mardi 12 janvier 2010

Les clivages internes au clan conservateur illustrent la césure de la classe politique iranienne

Un proche d'Ahmadinejad, ex-procureur de Téhéran, est accusé dans un rapport de la mort de plusieurs manifestants arrêtés en juillet.
Ce rapport issu d'une enquête parlementaire est sans appel. Présenté dimanche 10 janvier aux députés iraniens, majoritairement conservateurs, il accuse, preuves à l'appui, Saïd Mortazavi, l'ancien procureur de Téhéran, un fondamentaliste proche du président Ahmadinejad, d'être responsable de la mort sous la torture de trois manifestants antigouvernementaux
dans la prison de Karhizak, à la périphérie de Téhéran. «Bien que Mortazavi ait maintenu qu'Amir Javadifar, Mohsen Ruholamini et Mohammad Kamrani soient morts d'une méningite, des examens postmortem prouvent qu'ils sont décédés à la suite de mauvais traitements», précise le document.
L'affaire est explosive à double titre. D'abord, elle confirme la violence
de la répression des manifestations postélectorales. Ensuite, elle illustre les dissensions croissantes au sein du clan conservateur iranien, notamment à propos des méthodes utilisées pour museler les opposants. Aujourd'hui, le véritable rapport de force se joue du côté des fondamentalistes, entre les partisans d'un système autoritaire et répressif et ceux qui dénoncent la violence.
Désemparés par la détermination des protestataires qui manifestent leur colère depuis plus de six mois, certains ultras du régime brandissent, plus que jamais, l'arme de la force. «Nous punirons les fauteurs de troubles comme ils le méritent», déclarait récemment Sadegh Larijani, le chef du pouvoir judiciaire, en référence aux rassemblements antigouvernementaux de l'Ashoura, le 27 décembre dernier. Quelques jours plus tard, le quotidien ultraconservateur Keyhan publiait en une la photo de partisans du régime appelant à «pendre les perturbateurs». Un appel relayé, lors de la grande prière du vendredi, par plusieurs ayatollahs ultraconservateurs.
Mais ces méthodes sont loin de faire l'unanimité. Pire : elles s'avèrent contre-productives. Loin de faire taire les opposants - tentés, eux aussi, par une radicalisation -, elles renforcent les fractures au sein de la mouvance fondamentaliste, certains se disant soucieux des «dérives» du régime.
«Les deux côtés sombrent dans l'extrémisme. Jusqu'à quand et jusqu'où cette situation peut perdurer ?», s'alarmait dernièrement le quotidien pro-gouvernemental Jomhouri Eslami, en appelant à une «réconciliation nationale». La troisième chaîne de la télévision d'État vient, pour sa part, d'initier une série de débats où d'importantes figures conservatrices critiquent ouvertement la répression. Ces prises de position font écho à celle de Mohsen Rezaï, ex-chef des gardiens de la révolution, qui, la semaine dernière, insistait sur la nécessité de trouver un compromis. À la tête de Motalefeh, un parti fondamentaliste influent chez les commerçants du bazar, Assadolah Askaroladi est également sorti de sa réserve en suggérant que le pays «se retrouve autour du guide suprême Ali Khamenei pour élaborer des solutions».
Le message a-t-il été entendu ? Lors d'un discours, samedi, Khamenei a appelé les autorités à faire «leur devoir contre les corrompus et les émeutiers», tout en mettant en garde ses partisans contre des dérapages. «Tout doit se dérouler dans le cadre de la loi», a-t-il prévenu. Les observateurs de l'Iran y voient un avertissement adressé directement aux bassijis, les miliciens islamistes, et leurs acolytes, les gardiens de la révolution, principaux maîtres d'œuvre de la répression, dont les responsabilités accrues défient aujourd'hui celles du guide suprême en personne.
La déclaration quasi concomitante ce week-end du chef de la milice, Mohammad Reza Naghi, donne le ton de cette bataille qui se joue au sommet du pouvoir. «Nos gens attendent des services de renseignement et des organes sécuritaires et judiciaire qu'ils agissent (contre les opposants). S'ils sentent que ces devoirs ne sont pas tenus, ils s'en chargeront eux-mêmes.»

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