vendredi 15 janvier 2010

Iran : du nucléaire ? Mais pourquoi faire ?

Le débat sur la question nucléaire iranienne tourne aujourd'hui presque exclusivement autour des questions sécuritaires, la question juridique étant pour sa part rendue éminemment complexe suite à l'interprétation large que permet le droit international. Cependant, il n'est pas inutile de revenir aux bases de l'argumentaire iranien en faveur d'un programme nucléaire civil. Cet argumentaire ne manque en effet pas de rationalité et de bon sens, ce qui réduit bien évidemment la marge de manœuvre occidentale dans la mesure où les revendications iraniennes paraissent légitimes et logiques. Il ne s’agit pas ici de porter un quelconque jugement sur les aspects clandestins ou sur les aspects supposés militaires du programme iranien, mais bien d'en restituer la substance de base qui constitue le fondement du discours politique des Mollahs sur cette question des plus crisogènes. Pourquoi un Etat possédant les 4èmes réserves mondiales de pétrole et les deuxièmes réserves mondiales de gaz naturel aurait-il besoin d'un programme nucléaire civil ? Et bien il s'avère que le raisonnement iranien, basé sur la situation énergétique et économique actuelle du pays, tient en réalité fort bien la route...
Actuellement, pas moins de 40% de la production iranienne en hydrocarbure est destinée au marché intérieur et la production d’électricité en dépend à 93%. L’Iran est outre devenu importateur de pétrole raffiné suite à ses manquements infrastructurels. Le Financial Times a ainsi révélé, le 23 septembre, que l’Iran importait de Chine entre 30 000 et 40 000 barils de pétrole raffiné par jour ! Aujourd’hui, les exportations d’hydrocarbures représentent plus de 60% des recettes et environ 30% du budget de l’Etat alors que la demande intérieure en énergie à quant à elle augmenté de 8 à 10% par an au cours de la dernière décennie. Cette situation a d’ailleurs poussé l’Iran à devenir un pays importateur d’électricité comme en témoigne l’accord « gaz contre électricité » signé avec l’Arménie courant 2004. Ce dernier a abouti à la construction d’un gazoduc reliant les deux pays, les premières livraisons de gaz ayant commencé en mai 2009. Cet accord a notamment permis à l’Iran de s’immiscer dans le marché arménien qui était jusque là monopolisé parla Russie au travers de la société Arm Rosgazprom, filiale détenue à 80 % par le géant gazier russe Gazprom et à 20 % par le ministère arménien de l’Energie et des Ressources naturelles. La situation actuelles pourrait mener selon certains analystes à la fin des exportations iraniennes en pétrole aux alentours de 2014-2015 si aucun investissement significatif ne vient augmenter la capacité de production (voir à ce sujet : Stern R., "The Iranian petroleum crisis and United States national security", in PNAS, 2 janvier 2007, vol. 104, n°1, p. 377-382, http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.0603903104).
A la vue des faits, il saute aux yeux que l'Iran a besoin de ménager ses réserves en hydrocarbures et que la diversification des sources d'approvisionnement domestique constitue une démarche rationnelle pour un Etat soucieux de garantir sa sécurité énergétique et sa survie économique. Pour Téhéran, la question nucléaire est donc - officiellement - strictement cantonnée à son aspect énergétique.
Les questions sécuritaires peuvent quant à elles susciter diverses interprétations dans la mesure où elles se doivent d'être considérées au travers des différents prismes cognitifs des acteurs impliqués. Mais ces développements là, ça sera pour une autre fois :-).

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