mardi 8 mai 2018

Iran : à quel jeu joue Donald Trump ?

Sitôt rentré d'Iran ce week-end, me voilà déjà sur la brèche en raison d'une actualité chargée puisque c'est finalement aujourd'hui à 20h heure de Bruxelles que Donald Trump annoncera sa décision quant au futur de l'accord sur la question nucléaire iranienne. Sur ce sujet, retrouvez ma dernière intervention réalisée ce lundi 7 mai sur les ondes de La Première - RTBF :



mercredi 18 avril 2018

MBS et Netanyahou face à l'Iran ou quand le réalisme fait loi.

Ma dernière publication pour le compte du CECRI (Centre d'étude des crises et conflits internationaux - Université Catholique de Louvain) intitulée "MBS et Netanyahou face à l'Iran ou quand le réalisme fait loi" est disponible via le nouveau site web du CECRI à l'adresse suivante : 

http://cecrilouvain.be/wp-content/uploads/2018/04/NA-59-MBS-Neta.pdf 

Bonne lecture.

mardi 13 mars 2018

Lecture : L'Iran dans le tumulte du Grand Jeu, Téhéran face à la Russie impériale et l'Empire britannique.

Il y a de cela quelques jours, l'un de mes étudiants m'a demandé de lui conseiller quelques lectures concernant la période du Grand Jeu et plus particulièrement la place de l'Iran dans cette lutte d'influence entre Saint-Petersburg et Londres. Aussi, j'ai décidé de partager avec vous ces quelques conseils de lecture. 

Pour ce qui est du Grand Jeu dans son ensemble, je pense qu'il n'est - presque - plus nécessaire de présenter l'ouvrage de référence de Peter Hopkirk : "Le Grand Jeu. Officiers et espions en Asie Centrale". Cet ouvrage, qui se dévore comme un roman d'aventure, a ceci de particulier qu'il traite du Grand Jeu au travers de l'histoire des hommes qui furent envoyés par Londres et Saint-Petersburg sur le terrain pour écrire cette page de l'histoire. C'est au travers de leurs vécus, de leurs succès, et de leur échecs que le lecteur se plonge concrètement dans ce que fut la lutte pour la puissance dans cette région du monde entre les deux grands empires. Un ouvrage indispensable dans la bibliothèque de celles et ceux qui se passionnent pour l'histoire. 


Références de l'ouvrage : Hopkirk P., "Le Grand Jeu. Officiers et Espions en Asie Centrale", Bruxelles, Nevicata, 2011, 570 p.

Pour ce qui est des ouvrages traitant plus spécifiquement de la place de l'Iran au sein de cette rivalité russo-britannique, les références ne manquent pas mais elles sont toutes en langue anglaise et n'ont à ce jour pas encore été traduites dans la langue de Molière. 

Le premier ouvrage que je souhaite évoquer traite de la relation entre la Russie et l'Iran au cours de cette période et au-delà. En réalité, ce livre analyse les relations entre Téhéran et Saint-Petersburg (puis Moscou) depuis le début du 19ème siècle et ce jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage collectif, dirigé par Rudi Matthee (Professeur d'histoire à l'Université du Delaware) et Elena Andreeva (Professeur-associé en histoire à l'Institut Militaire de Virginie) est d'excellente facture et ses chapitres clairs et précis. Un must pour quiconque s'intéresse à ce sujet déjà fort précis. 


Références de l'ouvrage : Matthee R., Andreeva E., "Russians in Iran. Diplomacy and Power in the Qajar Era and Beyond", London/New York, I.B. Tauris, 2018, 320 p. 

Autre ouvrage de référence : "Russia and Britain in Persia. Imperial Ambitions in Qajar Iran" de Firuz Kazemzadeh (Professeur d'histoire à l'université de Yale). Cet excellent - et volumineux - travail se concentre plus spécifiquement sur la période démarrant avec le règne de Nasseredin Shah, autrement dit sur la période allant de la seconde moitié du 19ème siècle jusqu'à la fin du Grand Jeu consécutivement à la chute de la Russie impériale au cours de la Première Guerre mondiale. 



Références de l'ouvrage : Kazemzadeh F., "Russia and Britain in Persia. Imperial Ambitions in Qajar Iran (2th ed.)", London/New York, I.B. Tauris, 2013, 711 p.

Troisième ouvrage conseillé, "British Imperialism in Qajar Iran. Consuls, Agents and Influence in the Middle East" de H. Lyman Stebbis (Professeur d'Histoire à l'Université La Salle de Philadelphie) se concentre, comme son nom l'indique, plus spécifiquement sur les ingérences de l'Empire britannique en Iran. Pour être plus précis, l'ouvrage se focalise essentiellement sur la période de la fin du Grand Jeu, autrement dit, sur la période s'étalant de 1889 jusqu'à a chute de la Dynastie Kadjar en 1925. 


Références de l'ouvrage : Stebbins H. L., British Imperialism in Qajar Iran. Consuls, Agents and Influence in the Middle East, London/New York, 2016, 304 p. 

