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jeudi 23 décembre 2010

Quelques news d'Iran en vrac...


9 décembre : Selon une enquête publiée par l'agence de presse iranienne MEHR, 3.790.000 personnes sont inscrites dans les institutions universitaires de l'Iran. Le ratio homme/femme est à quasi égalité avec 49. 5 % de filles et 50. 5 % de garçons inscrites dans les universités. Il y a quelques années encore, au début des années 2000, les femmes étaient largement majoritaires dans les universités iraniennes.

13 décembre : M. Mottaki est limogé de son poste de MAE et remplacé par Ali Akbar Salehi, jusque là directeur de l'organisation iranienne de l'énergie atomique. Salehi, diplômé du MIT (USA), est considéré comme un pragmatique, partisan d'un accord avec l'Occident. Sa nomination a été qualifié d'initiative constructive par certains experts et médias occidents tandis que d'autres insistaient sur le fait que cette nomination renforce la main du président iranien sur la politique étrangère, M. Mottaki étant un proche du président du Majles, A. Larijani, rival du président iranien au sein de la famille politique conservatrice.

16 décembre : Selon le Jerusalem Post, les services de renseignement israéliens ont conclu que l'Iran avait réduit de plus de 40% son aide annuelle au Hezbollah, provoquant une crise au sein de cette puissante formation chiite libanaise. L'Iran fournissait au Hezbollah une aide militaire directe d'un milliard de dollars par an, les fonds servant à l'achat d'armement et l'entraînement, ajoute le journal.

19 décembre : Le nouveau plan budgétaire de la République islamique visant à réduire les subventions de l'Etat sur les produits de premières nécessité afin de les rapprocher des prix du marché a commencé à entrer en vigueur.

Avec ce plan, le prix de l'essence subventionné est multiplié par 4 et celui de l'essence non subventionné augmente de 75%. Le prix du quota de 60 litres d'essence par mois accordé à chaque automobiliste est désormais de 0,40 dollar, contre 0,10 dollar auparavant. Au-delà de ce quota, les automobilistes devront payer le litre d'essence 0,70 dollar au lieu de 0,40 dollar précédemment. Le prix du gazole est, lui, multiplié par 9, passant de 0,0165 dollar à 0,150 dollar.

Le gouvernement a précisé que le tarif du pain n'allait pas "augmenter pour le moment", mais une hausse pourrait intervenir dans les prochaines semaines.

Les prix de l'électricité, de l'eau et du gaz vont, de leur côté, être multipliés entre trois et cinq, selon un système par palier tenant compte de la consommation des ménages. "Ceux qui consommeront moins dépenseront moins", a déclaré Mohammad Reza Farzin, porte-parole du plan. Les subventions directes coûtent à l'Etat quelque 100 milliards de dollars par an, selon les estimations officielles. Le gouvernement a pris des mesures depuis plusieurs semaines pour éviter tout dérapage des prix. Ainsi, la municipalité de Téhéran a annoncé que le prix des transports publics n'allait pas augmenter. "Aucun incident n'a pas été signalé depuis l'annonce de l'application du plan", a déclaré le chef de la police de Téhéran, Hossein Sajedinia.

Pour compenser la hausse des prix, le gouvernement a reversé une partie des économies attendues sous forme d'aide directe à la population. Selon les chiffres officiels, quelque 60,5 millions d'Iraniens (sur 74 millions) reçoivent tous les deux mois 890.000 rials (89 dollars) sur leur compte bancaire, ce qui représente 2,5 milliards de dollars par mois pour le budget de l'Etat.


20 décembre : Ali Khamenei a déclaré que toutes les décisions du Tribunal spécial sur le Liban sera "nulle et non avenue". Pour rappel, le TSL est chargé d'identifié et juger les assassins de Rafic Hariri, ancien Premier ministre libanais tué en 2005 dans un attentat à Beyrouth. Le TSL a annoncé le 9 décembre qu'un acte d'accusation, au contenu confidentiel, serait déposé "très, très bientôt". Le Hezbollah, allié de Téhéran dans le conflit au P-O, subit aussi des pressions considérables à l'approche des conclusions du TSL qui pourrait accuser des membres du parti chiite.

mercredi 22 décembre 2010

Quelle stratégie iranienne pour Obama après les élections de mi-mandat ?


Suite aux résultats des élections de mi-mandat de novembre dernier, le président B. Obama a perdu sa confortable avance à la Chambre des représentants. Désormais, la composition de la Chambre est dominée par le Parti républicain avec 239 sièges contre 188 pour le Parti démocrate. Bien que les Démocrates conservent une légère avance au Sénat (avec 51 sièges contre 47), la situation sur le plan de la politique intérieure va désormais être difficile pour le président américain. Il suffit pour s'en convaincre de se remémorer la difficulté avec laquelle il a fait passer sa réforme de la santé alors qu'il disposait d'une avance confortable. Quels seraient dès lors les obstacles s'il désirait maintenant réformer le système financier ? Nul doute que la nouvelle majorité républicaine - bien qu'elle ne soit pas suffisante que pour bloquer le veto présidentiel - lui mettra des bâtons dans les roues au cours des années qui lui restent à la tête de la Maison Blanche. Il n'est ici pas inutile de rappeler que la discipline de vote ne constitue pas une particularité intrinsèque au système des partis américains. Aussi, aucune légifération d'importance ne peut désormais espérer être votée sans un compromis avec une partie des élus républicains.

Cette situation peu confortable n'est pas pour autant synonyme d'une défaite assurée au cours des prochaines élections présidentielles. Les cas des présidents Clinton et Reagan en constituent de bons exemples. Cependant, il ne fait aucun doute que s'il veut être réélu, le président Obama devra changer d'orientation.... En réalité, la campagne pour les élections présidentielles a déjà officieusement commencée dans les arcanes de Washington.

Une des options dont dispose B. Obama pour regagner du crédit auprès du peuple américain est de ne plus se focaliser sur la politique intérieure, mais bien sur la politique étrangère. En effet, même si sa marge de manœuvre se retrouve limitée dans le domaine de la politique domestique, le système institutionnel des Etats-Unis confère au Président une large autonomie dans le domaine de la politique étrangère. Or, pour la première puissance mondiale, le poids de la politique étrangère dans les processus électoraux s'avère être beaucoup plus important que pour le reste du monde. Entendons-nous bien : une campagne uniquement basée sur la politique étrangère équivaut à un suicide électoral et ne peut mener qu'à une défaite cinglante. En revanche, de grands succès sur la scène internationale confèrent au président une aura de commandant en chef à laquelle le peuple américain se montre particulièrement réceptif.

Si cette option s'avéra difficilement envisageable pour Clinton - difficile de trouver un adversaire à sa taille dans un monde unipolaire -, le président Reagan en usa largement. Le déploiement des Pershing II en Europe de l'Ouest lui permit de renforcer sa position et de s'affirmer auprès du centre de l'électorat. De son côté, Obama a face à lui suffisamment de défis pour chercher à s'illustrer sur la scène internationale : le conflit israélo-palestinien, les guerres en Irak et en Afghanistan, l'émergence de la Chine et de la Russie, le déclin militaire des alliés européen de Washington et bien entendu la question nucléaire iranienne. Cependant, le président Obama doit faire face à d'autres sortes de contraintes.

Premièrement, la population américaine est focalisée sur la situation économique. Aussi, s'il choisit de se consacrer à la politique étrangère et que la situation domestique ne s'améliore guère, il perdra fort probablement les prochaines élections présidentielles. Il doit parvenir à engendrer un important succès en matière de politique étrangère, ou du moins à donner l'impression d'occuper une place d'homme fort sur les questions relatives à la sécurité intérieure, tout en profitant d'un renouveau économique qui lui permettra de décrédibiliser les Républicains.

