mardi 23 février 2010

Nabucco : un projet dans l'impasse ?

Le projet de gazoduc Nabucco s'est retrouvé dans l'impasse, faute de gaz pour le remplir, a estimé mardi le politologue allemand Alexander Rahr dans une interview à l'agence azerbaïdjanaise 1news. "Le projet Nabucco s'est complètement fourvoyé dans l'impasse, la Russie ayant réussi à convaincre plusieurs pays balkaniques à rejoindre le projet South Stream. Des négociations sur South Stream sont aussi menées avec beaucoup de succès entre la Turquie et la Russie", a indiqué M.Rahr. Et d'ajouter que des changements intervenant actuellement au sein de l'administration ukrainienne montraient que Kiev était disposé à attirer des compagnies russes en Ukraine. "Les Turkmènes vendent la quasi totalité de leur gaz soit en Russie soit en Chine de sorte que seul le gaz azerbaïdjanais reste pour le gazoduc Nabucco", a poursuivi l'expert. "Pourtant, l'Azerbaïdjan vend à présent de grands volumes de gaz directement à la Russie ou à l'Iran. Ainsi, il n'y a tout simplement plus de gaz pour Nabucco", a-t-il dit. Selon le politologue, l'Occident espère pouvoir remplir Nabucco par le gaz irakien. "Mais la situation en Irak est instable, et on ignore s'il y a là suffisamment de gaz pour le marché européen", a ajouté M.Rahr. "Quoi qu'il en soit, c'est l'unique chance pour le projet Nabucco", a-t-il conclu. Le projet Nabucco est le prolongement du gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum. Promu par l'Union européenne, le pipeline doit permettre de transporter 20 à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel caspien tous les ans à partir de 2014, en contournant le territoire russe. Nabucco est en concurrence avec le projet de gazoduc russe South Stream, censé relier la Russie au sud de l'Europe en passant sous la mer Noire, ce qui permettra de contourner les pays de transit traditionnels (Ukraine).
Cette analyse ne tient cependant pas compte du gaz iranien, lequel constitue la seconde plus grande réserve au monde après la Russie et devant le Qatar. Cependant, la participation de l'Iran au projet Nabucco divise les 27 et supposerait une normalisation des relations entre l'UE et Téhéran en vue d'investissements massifs pour moderniser les infrastructures et les capacités de productions iraniennes ; ces dernières souffrant de manquements consécutifs aus sanctions internationales. Un tel scénario ne saurait être envisageable dans le contexte de tension actuel, la participation iranienne au projet Nabucco étant implicitement jumelée à la solution diplomatique de la question nucléaire. Mais rien ne dit que ce scénario ne verra pas le jour à moyen à terme, en cas de réchauffement des relations entre les occidentaux et le régime des Mollahs. En outre, la Chine verrouille de plus en plus sa main mise sur les gisements iraniens en hydrocarbures. La peur de rester sur la touche pourrait pousser les européens à revoir leur politique de conditionnement des investissements économiques. Le pragmatisme l'emporterait alors, et ça ne serait pas la première fois dans l'histoire des relations internationales, sur l'idéalisme.

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