Pour clôturer cette énumération d'ouvrages consacrés à la place de l'Iran au sein du Grand Jeu, voici deux ouvrages qui se concentrent davantage sur la politique intérieure de l'Iran au cours de cette période ; politique intérieure qui était, précisons-le, malmenée au gré des luttes d'influence que se livraient alors Londres et Saint-Petersburg. 

Le premier de ces ouvrages s'est également élevé au rang de "classique" traitant du sujet. Il s'agit de "Pivot of the Universe. Nasir al-Din Shah and the Iranian Monarchy" d'Abbas Amanat (Professeur d'histoire à l'Université de Yale). Cet imposant volume traite de l'évolution - ou de la stagnation, c'est selon - de l'Iran au cours du règne de Nasseredin Shah, monarque kadjar au plus long règne puisque celui-ci s'étend de 1848 à 1896, soit sur presque un demi siècle. 


Références de l'ouvrage : Amanat A., "Pivot of the Universe. Nasir al-Din Shah and the Iranian Monarchy (2th ed.)", London/New York, 2008, 535 p. 

Deuxième ouvrage se focalisant sur l'impact du Grand Jeu sur la politique intérieure iranienne, "The Qajar Pact. Bargaining, Protests and the State in 19th-Century Persia" de Vanessa Martin (Professeur émérite en histoire moyen-orientale à l'Université de Londres). Ce travail extrêmement bien documenté met en lumière l'impact des ingérences étrangères et de la mauvaise gouvernance sur la stabilité sociale de l'Iran au 19ème siècle, période où se situe les racines du sentiment anti-occidental qui connaîtra son paroxysme au moment de la Révolution islamique de 1979 et qui est, aujourd'hui encore, le pilier central de l'idéologie de la République islamique.


Références de l'ouvrage : Martin V., "The Qajar Pact. Bargaining, Protests and the State in 19th-Century Persia (2th ed.)", London/New York, 2018, 214 p.



jeudi 8 mars 2018

Lecture : "Etre femme en Iran : Quelle émancipation ?"

A l'occasion de la journée internationale de la femme, je me permets de vous signaler l'ouvrage de Firouzeh Nahavandi, Professeur à l'Université Libre de Bruxelles (ULB), et intitulé "Etre femme en Iran : Quelle émancipation ?"

A ce jour selon moi, le meilleur ouvrage d'introduction en langue française sur la situation de la femme en Iran. A lire pour quiconque s'intéresse à cette problématique.


Références de l'ouvrage : Nahavandi Firouzeh, "Etre femme en Iran : Quelle émancipation ?", Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2016, 128 p., ISBN 13 : 978-2803105656

Pour information, l'ouvrage est également disponible au format Kindle.

Bonne lecture.

mardi 27 février 2018

Iran : les femmes admises dans un stade, une première en République islamique d'Iran.


La nouvelle est passée pour le moins inaperçue en dépit de son caractère exceptionnel. Pour la première fois, ce dimanche 25 février 2018, les femmes iraniennes ont été autorisées à se rendre dans une enceinte sportive afin d'assister au match de basket masculin opposant l'Iran à l'Irak, ; match comptant pour les qualifications à la prochaine coupe du monde et qui s'est soldé par la victoire de l'Iran sur le score de 83 - 53. 


A l'heure où le mouvement du mercredi blanc portant la protestation contre le caractère obligatoire du port du voile islamique ne faiblit pas, cette première intrusion de la gente féminine dans une enceinte sportive en marge d'une compétition officielle constitue un pas dans la bonne direction qui, espérons le, fera office de précédent et ouvrira la voie à une présence de plus en plus courante des femmes dans les stades. 

Le président Rouhani l'avait déclaré en janvier dernier, suite aux manifestations qui ont secoué le pays fin décembre - début janvier : "Les personnes descendues dans les rues ne sont pas simplement là pour des raisons économiques, elles demandent également plus de libertés". Faut-il voir dans la présence de ces quelques femmes un premier signe d'ouverture du régime ? Il est encore trop pour le dire. Mais alors que la contestation sociale gronde en Iran, le régime semble chercher une soupape de sécurité à même de pérenniser sa survie. 

Par ailleurs, cet évènement sonne également comme un écho à la décision de l'Arabie saoudite d'aménager trois stades à travers le pays afin de permettre aux femmes d'assister aux évènements sportifs. Cette décision avait relancé le débat en Iran sur la place des femmes dans les stades, les autorités iraniennes (tout comme la société civile) s'étant toujours targué d'offrir des conditions plus enviables aux femmes que celles en vigueur en Arabie saoudite. Il apparaît certes ici une certaine corrélation entre les évènements mais les éléments manquent pour pouvoir parler de véritable causalité même si l'hypothèse mérite que l'on s'y attarde. 

Quoiqu'il en soit, le caractère exceptionnel de cet évènement se doit d'être souligné, tout en espérant qu'il sera répété à l'avenir. Le jour où la présence de femmes iraniennes dans les stades sera tombé dans la banalité, les droits des citoyennes iraniennes aura alors véritablement progressé, du moins sur ce point.


Remarque : les photos proviennent du site de l'agence de presse iranienne officielle ISNA : https://en.isna.ir/photo/96120703258/Iran-Iraq-basketball-world-cup-qualification#2




dimanche 25 février 2018

Travailleurs humanitaires : quand le voile blanc vire au noir.