Deuxièmement, B. Obama a toujours axé sa vision en matière de politique étrangère (y compris durant la campagne présidentielle) sur le principe d'accommodation au lieu de suivre une logique de confrontation (exception faite de l'Afghanistan où il s'est montré particulièrement déterminé). Il risque donc de s'exposer aux attaques des Républicains qui pourraient qualifier son action d'opportuniste. Celle-ci doit donc être crédible, répondre à un besoin légitime et surtout, être couronnée de succès !

Si nous prenons la peine de passer les challenges qui s'offrent à lui en revue, nous constatons que le président Obama n'a en réalité pas beaucoup le choix. Il lui serait difficile de renvoyer des troupes en Irak et d'en retarder le retrait, tout comme il lui serait difficile d'en envoyer encore plus en Afghanistan alors que le départ des troupes de l'OTAN est prévu pour 2014. Il courrait alors le risque d'être comparé au président Johnson, donnant l'impression d'envoyer des soldats se battre en masse mais sans un plan précis et efficace. B. Obama pourrait également intensifier l'action des Etats-Unis au Pakistan mais le succès d'un tel choix s'avère plus qu'incertain. De plus, il n'est pas sur qu'Islamabad accepte un interventionnisme accru de la part de Washington sur son territoire.

Ne parlons même pas du conflit palestinien qui dans les circonstances actuelles semble particulièrement enrayé.

Si la Russie et la Chine constitue des challengers de poids pour les Etats-Unis, leur menace n'est pas ressentie comme présentant un caractère d'urgence ou dramatique par la population américaine. Focaliser l'attention de la politique étrangère de Washington sur ces problématiques ne s'avérerait donc pas assez pertinent. Il en va de même pour le renforcement des capacités militaires des alliés européens. De même, étant donné la conjoncture politique actuelle sur le vieux continent, il est fort peu probable que les Etats-Unis parviennent à convaincre leurs alliés de la nécessité d'augmenter leurs budgets de défense.

La situation en Corée du Nord s'avère beaucoup plus critique mais les Etats-Unis sont ici limités dans leur possibilité de mener une action militaire par les mécanismes de dissuasion nucléaire. De plus, le régime nord-coréen est perçu comme pragmatique et menant avant tout une politique garantissant sa survie. Dès lors, Pyongyang n'est pas perçue comme la menace la plus urgente pour la sécurité des Etats-Unis dans la mesure où sa conduite s'avère relativement rationnelle. La voie diplomatique pour résoudre la crise coréenne apparaît comme la solution la plus plausible depuis Washington, même s'il est fort probable que les Etats-Unis ne braderont pas la sécurité de leurs alliés (Corée du Sud, Japon) et interviendront dès lors de manière musclée si les circonstances l'imposent. Washington privilégie donc le statu quo, en attendant de parvenir à atténuer les tensions par le recourt à la diplomatie.

Il reste donc l'Iran. Il est vrai que ce défit apparaît comme légitime auprès de l'opinion publique. Pour rappel, un sondage réalisé par CNN en octobre 2009 indique que 84 % des américains sont convaincus que Téhéran cherche à fabriquer des armes de destruction massive. De ce même sondage, il ressort que 54 % des américains sont en faveurs d'une intervention militaire contre le régime des Mollahs. Il est vrai que ce sondage date d'il y a plus d'un an, mais les évènements qui sont survenus depuis n'ont en rien contribué à améliorer l'image de l'Iran auprès des Américains. Téhéran a ainsi refusé l'offre la plus généreuse que Washington lui ait proposée. M. Ahmadinejad a annoncé la construction de 10 nouveaux sites d'enrichissement (toujours au stade projet, c'est essentiellement rhétorique mais ça n'améliore en rien le climat pour des négociations), a accusé les Etats-Unis d'être responsable de toutes les attaques terroristes à travers le monde et il a même été jusqu'à embrasser la théorie du complot sur les attentats du 11 septembre...

Côté républicain, on se plaint de la faiblesse du président Obama face à Téhéran et on lui reproche son inertie face au militantisme islamique. Côté démocrate, l'Iran apparaît comme un habitué en matière de violation des droits de l'homme, particulièrement depuis la répression qui a suivie l'élection présidentielle de juin 2009. L'Arabie Saoudite, principal allié de Washington et par conséquent, premier rival géopolitique de l'Iran dans la région du Golfe, attend de la part des Etats-Unis une attitude ferme et ne souhaite pas se contenter de la livraison pour10 milliards de dollars de systèmes d'arme sur les 10 prochaines années. Si les européens sont hostiles à l'Iran, ils n'en restent pas moins de farouches opposants à toute escalade susceptible de nuire à leur approvisionnement en pétrole.

Depuis sa prise de fonction, B. Obama a toujours privilégié la voie diplomatique et, en cas d'échec, un renforcement des sanctions contre le régime des Mollahs. L'objectif étant d'affaiblir le pouvoir en place et de permettre à certains membres modérés du système d'émerger sur la scène politique intérieure afin de finalement s'imposer sur les conservateurs. Le raisonnement est ici de penser qu'il sera plus possible de négocier avec des réformateurs, voir des conservateurs modérés et pragmatiques, qu'avec des individus imprégnés de l'idéologie révolutionnaire. Ce choix tactique impose cependant une difficulté au président américain. Si ce dernier désire renverser le ton de sa politique pour la mener sur la voie de la confrontation, il devra trouver les arguments lui permettant de justifier son action, aussi bien auprès de l'opinion publique américaine qu'auprès de la communauté internationale.

La justification toute naturelle serait de clamer que l'Iran cherche bien à se procurer une arme nucléaire et que sa mise au point est imminente - voir qu'il a l'intention de s'en servir une fois en sa possession. Pareil discours apparaîtrait plus légitime dans la bouche de B. Obama que celui tenu par G. W. Bush sur les AMD en Irak. Obama n'a jamais annoncé auparavant que l'Iran possède ou cherche à posséder des AMD... Il a juste mis en avant les doutes de la communauté internationale sur les objectifs réels du régime iranien. Aussi, aux yeux de l'opinion publique, Obama n'apparaît pas comme un faucon et si son discours et son action doivent emprunter un chemin plus musclé, cela apparaîtra plus facilement comme une nécessité face à une menace importante jugée crédible. De telles déclarations présidentielles confirmeraient côté républicain un sentiment depuis déjà longtemps ancré dans leur esprit tandis que du côté démocrate, il serait difficile de s'opposer aux arguments présidentiels. Face à une pareille menace, le président américain serait forcé de recourir à l'action et ce, même si celle-ci va à l'encontre de son désir personnel de privilégier la diplomatie. Après tout, il est de son devoir de commandant en chef de protéger les intérêts et la sécurité du peuple américain. Dans le même temps, il se mettrait à l’abri des attaques de républicains et ce, même si l'affirmation devait se révéler erronée dans l'avenir. N'oublions pas que depuis le début, ce sont des élus républicains qui réclament une intervention militaire en Iran. Bien sur ce scénario déborde de cynisme mais cependant, certains de ces aspects n'en demeurent pas moins pertinents car ils rencontrent des préoccupations qui travaillent réellement l'esprit des dirigeants en place à Washington.

Il convient cependant d'intégrer à ce raisonnement les contraintes auxquelles seraient confrontés les Etats-Unis si ceux-ci devaient finalement opter pour l'intervention armée. Le scénario d'une attaque contre le programme nucléaire iranien par le biais d’une frappe aérienne, régulièrement avancé, ne permettrait pas de résoudre aisément le problème. Une frappe ne serait pas suffisante : les sites sont trop nombreux, trop éparpillés et trop bien enfouis sous le sol que pour être détruit par une seule vague de bombardements. La destruction des sites nucléaires iraniens nécessiterait donc une campagne aérienne intensive et appuyée au sol par des éléments des forces spéciales en charge de vérifier l'étendue des dommages infligés aux infrastructures. En complément, des actions militaires contre les éléments des forces navales iraniennes seraient nécessaires pour empêcher Téhéran de perturber voir bloquer le transit maritime par le détroit d'Ormuz par lequel transite chaque année plus de 40 % des exportations pétrolières mondiales. Mais une campagne aérienne de ce type contre l'Iran ne réglerait pas le problème des forces conventionnelles qui représenteraient toujours une menace contre les autres Etats du Moyen-Orient.

