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lundi 25 janvier 2010

L'Iran et l'illusion du poids diplomatique

La république islamique est régulièrement assimilée à son isolement diplomatique au travers de la presse occidentale. Oui, il est vrai que l'Iran est isolé diplomatiquement, du moins vis-à-vis des puissances majeures de l'arène internationale. La Chine fait cependant figure d'exception. Sans parler d'alliance, terme qui serait de très loin exagéré, l'on peut sans aucune crainte affirmer qu'il existe aujourd'hui une convergence d'intérêts qui surpasse les idéologies antagonistes (régime communiste et théocratie) pour arriver à un partenariat privilégié et stratégique. La Russie, bien qu'elle entretienne certains rapports sectoriels étroits avec Téhéran (la construction de la centrale de Busher en constitue la preuve la plus évidente), se méfie du régime des Mollahs et semble aujourd'hui de plus en plus s'aligner sur les positions occidentales. Il apparaît d'ailleurs désormais que les Occidentaux sont aujourd'hui "bien heureux" de l'implication russe dans le programme nucléaire iranien, histoire d'avoir quand même quelqu'un dans la place. Mais soit... Téhéran est aujourd'hui (mis à part l'exception chinoise) diplomatiquement isolé des grands acteurs de ce monde, ce qui est paradoxal pour Etat revendiquant haut et fort son statut de puissance régionale. Et de fait, il est flagrant de constater à quel point les officiels iraniens tentent bon gré mal gré d'exister au travers de relations diplomatiques "secondaires". A cette fin, le continent africain représente une pièce de choix dans la stratégie iranienne et les visites d'officiels prennent toujours une place importante dans les annonces de la presse fidèle au régime. Il faut montrer au peuple que l'Iran est puissant et qu'il n'est pas isolé, tel est l'objectif. L'Iran se pose ici en frère compatissant, en Etat n'ayant jamais colonisé, et va même jusqu'à rappeler qu'à l'aube de sa déliquescence, l'empire Perse a suscité lui aussi l'appétit des puissances du 19ème et 20ème siècle. Bref, les officiels iraniens recherchent l'analogie historique afin de susciter la sympathie. L'effet psychologique est important et il est bilatéral. Il en va de même avec les Etats de l'Amérique du Sud. Dans les deux cas, la fréquence des visites diplomatiques parle d'elle même. Ainsi, en l'espace d'une semaine, le Guide suprême a rencontré le président Guyanais, Mahmoud Ahmadinejad s'est entretenu avec son homologue mauritanien et Ali Larijani, le président du Majlis (le parlement iranien), s'est entretenu avec son homologue sud-africain... Toutes ces rencontrent ont été bien évidemment allègrement relayées par les médias officiels iraniens comme des grandes réussites diplomatiques qui démontrent le leadership de la république islamique dans la lutte contre le néo-impérialisme occidental et l'échec des "puissances de l'arrogance" à isoler le régime des Mollahs. Mais en attendant, le peuple iranien ne tirerait-il pas plus grand bénéfice d'un rapprochement diplomatique et commercial avec Paris (comme sous la présidence de M. Khatami) plutôt qu'avec Khartoum ou La Paz ?

3 commentaires:

  1. Dans ce contexte, pourquoi la Russie (par la voix de RIA Novosti)présente-t-elle la Chine comme l'obstacle numéro 1 qui se dresse devant Téhéran pour l'adhésion plein et entière à l'OCS ?
    http://www.alterinfo.net/L-Iran-se-lance-a-l-assaut-de-l-OCS_a18194.html

    "Téhéran est passé maître dans l'art de la tactique. Sa demande officielle d'adhésion ne fait pas exception. Pour Moscou et Pékin (adversaire numéro un de l'Iran à l'OCS), principaux fondateurs et gardiens des principes de l'organisation, cette initiative iranienne est certainement un problème difficile, car une demande officielle implique une réponse officielle."

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  2. La réponse est toute simple et démontre à la fois le réalisme et le pragmatisme des relations internationales :-). En effet, la Chine est bien le premier opposant à l'adhésion pleine et entière de l'Iran à l'OCS. Mais la Chine est aussi le premier partenaire commercial de l'Iran : plus de 20% des importations iraniennes proviennent aujourd'hui de Chine et Pékin est en passe de devenir le premier client de Téhéran en ce qui concerne les exportations pétrolières. Alors en effet : pourquoi la Chine s'oppose-t-elle à l'adhésion iranienne ? Téhéran a déjà plusieurs fois essuyé le refus chinois (la dernière fois en septembre 2009) et ce, alors que Pékin était le premier à vouloir faire entrer l'Iran dans l'organisation avec le statut de membre observateur. Mais entre ce statut et celui de membre à part entière, il y a un pas que Pékin ne souhaite pas franchir : une institutionnalisation trop poussée de ses relations avec le régime des Mollahs risquerait de froisser son image auprès de ses partenaires occidentaux. Pékin a permis à l'Iran de faire un premier pas dans l'OCS ce qui constituait un message destiné aux américains : "On y a des intérêts, ne l'oubliez pas". Mais à l'heure ou la Chine souhaite améliorer son image sur la scène internationale (c'est réellement un objectif, le dernier livre blanc y fait référence et les JO de Pékin et l'exposition universelle de Shangaï s'inscrivent dans cette logique), une adhésion pleine et entière de l'Iran n'est pas envisageable dans le contexte actuel. Les intérêts chinois vis-à-vis des occidentaux sont beaucoup plus importants et l'Iran a plus besoin de la Chine que la Chine de l'Iran (ce qui explique que les iraniens continuent de sourire aux chinois lorsque ceux-ci leur claquent la porte). Mais c'est une très bonne question, j'espère y avoir répondu assez clairement. Si tel n'est pas le cas, j'ai justement rédigé une analyse sur les relations sino-iraniennes (qui reprend cette question) pour le compte de l'UCL qui devrait être disponible en ligne d'ici une à deux semaines. Le lien sera mis sur le blog.

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  3. Et il ne faut pas oublier non plus que la Chine est le principal opposant aux sanctions contre l'Iran via le CSNU. C'est également Pékin qui est le plus mauvais élève en matière d'application des sanctions déjà établies.

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