Aujourd'hui, je n'écris ni sur l'Iran, ni sur la Turquie. Je n'écris même pas sur le Proche ou le Moyen-Orient. Rien de tout cela, juste une petite réflexion sans grande prétention sur l'affaire qui secoue le monde des travailleurs humanitaires : l'affaire Oxfam. 

Je ne reviendrai pas sur les faits, déjà suffisamment traités dans la presse. Cela dit, je souhaite ici soulever un point particulier. Il s'est avéré qu'un certain nombre de personnes ont décidé de stopper net leurs cotisations mensuelles auprès d'Oxfam. Nous nous sommes régalés, lors des JT, des témoignages de ces personnes qui se sentent trahies, trompées, et qui ont juré que jamais plus on ne les y reprendrait. A toutes celles et ceux qui ont ou auraient agis de la sorte, qui se reconnaissent dans ce type de propos, je dis bravo ! Bravo d'illustrer à ce point toute l'ampleur de la médiocrité humaine. 

Que ne faut-il pas être naïf pour oser croire que les travailleurs humanitaires sont par nature toutes et tous des Saintes et Saints touchés depuis l'âge du landau par la grâce de l'altruisme le plus pur ? J'ai occupé pendant 6 ans la fonction de coordinateur du réseau NOHA (Network on Humanitarian Action) au sein de l'UCL (Université Catholique de Louvain - Belgique) et figurez-vous que j'ai un scoop qui va en décoiffer plus d'un : les travailleurs humanitaires sont des êtres humains comme les autres. Non, ils ne sont pas infaillibles. Non, il ne s'agit nullement d'un club réservé aux gens biens.  Oui, ce milieu abrite en son sein un certain nombre de crapules, intéressées par le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur les autres. Et oui, il y a un fameux contingent de narcissiques dans le milieu de l'action humanitaire. Ces derniers adorent se pavaner couverts du voile blanc de l'immaculée supériorité morale. Au fait, voici un autre scoop : des profils comme ceux-là, on en retrouve partout. Dans le secteur privé, dans le secteur public, ... Partout. Les connards, les crapules, les manipulateurs, et autres individus toxiques nous entourent en permanence. 

Au regard de cette réalité, il apparaît profondément stupide de cesser les dons versés aux oeuvres humanitaires incriminées. Le scandale d'Oxfam n'est que le premier (et encore, il y en a déjà eu), et il y en aura d'autres, comme en témoigne cet article de la BBC qui incrimine ni plus ni moins que la Croix Rouge dans un scandale du même type. En tant que donateur, venir pénaliser les bénéficiaires des programmes conduits par Oxfam (ou toute autre ONG), tout cela parce que une minorité d'imbéciles a terni l'image de l'organisation, c'est comme venir cracher à la figure de l'immense majorité de celles et ceux qui font leur travail correctement, bien souvent pour un salaire de misère. C'est également venir cracher à la figure de toutes celles et ceux qui travaillent bénévolement, pendant leurs temps libres, au service de la cause défendue par l'ONG. Ces derniers ne se contentent pas de faire des chèques et des virements. Ils donnent de leur personne. Ce sont eux, les premiers trahis par l'attitude de ces quelques tristes sires qui occupent depuis quelques jours déjà la une de l'actualité. 

Pour beaucoup, il est aisé de généraliser. Pour beaucoup, il est agréable de juger, et plus encore, de condamner. Le rabaissement de l'autre prodigue l'illusion d'une élévation de soi. Mais tout cela est contreproductif et inutile. Les organisations humanitaires n'ont nullement besoin de cela pour faire une autocritique nécessaire à une prise de conscience. Elles connaissent déjà le problème et tente de lutter contre celui-ci depuis des années. Au final, ce sont les personnes dans le besoin, de même que les travailleurs droits et honnêtes qui en pâtissent. Dans un monde où l'image et la perception subjective l'emportent contre la rationalité, ce constat ne surprend guère, hélas. 

Nombreux sont les métiers à souffrir de l'opprobre de la généralisation. Quelques politiques sont corrompus et voilà que tous les élus sont des vendus. Quelques militaires se rendent coupables de comportements condamnables, et voilà l'ensemble des femmes et des hommes actifs sous les drapeaux que l'on jette dans le même sac. Combien de fois n'ai-je pas entendu ces généralisations ? Je ne saurais le dire mais je puis affirmer que cela arrive trop souvent. Bien entendu, il y a également la masse conséquente de celles et ceux qui savent faire la différence. Je les en remercie. Pour ceux-là, ce post est inutile mais mon pessimisme quant à la nature humaine me laisse à penser que c'est malheureusement bien ceux-là qui le liront. La lecture, condition nécessaire mais non suffisante à l'instruction de l'esprit, constitue déjà une première étape dans la lutte contre le manichéisme et les généralisations. J'ai malheureusement souvent le sentiment que beaucoup préfèrent ruer dans les brancards, guider par l'impulsivité d'une réaction émotionnelle, plutôt que de se donner le temps de la réflexion et de l'analyse. Mais cela, me semble-t-il, n'est en rien nouveau. Ce phénomène est peut-être juste accentué et rendu plus visible par les réseaux sociaux. 

samedi 20 janvier 2018

Arabie saoudite. MBS : un prince en quête de pouvoir.

