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jeudi 11 février 2010

La république islamique célèbre son 31ème anniversaire avec en toile de fond l'instabilité politique et sociale


Quel avenir pour la république islamique ? Dans le contexte actuel, la question apparaît on ne peut plus pertinente. Les éléments de réponse restent cependant insuffisants : trop de variables sont inquantifiables afin de déterminer avec certitude les rapports de force entre les différents mouvements en présence. Nonobstant cette incertitude, quelques traits se dégagent aujourd'hui de l'observation de la vie politique (et sociale) iranienne depuis les élections du 12 juin dernier.
L'Iran connaît un mouvement de protestation inédit depuis l'avènement de la république islamique. Initialement dirigée contre le résultat de l'élection présidentielle, la contestation s'est diversifiée et radicalisée. Pour le mouvement vert, le mot d'ordre officiel reste la protestation contre M. Ahmadinejad, mais s'y est greffée la revendication d'un renouveau islamique plus humaniste et une application juste de la constitution. Certains éléments radicaux sont également apparus dans la protestation populaire, s'en prenant directement au Guide suprême et à la nature islamique du régime. Face aux manifestations, ce dernier a opté pour la répression. Répression des manifestants, par l'intermédiaire des bassidjis et des tribunaux. Les contestataires ont aujourd'hui leurs martyrs. La jeune Neda et le neveu de Mir Hossein Moussavi en font partie. La répression touche également les figures de proue de la contestation. Leur personne est menacée, ainsi que leurs proches. Les intimidations sont récurrentes. Faut-il rappeler les tirs sur le véhicule de Mehdi Karoubi, la séquestration de Mir Hossein Moussavi dans son bureau et l'interruption violente du prêche de M. Khatami ? Leurs collaborateurs sont arrêtés, jugés, condamnés. Certains radicaux vont jusqu'à exiger leur comparution devant les tribunaux, arguant que ces ennemis du régime, ces traîtres, doivent être sévèrement châtiés. C'est oublier bien vite qu'ils sont eux-mêmes, avant et malgré tout, des pères du régime. Ils l'ont vu naître, évoluer, ou plus exactement, dériver. Ils ont occupé des postes comptant parmi les plus hautes instances de l'Etat. Mehdi Karoubi, l'ancien président du parlement. Mir Hossein Moussavi, le dernier premier ministre de la république. Mohammad Khatami, l'ancien président réformateur. Tous accusent le régime actuel de dérives autoritaires et de despotisme. Ils ne souhaitent pas renverser le régime mais le réformer. Conjuguer sa nature islamique avec la modernité à laquelle aspire une importante partie de la société civile iranienne. Les nombreuses célébrations, religieuses ou politiques, qui jalonnent la vie des iraniens, ont été autant d'occasion pour la population de manifester son soutien, à l'opposition verte, comme au Guide suprême et à M. Ahmadinejad. Chacune des parties est bien consciente de l'importance stratégique que représente l'appropriation de ces journées hautement symboliques. Les manifestations de l'Achoura, au mois de décembre dernier, ont été particulièrement violentes et ont illustré la réalité de la menace d'une césure définitive au sein de la population et entre celle-ci et le pouvoir en place. Face à cette menace que la répression n'a pas réussie à dissoudre, les uns appellent à encore plus de pression sur les figures de l’opposition, alors que d'autres, à l'instar d'Ali Larijani, le président du Majlis, conservateur opposé au président M. Ahmadinejad, en appellent à la réconciliation nationale. Mir Hossein Moussavi a pour sa part soumis au Guide un plan de sortie de crise en cinq points, lequel est jusqu'ici resté lettre morte. Ces dernières semaines, la pression a été si forte que les leaders de l'opposition ont adopté profil bas. Aucune manifestation d'envergure et aucun incident ne sont survenus au cours du mois de janvier. Il a deux semaines, Mehdi Karoubi annonçait reconnaître M. Ahmadinejad comme président. Beaucoup virent là une capitulation à la veille de la décade de l'Aube, les 10 jours marquant l'anniversaire de la révolution islamique. Cependant, c'était crier victoire trop vite. Quelques jours seulement après cette déclaration, M. Karoubi, rejoint par M. Moussavi, M. Khatami, mais également par les associations d'étudiants, les associations pour les droits des femmes et l'ensemble des autres mouvements réformateurs, appelait la population à manifester à l'occasion de l'anniversaire de la révolution, le 11 février. Ce jeudi, la république islamique fêtera son 31ème anniversaire dans un climat de tension inédit depuis son avènement. L'un comme l'autre, les deux camps vont tenter de s'approprier ce jour, symbole par excellence pour la légitimité du pouvoir. Quelle sera la mobilisation ? Quelle sera l'issue de cette journée ? Le mouvement vert va-t-il apparaître comme définitivement essoufflé ? Ses leaders seront-ils finalement inculpés ? Ce qui est sur, c'est que les bassidjis sont prêts à intervenir pour mater la protestation, soutenus dans cette démarche par le corps des Pasdaran. Demain, peut-être, la république islamique vivra un moment phare de son histoire, un tournant dans son évolution politique intérieure. Le mouvement réformateur et le régime en place peuvent tous deux en sortir ébranlés. Demain, nous aurons sans doute plus d'éléments de réponse à cette question : quel avenir pour la république islamique ?

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