Le scénario de l'invasion terrestre n'est aujourd'hui pas envisageable pour les Etats-Unis. L'Iran rappelons-le, c'est 4 fois l'Irak et trois fois la France. C'est une armée conventionnelle limitée qualitativement mais imposante quantitativement et qui dispose de plus d'une force morale importante et d'un entraînement autrement plus abouti que celui des Talibans afghans ou de l'armée irakienne sous Saddam. La seule option militaire qui semble réaliste pour les Américains est donc la frappe aérienne. Mais si campagne aérienne il doit y avoir, celle-ci ne pourra pas être un conflit armée de courte durée, comme ce fut le cas avec l'opération Renard du désert en 1998 contre l'Irak. Tout comme ce fut le cas pour la campagne aérienne lors de la guerre du Kosovo en 1999, les raids aériens devront durer des mois pour mettre hors d'état les capacités de nuisance iraniennes. Ce sera une guerre où des soldats américains perdront la vie, où certains seront fait prisonnier. Ce sera une guerre qui monopolisera l'attention des médias, alors que des pertes civiles seront inévitables. Ce sera une guerre de durée et d'intensité, ayant non seulement pour objectif de d'enterrer le programme nucléaire iranien, mais également d'affaiblir ses forces conventionnelles. Ce sera une guerre axée sur la supériorité aérienne et technologique des Etats-Unis, et non sur leurs faiblesses en matière de contre-insurrection. Vu de Washington, ce sera une guerre contre le programme nucléaire de la République islamique d'Iran. Mais pour les iraniens, ce sera une guerre contre l'Iran, tandis que pour une part importante du monde musulman, ce sera une guerre contre la République islamique. Aussi, même si cette campagne devait s'avérer être un succès sur le plan militaire, même si ces objectifs devaient être atteints, elle n'en contribuerait pas moins à renforcer politiquement le régime des Mollahs, même si ce dernier en ressort éviscéré militairement parlant. Il resterait dès lors à voir quelles seraient les conséquences économiques de ce conflit dans la durée, quelle serait le management, les réponses apportées par le régime à tous les problèmes qui apparaîtraient et in fine, quelle attitude adopterait la population dans le moyen et le long terme vis-à-vis du régime, une fois que la colère et l'émotivité de la guerre se seront atténuées. Bref, quelles seront les retombées politiques, à la fois en Iran mais également dans l'ensemble du Moyen-Orient.

Il faut encore tenir compte du fait que même le meilleur plan de bataille, une fois les hostilités engagées, peut totalement dévier de sa route initiale et se transformer en véritable fiasco. L'Iran pourrait parvenir à bloquer complètement le détroit d'Ormuz, avec les répercussions que l'on imagine sur l'économie mondiale. Il pourrait également engendrer une guerre civile en Irak et encourager les actions terroristes en Afghanistan. Les services de renseignement américains pourraient être passés à côté du fait que l'Iran possède déjà une arme nucléaire opérationnelle. Il faut aussi tenir compte des autres armes de destruction massives. Qu'en est-il des armes chimiques et biologiques ? Quelles sont les capacités de couplage de telles armes avec les missiles balistiques iraniens ?

Un compromis négocié avec le régime iranien constituerait une solution à moindre coût que l'intervention armée. Le problème, c'est que l'antagonisme et la logique de confrontation sont tellement ancrés dans l'esprit des dirigeants iraniens qu'il semble difficile d'apporter du crédit à cette possibilité. Rétablir un climat de confiance propice à la négociation est un processus long et difficile car il touche directement à la perception, à la construction mentale que se font les parties l'une de l'autre. Or parvenir à modifier ces constructions mentales demande de nombreux efforts qui se doivent de s'inscrire dans la durée. Les conflits en Irlande du Nord ou au Proche-Orient sont là pour illustrer toute la complexité des conflits à fort caractère émotionnel et idéologique. De ce fait, il semble presque impossible pour le président Obama de parvenir à renverser la vapeur dans l'espace du temps qu'il lui reste avant les prochaines élections présidentielles. Sa politique de la main tendue aurait peut-être connue plus de succès si le président Bush n'avait pas autant menacé l'Iran de recourir à la force militaire, ce qui aurait permis de jeter les bases nécessaires à la reconstruction d'un climat moins conflictuel entre les deux parties. Cependant, à décharge du président Bush, les circonstances qui ont encadrées sa présidence expliquent largement l'attitude de méfiance dont il a fait preuve à l'égard du régime des Mollahs. On oublie à mon sens trop souvent l'importance de l'impact que les évènements du 11 septembre 2001 ont eu sur la perception du monde par les Américains et leurs dirigeants.

Quoi qu'il en soit, si B. Obama se montre faible vis-à-vis de la question nucléaire iranienne juste après sa défaite aux élections de mi-mandat, il encourt le risque de se décrédibiliser et d'apparaître irrévocablement comme un président faible qui ne connaîtra sans doute pas de deuxième mandat. Il semble donc difficile pour le président américain de suivre les revendications de Téhéran sur le dossier du nucléaire, comme celles qui sont par exemple contenue dans les accords de Téhéran du 17 mai dernier signés par la Turquie, le Brésil et l'Iran. Si un accord doit être signé, il faut qu'il soit en grande majorité en concordance avec les exigences américaines, ce que Téhéran refusera plus que probablement.

Aussi nous voici de retour à l'option militaire. Pour Barack Obama, une intervention armée couronnée de succès lui permettrait de renforcer sa position de commandant en chef et de s'octroyer un prestige susceptible de lui servir lors des prochaines élections. Cela ne signifie en aucun cas que le président Obama doit attaquer l'Iran car comme nous l'avons développé plus haut, le plan le mieux préparé peut se transformer en fiasco, aboutir à des répercussions désastreuses et inattendues et au final, déstabiliser totalement l'ensemble du Moyen-Orient. Aussi, Barack Obama se trouve actuellement dans une position fort inconfortable tant sa marge de manoeuvre est en réalité réduite. Son meilleur atout serait que le régime iranien prenne aujourd'hui conscience de l'occasion qui s'offre à lui. Si Téhéran adopte un ton plus conciliant qui permettrait d'aboutir à un accord mutuellement avantageux pour les deux parties, alors le président Obama pourrait en tirer profit. De plus, cela irait dans l'intérêt du régime iranien. En effet, en ménageant un président négociateur, Téhéran éloigne le risque de voir arriver à la Maison Blanche un faucon républicain susceptible de faire de l'éradication du régime des Mollahs sa priorité en en matière d'action extérieure. Mais pour en arriver là, il faudrait que les dirigeants iraniens développent un peu plus leur sens du compromis, lequel est actuellement trop peu développé et en incompatibilité complète avec leur sens exacerbé de la confrontation Orient-Occident. 



mercredi 1 décembre 2010

La jeunesse d'Iran et l'Occident.