Qui se trouve à l’origine des apparents changements qui semblent toucher le royaume saoudien ? Le roi Salman âgé de 82 ans ? Pas vraiment. La réponse est à aller chercher du côté de son fils Mohammed ben Salman – dit MBS – le jeune prince officiellement désigné héritier du royaume le 21 juin 2017. Âgé de seulement 32 ans et totalement inconnu des Saoudiens et de la scène internationale il y a encore quelques années, son ascension fulgurante démarre avec l’accession au trône de son père, en janvier 2015. Le jeune prince est alors nommé à la tête du très puissant ministère de la Défense, un organe important du pouvoir autoritaire de la dynastie Al Saoud dans un Moyen-Orient au climat particulièrement tendu et crisogène. Quelques mois plus tard, en avril 2015, il est désigné second vice-premier ministre. Depuis lors, son pouvoir et son emprise sur les affaires de l’État n’ont cessé de croître, à tel point que pour beaucoup d’observateurs, c’est aujourd’hui lui qui tient de facto les rênes du royaume et non plus son père, dont la santé fragile et vacillante le cantonnerait essentiellement à un rôle de représentation.

Petits pas pour les femmes

Sur le plan de la politique intérieure, MBS semble vouloir octroyer davantage de libertés individuelles à sa population – et notamment aux femmes – tout en cherchant à serrer la bride au pouvoir religieux – l’un des plus conservateurs du monde musulman – dans un pays qui est tout de même le gardien des deux principaux lieux saints de l’islam et où le poids de l’orthodoxie pèse depuis de nombreuses années, tant sur le pouvoir que sur la société. À l’égard des femmes, il souhaite accélérer la dynamique initiée par le précédent souverain, le roi Abdallah, qui avait annoncé en septembre 2011 l’octroi aux Saoudiennes du droit de vote, lors des élections municipales à partir de l’année 2015.

Cette question des droits de la femme et plus largement des droits de l’homme dans leur ensemble entache considérablement l’image de Riyad à l’étranger, et ce, particulièrement au sein du monde occidental. C’est là un motif de grief redondant qui se retrouve régulièrement mis en avant par les acteurs, tant politiques qu’issus de la société civile, soucieux de dénoncer les partenariats privilégiés et les relations parfois ambiguës qu’entretiennent certains gouvernements occidentaux avec le royaume saoudien. Le cas de Washington en constitue la plus belle illustration comme en témoigne le contrat record conclu en mai 2017 par l’administration Trump avec Riyad et portant sur un montant de 10 milliards de dollars dans le domaine de l’armement. Plus près de chez nous, les ventes d’armes de la FN Herstal à Riyad font régulièrement couler beaucoup d’encre et ne manquent pas d’animer le débat politique. Conscient de ce problème et soucieux de défendre son image, le royaume saoudien cherche à s’ingérer dans la gestion de ces questions au niveau international. C’est ainsi qu’en avril 2017, suite à d’importantes tractations diplomatiques rudement menées, il parvient à se faire élire au sein de la Commission des droits de la femme de l’ONU pour la période allant de 2018 à 2022. Par ailleurs, Riyad siège déjà au sein de la Commission des droits de l’homme de l’ONU depuis 2006, son mandat actuel se terminant en 2019.

Mais outre le droit de vote aux élections municipales, quelles ont été les réelles avancées récentes dans le domaine des droits de la femme au sein du royaume saoudien ? Souvent dénoncée, l’interdiction faite aux femmes de conduire un véhicule automobile sera abrogée en juin de cette année. Annonce en a été faite en septembre dernier. Un mois plus tard, fin octobre 2017, Riyad annonçait que les trois plus importants stades du pays seraient bientôt aménagés afin de pouvoir accueillir des femmes dans leurs tribunes lors d’évènements sportifs. Une première dans le royaume.

Des mesures symboliques

Si ces deux réformes sont à mettre au crédit de MBS et se doivent d’être saluées, il faut tout de même garder à l’esprit qu’il s’agit avant tout de mesures symboliques qui ne changent in fine rien au fond du problème des droits de la femme en Arabie saoudite. Les plus optimistes peuvent y voir un pas dans la bonne direction mais cela ne doit pas occulter le fait que la femme saoudienne demeure soumise à l’autorité d’un tuteur masculin ayant le pouvoir de réguler tous les aspects de sa vie. Pas d’étude et encore moins de voyage à l’étranger sans l’accord de son tuteur. L’infériorité juridique de la femme par rapport à l’homme demeure également inscrite dans la loi saoudienne. Il y a donc peut-être une légère évolution positive mais il ne s’agit en aucun cas d’une révolution. Qui plus est, l’agenda de l’annonce de ces réformes ne semble pas fortuit et tend à illustrer le fait que MBS agit davantage en stratège politique soucieux de consolider son pouvoir qu’en véritable homme de principe.

