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mercredi 17 février 2010

Nucléaire iranien : la Russie hausse le ton et retarde la livraison de S-300 à destination de Téhéran


C'est une tendance qui se confirme : les russes ont aujourd'hui rejoint les occidentaux dans la logique des sanctions visant à faire fléchir le régime des Mollahs sur son programme controversé d'enrichissement d'uranium endogène. Pendant longtemps, les russes se sont présentés, à l'instar des autorités chinoises, comme les plus fervents défenseurs du dialogue et les plus sceptiques quant à la pertinence d'une politique de sanctions. Désormais, le contexte a évolué. Certes Moscou vient bien, au travers de sa nouvelle doctrine de défense, de réitérer sa défiance à l'égard de l'Otan qu'il y qualifie de principale menace pour sa sécurité, mais d'autre part, nous assistons de facto à un réchauffement des relations russo-américaines sur la question iranienne. La réorganisation (encore une ...) du projet de système ABM et les pourparlers relatifs à l'élaboration d'un nouveau traité de désarmement nucléaire n'y sont peut-être pas étrangers.
Ainsi, dès novembre 2009, en marge du Forum de coopération Asie-Pacifique (Apec) qui s'est tenu à Singapour, les présidents russe et américain ont affiché leur convergence de vue sur la situation iranienne : dans la mesure où la république islamique ferait traîner les négociations sans aucun résultat tangible, la porte s'entrouvrait pour de nouvelles sanctions. Après la déclaration américano-russe concernant l'Iran à l'occasion du sommet du G 8 qui s'est tenu à Pittsburgh en septembre dernier, la Russie a, à nouveau, brandi la menace de mesures coercitives. Pour l'anecdote, cette tendance se fait également sentir pour l'observateur soucieux de suivre l'actualité iranienne au travers des médias officiels du régime des Mollahs: alors qu'autrefois ces derniers se faisaient l'écho des déclarations russes prônant la négociation, le durcissement opéré par Moscou ne fait pas la une des agences de presse officielles...
Dernièrement, la décision annoncée par le président M. Ahmadinejad de lancer la production d'uranium à un taux d'enrichissement de 20% a suscité un profond agacement à Moscou. Ainsi, Andreï Nesterenko, le porte-parole de la diplomatie russe, a déclaré le 9 février dernier que cette décision ne faisait qu'aggraver les doutes sur la sincérité de l'Iran quant à ses intentions de dissiper les préoccupations de la communauté internationale face à son programme nucléaire. Ce lundi 15 février, alors que le premier ministre israélien effectue par ailleurs une visite à Moscou, le président russe a réitéré sa position, déclarant que l'Iran pourrait être frappé de sanctions internationales s'il ne garantissait pas le caractère pacifique de son programme nucléaire. Moscou s'est également déclaré "inquiet", arguant que rien ne justifie la politique iranienne d'enrichissement actuelle. La Russie a une nouvelle fois appelé Téhéran au compromis, remettant sur la table des négociations les propositions formulées par le groupe des 5+1 et prévoyant l'envoie vers la Russie de quelques 1200 kg d'uranium sur les 1500 kg dont dispose la république islamique afin de les y conditionner en combustible pour le RRT (réacteur de recherche de Téhéran).
Autrefois dénoncée pour son laxisme dans le dossier nucléaire iranien et particulièrement pour son implication dans la construction de la centrale de Busher (actuellement en période de test, cette dernière devrait entrer en fonction d'ici mars-avril 2010), la Russie apparaît aujourd'hui comme "un homme dans la place" avec lequel Téhéran entretient des relations moins conflictuelles qu'avec les occidentaux. Ces derniers espèrent bien user de son influence pour tenter de faire fléchir le régime des Mollahs, dans l'hypothèse ou cela serait encore possible.
A noter également que la Russie a annoncé ce mercredi le report dû à des "problèmes techniques" de la livraison à l'Iran de systèmes antimissile S-300. "Le retard s'explique par des problèmes techniques. Les livraisons seront effectuées dès qu'ils seront résolus", a déclaré le directeur adjoint du service russe pour la coopération militaro-technique Alexandre Fomine. Les pays occidentaux et Israël demandent depuis des mois à la Russie de renoncer à livrer ces systèmes controversés à l'Iran, malgré le contrat liant les deux pays à ce sujet. Faut-il voir dans ce nouveau retard une quelconque corrélation avec le climat particulièrement tendu de ces derniers jours ? Après l'annonce du début des opérations d'enrichissement à 20% sur le site de Natanz (la procédure d'enrichissement a officiellement débuté le mardi 9 février), M. Ahamadinejad a annoncé que de nouvelles centrifugeuses, 5 fois plus performantes, allaient y être installées. Il a également déclaré que le premier lot de combustible venait d'être produit, allégation fort peu crédible selon les experts et responsables occidentaux.
Il convient enfin de souligner cette déclaration d'Ali Akbar Salehi, le chef de l'Organisation iranienne de l'Energie atomique (OIEA), survenue jeudi dernier :"Nous n'avons pas de problèmes avec l'enrichissement. Nous pouvons enrichir notre uranium à 100%... Nous en avons cette possibilité. Mais nous n'avons pas l'intention de le faire si on ne nous y oblige pas", a indiqué M.Salehi à une agence occidentale. Cette dernière phrase est lourde de sens dans la mesure où un taux d'enrichissement proche de 100% n'a d'autre application qu'une utilisation militaire et que la république islamique s'est toujours officiellement déclarée hostile aux armes atomiques, arguant que pareil arsenal était contraire aux principes islamiques... Il s'agit par ailleurs de la première fois qu'un responsable iranien sous-entend que l'Iran pourrait procéder à un enrichissement en vue de la fabrication d'une arme atomique en cas de nécessité, le discours officiel s'étant jusqu'à présent contenter de réitéré l'obsolescence des armes nucléaires et leur non-nécessité pour la défense du territoire national iranien.
Si Moscou ne semble plus réfractaire à l'optique de nouvelles sanctions, la grande inconnue de ce scénario reste cependant l'attitude de Pékin - partenaire privilégié de Téhéran - dont le vote au CSNU sera déterminant. A suivre donc...


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