A peine rentré d'Iran, je jette un coup d'œil sur la revue de presse de l'actualité iranienne du mois de novembre et une dépêche me saute aux yeux : "Manifestation anti-américaine à Téhéran".
Cette manifestation qui s'est tenue le 4 novembre dernier s'avère être la commémoration de la prise d'otage à l'ambassade américaine par des étudiants islamistes. Les manifestants présent dans les rues sont principalement des jeunes écoliers et lycéens, aussi me semble-t-il judicieux de s'interroger sur le réel regard que portent ces jeunes sur le monde occidental.
Photo prise devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran. On peut y voir une représentation de la culture américaine, importée par les moyens audiovisuels, brulant la culture iranienne.
Dans les grandes villes à l'instar de Téhéran, l'Occident fascine, intrigue et suscite une curiosité à peine voilée en présence de l'étranger. Le désir de poser des questions est omniprésent. Les jeunes iraniens abordent par ailleurs un look branché inspiré directement par les stars américaines et européennes. Look qui tranche sévèrement avec l'image caricaturale que l'on peut avoir de l'Iran en Occident : dans un monde caractérisé par les interdits, cette jeunesse est devenue maître dans l'art de flirter avec les limites.
Jeune couple dans les montagnes aux abords de Téhéran.

Jeune couple dans les montagnes aux abords de Téhéran.

En fin d'après midi, les jeunes rangent leurs planches de snowboard et retournent vers la capitale.
Les contrefaçons de marques occidentales abondent, les fast-foods s'inspirent dans leurs menus des burgers de l'oncle Sam et les pizzerias iraniennes n'ont rien à envier à celle de Little Italy. Les plus jeunes qui tapent la balle dans les rues portent fréquemment les maillots de grands clubs européens tels que Chelsea, Barcelone ou Manchester.
Des jeunes jouant au foot devant le mausolé de Khomeiny. L'un d'eux aborde un maillot du FC Barcelone. Au premier plan : une vieille femme
en tchador.
Jeunes écolières au moment de la récréation du matin.
Jeune couple dans la ville de Shiraz.
A cela vient s'ajouter la possibilité de regarder la télévision occidentale grâce à une antenne satellite et de télécharger musiques et films sur internet. Aujourd'hui, il n'est pas rare d'observer de jeunes couples se tenant la main et le bras dans les parcs ou sur les rives des cours d'eau. Evidemment, l'Etat iranien a tenté de brider cette liberté de fait mais depuis que la boite de Pandore fut ouverte sous la présidence de Khatami, il n'y est pas arrivé.
Jeunes Iraniens sur la grand place d'Ispahan.
A Ispahan. Notez le nez opéré de la jeune fille. Ce genre de chirurgie esthétique est très répandu en Iran.
Ispahan.
Ispahan. 
L'Occident continue à faire rêver une jeunesse dans un pays où plus de 50% de la population à moins de 30 ans. Attention cependant à ne pas faire d'amalgame et à ne pas tirer trop de résolutions hâtives. Si la culture occidentale moderne et plus encore, l'hypothèse d'un éventuel visa pour les Etats-Unis continuent à exciter les imaginaires, un attrait pour les libertés individuelles d'Europe ou d'outre-Atlantique ne s'accompagne pas systématiquement d'un pro-américanisme en matière de politique. Cela constitue un point intéressant : alors que les opinions publiques occidentales s'imaginent une population iranienne aussi plongée dans l'obscurantisme que ses dirigeants, cette même population s'avère capable de dissocier gouvernement et population lorsqu'on l'interroge sur ses opinions à l'égard de l'Occident. Cependant, pour cette jeunesse bridée dans ses aspirations, il faut bien réaliser que la politique internationale est un sujet d'ordre totalement secondaire : les plus favorisés ne se font guère d'illusion sur la nature du régime et rêvent avant toute chose de quitter le pays, alors que les plus défavorisés se préoccupent avant tout d'avoir suffisamment de nourriture au quotidien.
 Jeunes filles à Ispahan. Notez encore une fois le nez opéré.
 Jeunes à Ispahan. Remarquez les looks : de la veste en cuire et lunettes de soleil genre macho au pull à capuche de rapeur en passant par le chapeau de cow-boy.
Autrement dit, la jeunesse iranienne ne semble pas hostile dans les faits à l'égard de l'Occident, au contraire. Même parmi ceux qui défendent le régime, il apparaît assez facilement que le discours est avant tout rhétorique et ne répond en rien à une véritable obédience idéologique mais plutôt à la sauvegarde d'un intérêt personnel. Il en est ainsi pour de nombreux Bassidjis qui défendent leur position par les avantages qu'elle leur apporte : salaire, pouvoir, facilités pour entrer à l'université, service militaire raccourci, ... Aussi, bien que les mots émanant de leur bouche puissent prendre partie pour le régime, il est tout à fait possible que ce discours se tienne autour d'un fast-food à l'américaine avec un Coca sur la table et avec en fond sonore un CD reprenant les derniers titres de Lady Gaga ou de Britney Spears... Il importe de comprendre que beaucoup de jeunes présents à ces manifestations n'y sont pas par choix mais par obligation. Il en va ainsi pour de nombreuses manifestations pro-régime en Iran : le clergé, la police, les militaires et les fonctionnaires sont systématiquement présent, ce qui suffit déjà en soi à donner une impression de foule nécessaire à l'illusion d'une assise populaire... Sans compter les plus démunis que l'on apporte par bus en échange de sandwichs et d'une faible somme d'argent.
Une jeune étudiante, encore avec un nez opéré, sur la grand place d'Ispahan.
Non, la jeunesse iranienne n'est pas si différentes de la nôtre : elles partagent les mêmes modes en de nombreux domaines et aspirent aux mêmes rêves, à savoir la possibilité de connaître un bel avenir dans un monde sans contraintes injustifiées.
Jeunes filles jouant au volley-ball sur la grand place d'Ispahan.

mercredi 10 novembre 2010

En Iran jusqu'au 27 novembre...

Suite à un déplacement en Iran jusqu'au 27 novembre, je me trouve dans l'obligation de mettre le blog en stand-by. Au programme : Téhéran, Qom, Kashan, Nain, Yazd, Kerman, Chiraz, Persepolis et Ispahan pour ne citer que ces étapes... Pas le temps de s'ennuyer donc.

A mon retour, j'ai prévu de rédiger quelques billets afin de faire le point sur la situation politique intérieure du pays. J'écrirai également sur la situation actuelle entre l'Iran et l'Irak et, sujet de thèse oblige, sur les relations entre la Turquie et l'Iran.

J'en profite également pour saluer, à l'heure de mon départ, tous mes lecteurs ainsi que mon ami T. K. (il se reconnaîtra ;-) ) qui j'en suis certain aimerait être de la partie, ainsi que mes étudiants (et je sais qu'il y en a ;-) ) qui consultent mon blog à l'occasion. Enfin à l'UCL, je compte sur T.S et C.V.W pour tenir la maison en ordre durant mon absence ;-) !.

A tous je vous dis : à bientôt !

Vincent

Les Cafés Stratégiques sur la défense anti-missile


Pour leur seconde édition, les Cafés Stratégiques - organisés par AGS - auront le plaisir d’accueillir Corentin Brustlein qui est chercheur à l’IFRI, animateur de l’excellent blog Ultima Ratio et surtout spécialiste français de la défense anti-missile balistique (DAMB). Ce débat libre et ouvert à tous aura lieu, comme pour la première fois, de 19h à 21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint-Germain, Paris 6ème, Métro : Assemblée Nationale, plan).

Le sujet est au cœur de la majorité des préoccupations stratégiques actuelles : défense contre l’Iran, sécurité européenne, lien transatlantique, maîtrise nucléaire, militarisation de l’espace, ….

mardi 9 novembre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 4ème et dernière partie.



Voici la quatrième et dernière partie de notre analyse de la géopolitique du plateau iranien. Pour rappel, la permière partie traite de la dimension du territoire iranien, la deuxième de sa position et la troisième de sa configuration.