Adversaires politiques au tapis

Ces réformes, populaires auprès d’une tranche importante de la jeunesse saoudienne, sont en effet annoncées alors que le jeune prince se lance parallèlement dans une purge sans précédent dans l’histoire du royaume. Un peu comme s’il cherchait à se doter d’un soutien populaire au moment d’attaquer ses rivaux politiques au grand jour. Cette purge conduit ainsi à l’arrestation de plusieurs princes et anciens ministres, officiellement accusés de corruption. Cette accusation a de quoi surprendre au sein d’un État quasi mafieux où la limite entre deniers privés et publics est quasi inexistante pour les membres de la famille royale. En réalité, il y aurait de quoi monter des accusations de corruption contre pratiquement tous les membres du sérail du pouvoir saoudien. La manœuvre de MBS vise en fait à mettre sur la touche les poids lourds de la politique saoudienne restés fidèles au lignage de feu le roi Abdallah, et qui pourraient dès lors constituer un obstacle dans sa marche vers le pouvoir. Au travers de cette purge et de ces réformes, le jeune prince se construit donc une image d’homme moderne en phase avec les aspirations de la jeunesse saoudienne autant qu’il agit en fin calculateur soucieux de mettre au ban la vieille garde de la famille royale ainsi que l’influent pouvoir religieux. MBS apparaît dès lors plus comme un homme de pouvoir pragmatique que comme un véritable idéaliste.

L’Iran pour ennemi juré

Il en va de même pour sa politique internationale particulièrement agressive et dirigée contre Téhéran. Dans ce domaine cependant, le prince héritier n’est pas parvenu à engendrer les mêmes succès que sur la scène politique intérieure, bien au contraire. Il est à l’origine de l’intensification du conflit au Yémen où, de son côté, Téhéran soutient militairement et financièrement les rebelles houthis. Aujourd’hui, le pays est totalement ravagé et le blocus que lui impose Riyad a déjà contribué à déclencher une épidémie de choléra ainsi qu’une flambée de cas de diphtérie. MBS dénonce aussi régulièrement l’accord portant sur le programme nucléaire iranien. Lorsque Donald Trump a décidé de ne pas certifier cet accord, en octobre 2017, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer cette position, notamment dans les chancelleries européennes. Seuls deux États ont chaudement félicité le turbulent locataire de la Maison-Blanche : Israël et l’Arabie saoudite. Or ces deux ennemis d’hier sont aujourd’hui en phase de rapprochement, sous l’impulsion du pragmatique MBS justement. Les impératifs de la Realpolitik, face aux ambitions iraniennes, semblent désormais prendre l’ascendant sur l’idéalisme de la solidarité arabo-musulmane à l’égard de la cause palestinienne. Dernier coup de MBS en date dirigé contre Téhéran : la démission « volontaire » depuis Riyad du Premier ministre libanais Saad Hariri. Si l’objectif de la manœuvre consistait à déstabiliser le Liban et par extension à affaiblir le Hezbollah, fidèle allié de Téhéran au pays du cèdre, force est de constater qu’aujourd’hui le dénouement de la crise s’apparente plus à une humiliation pour Riyad.


Sur le plan international, MBS apparaît donc en homme de pouvoir ambitieux et désireux de faire de son pays la principale puissance du Moyen-Orient, et ce, au détriment de l’Iran dont il a comparé le Guide suprême, Ali Khamenei, à Hitler au mois de novembre dernier. Sa rhétorique et ses actions ne laissent pas entrevoir un homme de paix mais, bien au contraire, un facteur déstabilisateur supplémentaire au sein du Moyen-Orient. Une région du monde qui aurait pourtant bien besoin de plus d’hommes d’État tournés vers le dialogue et la diplomatie plutôt que vers l’épreuve de force.  

mardi 2 janvier 2018

Protestations en Iran, mes dernières interventions médiatiques.

Difficile de rédiger un post pertinent sur les manifestations actuellement en cours en Iran lorsque l'on est en vacances (bad timing...) et que l'actualité évolue heure par heure pour ne pas dire minute par minute. Cela dit, j'ai suivi les évènements du mieux que j'ai pu, au travers des réseaux sociaux d'une part et de mon réseau de contacts sur place d'autre part. De retour derrière mon bureau et en attendant un article analytique rédigé à froid, je vous transmets ci-dessous les informations relatives à mes dernières interventions médiatiques en lien à l'actualité iranienne de ces derniers jours. De quoi déjà vous faire une idée sur les évènements en cours. 

