés. Enfin, comme le souligne Paul Rogers, professeur en sciences politiques à l'université de Bradford en Grande-Bretagne, «beaucoup de réfugiés afghans, qui ont passé plusieurs années en Iran, ont conservé des liens étroits avec les talibans. Une fois rentrés en Afghanistan, un grand nombre d'entre eux ont choisi ou se sont laissé convaincre de rejoindre les rangs des insurgés».

«Nous avons des temps difficiles devant nous»

Le message de Robert Gates à ses troupes était clair, lui aussi : le plus dur est à venir. «Sans aucun doute, il y a une évolution positive, mais je dirais qu'il est encore trop tôt pour se prononcer», a mis en garde le chef du Pentagone. Ajoutant : «Je crains que les gens ne deviennent trop impatients et croient que la situation est meilleure qu'elle ne l'est. Nous avons des temps difficiles devant nous.» Les troupes de la coalition et les forces afghanes devraient lancer cet été une offensive à Kandahar, le bastion traditionnel des talibans. Ce sera l'heure de vérité, jugent les analystes.
Enfin, Gates devait faire avec Karzaï le point sur le processus de réconciliation avec les talibans. Le président afghan a prévu une grande réunion au printemps à cet effet. Mais avec quels talibans ? Il ne l'a pas encore spécifié.

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