Cette quatrième partie signe la conclusion de l'analyse et expose les arguments qui justifient la prise en considération du territoire iranien à la fois en temps que pivot et acteur géopolitique :

A l’heure actuelle, l’importance géopolitique de l’Iran tient à l’intégration de ces trois facteurs spatiaux que sont sa dimension, sa position et sa configuration. En couplant ces deux derniers éléments, nous observons que l’Iran apparaît à la fois comme un réservoir considérable de ressources énergétiques et comme une voie de passage – qu’il s’agisse de produits manufacturés ou de produits énergétiques – tout aussi bien selon un axe Nord-Sud que selon un axe Ouest-Est. Autrement dit, le territoire iranien apparaît véritablement comme un routeur énergétique potentiel, susceptible de desservir les plus importants consommateurs d’aujourd’hui et de demain que sont la Chine, l’Inde, l’Union européenne et les Etats-Unis. Cela, aussi bien par voie maritime que terrestre, à partir de deux des plus importantes réserves énergétiques au monde : le Moyen-Orient et l’Asie Centrale.

Le concept de « pivot géopolitique », énoncé par Z. Brzezinski, conceptualise bien cette importance stratégique du territoire iranien. Pour l’ancien conseiller de la Maison Blanche, ce concept désigne les Etats dont « l’importance tient moins à leur puissance réelle et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques » . Pour Brzezinski, qui compte l’Iran parmi ses exemples de pivots géopolitiques, le pays représente donc naturellement, de par sa géographie, un attrait pour les grandes puissances.

Si nous avons essayé, au travers de cette analyse spatiale, de démontrer l’importance géopolitique du territoire iranien, nos constatations nous renseignent également sur le potentiel, non négligeable, de la puissance de l’Etat iranien. Le pays dispose en effet de facteurs de puissance tangibles de nature géographique : sa taille imposante (l’Arabie Saoudite étant le seul pays dans son premier cercle de voisinage présentant une superficie supérieure), ses ressources, sa position stratégique ou encore son relief (lequel entoure véritablement le pays, procurant un avantage défensif considérable). A cela viennent s’ajouter d’autres facteurs, eux aussi tangibles, tels que le poids démographique, le potentiel économique, scientifique, technologique, et bien entendu, l’importance de l’outil militaire. Aussi, bien qu’il existe un différentiel important entre la puissance réelle du pays et sa puissance potentielle – la politique de confrontation de Téhéran vis-à-vis de l’Occident l’empêchant de maximiser ses ressources – ses capacités d’influence sur son environnement régional existent bel et bien et se doivent d’être pris en compte. Cette puissance iranienne représente une source d’inquiétude pour de nombreux pays de la région, tels que l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, Bahreïn, Oman ou encore le Qatar . Même s’il demeure trop faible que pour le dominer, l’Iran est un acteur géopolitique de son environnement, dont les grandes puissances se doivent de tenir compte .

Aujourd’hui, la combinaison de sa géographie et de sa puissance offre l’opportunité à l’Iran de pouvoir jouer un rôle dans les évènements survenant en Asie Centrale, au Moyen-Orient et au Caucase, où il doit cependant composer avec les ambitions régionales des grandes puissances. Sa proximité avec le Proche-Orient (1500 km seulement séparent l’Iran de l’Etat d’Israël) lui permet également d’y exercer une influence dans l’interminable conflit israélo-palestinien, au travers de son soutien aux milices chiites du Hezbollah, de son aide au gouvernement syrien, ou encore, de son appui logistique aux partisans du Hamas .

L’Iran apparaît donc à la fois comme un pivot et un acteur géopolitique, une puissance régionale limitrophe d’espaces géographiques stratégiques (Moyen-Orient, Asie centrale, Asie du sud, Caucase), au sein desquels la défense de leur intérêts nationaux appelle les grandes puissances à l’interventionnisme. Ceci résulte de la combinaison de l’abnégation de la géopolitique pour le vide avec la nécessité des puissances de s’empêcher mutuellement d’obtenir le monopole dans ces régions du monde. Autrement dit, il s’agit, pour les acteurs concernés de parvenir à une configuration de l’équilibre des forces régionales qui leur soit le plus favorable. Dans le système international actuel, cet interventionnisme ne se traduit cependant pas forcément dans les faits par une occupation physique du terrain (exception faite des bases militaires stationnées à l’étranger, lesquelles ne remettent théoriquement pas en cause la souveraineté de l’Etat hôte), bien que les conflits afghan et irakien illustrent cette éventualité, mais le plus souvent par une lutte d’influence d’ordre politico-économique.

Au regard de nos constatations, l’intérêt marqué des grandes puissances pour l’Iran et son environnement apparaît naturel et légitime. Il nous reste cependant à identifier quels sont les intérêts de chacun et à les analyser au regard des stratégies politiques déployées dans le cadre de la question nucléaire. Nous observerions alors comment un débat pouvant être simplement perçu comme étant d’ordre sécuritaire – au sens militaire du terme, tel que défini par Buzan, Waever et De Wilde – implique en réalité des notions beaucoup plus larges de la sécurité, et fait intervenir des forces de nature bien plus profondes répondant à des impératifs géopolitiques. Cela fera prochainement l'objet d'une analyse géopolitique.

mercredi 27 octobre 2010

Approche cognitive de la position américaine sur les aspects sécuritaires de la question nucléaire iranienne


Voici ma dernière publication dans le cadre des Notes d'analyse de la Chaire InBev Baillet-Latour :


Cette analyse met l'accent sur les aspects identitaires ainsi que sur l'importance des perceptions mutuelles et des mécanismes du système cognitif humain dans le cadre de la question nucléaire iranienne. L'objectif est de parvenir à une lecture plus claire des différences de perception à l'origine du déficit de confiance et du sentiment de menace entre les parties à la crise. 

Pour rappel, l'intégralité des Notes d'analyse de la Chaire InBev Baillet Latour est disponible sur le site de l'UCL à l'adresse suivante :   http://www.uclouvain.be/269395.html 

L'Iran prendra la présidence de l'OPEP en 2011



C'est désormais officiel, l'Iran a été élu pour la première fois en 36 ans à la présidence de l'OPEP. C'est donc Téhéran qui présidera les réunions de l'organisation pour l'année 2011. Cette information a été confirmée par le mninistre saoudien du pétrole, Ali al-Nuaimi. Cette présidence ne s'accompagne cependant pas de réels pouvoirs. Elle consiste plus en un rôle de gardien de l'agenda de l'organisation. Cependant, l'Iran ne manquera pas de profiter de la vitrine que lui offrira cette attribution pour faire passer ses messages à caractère politique dans le cadre du bras de fer diplomatique qui l'oppose à l'Occident. Le fait que Téhéran ait été élu à cette fonction ne manquera également pas d'alimenter les discours du régime selon lesquels l'isolement de la République islamique ne correspond qu'à une "chimère dans l'esprit dans l'esprit des occidentaux".

Pour rappel, les pays membres de l'OPEP, au nombre de 12, sont l'Algérie, l'Angola, l'Iran, l'Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, le Qatar, les EAU, l'Arabie saoudite, l'Equateur et le Vénézuela.

mardi 26 octobre 2010

Les Emirats arabes unis inaugurent une base navale à l'Est du détroit d'Ormuz

Les Emirats arabes unis viennent d'inaugurer (le 20 octobre) une nouvelle base navale, située sur leur côte Est, face au Golfe d'Oman, afin de sécuriser leurs exportations pétrolières. Actuellement, pratiquement toutes les exportations pétrolières des quattre plus importants producteurs de l'OPEP traversent le détroit d'Ormuz.

Cette nouvelle base se situe à Fujairah et vise à sécuriser le futur terminal pétrolier qui devrait y voir le jour dans un futur proche. Deux pipelines - l'un pour le gaz, l'un pour le pétrole - devant relier Abu Dhabi à Fujairah sont également en projet.