- Eiffling Vincent, "En Iran, les couches populaires expriment leur frustration", L'Opinion, interviewé par Jean-Dominique Merchet, 1er janvier 2018. 
- Eiffling Vincent, "Si Téhéran se soulève, le régime iranien sera en grand danger", La Croix, interviewé par Antoine d'Abbundo, 2 janvier 2018.  
- Eiffling Vincent, "Iran : comprendre la crise en 5 questions", Le Figaro, interviewé par Alexis Feertchak, 2 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "A court terme, le régime ne craint rien", Le Point, interviewé par Louis Chahuneau, 3 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Manifestations en Iran : qui sont les Moudjahidines du Peuple, ce "groupe terroriste" selon Rohani, qui est basé en France ?", LCI, 3 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Iran's Elite Guard Says Anti-Government Protests Are Over", Bloomberg, interviewé par Ladane Nasseri, 3 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Iran : comment fonctionne la République islamique ?", Libération, interviewé par  Florian Bardou, 3 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Iran, les raisons d'une révolte", La Croix, interviewé par Antoine d'Abbundo, 3 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Le régime iranien encore solide face à la contestation"La Croix, interviewé par Antoine d'Abbundo, 4 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Quelles évolutions possibles pour l'Iran suite aux protestations", La Première - RTBF - Soir Première, 4 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Manifestations en Iran : le coup de Poker d'Hassan Rohani", LCI, interviewé par Guien Thomas, 5 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Iran. Les jeunes clament leur désespoir dans la rue", Ouest-France, interviewé par Christelle Guibert, 8 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Rouhani Challenges Iran's Hardliners With Call for More Freedoms", Bloomberg, interviewé par Ladane Nasseri, 8 janvier 2018.
- Eiffling Vincent, "Les tensions entre Rouhani et les conservateurs prennent le pas sur la contestation", interviewé par Caroline Hayek, 10 janvier 2018.


Je n'ai malheureusement pas trouvé les podcasts de mes deux interventions radios (FranceInfo le 1er janvier et Europe1 ce matin du 2 janvier) ... 

J'en profite également pour partager avec vous cet excellent article (en accès libre) du journaliste Armin Arefi (Le Point) sur la situation en Iran : "Iran : une révolte singulière".

Par ailleurs, pour celles et ceux qui souhaiteraient suivre le déroulement des évènements, je vous recommande (outre mon compte Twitter @chpersanes_blog) les comptes Twitter de Mariam Pirzadeh (@mapirzadeh), correspondante en Iran de France 24, Ghazal Golshiri (@GhazalGolshiri), correspondante du journal "Le Monde" en Iran, Thomas Erdbrink (@ThomasErdbrink), correspondant du "New York Times" en Iran, Sanam Shantyaei (@SanamF24), journaliste irano-britannique de France 24, Eric Randolph (@EricWRandolph), Chef de bureau de l'AFP en Iran, et enfin Ariane Tabatabai (@ArianeTabatabai), chercheuse et spécialiste de l'Iran. 

Bonne lecture. 

vendredi 29 décembre 2017

Tournoi d'échecs en Arabie saoudite : Anna Muzychuk et le deux poids deux mesures.


"In a few days I am going to lose two World Champion titles - one by one. Just because I decided not to go to Saudi Arabia. Not to play by someone's rules, not to wear abaya, not to be accompanied getting outside, and altogether not to feel myself a secondary creature. Exactly one year ago I won these two titles and was about the happiest person in the chess world but this time I feel really bad. I am ready to stand for my principles and skip the event, where in five days I was expected to earn more than I do in a dozen of events combined. All that is annoying, but the most upsetting thing is that almost nobody really cares. That is a really bitter feeling, still not the one to change my opinion and my principles. The same goes for my sister Mariya - and I am really happy that we share this point of view. And yes, for those few who care - we'll be back!"

C'est par ces mots postés sur sa page Facebook que la championne d'échecs ukrainienne Anna Muzychuk a annoncé qu'elle renonçait à se rendre en Arabie saoudite pour y disputer le 1er tournoi "Roi Salman" qui se tient actuellement à Riyadh du 24 au 31 décembre.


Les motifs invoqués - refus de se soumettre à une tierce autorité, refus de porter une abaya, refus de devoir être accompagnée à l'extérieur et de se sentir comme une créature inférieure - peuvent apparaître tout à fait louables. En fait, lorsque l'on connait - même de manière très superficielle - les conditions de la femme en Arabie saoudite, la posture d'Anna Muzychuck sent bon le vent de la révolte féministe. Haut les coeurs camarades ! Voici le (la?) nouveau(elle?) héraut de notre cause, notre nouvelle porte-étendard ! 

Et il est vrai que cette déclaration a déclenché beaucoup d'émules. Positives pour la plupart, en soutien à la championne qui sacrifie ses titres sur l'autel de ses principes tout en renonçant à une grosse somme d'argent. Si ça ce n'est pas du courage ! Emules dans la presse tout d'abord. L'information a été reprise par plusieurs agences de presse et par plusieurs quotidiens (Libération, Huffington Post, Paris Match, L'Equipe, La Libre Belgique, le New York Times, The Guardian, ... Sur les réseaux sociaux ensuite. Sa publication Facebook regorge de commentaires positifs saluant l'attitude de la sportive. Sur Twitter également, nombreux sont les utilisateurs à avoir salué sa décision, y voyant une forme de courage ainsi que la manifestation d'un véritable comportement féministe. Elle "dénonce", elle "se dresse contre", elle "lutte", ... ne sont que quelques exemples des nombreuses formulations que j'ai observées depuis quelques jours. 

Cela dit, est-ce vraiment la meilleure attitude à adopter dans ce cas de figure ? Et oui, c'est un homme blanc européen dans la trentaine et issu de la classe moyenne qui plus est qui a l'outrecuidance d'oser poser la question et alimenter le débat. 

Du courage. Vraiment ? 

Ce qui me surprend beaucoup, c'est qu'énormément de personnes assimilent la décision d'Anna Muzychuck a un geste courageux. Avec ces quelques mots tapés depuis son clavier, elle est devenue une héroïne, un véritable symbole bien plus médiatisé que les nombreuses femmes qui subissent elles la répression au quotidien. Cela me gêne. Oserai-je dire qu'il y a là un mécanisme inconscient qui flatte l'égo du petit protestataire occidental de salon qui se voit en lutte depuis son fauteuil contre l'injustice mondiale et qui perçoit en Anna une figure au travers laquelle se projeter ? J'espère me tromper. Cela dit, je peux comprendre les personnes qui l'applaudissent de la sorte mais je ne suis pas d'accord avec elles. Selon moi, leur "analyse" est biaisée et repose avant tout sur un réflexe humain primaire : celui du repli sur soi et de la retraite face à environnement/interlocuteur hostile et/ou méconnu. On est donc dans l'émotionnel le plus basique et ce d'autant plus que le climat ambiant est pour le moins favorable à ce type de comportement à l'égard du monde musulman. Ne le nions pas, il a dans l'air de notre société comme un léger fumet d'islamophobie et beaucoup sont heureux de pouvoir taper ici sur le dos de l'Arabie saoudite et par procuration sur le dos du monde musulman tout en se couvrant du drap blanc de la supériorité morale. C'est aisé et facile. Oui oui je sais, c'est aussi réducteur diront certains (du moins je l'espère !). Cela pue l'amalgame même ! Et pourtant nombreux sont ceux qui y ont recourt et pour qui cela devient LA vérité. Or le monde musulman ne se réduit pas à l'Arabie saoudite où il est pourtant vrai qu'il y a encore une sérieuse marge de progrès (et je pèse mes mots) dans le domaine des droits de la femme (et des droits humains tout court qui plus est). Je l'ai déjà dit, je ne trouve pas cette attitude courageuse. Pour moi le courage aurait été de s'y rendre, de les regarder dans les yeux et de sortir son meilleur jeu, histoire de montrer de quoi elle était capable. Cela aurait eu de la gueule et du panache, un peu à l'image de Rocky défiant Ivan Drago dans Rocky IV au plein coeur de l'Union soviétique. Là, ça fait juste pantouflarde. 


Une attitude féministe favorable aux droits de la femme. Vraiment ? 

Je n'irai pas jusqu'à dire que le choix d'Anna Muzychuck est anti-féministe, loin de là. Cela dit, je ne vois pas en quoi il sert la cause féministe. Quoi ? Toute cette médiatisation permet d'attirer l'attention sur les conditions de la femme en Arabie saoudite ? Désolé de vous l'annoncer mais on ne l'avait pas attendue pour cela. En fait, tout ça me rappelle le cas du championnat d'échecs qui s'est tenu à Téhéran en février-mars 2017. Là aussi, beaucoup de personnes avaient appelées au boycott de l'évènement (les Etats-Unis n'y ont d'ailleurs pas participé) et une jeune championne, Nazi Paikidze, avait alors annoncé publiquement son intention de ne pas se joindre à la compétition

En Iran, où nombreux sont les jeunes qui jouent aux échecs dans les parcs, ces appels au boycott avait été unanimement dénoncés, indépendamment des opinions politiques à l'égard du régime en place. Celles et ceux qui prônent le boycott ne comprennent pas que ce faisant, ils distribuent des munitions aux extrémistes hostiles à l'Occident. A Téhéran, cette attitude avait été présentée par le régime comme une preuve de "l'arrogance occidentale", thème cher et récurant des éléments de langage issus du khomeynisme. Et les féministes iraniennes (je parle ici des celles résidant en Iran, pas de celles issues de la diaspora) de s'offusquer de l'attitude de leurs congénères occidentales. Fières de s'être battues pour avoir le droit de tenir ce tournoi, fières de montrer que leurs capacités intellectuelles leur permettent de joueur aux échecs au plus haut niveau, voilà que leur rêve risquait de partir en fumée et raison d'un orgueil et d'une sensibilité mal placée chez celles qui auraient dû être les premières à les soutenir. Elles n'étaient pas heureuses et ont dénoncé cette attitude allant à l'encontre de ce pourquoi elles s'étaient battues. "Vous refusez de venir en Iran car vous devrez y porter le foulard pour quelques jours ? Nous, nous devons le porter tous les jours et ce tournoi est une première victoire vers une plus grande reconnaissance de la femme". Voilà en substance quel était le message des Iraniennes envers celles qui déclaraient ne pas vouloir participer. Vu d'Iran, ce tournoi était une victoire contre l'oppression banalisée dont sont victimes les femmes dans le pays, ainsi qu'une incroyable vitrine pour la cause féministe. En Arabie saoudite, où le jeune prince héritier Mohammad ben Salman - dit MBS - semble tout doucement contribuer à faire bouger les lignes concernant la place de la femme dans la société, participer à ce tournoi aurait été un encouragement envers les femmes ainsi qu'un geste de soutien, plutôt qu'une quelconque soumission envers un régime autoritaire. Quoi ? L'évènement va être instrumentalisé par Riyadh ? Sans blague ! Bien entendu que l'Arabie saoudite va s'en servir. Cela s'appelle de "la communication". Et j'ai envie de dire : "Et alors ?". Ce qui compte si l'on s'en tient à la ligne de raisonnement selon laquelle le plus important, c'est la femme, c'est que la société saoudienne voit un maximum de femmes pratiquer les échecs au plus haut niveau. Par ailleurs, croire sincèrement, en tant que personne libre vivant en Occident, que si l'on boycotte une telle compétition cela va faire bouger les lignes en Arabie saoudite (ou en Iran), c'est tout de même faire preuve d'un narcissisme éhonté. Si telle est votre opinion, sachez chers amis que le régime saoudien (et iranien) n'en n'a absolument rien à faire (et je reste poli) de ce que vous pensez. Ne vous croyez donc pas plus importants que vous ne l'êtes. Il n'a cure de votre bénédiction ou de votre révulsion à son égard.  