L'objectif stratégique de ces projets énergétiques et de cette nouvelle base navale est de parvenir à maintenir les exportations des EAU en cas de conflit armé avec l'Iran. Téhéran n'a en effet pas caché son intention de bloquer le détroit d'Ormuz - par lequel transite chaque année plus de 50 % des exportations mondiales de pétrole - s'il devait être victime d'une attaque préventive de la part d'Israël ou des Etats-Unis. En effet, situé à l'Est du détroit d'Ormuz, le futur terminal de Fujairah devrait permettre aux EAU de sauvegarder leur économie dans un pareil scénario.



Outre cette mesure, il convient de ne pas oublier que les Occidentaux sont présents en nombre dans le Golfe, qu'il s'agisse des américains (présence de la 5ème flotte de l'U.S. Navy à Manama - Bahreïn) ou plus récemment de la France, avec la nouvelle base de Paris elle aussi située aux EAU, afin de veiller à la liberté de transit à travers le détroit d'Ormuz.


jeudi 7 octobre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 3ème partie


Voici la 3ème - mais non la dernière - partie de l'analyse de la géopolitique du plateau iranien. Pour rappel, cette analyse se penche sur l'étude du territoire iranien au travers des 3 critères spatiaux que sont la dimension, la position et la configuration.

La première partie traite de la dimension et la deuxième de la position. Aujourd'hui nous allons donc aborder la configuration et nous terminerons notre analyse par une conclusion dans une quatrième partie.

La configuration du territoire iranien.

Tout d'abord, qu'elle signification sous-entendons-nous au travers du concept de "configuration" ? Dans le contexte qui nous préoccupe, la configuration d'un territoire représente l'ensemble de ses caractéristiques matérielles et physiques, sous l'angle de l'étude géographique. Tout comme la position, la configuration d'un territoire contribue à déterminer sa valeur, son importance. Les réserves en matières premières, le type de relief (montagneux, de plaine,...), le climat,... sont autant de facteurs qui interviennent dans l'analyse de la configuration spatiale.

Le plateau iranien a vu son importance géopolitique croître considérablement à partir de 1908, suite à la découverte sur son territoire de gisements pétroliers . La configuration de l’espace territoriale iranien s’est ainsi retrouvée considérablement bouleversée. Jusque là cantonné au statut de zone tampon entre les empires russe et britannique, les réserves en or noir de son sous-sol ont dès lors fait de ce pays l’objet de toutes les convoitises. Cette évolution démontre également qu’à l’instar du positionnement d’un territoire, l’importance de sa configuration est également susceptible de se modifier au cours du temps au gré des évolutions techniques et des outils de la puissance – ici le pétrole. Ainsi, si les plus anciens gisements du pays sont situés dans la province du Khuzestan, l’évolution des techniques d’extraction off-shore a encore considérablement accrue la richesse du pays en rendant accessible les importants gisements se trouvant au cœur même du Golfe, mais aussi ceux situés en mer Caspienne. De plus, l’importance croissante prise ces dernières années par le gaz naturel dans le secteur de l’énergie a encore renforcé le poids de la configuration spatiale du pays, lequel possède aujourd’hui les deuxièmes plus importantes réserves prouvées en pétrole et en gaz, estimées respectivement à 10,3 % et 15,8 % des réserves mondialement prouvées [1].

Outre son potentiel énergétique, l'Iran présente également d’importantes réserves en matières premières minérales à forte plus value économique. Il détient ainsi les deuxièmes plus importantes réserves en cuivre du continent asiatique [2]. Or ce minerai, très sollicité par les économies développées et émergentes, a vu sa demande quasi doubler entre 2000 et 2007, la Chine engendrant pratiquement à elle seule la totalité de cette augmentation [3].

[1] BP, « BP Statistical Review of World Energy June 2010 ».

[2] DJALILI M.-R., KELLNER T., « LIran, la Chine et la crise du nucléaire », in MERIA, volume 1, n°1, article 2, juillet 2006, p. 9.

[3] NOELS G., Econochoc. Comment six chocs économiques majeurs vont influencer votre vie, Louvain-la-Neuve, Petercam, 2009, p. 96.

lundi 27 septembre 2010

AGS : Les Cafés Stratégiques invitent le Général Desportes

 

Pour leur toute première, les Cafés Stratégiques - organisés par AGS - invitent le Général Vincent Desportes pour évoquer l'actualité de la pensée stratégique française.

Ce débat « décontracté » et ouvert à tous aura lieu le 7 octobre 2010 à 19h-21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint Germain, Paris 6ème, métro : Assemblée Nationale, plan ). Ce sera également une opportunité pour nos chers lecteurs de faire plus ample connaissance avec Alliance Géostratégique in vivo.

Nous sommes heureux de vous annoncer le dernier-né d’AGS : les cafés stratégiques. Vous connaissez les cafés philosophiques, historiques, géographiques, antiques, géopolitiques… Il manquait, à l’évidence, des cafés stratégiques. Qui d’autre qu’AGS pouvait les organiser ?

En effet, notre marque de fabrique est définitivement liée au Web 2.0 : un lieu de débat ouvert où chacun a le droit de venir, de parler, de commenter. Mais nous avions envie d’incarner ce débat virtuel.

Pour cela, nous ne voulions pas des colloques ou des conférences : ces forums sont certes utiles (n’avions-nous pas co-organisé un colloque sur la “Logistique, fonction opérationnelle oubliée”, remarqué au demeurant ?) mais ils sont formels. Même s’ils laissent la place au débat, on y sent un certain protocole et un manque d’interactivité qui brident les échanges. Il fallait un nouvel espace, et c’est la vocation d’AGS de le créer.

La forme des cafés paraît la plus pertinente : un invité qui vient parler parce qu’il a des choses à dire, et qui est surtout assez proche du public pour que la notion de dialogue comporte une réelle signification… et que le débat s’engage. Une ambiance plus détendue que les costumes trois pièces d’usage dans les conférences. Et la possibilité de poursuivre tard dans la nuit, ou de faire dédicacer le dernier ouvrage de l’orateur.

Ces Cafés Stratégiques (CGS) auront lieu une fois par mois. Pour la première édition, le Général Vincent Desportes a accepté de venir inaugurer la formule : quoi de plus normal, lui qui a si souvent été un initiateur. C’est lui qui a revivifié la pensée stratégique française depuis dix ans, avec d’autres (et nous pensons d’abord à Hervé Coutau-Bégarie, bien sûr). Stratégiste et grand connaisseur de la pensée anglo-saxonne, c’est l’homme idoine pour évoquer l’actualité de la pensée stratégique française.

Car la question se pose, en effet : a-t-elle encore une particularité par rapport à ce qu’elle a produit autrefois (et notamment la construction de la théorie de la dissuasion) ? A-t-elle été suffisamment distante et originale par rapport à la RAM autrefois, aux COIN aujourd’hui ? Pense-t-elle les guerres de demain, et trouve-t-elle les lieux de débat qui la rendent féconde?

Vous rêvez de poser directement ces questions (et d’autres) au Général Desportes ? Rendez-vous alors au Café Le Concorde. Entrée libre mais nombre de places limité ! A vous revoir…

mardi 21 septembre 2010

La géopolitique du plateau iranien - 2ème partie


Voici la deuxième - mais non la dernière - partie de l'analyse géopolitique du plateau iranien entamée la semaine dernière.

Pour rappel, notre analyse porte sur l'étude des trois facteurs spatiaux que sont la dimension, la position, et la configuration. Après avoir traité de la dimension, nous allons maintenant nous pencher sur la position du plateau iranien.

La position du plateau iranien.

Sa position sur le globe terrestre fait de l’Iran à la fois un carrefour et un pont intercivilisationnel ; un espace intermédiaire où se heurtent et se mêlent les empires et les cultures. L’Iran a ainsi subi les invasions et les influences des mondes arabes, turcs, russes, indiens et européens [1] et les a également influencés en retour. La lutte contre l’envahisseur étranger présente ainsi un caractère itératif dans l’histoire des peuples d’Iran. Cet héritage se retrouve encore aujourd’hui dans la politique étrangère du régime des Mollahs, au travers des discours nationalistes prêchant la résistance face au néo-impérialisme des « puissances de l’arrogance » .