Anna Muzychuk, l'Iran et l'Arabie saoudite : deux poids, deux mesures. 

"I am ready to stand for my principles and skip the event". Ok. Donc, c'est une question de principes. Noble combat. C'est beau l'idéalisme. J'y adhérais aussi étant jeune bien que je ne sois pas si vieux que ça. Non non je ne suis pas devenu aigri mais plutôt réaliste et pragmatique. Si tu veux battre le diable, cela ne sert à rien de refuser sa danse au nom de tes principes. Mieux vaut l'accepter et danser serré, une lame bien aiguisée cachée dans le dos et prête à l'emploi. Tel est plutôt mon créneau. Bien entendu, cela demande de s'assoir parfois sur ses principes et, croyez-le ou non, c'est bien souvent plus difficile que de les suivre à la lettre. Pourquoi ? Vous croyez sincèrement que le plus facile c'est de rester tranquillement passif et sortir son joker "raisons morales/question de principes" ou de transgresser ses valeurs profondes pour servir une cause/atteindre un objectif qui va bien au-delà de votre intérêt personnel immédiat ? Quand on transgresse ses propres valeurs, il faut savoir vivre avec les conséquences par après. 

Très bien. Ce que je souhaiterais dès lors comprendre, c'est pourquoi Anna Muzychuk a-t-elle participé à un tournoi en République islamique d'Iran en février-mars 2017 ? Certes, la condition de la femme est un petit moins pénible en Iran qu'en Arabie saoudite mais aux dires de son explication, il me semble que la championne aurait également dû faire l'impasse sur cette compétition. 


Qui plus est, comme le montre la photo ci-dessus, la sportive n'a pas hésité à porter le foulard islamique pendant la totalité du tournoi qui s'est tenu à Téhéran. Or elle avance l'argument de la contrainte vestimentaire dans son texte expliquant son boycott de la compétition de Riyadh. A y regarder de plus près, il y a là une certaine incohérence dans la mesure où la Fédération internationale d'échecs a publié un communiqué le 14 novembre dernier, soit plus d'un mois avant le message posté sur son compte FB, expliquant que les participantes ne seraient soumises à aucune obligation de porter un quelconque vêtement religieux

Autrement dit, pour les participantes, les contraintes vestimentaires étaient plus importantes en Iran qu'elles ne le sont actuellement en Arabie saoudite comme en témoigne cette photo de l'évènement : 



Comme si cela ne suffisait pas, les témoignages des participantes actives sur Twitter laissent entendre que les conditions du tournoi sont particulièrement bonnes et que les participantes ne sont pas du tout surveillées et rabaissées comme le craignait Anna Muzychuk. 

Au-delà de la médiatisation à outrance de son cas qui est repris, partagé et loué en masse sans aucun esprit critique sur les réseaux sociaux, la question que je me pose est la suivante : pourquoi ? Pourquoi ce refus de se rendre en Arabie saoudite ? L'argument des valeurs me semble faible compte tenu de ses antécédents. Du coup, certains s'interrogent et les contradictions sont le terreau favorable à l'émergence des théories les plus farfelues (ou pas). Exemple lu et entendu : "bien qu'Ukrainienne, elle est proche de Poutine et pour ce dernier, c'est une bonne occasion de détruire une opération de com' menée par l'Riyadh". Peut-être. Je ne la connais pas et je ne suis pas dans le secret des Dieux. Mais il y a d'autres possibilités. Peut-être a-t-elle reçu des menaces ou des critiques suite à sa participation à la compétition de Téhéran et que cela l'a affectée ? Peut-être est-elle sincère et qu'au regard de ses convictions, son séjour en Iran résulte d'une erreur de jeunesse (elle n'a aujourd'hui que 27 ans). Il est inutile de chercher midi à 14h. Cela dit, elle n'a jamais - à ma connaissance - reconnu avoir commis un impair en se rendant en Iran. Aussi peut-être bien y-a-t-il des lobbys/intérêts à l'oeuvre dans l'ombre, nous n'en savons rien pour l'instant, peut-être ne le saurons-nous jamais mais cela, seul le temps nous le dira. 

dimanche 10 décembre 2017

Turning point for Yemen? Ex-president Saleh killed as alliance with Houthis crumbles

Très intéressant débat sur France 24 en anglais concernant les scénarios de l'évolution politique à venir au Yémen consécutivement à l'élimination de l'ancien président Saleh.