Cette approche géohistorique explique également la structuration interne des peuples d’Iran et la pluralité ethnique et confessionnelle du pays. Malgré une hétérogénéité marquée – les Perses ne représentant à peine plus de la moitié de la population – l’Iran a réussi à se construire une identité nationale forte .

Seuls le Kurdistan, et principalement le Baloutchistan, demeurent aujourd’hui des provinces à risques, même si le contrôle du pouvoir central y est bien établi. Les risques d’instabilités dans ces deux régions proviennent essentiellement du caractère transfrontalier des ethnies qui y sont établies (voir carte). Aussi la menace est-elle essentiellement externe : en provenance d’Irak et de Turquie pour le Kurdistan, et du Pakistan pour le Baloutchistan.

Les arabes du Khuzestan – province hautement stratégique où est condensé l’essentiel des réserves pétrolières du pays – sont quant à eux, de par leur confession chiite, solidement attachées aux valeurs de la République islamique. Le succès de leur iranisation a par ailleurs été démontré au cours de la guerre Iran-Irak : loin de se soulever contre Téhéran comme l’espérait Saddam Hussein, ils ont constitué un pôle de résistance farouche au régime baassiste. Le nationalisme pro-iranien s’est à cette occasion montré plus fort que la proximité ethnique interarabe.


Bien que les deux-tiers des Azéris vivent aujourd’hui en Iran et non en Azerbaïdjan, le risque de les voir constituer un facteur d’instabilité, voir une cinquième colonne au profit de Bakou, semble pour l’heure négligeable. La communauté azérie est en effet solidement iranisée et intégrée dans la République islamique. L’actuel Guide suprême de la révolution, ainsi que le principal leader politique de la contestation à la réélection de M. Ahmadinejad de l’été 2009, Mir Hossein Moussavi, appartiennent ainsi tous deux à l’ethnie azérie.

Sur le plan religieux, l’Iran présente la particularité d’être le principal pays chiite (~90% de sa population) dans un environnement majoritairement sunnite (seuls l’Irak et Bahreïn présentent également une population majoritairement chiite) . Cependant, d’importantes minorités chiites subsistent, disséminées au Liban, en Syrie, dans les provinces saoudiennes bordant le Golfe Persique et dans les autres monarchies du Golfe [2]. Cet ensemble de régions de confession chiite présente une certaine continuité géographique, ce qui pousse certains auteurs à parler de « croissant chiite » au Moyen-Orient . Ainsi, depuis, le 16ème siècle – période où le chiisme est devenu la religion d’Etat de l’empire Perse – jusqu’à nos jours, la rivalité entre les arabes sunnites et les iraniens chiites représente une constante de la géopolitique au Moyen-Orient. Les pays arabes craignent ainsi que l’Iran utilise le facteur religieux pour exercer une certaine influence sur leurs territoires.

Cette géographie représente donc un facteur d’incertitude en raison des nombreux bouleversements que connut l’environnement régional de l’Iran au cours de son histoire. Aujourd’hui, le pays est bordé à l’est par l’Afghanistan et à l’ouest par l’Irak, deux Etats à la situation politique particulièrement instable où la présence du «Grand Satan » américain inquiète les autorités en place à Téhéran. En contrepartie, l’Iran est également susceptible d’exercer une influence dans une Irak majoritairement chiite (~60% de sa population) et un Afghanistan majoritairement persanophone. L’instabilité du voisin Pakistanais représente elle aussi un risque, en raison de l’antagonisme idéologique entre l’Islam chiite de la République islamique, et l’Islam sunnite des insurgés talibans opérant depuis les montagnes pakistanaises. Téhéran craint ainsi que l’insurrection ne gagne son territoire, et plus particulièrement sa province du Baloutchistan, majoritairement sunnite et ethniquement baloutche. Globalement, l’instabilité constitue donc – certes avec différents niveaux d’intensité – une réalité de l’environnement iranien actuel. La cartographie du Political Instability Index, réalisée par The Economist Intelligence Unit, de même que celle du Failed States Index 2010, réalisée par The Fund for Peace, constituent par ailleurs des illustrations pertinentes de cette instabilité.
 


Ainsi, si nous considérons les territoires soumis à des tensions identitaires, religieuses, ou à des conflits armés inter- ou intra-étatiques, il est possible de tracer un « arc de crise » depuis la province chinoise du Xinjiang jusqu’à la Géorgie et le Kurdistan turc (voir carte ci-dessous).



Au sein de cet « arc de crise », l’Iran présente un degré d’instabilité moindre que celui prévalant dans son environnement, faisant du pays un Etat « relativement » stable pour la région. Le risque d’instabilité d’origine interne existe néanmoins et ce, particulièrement depuis la réélection contestée de M. Ahmadinejad en juin 2009. De même, une contagion de l’instabilité en provenance de l’extérieure, et plus particulièrement en provenance des trois failed states que sont l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan, n’est également pas à exclure [3].

Ces risques constituent un défi pour la pérennité du régime des Mollahs. Les autorités en place à Téhéran en ont d’ailleurs aujourd’hui bien conscience. De même, si la question nucléaire iranienne devait trouver son épilogue dans la confrontation armée, les répercutions sur les régions limitrophes de la République islamique seraient conséquentes pour la stabilité régionale.

Cependant, si cette position géographique constitue un facteur d’incertitude, elle représente également l’un des atouts majeurs de l’Iran.

A partir de la subdivision de l’Eurasie opérée par Z. Brzezinski (voir carte ci-dessous), et en tenant compte de la contrainte géographique qu’impose la présence du plateau himalayen, il ressort que l’importance de la position de l’Iran repose en fait sur sa prédisposition naturelle à constituer une zone de passage, pour les flux économiques et commerciaux, entre l’ouest, le sud, et l’est de la masse eurasienne. Cette prédisposition découle de sa nature même d’espace intermédiaire au sein de l’échiquier eurasien.


L’échiquier eurasien de Z. Brzezinski.

La valeur du critère de la position géographique ne représente cependant pas une constante au cours de l’histoire dans la mesure où elle peut être tributaire des évolutions techniques. L’est et le nord du territoire iranien ont ainsi connu leur âge d’or entre les 2ème siècle avant J.-C. et le 9ème siècle de notre ère, à l’époque de la prédominance des voies terrestres sur les voies maritimes, quand la route de la Soie constituait la principale voie de passage et de commerce à travers l’Eurasie (voir ci-dessous). Cette importance géopolitique déclina peu à peu à partir du 9ème siècle, quand les progrès techniques réalisés en Chine dans le domaine de la navigation rendirent les voies maritimes plus rapides que l’acheminement terrestre, les « routes de la porcelaine » se substituant peu à peu aux « routes de la soie ». Il faudra attendre le 16ème siècle pour que le territoire du plateau iranien retrouve progressivement une importance géopolitique mais cette fois, en tant que zone tampon située entre les avancées russe en Asie centrale et britannique en Asie du sud.


Le fait de constituer une voie de passage insuffle donc indéniablement une plus-value géopolitique à un territoire. Cette prise de conscience est indispensable pour appréhender le poids géopolitique de l’Iran contemporain. En effet, les progrès techniques réalisés ces dernières années dans le domaine de l’acheminement terrestre des marchandises et des matières premières (chemin de fer, pipeline,…) laissent entrevoir un possible retour de l’espace iranien en tant que zone de passage d’importance dans les échanges économiques internationaux.  

Avec les infrastructures adéquates, le pays offrirait ainsi un tracé autrement plus rapide que les voies maritimes existantes, pour le transport des marchandises entre l’est et l’ouest de l’Eurasie, tout en évitant la masse territoriale centrale occupée par la Russie.

Un tel projet éviterait aussi, à la fois le détroit de Malacca, mais également, une fois relié à la Turquie, le canal de Suez, pour déboucher sur la Méditerranée. L’Iran offrirait aussi une voie d’accès à l’Océan mondial – tel que le concevait Mackinder – pour les réserves en hydrocarbures de l’Asie centrale et du plateau caspien. Si ces réserves, en prenant en compte l’Azerbaïdjan, ainsi que les 3 principales républiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan), ne sont aujourd’hui estimées représenter qu’environ 3,6 % des réserves mondiales prouvées en pétrole, leur poids en ce qui concerne le gaz naturel est estiméequant à lui à environ 7 % des réserves mondiales [4]. Cette option iranienne d’accès aux mers chaudes apparaît comme une éventualité plausible au regard de l’instabilité et du relief inhospitalier de l’Afghanistan et du Pakistan, lesquels ne favorisent pas le choix de ces deux pays comme route alternative. Cette voie de passage vers le sud permettrait en outre aux républiques d’Asie centrale de s’émanciper de la prédominance du réseau énergétique russe, et contribuerait à leur désenclavement. L’Iran offre aussi la possibilité de servir de voie de transit au gaz et au pétrole centre-asiatique vers la Turquie, hub énergétique en devenir vers l’espace européen.

Ces scénarios suscitent des intérêts différents au sein des grandes puissances et leurs réalisations restent corrélées aux luttes d’influence géopolitique qui traversent le Moyen-Orient, le Caucase, l’Asie centrale et l’Asie du sud. Ces différents intérêts se retrouvent également dans la manière dont chacun entend aborder la gestion de la question nucléaire iranienne, ainsi que les risques qui l’accompagnent. Or, le choix et le développement infrastructurel d’une voie économico-commerciale répond à une analyse coût-bénéfice au sein de laquelle les facteurs de risques liés à l’éventualité d’un conflit ou à l’instabilité régionale occupent une pondération importante.

Plus globalement, ce retour au statut de zone de passage concerne également les pays d’Asie centrale, ce qui laisse à penser, comme le soulignent Ben Simpfendorfer et Pierre Biarnès, que nous assistons à une renaissance de la route de la Soie. Ce renouveau économique et géopolitique a certes été rendu possible grâce aux progrès techniques de l’ère moderne, mais aussi et surtout suite à l’éclatement de l’URSS, lequel a donné naissance à une configuration géopolitique historiquement inédite en Asie Centrale. Le vide laissé par la disparition du communisme provoquant inévitablement un appel d’air géopolitique, la région est devenue le fruit des aspirations politiques et économiques des grandes puissances comme la Chine, la Russie, ou les Etats-Unis, mais aussi de puissances régionales comme la Turquie, et bien entendu l’Iran.

Outre le renouveau de l’intérêt porté aux possibilités offertes par le transport terrestre, la République islamique demeure avant tout un pays du Moyen-Orient, lequel représente – hors Iran – respectivement 46,3% et 24,8% des réserves prouvées en pétrole et en gaz naturel [5]. Le pays est en outre limitrophe du détroit d’Ormuz ; choke point des plus névralgiques sur une route maritime par laquelle transite chaque année plus de 40 % des exportations mondiales de pétrole . L’importance géopolitique de la position du plateau iranien est donc double puisqu’elle combine un intérêt terrestre à un intérêt maritime.


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[1] Si l’observation d’une carte du monde contemporain retransmet l’évidence de la proximité, et donc des contacts entre le monde perse et les mondes arabe, turc, indien et russe, il n’en va pas de même avec le monde européen. Les contacts, voir même les brassages, entre les deux civilisations, ont pourtant été nombreux au cours de l’histoire. Ce fut le cas suite aux conquêtes d’Alexandre le Grand, lesquelles furent suivies par la domination de l’empire Séleucides. Vint ensuite la confrontation entre les empires de Parthe et de Rome, et plus récemment, les contacts entre l’Iran des Qâjârs et l’empire britannique dominant le sous-continent indien.

[2] Pour une lecture approfondie à ce sujet, voir : NAKASH Y., Reaching for Power : The Shi'a in the Modern Arab World, Princeton, Princeton University Press, 2007, 248 p.

[3] COLLECTIF, « Conflict Barometer 2009 », Heidelberg, Heidelberg Institute for International Conflict Research, 2009, p. 75-76.

[4] Chiffres issus du « BP Statistical Review of World Energy June 2010 ».

[5] Ibidem.

vendredi 17 septembre 2010

Si le Moyen-Orient vous intéresse...


Pour ceux qui s'intéressent au Moyen-Orient, je signale l'existence des "Middle East Brief" du Crown Center for Middle East Studies de la Brandeis University de Boston.

Ces brèves analyses se révèlent extrêmement utiles pour traiter de manière efficace de toute une série de sujets touchant au Moyen-Orient. Un bon moyen d'approfondir ces connaissances sans avoir à se plonger dans des lectures sans fin.

mercredi 15 septembre 2010

Un peu de lecture : "Histoire de l'Iran contemporain"



"Histoire de l'Iran contemporain" est un ouvrage relativement court - pas plus de 125 pages. Cependant, il constitue une excellente synthèse de l'histoire iranienne depuis le 19ème siècle jusqu'à nos jours. Sa taille relativement modeste lui permet de ne pas perdre le lecteur dans des détails interminables, ce qui ne l'empêche pas d'être extrêmement rigoureux dans la description et l'analyse. En bref, seul l'essentiel est retenu. Un ouvrage plus qu'utile et facile, à la fois fort pratique pour les novices comme pour ceux qui souhaitent se rafraîchir la mémoire.

Les auteurs de ce livre ne sont par ailleurs pas des débutants, loin de là. Mohammad-Reza Djalili est professeur à l'IHEID (Genève) et l'auteur de nombreuses études et ouvrages sur l'Iran, notamment "Iran : l'illusion réformiste" (Paris, Sciences Po., 2001) et "Géopolitique de l'Iran" (Complexe, 2005). Thierry Kellner est quant à lui docteur en relations internationales (IHEID), chercheur associé au Centre d'études asiatiques (IHEID), au CECID (ULB), et au BICCS (VUB). Il est en outre l'auteur de "L'Occident de la Chine. Pékin et la nouvelle Asie centrale. 1991-2001" (PUF, 2008). M.-R. Djalili et T. Kellner ont également publié conjointement "Géopolitique de la nouvelle Asie centrale" (Paris, PUF, 2006), à mon sens l'un si pas l'ouvrage de référence dans son domaine.  

La présentation de l'éditeur.

Etrange pays que cet unique Etat chiite, qui n'a jamais rompu avec son passé préislamique et qui, malgré son particularisme, a toujours exercé un rayonnement culturel bien au-delà de ses frontières. Curieux destin que celui de ce vieil empire aujourd'hui entouré de jeunes Etats, objet pendant tout le XIXe et le début du XXe siècle de rivalités entre puissances russe et britannique, et qui est aussi la première nation du Moyen-Orient à s'être dotée d'une Constitution moderne dès 1906. Précurseur dans la nationalisation de ses ressources pétrolières, l'Iran est également le premier pays à connaître une révolution islamique qui provoque un séisme politique sans précédent à travers le monde musulman et au-delà. Aujourd'hui, alors que ses voisins tentent d'endiguer la montée de l'islamisme radical, il cherche la voie pour sortir d'une révolution religieuse. L'histoire contemporaine de l'Iran, à la fois laboratoire politique pour le monde et nation à part, du point de vue identitaire et historique, mérite donc le détour. Le présent ouvrage n'a d'autre ambition que d'initier le lecteur à cette histoire foisonnante et méconnue de l'Iran des deux derniers siècles (1796-2009).

Références complètes.

DJALILI M.-R., KELLNER T., "Histoire de l'Iran contemporain", Paris, La Découverte, 2010, 125 p.